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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 13:22

Bonsoir à tous ; Je vous remercie d’être là ce soir. Je suis heureuse aussi d’être parmi vous et je remercie Anne de Commines de m’accueillir pour ses rencontres de qualité autour de la poésie.

Iconal Rôles et Liberté

Je vais vous parler d’un sujet qui peut engendrer des polémiques, le monothéisme. Henry Corbin au travers de multiples livres a essayé d’aborder le « paradoxe du mothéisme ». Henry Corbin soulève de nombreuses contradictions. Je voudrais mettre en lumière quelques éléments sur ce sujet de manière à montrer que le monothéisme ne s’oppose pas à l’existence et au regard contemplatif sur la nature. Pourquoi parler du monothésisme sur le thème de l’icône ? Les icônes sont les portes des cultes monothéistes chrétiens. Elles évitent un monothéisme radical qui nie la création dans son ensemble. Henry Corbin est le traducteur de Sohravardi penseur Perse musulman au moyen-âge. Sohravardi s’appuie sur la pensée de Zoroastre pour transmettre une sagesse, un existentialisme spirituel. Il se rattache à l’épopée iranienne. Ses motifs littéraires et poétiques sont d’un grand intérêt pour npous qui nous réunissons grâce à Anne entre poètes.

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Angels bow down for newly created Adam, whereas Iblis (Satan, dark, right) refuses. Islamic Persian miniature from before the 19th century. Halladj comme Iblis refuse de reconnaitre la création. Les anges s’inclinent devant l’homme, mais Iblis reste à part. Il refuse la voie contemplative.

Image 2

La chute des anges rebelles, Pieter Bruegel le Vieux, Musée des arts anciens de Bruxelles, collection permanente. Tableau critique des gnostiques comment peut-il y avoir qu’un seul Dieu différent de l’humanité ? A cette question les gnostiques répondent que derrière l’épuisement des désirs de l’humanité se trouve Dieu.

Comment éviter la chute des anges et respecter le monde naturel qui nous entoure tout en pratiquant l’amour de Dieu ?

Le monothéisme apparaît avec le mazdéisme. Zoroastre est un prêtre de la religion mazdéenne. Avant l’an 600 avant J. C. ses textes font passer la religion du polythéisme au monothéisme. Le corps est-il une « prison » pour reprendre une expression de Sohravardi pour désigner le corps? Faut-il l’épuiser en assouvissant toutes les pulsions ou, au contraire, à la façon des manichéens, le diaboliser ?

La solution serait-elle d’être ni gnostique, ni manichéen ?

Trois soucis apparaissent dans l’œuvre de Sohravardi : en premier celui de dominer le corps, le souci néoplatonicien de faire rayonner l’ensemble de la personne, souci de ne pas tomber dans un gnosticisme dangereux qui cherche Dieu dans l’épuisement des rôles de la personne.

Quand on cherche la Vérité on ne néglige aucune piste. Les deux problématiques apparaissent dans l’œuvre de Sohravardi. Mais s’ajoute un souci de modération du monothéisme dans l’œuvre de Sohravardi qui passe par la sagesse des anciens Perses zoroastriens. J’utiliserai des écrits de Zoroastre pour montrer cette influence. La sagesse des ancien Perses se soucie de bonne pensée, de modération, de santé… donc de morale.

Plan : Introduction

1 La sagesse dans l’œuvre de Sohravardi

I Qui est Sohravardi ? II Le zoroastrisme sans Soravardi, III Le Zoroastrisme de Sohravardi

2 L’influence des lumières du zoroastrisme dans la pensée orthodoxe et la pensée chrétienne.

Donc au départ j’émets l’hypothèse que le zoroastrisme a inspiré Sohravardi mais aussi le monde de l’icône.

Conclusion

1 Je m’intéresse dans la première partie à La sagesse perse dans l’œuvre de Sohrawardi

Au XII° siècle, Sohravardi a fait parvenir jusqu’à nous la pensée des anciens sages de la Perse et cette religion existe encore aujourd’hui. Les Parsi considèrent Sohravardi comme un témoin de leur foi.

I Qui est Sohravardi ?

A/ Biographie : Sohrawardi est né à Sohraward, en 549/1155 (1) , et il meurt à Alep, en 587/1191. Il est parfois nommé al-Maqtul, en mémoire de sa mort violente par décapitation et pour dire en même temps qu’il n’est pas un témoin de la foi. Mais il est considéré rapidement comme un martyr. Certains se diront ses disciples et l’appelleront martyr. Ses commentateurs, comme Molla Sadra, le nommeront « Sahib al-Israq », le maître des lumières. Et ce nom seul lui est resté.

B/Au sujet de l’œuvre de Sohravardi et des penseurs orientaux, Henry Corbin met en place l’idée d’Imaginal : Sohrawardi est célèbre pour ses discours en similitudes. Ses romans d’initiation permettent le dévoilement, accès à la connaissance, par des insinuations subtiles. Les insinuations incitent à la méditation car l’interprétation est toujours à reprendre et chacun y est libre. L’intervention des motifs de l’épopée iranienne permet au « roman d’initiation » sohrawardien de se rattacher à une tradition littéraire. Sa mystique présente un motif qui sort de l’histoire et de la tradition et permet de prendre conscience de l’idée d’Orient et d’Occident spirituel déjà présent dans l’œuvre d’Avicenne, des soufis (2) et de Sohravardi. Ce motif littéraire vient d’un poème d’Unsuri (3) (né en 441/1049). Ce motif est celui d’un « Archange couleur pourpre(4) » que l’on retrouve dans un récit de Sohrawardi (5) .

Les proto-religions témoignent de l’apparition du monothéisme et une sagesse, une connaissance du spirituel, se met en place progressivement. Les mondes spirituels ne perdent pas leurs splendeurs dans le monothéisme. Au contraire, à l’image du monde sensible, l’intelligence, l’imaginaire, le courage, la patience, l’affection toutes les vertus de la relation, de l’enseignement, l’heuristique… deviennent les occidents de la Sagesse dans l’épiphanie du spirituel.

