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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 18:45
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
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Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie

Le mercredi 9 décembre conférence: Les formes de l'âme dans la poésie

Au XIIIème siècle, suite aux premières traductions des penseurs grecs et de leurs commentateurs orientaux et méditerranéens, apparait le désir de reconnaître la conscience individuelle et sa place dans la société. Une famille se compose de gens libres[1]. Qu’est qu’une personne libre ?

(Comment toucher l’âme dans le discours ? L’objectif n’est pas l’éducation mais la connaissance de soi pour chercher à aimer et non pas à changer l’autre pour qu’il nous ressemble. Jean Tauler[2] écrit : « Tu ne doit pas seulement témoigner de la charité à ceux qui sont de ton état ou de ta manière de vivre ; cette charité exclusive est commandée par des sectes que la Sainte Église condamne sévèrement »[3]. )

La mystique rhénane, d’Albert Legrand à Maître Eckhart a permis une prise de conscience du peuple, de sa liberté de penser. Deux institutions sont à