Le traducteur des écrits de Sohravardi est Henry Corbin comme nous l’avons vu. L’imaginal est une forme littéraire qui s’inscrit dans les disciplines enseignées en Perse à l’époque de Sohravardi. Les disciplines des sciences arabes se divisent selon al-Fârâbî (339/950) en « six branches : la science de la langue, la science de la logique, la science mathématique (qui se divise en 4 disciplines classiques – arithmétique, géométrie, astronomie et musique – viennent s’ajouter la perspective et la science des poids et mesures, ainsi que l’algèbre et les mathématiques appliquées), la science naturelle ou physique, prolongée par la théologie naturelle ou métaphysique, et enfin la science morale et politique »(6) . L’enseignement de Sohravardi appartient à la théologie naturelle ou métaphysique et à la morale. Je n’attacherai pas d’importance à l’idée de métaphysique contrairement à ce qu’a fait Henry Corbin. Mais, je ferai plutôt un rapprochement entre la théologie naturelle et la rhétorique, le souci didactique plus exactement heuristique de la transmission des connaissances et la recherche de la Vérité. L’imaginal permet à partir de l’observation de réaliser des métaphores qui saisissent la dimension spirituelle de la sagesse et de la divinité. L’iconal est l’observation de l’intelligence de la sagesse dans l’humanité alors que l’imaginal est l’observation de la sagesse dans la nature. Pour l’iconal la « théologie naturelle » s’applique à l’homme.

C/ Sohravardi est un néoplatonicien : il utilise les connaissances de Platon et d’Aristote pour décrire les merveilles des anciens Perses. Les péripatéticiens associaient des divinités aux espèces. Cette philosophie est inspirée d’Aristote et de sa théorie de la définition.

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Artiste anonyme, Zodiaque du prince Iskandar-Sultan, Londres Wellcome library, London. Illustration du livre de Rarîd-ud Dîne Attar, Le cantique des oiseaux, éditions Diane de Selliers, 2014, site editionsdianedeselliers.com

Pour Sohravardi, les espèces sont l’ombre des mères appartenant au monde spirituel. Cela rejoint la théorie des Idées de Platon et les théories péripatéticiennes d’Aristote de la définition. Platon La République Livre VII « représente-toi des hommes dans une sorte d’habitation souterraine en forme de caverne » ; Platon République Livre X, il s’agit du texte sur la poésie et l’imitation, les trois espèces de lit (celui de Dieu, celui de l’artisan et celui du peintre) qui ont pour but de montrer que la finalité de l’éducation n’est pas d’être capable d’imiter mais de s’y connaître dans la matière étudiée (et d’en avoir l’expérience ? ) (600C) ; pour Aristote le Traité du ciel le chapitre 6 ; Aristote Le traité de catégories ; La physique : « Or, les étants sont multiples soit par la définition (par exemple l’être du blanc est autre que celui du cultivé, alors qu’une même chose peut-être l’un et l’autre, de sorte que l’un est multiple), soit par la division, comme le tout et les parties. Et là, désormais embarrassés, il reconnaissent que l’un est multiple… »(7) Physique, livre premier. « or sur le cercle il n’en est pas ainsi, mais le consécutif en est toujours le seul différent. Est donc infini ce dont, en le considérant selon la quantité, on peut toujours saisir quelque chose au-delà. Ce qui ne possède rien au-delà est achevé et est un tout, car c’est ainsi que nous définissons le tout : ce dont rien est absent, par exemple un homme ou un coffre est un tout. Et comme est la chose particulière, ainsi est aussi le sens propre, par exemple le tout est au-delà de quoi il n’y a rien, tandis que ce au-delà de quoi il y a un manque n’est pas un tout, quoi qu’il lui manque. Le tout et l’achevé sont d’une nature soit tout à fait la même soit très proche. Or rien est achevé sans avoir de fin, et la fin est une limite »(8) Nous tombons sur l’aporie du Parménide. Ce qu’il faut retenir ce sont les cercles qui encerclent le contemplatif de plus en plus larges vers la divinité. La divinité est au-delà de chacune de nos contemplations en sautant d’un cercle à l’autre, d’un ciel à l’autre. L’icône l’imaginal sont les clés de ces sauts non pas dans l’imitation mais dans la connaissance. On trouve une démarche péripatéticienne de la physique dans le travail de Sohravardi et elle est inspirée directement d’Aristote.

II Le Zoroastrisme sans Sohravardi

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Quelles sont ces ombres, ces mères, ces idées, ces formes pour reprendre Platon, qui habitent le mazdéisme? En lisant l’Avesta j’ai noté des points importants de sagesse.

A On trouve Les étoiles qui expriment par leur présence les perfections de la géométrie et de l’intelligence.

B Après les étoiles, la bonne santé qui est le fruit de la vertu et de lutte contre la sorcellerie. Le jeûne qui conduit aux visions et rêves peut-être dangereux et contraire à l’Avesta car contraire à la santé. Le jeûne s’il signifie de renoncer aux excès et de dominer les désirs de son corps est nécessaire pour une pensée spirituelle ou intellectuelle.

C Nous avons vu les étoiles et la bonne santé ce qui en découle ensuite est La vie simple: Vie simple sans les drogues, sans la magie qui prend le sens de sorcellerie, le simple comme source de sagesse. Dieu aime les âmes simples et la Vérité par opposition aux mauvais maîtres. (Deux sortes de magies : La magie comme divertissement, comme Montaigne l’explique par souci pédagogique et souci de respecter les rythme de la concentration de l’esprit, oui ; La magie pour tromper l’assemblée non).

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Page du Taccuinum Ibn Al Butlan le thème de la mandragore. Traité arabe de médecine écrit par Ibn Butlan.

Zoroastre, dans la Gâthâ (terme sanskrit qui signifie hymne, vers) dite de « la réforme de l’existence », Yasna (partie de l’avesta) 48, écrit : « Quand, ô Sage, les guerriers apprendront-ils le message ? Quand frapperas-tu cette ordure de liqueur, Grâce à laquelle les sacrificateurs méchamment, Et les mauvais maîtres des pays, Volontairement, exécutent leurs supercheries ? »(9)

La liqueur à laquelle fait référence Zoroastre Selon Jean Varenne, le soma (breuvage d’immortalité) serait le jus d’un champignon hallucinogène, l’amanite tue mouche présente alors dans les montagnes de Perse, remplacé plus tard par le chanvre. Le Veda (textes composés au XVe siècle avant notre ère. Terme venant du sanscrit qui signifie vision connaissance) a fait référence à la plante soma, qui a une tige, un chapeau, mais ni feuilles, ni fleurs. L’absorption donnerait une impression de vol, de voyage, de visions colorées et hallucinations auditives (10) .

D Après les étoiles et la bonne santé, La vie simple, la vertu se résume en bonne pensée. La bonne pensée se dit Vérité, Ahura Mazda (seigneur de la sagesse) en opposition avec son jumeau Ahriman (seigneur du mal). Ahura Mazda est le Dieu unique duquel découlent les lumières du zoroastrisme.

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Mohammad d’Alî de Golconde, poète dans un jardin (probablement Nezâmî), Boston. Ret S Michaud/ akg-images. La poésie comme vectrice de bonne pensée

Je cite l’Avesta (textes sacrés de la religion mazdéenne) : « 7. Celui qui vit sans reproche Reçoit Sagesse et Pouvoir, Bon Esprit et Pureté, Santé, Force et Longue vie. Qu'il les reçoive aujourd'hui, Constamment, en abondance! 8. Mais les autres recevront Le châtiment de leurs crimes! Que Ton Règne s'établisse En vertu du Bon Esprit, O Pouvoir divin suprême --- Parmi ceux qui ont vaincu. L'adversaire mensonger, En vivant la Vérité! » (11)

E Après la bonne pensée, Le sage parfait (par reprendre l’expression de Zoroastre) qui porte la lumière de gloire (Xvarna mot mazdéen qui apparaît en mazdéen dans les textes de Sohravardi), l’imâm (pour Sohravardi) donne une dimension institutionnelle à la religion. A l’époque il n’y avait pas de conscience des institutions. Elles existaient mais le pouvoir de l’état s’arrogeait parfois celui des institutions et particulièrement des institutions religieuses. Apparait avec le Shiisme la notion « d’imam caché ». Quand les pouvoirs politiques et religieux s’opposent à l’islam ou quand il y a des divisions dans la religion l’imâm est dit caché. L’imam caché permet de réfléchir à une religion non officielle. Je ne veux pas résoudre les difficultés. Mais la notion d’imam caché pose le problème des dérives dans les institutions sans hiérarchie pyramidale.

« En parlant de l’autorité du Sage parfait je n’entends pas l’exercice du pouvoir temporel triomphant. […] il arrive que l’Imâm investi de l’expérience mystique voit son autorité publiquement reconnue, il arrive qu’il reste caché. […] Lorsque le pouvoir est dans ses mains l’époque est une époque de Lumière. Mais lorsque l’époque est privée de toute régence divine, les Ténèbres sont alors triomphantes »(12) .

(Cette approche binaire ne prend pas encore en compte la notion d’institution. Il peut y avoir une institution religieuse officielle et des institutions religieuses non officielles. L’ensemble étant contrôlé par les pouvoirs politiques. Actuellement, en France, les évêques et archevêques sont choisis par l’Église en collaboration avec les pouvoirs publics ; au Maroc le Roi nomme les Imâms ; en Angleterre la Reine est la tête de l’Eglise anglicane posant la question de la fusion de l’institution gouvernementale et de l’institution religieuse. La question est, dans tous ces pays. Les autres religions indépendantes en dehors de la religion officielle, sont-elles en relation avec les pouvoirs publics ? Les sectes comment les gérer ? Les questions restent ouvertes.)

F Après les étoiles et la bonne santé, La vie simple, bonne pensée, le sage parfait, Les immortels bienfaisants

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L’ange de Tobie, du peintre Hossein Naqqâsh, École moghole, vers 1590, Musée Guimet, Paris. Tobie personnage de la Bible qui soigna son père avec le foi d’un poisson pêché par l’ange. Il chassa le démon qui empêchait son épouse de se marier.

Les immortels bienfaisants sont les anciens sages. La mémoire des anciens, de leur sagesse, de leur connaissance a besoin de ne pas être redémontrée à chaque génération afin que ne se pratique plus les sacrifices humains, des malversations au nom de Dieu. Ici, sur l’arbre de la mémoire se trouvent les fruits de nos ancêtres. Par exemple, Abraham est un immortel bienfaisant. Depuis ce patriarche, le sacrifice des enfants ne se pratique plus car, sur l’autel, Dieu a remplacé le jeune Isaac par un bélier.

La Yasna (partie de l’Avesta) 45 des Gathas est l’origine de la notion d’immortel bienfaisant : « Je vais discourir : Écoutez maintenant, et entendez, Vous qui de près ou de loin Venez vous instruire. Tous, faites de lui Votre sagesse, car il est manifeste. Puisse ne point détruire la seconde existence Le faux docteur Qui, pour son mauvais choix, A été classé, par la langue, Comme méchant ! Je vais discourir des deux esprits, Dont le plus saint, Au commencement de l’existence, A dit au destructeur : « Ni nos pensées, Ni nos doctrines Ni nos forces mentales ; Ni nos choix, Ni nos pâroles, ni nos actes ; Ni nos consciences, Ni nos âmes ne sont d’accord. » Je vais discourir Du commencement de cette existence, De ce que m’en a dit le Seigneur sage, Lui qui sait. Ceux d’entre vous Comme je vais la penser et la dire, Qui n’appliqueront pas la formule Pour ceux-là la fin De l’existence sera : « Hélas ! ». Je vais discourir De ce qu’il y a de meilleur En cette existence-ci. Celui qui m’a créé selon la Justice, Je le sais, Ô Sage, C’est le père de l’active Bonne Pensée ; Et celle-ci a pour fille La bienfaisante Dévotion. Il n’y a pas à tromper le Seigneur, Qui devine tout. Je vais discourir De la parole que le Seigneur Sage, Le Très-Saint, M’a dite la meilleure à entendre pour les hommes : « Ceux qui, pour moi, Prêteront à celui-ci obeissance Et attention Atteindront, par les actes de Bonnes Pensées, Intégrité et immortalité. » Je vais discourir, En le louant en tant que Justice, Du plus grand de tous, Qui veut du bien aux êtres. Que le Seigneur Sage entende, En temps qu’Esprit Saint, Lui que je louais Quand j’ai consulté la Bonne Pensée ! Que par ma force mentale Il m’enseigne le souverain bien ; Lui qui, à ceux qui sont vivants, L’ont été ou le seront, Donne le salut ou la perte : L’âme du juste gratifiée de l’immortalité, Les tortures à jamais pour le méchant. (De celles-ci aussi Le Seigneur Sage est créateur, Par son Empire.) « Tâche de nous le conquérir Par des louanges de révérence - Car j’ai maintenant contemplé cela de mon œil, Reconnaissant le Seigneur Sage À la justice de son Bon Esprit, De sa bonne action, De sa bonne parole –, Et puissions-nous lui offrir Des hymnes de louange Dans la maison du Chant ! Tâche de nous le propitier Avec la bonne Pensée, Lui qui, à volonté, Nous donne heur et malheur. Comme le Seigneur Sage, Par son Empire sur le village, Grâce à l’intimité de la Bonne Pensée Avec la Justice, Fasse prospérer nos bêtes et nos gens ! Tâche de nous les magnifier Par les hymnes de Dévotion, Lui qu’on perçoit dans l’âme Comme le seigneur Sage, Puisqu’il a promis, Avec sa Justice et sa Bonne Pensée, Intégrité et Immortalité, Vigueur et durée Dans sa maison ! » Quiconque par conséquent Sera malveillant désormais Envers les faux dieux Et envers les malveillants pour le sauveur (C'est-à-dire envers ceux Qui ne lui sont pas soumis), À celui-là, la sainte conscience Du sauveur à venir, Maître de sa maison, Tiendra lieu d’ami juré, De frère ou de père, Ô Seigneur Sage ! »(13)

Les anciens qui ont laissé leur sagesse sont immortels. Ils sont les immortels bienfaisants.

F Après les étoiles et la bonne santé, La vie simple, la vertu bonne pensée, Les immortels bienfaisants Les Anges font partie du monde spirituel.

Dans la théorie péripatéticienne, dans l’hermétisme, ou l’échelle de Jacob, à chaque fois, se tourner vers la divinité se fait dans la conscience des multiplicités spirituelles, les immortels mais aussi des anges, les mères qui dominent l’humanité et la nature.

L’ange permet de traverser les épreuves des 7 merveilles. Les Saints Immortels bienfaisants sont un peu comme les conseillers d’Ahura-Mazda. L’ornement poétique aurait transformé ces bienfaits en divinités esprits des mondes spirituels. Les croyances religieuses se transforment dans le temps. Mais les Zoroastriens sauront revenir au monothéisme en considérant les lumières spirituelles comme des anges prolongement de la sagesse de Dieu.

III Après avoir introduit qui était Sohravardi, après avoir expliqué quelques éléments importants du Zoroastrisme, je vais aborder Le Zoroastrisme de Sohravardi.

Les ombres sur la grotte de la caverne permettent de se tourner vers les lumières de l’existence. Elles sont les signes du spirituel. Comment sortir de la grotte ou de la prison su corps et du monde sensible ? L’approche manichéenne de Sohravardi en fait un docétiste (Le docétisme considère que le corps ne ressuscite pas et qu’en mourant l’âme rejoint la lumière divine). Sohravardi prône l’expérience de la séparation de l’âme et du corps pour accéder aux lumières spirituelles. Cela est contestable : « Je suis retenu prisonnier dans le pays d’Occident… J’ai sangloté, j’ai imploré, j’ai soupiré de regret sur cette séparation. »(14) « La plus magnifique des habitudes (malakât) est une habitude de mort par laquelle la Lumière régente se desquame pour ainsi dire des Ténèbres et, bien que l’attache avec le corps ne se laisse pas de subsister, elle transparaît au monde de la Lumière et devient comme suspendue au monde archangélique. »(15)

L’échelle de Jacob est accessible par l’intelligence. Les 7 noms inspirés des Gathas dans l’œuvre de Sohravardi sont 7 merveilles que l’ange lui dévoile, entre le jour et la nuit quand la Lune est rousse : Pour aujourd’hui je ne développerai qu’un petit texte en resituant dans le Coran les sept étoiles de la sagesse que Sohravardi développe dans ses écrits et en rappelant ses liens avec l’Avesta. Ces merveilles sont celles du monde spirituel. Elles modèrent le manichéisme de Sohravardi comme cette réflexion va le montrer. Sohravardi écrit en parlant de lui il dit moi et le sage est l’ange pourpre de sa vision. Cet extrait est tiré de l’Archange Empourpré: « Moi : Mais ici, quelle peut-être ton occupation ? Le Sage : Je suis un perpétuel pèlerin. Sans cesse je voyage autour du monde et j’en contemple les merveilles. Moi : Quelles sortes de merveilles as-tu observé dans le monde ? Le Sage : Sept merveilles en vérité : la première est la montagne du Qâf, notre patrie, à toi et à moi. La seconde : le Joyau qui illumine la nuit. La troisième : l’arbre Tûbâ. La quatrième : les douze ateliers. La cinquième : la cotte de mailles de David. La sixième : l’Épée. La septième : la Source de la Vie »(16) .

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Fresque de l’aurige vainqueur, 150-160 après J.C. Maison des auriges, Ostie, Italie.

La première merveille est la montagne du Qâf. Le premier nom dans les Gathas est le Vohu Manah « La bonne pensée » symbolisée par la vache. Les montagnes du Qâf sont constituées de deux montagnes de climat froid et de climat chaud. La connaissance de soi a deux montagnes passivité et irascibilité. Nous sommes dans l’éducation. La montagne du Qâf symbolise le pèlerinage, le détachement, le retour à l’origine spirituelle. (le Qâf est une lettre de l’alphabet arabe). Les deux montagnes sont comparables aux deux chevaux de l’aurige dans la métaphore de l’attelage ailé du Phèdre de Platon. Le Qâf correspond à la raison qui domine la nonchalance et l’irracibilité.

2 Les montagnes de l’initiation sont au nombre de 12 ! La deuxième étape de l’éducation consiste au Joyau qui illumine la nuit. Il est dans la troisième des 12 montagnes. Ce joyau se constitue de l’or de l’amant consumé par Allah. Selon Molla Sadra, quiconque s’attache à la fin dernière et la désire, Dieu le consumera de son feu et il deviendra de l’or pur dont on se réjouira. Le Joyau qui illumine la nuit représente la vérité. Le deuxième nom dans les 7 noms des Gathas est ASA la Vérité, l’amour pour les chrétiens mais aussi pour Al-Hakim al-Tirmidhi l’auteur du Livre de la profondeur des choses. Dans le Livre de la profondeur des choses

« par la lumière intérieure on voit à la foi l’intérieur et l’extérieur, tandis que par la lumière extérieure on ne voit que l’extérieur. […] Ils ont sorti leurs épées lumineuses des fourreaux qui les contenaient. Ces épées étaient trempées dans l’eau de l’amour, aiguisées par la connaissance, polies par la fidélité. »(17) Il s’ensuit un très beaux passage sur les lumières des épées et ses lumières rappellent la Sourate XXVI verset 35 : « La lampe est dans un verre et le verre est semblable à un astre brillant. Cette lampe est allumée à un arbre béni, l’olivier qui ne vient ni d’Orient, ni d’Occident » Coran Sourate XXIV verset 35. « De même que la lampe est suspendue en l’air avec une corde et de même que l’astre est suspendu au ciel, le cœur est suspendu au ciel, le ciel du Trône et sa corde est la foi, c'est-à-dire la proclamation de cette foi. »(18) (Al-Hakim al-Tirmidhi est l’un des plus anciens mystique du soufisme mort en 910). Le joyau qui illumine la nuit se trouve dans l’arbre Tûbâ.

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Semi de roses et phénix, mosaïque, Antioche, V° siècle.

L’arbre Tûbâ est l’arbre du paradis qui porte des fruits quand l’oiseau Sîmorgh rentre de ses voyages et revient des décentrements, de ses capacités à changer de point de vue. L’amour est la capacité à se décentrer sur l’autre. Il pourvoit aux bienfaits du monde. Il est cité dans la prière du pèlerin : « Toi qui contemples l’arbre Tûbâ et le Lotus de la limite […], Garant de Dieu pour les Célestes et les Terrestres, le salut soit sur toi, de ceux qui te reconnaissent tel que Dieu leur a fait te connaître, et qui te décernent quelques-unes des qualifications que tu mérites… »(19) . De même que l’huile de la lampe vient de l’arbre qui est l’olivier, de même, l’huile du cœur vient de l’arbre de l’Unité que Dieu a mentionné dans le Coran en le qualifiant d’excellent (tayyiba). Il l’a donc décrit en disant : « N’as-tu pas vu comment Allah propose en parabole une bonne parole pareille à un bel arbre dont la racine est ferme et la ramure s’élançant dans le ciel ? » Sourate XIV v. 24 qui se traduit aussi : « N’as-tu pas vu comment Allah propose en parabole une bonne parole pareille à un arbre excellent »

L’imaginaire, l’intelligence, la parabole, la métaphore et les figures de styles, l’heuristique, le rituel du prêtre sont l’arbre qui porte les fruits. Ce sont les Shakras de l’Avesta.

Dans la Bible l’arbre est le buisson ardent qui brûle sans se consumer.

4 La quatrième merveille correspond aux douze ateliers, la terre, la pensée adéquate, le tissage. Le travail, le tissage correspondent à la sagesse des relations sociales entre les hommes. La fabrication de ces relations et plus particulièrement le tissage de la cotte de maille. Qu’est-ce que la cotte de mailles ?

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Le livre d'heures de Jacques II de Châtillon BNF XV° siècle.

Deux sourates y font référence : « Et Nous asservîmes les montagnes à exalter Notre Gloire en compagnie de David. […] Nous lui (David) apprîmes la fabrication des cottes de mailles afin qu’elles vous protègent contre vos violences mutuelles (la guerre). En êtes-vous donc reconnaissants ? »(20) Coran 21 79-80

« Nous avons certes accordé une grâce à David de notre part. Ô montagnes et oiseaux, répétez avec lui (les louanges d’Allah). Et pour lui, Nous avons amolli le fer. (en lui disant) : « Fabrique des cottes de mailles complètes et mesure bien les mailles ». Et faites le bien. Je suis Clairvoyant sur ce que vous faites. »(21)

La cinquième merveille correspond à la fabrication des psaumes qui évitent la guerre. La cinquième merveille est dans l’Avesta l’eau, la santé, l’intégrité du corps.

6 La sixième merveille est l’épée. Elle correspond dans le Coran à la mise à mort des « associateurs ». Dans l’Avesta ce sont les plantes, l’immortalité. La sourate 9 est dite de l’épée mais dans le Coran le mot épée n’est jamais écrit. Les musulmans accompagnent la sourate 9 avec la sourate 2 plus modérée.

La sourate 9 a une raison spirituelle d’exister. Elle participe du renouvellement de la prière, de la sagesse de la composition des psaumes.

Sourate 9 29 : « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la Vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par leur propres mains, après s’être humiliés. » La capitation est un impôt.

Sourate 2 256 : « Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement. Donc, quiconque mécroit au rebelle tandis qu’il croit en Allah saisit l’anse la plus solide, qui ne peut se briser. »

Pour résister à la méchanceté des hommes la cotte de maille est le tissage des prières, du travail qui permettent de surmonter les coups d’épée, les violences mutuelles décrites par la sourate 21 79-80 et 9. La cotte de maille, le tissage ne fait-il pas référence aux écrits des sages pour la louange de Dieu d’où l’importance de la faire bien. Pour Sohravardi, le coup d’épée consiste à accepter les condamnations, la sagesse de l’homme du Livre, l’Imam(22) . Et de là, sort la Source de la Vie. Les reproches de l’imam et de la hiérarchie impliquent d’affiner la parole, la prière le discours intérieur et extérieur. Dans la relation avec la communauté se tisse une cotte de maille large et ample. La critique est le coup d’épée qui permet de renouveler l’inspiration. Il ne doit pas y avoir exclusion du psalmiste à la première critique autrement l’écrivain disparaît.

Le vêtement du croyant est la prière. Les prières sont les plantes les fleurs du jardin. Il y a crétion du jardin dans l’acceptation du coup d’épée.

La 7ème merveille est la source de vie

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Illustration du mantiq al-tahyr de Attâr, Iran XV° siècle ; Internet: 15 août 2012 Tradition orientales.

« Trouve la Source de la Vie. De cette Source fais couler l’eau à flots sur ta tête, jusqu’à ce que cette cotte de mailles (au lieu de t’enserrer à l’étroit) devienne un simple vêtement qui flotte avec souplesse autour de ta personne. Alors tu seras invulnérable au coup porté par cette Épée. C’est qu’en effet cette Eau assouplit la cotte de mailles (cf Qoran 34/10), et lorsque celle-ci a été parfaitement assouplie, le choc de l’Épée ne fait plus souffrir »(23) . La sourate 34 10 fait référence aux psaumes de David qui sont sa cotte de maille : «Nous avons certes accordé une grâce à David de Notre part. Ô montagnes et oiseaux, répétez avec lui (les louanges d’Allah). Et pour lui nous avons amolli le fer, « Fabrique des cottes de mailles complètes et mesure bien les mailles ». Et faites le bien. »(24) Il est nécessaire de méditer sans se décourager. Le paradis dans les Gathas ce sont les plantes (nom 6 des 7noms des immortels bienfaisants) du jardin qui poussent autour de la source de la Vie (Les eaux nom 5 des immortels bienfaisants des Gathas), les oiseaux et les montagnes. Les oiseaux et les montagnes font partie de la prière.

Le Zoroastrisme comme monothéisme aux plis multiples permet de penser les créations spirituelles et de ne pas rester dans le binaire de l’humanité et de la divinité. Les rayons de la Sagesse divine se prolongent sans interruption dans les multitudes de la divinité. Les images poétiques servent à décrire les lumières de la sagesse du Verbe de la prière. Les prières s’écrivent avec soin sous le regard de Dieu. L’écriture noire sur fond blanc prendra toute sa souplesse dans le partage. Les coups d’épées permettront de renaître telle la Simorgh (oiseau fabuleux qui renait dan le feu) toujours plus proche de Dieu.

2 L’influence des lumières du zoroastrisme dans la pensée orthodoxe et la pensée chrétienne.

La théologie naturelle est la science de la contemplation et elle était enseignée au Proche-Orient pour éviter de faire chuter les anges, pour continuer dans la tradition de David à composer des hymnes pour louer Dieu avec les oiseaux et les montagnes. La théologie naturelle permet d’accéder à la connaissance de Dieu comme image non faite de main d’homme au travers de la création de Dieu. Il est possible que les universités au XII° siécle n’accueillaient pas que des étudiants musulmans.

Dans l’humanité se retrouvent des reflets de la divinité. C’est-à-dire que l’intelligence de l’humanité, la spiritualité de l’humanité, l’imagination de l’humanité sont les reflets de la complexité des créations spirituelles et intellectuelles dans les mondes multiples qui unissent l’homme à la divinité.

Ces plis, ces habitudes sont des Occidents où l’Orient de la divinité se manifeste. Il n’y a pas imitation mais expression de la divinité, existence ou présence. Dans certains de ses gestes l’humanité arrête la lumière de la divinité. L’icône en reprend l’image et l’or s’accumule autour.

Quelles sont les merveilles présentes dans l’existence ? Certaines de ces merveilles rejoignent l’Avesta de Zoroastre ou les merveilles du Livre de la sagesse orientale de Sohravardi. Se retrouvent la majesté, les étoiles, les signes géométriques, les arbres comme la mémoire ou l’imagination, la rhétorique et la liturgie, la virginité synonyme de la bonne pensée, la remise en question de l’épée, la bonne santé, les immortels bienfaisants correspondent aux Vivants…

Au VII° siècle, L’Ecole d’Alexandrie, Edesse en Mésopotamie, Jundishapur en Perse où l’on inventa le système hospitalier montrent que le sage a une bonne formation scientifique avant d’accéder aux sciences humaines. Ainsi en était-il d’Avicenne (X° siècle) qui avant d’être Sage était médecin.

La vierge de tendresse

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Vierge de Vladimir, Galerie Trétiakov, Moscou.

Cette icône date de 1131. La Théotokos (qui signifie mère de Dieu) protège la Russie. Elle est fêtée le 3 juin.

Il existe des icônes de la Vierge Kyriotissa (celle qui règne en majesté), Hodiguitria (celle qui montre le chemin, dans un geste elle désigne l’enfant), Éléousa (Vierge de tendresse)… Toutes ces icônes ressemblent aux litanies que l’on récite lors des grandes fêtes de Marie.

La mère de Dieu « Pélagonitissa » XV° siècle monastère Saint-Catherine au Mont Sinaï : Image 13

Reproduction La Vierge tenant une montagne non taillée de main d’homme

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École des Stroganov, Montagne non taillée de main d’homme, fin du XVIe siècle Solvytchegodsk, musée d’histoire et d’Art. (Alfredo Tradigo, Icône et Saints d’Orient, Paris Hazan, 2005, p. 203).

La montagne non taillée de main d’homme : Sujet issu de l’interprétation, par le prophète Daniel, d’un songe du roi babylonien Nabuchodonosor (Daniel 2 :34) : la pierre qui se détacha de la montagne sans l’aide des mains de l’homme, frappa les pieds d’argile de la statue, et les mit en pièces – c’est le Christ, et son royaume qui doit remplacer les royaumes païens. La montagne de laquelle se détache la pierre – c’est la Mère de Dieu, la Vierge. Une autre interprétation : la montagne est le symbole de l’Eglise du Nouveau Testament. La montagne ne se cultive pas. Contrairement à la plaine, elle est vierge de la main de l’homme. La Reine du Ciel et le nouveau testament sont un tout unique.

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La Vierge du Signe, Cathédrale Basile le Bienheureux, Moscou, XVII° siècle.

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Adoration des mages, icône byzantine, Musée chrétien et byzantin d’Athène. La Vierge du signe (Isaïe 13, 7-14) « Écoutez donc, Maison de David !... Le Seigneur lui-même vous donnera un signe. Voici que la Vierge est enceinte et va enfanter un fils, et elle l’appellera Emmanuel (Dieu avec nous) ». Le cercle est un signe géométrique abstrait. Les signes font appel à l’intelligence du discernement. L’étoile, signe des mages, dirige dans l’intelligence ceux qui prennent le temps de méditer et d’observer. Les mouvements célestes des étoiles rappellent la géométrie, image intellectuelle de perfection, épiphanie. L’épiphanie se réalise dans la visite des mages à la crèche où la science et la sagesse rencontrent le spirituel. La perfection est une des épiphanies de la présence de l’Esprit Divin et il se manifeste dans l’intelligence des formes géométriques mathématiques.

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Milieu ou seconde moitié du XVIe siècle et 1630-1640 (revêtement) ; tempera sur bois, argent doré ; H. : 1,37 m ; l. : 1,02 cm ; prov. : iconostase de l’Eglise Saint-Cyrille du monastère Saint-Cyrille du lac blanc Kirillov, Musée national d'art et d'architecture de Saint-Cyrille-de-Beloozero, inv. ДЖ-312 / КП-1958 et ДМ-231 L’iconostase cache les célébrants au regard de l’assemblée pour présenter à leur place des icônes, portes vers le monde divin.

La Vierge porte l’Enfant à la manière d’une Hodighitira (qui montre le chemin) ; elle est entourée d’une série de symboles habituels dans l’hymnographie mariale comme l’échelle de Jacob, l’arbre de Jessé, le tabernacle des psaumes, la grotte de Daniel et le buisson ardent de Moïse. Le thème du Buisson ardent, embrasé mais non consumé, reconnu comme une préfiguration de la conception virginale fait référence à l’arbre de la rhétorique, des paraboles, des montagnes oiseaux et bergers des psaumes de David. Les plantes ne meurent pas dans la prière car elles alimentent un feu spirituel de louange. L’icône offre une des premières manifestations du thème où le buisson apparait dans le feu du vêtement de la Vierge. Le vêtement de la Vierge rejoint la cotte de mailles de la prière. Le feu est l’amour, le joyau qui illumine la nuit. La Vierge est le buisson qui ne se consume pas et donne la vie en gardant sa virginité. L’iconographie va de pair avec un style raffiné et une exécution magistrale qui se reflète dans l’association subtile d’éléments inédits, dans la maîtrise de dessins minutieux en camaïeu et dans le maniement habile des couleurs. Mais la Vierge est aussi la femme de l’Apocalypse, aux cheveux dénoués, entourés des évangélistes et de cercles d’anges de l’Apocalypse.

La Grotte : Le néoplatonisme des icônes symbolise les visions, les rêves inspirés par Dieu en une caverne(25) . La grotte de Daniel(26) sont les visions de Daniel et des rois qui lui étaient contemporains qui se projettent dans la caverne de l’imaginaire des pensées et des rêves. Daniel savait interpréter les rêves. La grotte de l’imaginal(27) devient la porte, Occident de la présence de Dieu. Dieu s’adresse aux rois dans les plis de leurs intelligences et de leur esprit. Les monstres que voient les rois les poussent à jeter Daniel dans la fosse aux lions. Mais, comme les bêtes des rêves des rois ne résistaient pas à l’interprétation de Daniel de même les lions ne faisaient pas de mal à Daniel.

De même, les bêtes de l’Apocalypse ne résistent pas à l’interprétation des justes. Et les méchancetés des puissants n’arrêtent pas les justes.

Rembrandt, Retour du fils prodigue, 1669, musée de l’Hermitage, Saint-Pétersbourg : Image 18

Dans les deux mains se distingue le pli maternel de l’humanité et le pli paternel de l’humanité.

L’épée :

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Angers, Tapisserie de l’Apocalypse, XIV° siècle, château d’Angers.

Tapisserie de l’Apocalypse d’Angers

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Inspiré du texte de Saint Jean l’Apocalypse. On peut penser que cette œuvre a été écrite par la Vierge Marie car la Christ sur la croix à dit à sa mère : « « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui. »(28) Il aurait pris, chez lui, la Vierge, non seulement matériellement, mais spirituellement. Sous la maison de son nom, il protégea le texte de Marie à une époque où la femme n’avait pas autorité pour écrire. L’épée dans l’Apocalypse symbolise la justice et la parole, le verbe qui tranche et juge : « Dans sa main droite il a sept étoiles, et de sa bouche sort une épée acérée, à double tranchant ; et son visage c’est comme le soleil qui brille de tout son éclat(29) » . L’épée à double tranchant correspond aux discours. Jésus parlait en paraboles. Ses discours avaient un double sens celui de la lettre et un sens ésotérique caché qui se dévoile dans la méditation et non dans la seule connaissance. L’agneau transpercé rappelle le mystère de la croix.

Au moment de l’annonciation l’ange salut la Vierge en lui souhaitant une bonne santé :

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Novgorod, milieu du XVIe siècle ; tempera sur bois H. : 1,46 m ; l. : 1,13 m ; prov. : abbatiale de la Transfiguration du monastère de Solovki Moscou, Musées du Kremlin, inv. Ж-800

Saint Luc Chapitre 1 verset 28 : « Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de Marie. Et, en entrant chez elle, il dit : « Salut, comblée de grâce ! le Seigneur est avec toi. » A cette parole elle fut toute troublée, elle se demandait ce que pouvait être cette salutation »(30).

Salut vient du du latin "saluto", "salutavi", "salutare" : garder sain et sauf, préserver. L’ange apparaît et souhaite une bonne santé à Marie. L’apparition ne demande pas une fragilisation du corps. Mais dans la souffrance et l’inquiétude Dieu apporte des consolations qui peuvent-être des apparitions. La force d’âme des malades leur permet de voir des apparitions. Le jeune et les privations n’ont pas pour fin de voir des apparitions mais de garder le contrôle de soi, de dominer son corps pour pouvoir être vertueux et rester vierge, glorifier son corps.

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Nativité de Dieu, Icône d’Andrei Rublev (1405) Cathédrale de l’annonciation, Moscou, Kremlin. Andrei Rublev (1360-1430) est un moine iconographe Russe. L’épiphanie, la visite des mages (les mages de la crèches ne sont pas des magiciens mais des sages et savant qui ont l’habitude d’observer le ciel) à la crèche guidés par l’étoile. Les savants sont des contemplatifs. Leur science de l’observation a permis de trouver la crèche. Ils sont arrivés moins vite que les bergers mais, ils venaient de plus loin. Les savants se rapprochent des immortels bienfaisants. Ils avaient participé d’un grand nombre de talents de la création (évangile des talents). Ils sont aimés de Dieu pour cela.

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Sainte Catherine d’Alexandrie, musée d’Athènes, exemple d’immortel bienfaisant appelé dans le nouveau testament Vivant.

Sainte Catherine d’Alexandrie a vécu vers 290 après J.C. Elle est la fille du roi Costus et fut instruite de tous les arts libéraux. Lors d’une séance d’apostasie de chrétiens, elle argumenta avec l’empereur Maxence. Elle utilisa la métonymie, l’allégorie, les syllogismes en parlant de claire et de mystique façon. Après un deuxième entretient où elle tente de convaincre l’empereur de l’existence du Dieu unique des chrétiens, l’empereur convoque une assemblée de 50 doctes grammairiens pour venir à bout de la vierge argumentatrice. Elle convertit les doctes de l’empereur qui les fait brûler sur la place publique. Elle meurt décapitée.

Ceux dont on se souvient sont immortels (Victor Segalen nomme immortels les ancêtres des Mahoris qui récitent leurs noms dans la prière). Ils ressusciteront, mais surtout ils accompagnent les hommes dans leur existence terrestre, et certains, comme Saint Jean jusqu’à la fin des temps. Ce sont les Vivants. Les quatre évangélistes sont quatre Vivants. Leurs écrits nous accompagnent jusqu’à la fin des temps. Sainte Catherine d’Alexandrie accompagne Jeanne d’Arc. Elle est un Vivant tel que le définit saint Paul 1 Thessaloniciens 4 13 : « Nous, les vivants, nous qui seront encore là pour l’Avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui seront endormis ». Ou encore, à propos de Jean, Jésus dit à saint Pierre : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. »(31) Saint Jean est un Vivant dans le sens de Saint Paul. Les Vivants ressusciteront en dernier car les premiers seront les derniers. Ils ne devanceront pas ceux qui sont endormis. Les Vivants sont ceux qui participent du verbe comme les quatre évangélistes.

Le verbe participe de tous les plis de l’humanité. Il comporte un sens apparent et un sens caché à dévoiler en méditant. Cette connaissance sert nos rapports à la divinité, la théologie naturelle. Mais cette connaissance sert aussi la recherche de la vérité, l’observation et la transmission des savoirs.

Conclusion

Cette réflexion portait sur l’art du partage spirituel, la théologie de la nature, la liturgie et le discours ou les écrits, la recherche de la vérité dans l’intelligence, la rhétorique. L’amour de Dieu, la présence de Dieu peut se manifester dans les merveilleux des apparitions, mais aussi dans la simplicité d’une présence immédiate, comme celle des bergers de la crèche, ou comme celle que défend Halladj. Peut-être que chacun de nous peut prétendre à l’ensemble de ces chemins. Dans chaque personne se trouvent le pli du sage et le pli du berger. Les apparitions ne sont pas réservées aux rois, aux moines, à ceux qui pratiquent les privations. Les anges et les saints apparaissent quand Dieu le souhaite. Le souci de chacun reste de tourner ses vertus vers la Sagesse et la Vérité, parfois par l’abstinence. Les expériences de mort sont à proscrire car dangereuses pour la santé. Chacun est libre de faire des rapprochements entre les différentes sagesses de vivre librement dans la symbolique. J’ai apporté des interprétations à certaines métaphores dans le désir de rapprocher les sagesses pour en démontrer une éventuelle origine commune. Cette origine n’est peut-être pas le zoroastrisme. Une remarque s’impose, le monothéisme depuis ses origines trouve des réponses dans la contemplation et l’observation du monde. Cette sagesse inspire l’écriture de la prière la rédaction des textes spirituels. La reconnaissance de la divinité existe dans le souci de justice pour que l’agneau ne soit plus transpercé par l’épée, dans la majesté, auprès la Vierge enceinte en toute femme qui attend un enfant, dans les étoiles, dans le souhait de bonne santé…etc. Cela implique l’importance, dans nos rapports humains, de ne négliger et de ne mépriser aucune lumière de la sagesse présente en l’humanité et de reconnaître nos voisins proches ou lointains dans leur totalité et dans la liberté de vivre leur humanité. Le discours doit-être mesuré, chaque maille est mesurée, modérée, emprunte de sagesse, et témoigne que l’aurige conduit son attelage avec raison.

 

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(1) Les dates sont en calendrier hégirien et en calendrier grégorien. Le calendrier hégirien des musulmans se fonde sur les douze mois lunaires. Il compte 354 ou 355 jours pour une année. L’année solaire, par comparaison, compte environ 11 jours de plus. Il commence le 16/07/622 le jour où Mahomet et ses compagnons quittent la Mecque pour l’oasis de Yathrib ancien nom de Médine. Le calendrier grégorien se réfère à l’année solaire et commence avec la naissance de Jésus Christ.

(2) Le monachisme n’existe pas en islam. Mais il existe des soufis qui font vœu de pauvreté et consacrent leur vie à la prière selon le principe du Coran : « Fais preuve de patience en [ restant ] avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir… » Coran sourate XVIII de la caverne, verset 28. Ceux qui consacrent leur vie à Dieu ont un rôle de soutien dans la prière pour l’humanité. Ils encouragent, par leur exemple, à la fidélité à la prière. Mais tous les musulmans qui méditent la sagesse du prophète n’ont pas à vivre comme des soufis. Une vie de privations ne convient pas aux familles, aux travailleurs, aux étudiants, aux princes et rois ou chefs d’état… L’œuvre de Sohravardi s’adresse aux soufis mais aussi aux princes, aux imâms, aux femmes, aux enfants, aux malades et dans le respect de la place et des engagements de chacun.

(3) Abdul Qasim Hasan Unsuri Balkhi entre le 10° et le 11° siècle (mort en 1039 environ) poète perse qui serait né à Balkh aujourd’hui en Afghanistan. Il vivait à la cours du sultan Mahmud Ghaznavi.

(4) H. Corbin. Shihaboddin Yahya Sohravardî œuvres philosophiques et Mystiques, Traduction Henry Corbin Tome I, Prolégomènes p. IV.

(5) Sihabodine Sohravardi, L’archange empourpré, p 202-203.

(6) Jacques Verger, Les sciences arabes en Occident au Moyen-Âge in Dominique Barthélémy & Michel Sot, colloque : L’islam au carrefour des civilisations médiévales, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2012, p. 188.

(7) Aristote, Physique, Trad. Steven, Paris : Vrin, 1999, Livre premier, 185 b 1 30, p. 73.

(8) Aristote, Physique, Trad. Steven, Paris : Vrin, 1999, Livre trois, 207 a 5, p. 145.

(9) Jean Varenne. Zoroastre, Paris : Seghers, 1975, p 70.

(10) Ibid, p 25.

(11) GATHA AHOUNAVAÏTI, trad. Carlos Bungé, Paris : Les éditions mazdéennes, 1933, XXX, strophes 7 et 8.

(12) Sohravardi, in le Livre de la sagesse orientale, p. 91.

(13) Jean Varenne, Zoroastre, Paris : Éditions Seghers, 1975, pp. 161-164.

(14) Sohravardî. Le récit de l’exil occidental, L’archange empourpré, Fayard, p. 279.

(15)  Sohravardi, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 239.

(16) Soravardi, L’Archange empourpré, p. 203.

(17) Al-Hakim al-Tirmidhi, Le livre de la profondeur des choses, publié par Geneviève Gobillot, pp. 246-247.

(18) Al-Hakim al-Tirmidhi, Le livre de la profondeur des choses, publié par Geneviève Gobillot, p. 249.

(19) Prière du pèlerin in H. Corbin, En islam iranien, Gallimard, 1972, t 4, pp. 458-459.

(20) Coran, 21, 79-80.

(21) Coran, 34, 10-11.

(22) « Que nul ne conçoive l’ambition d’obtenir la science des secrets de ce livre sans revenir auprès de la personne du khalife qui possède la science du Livre » Sohravardi, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 232.

(23)Sohravardi, L’Archange empourpré, p. 211.

(24) Coran, 34 ; 10,11.

(25) Platon, La République, mythe de la caverne, chapitre VII.

(26) Daniel

(27)Imaginal :

(28) Jean, 19 : 26-27.

(29) Jean, 1 : 19.

(30) Luc, 1 : 26-30.

(31) Jean, 21 : 22.

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Conférence
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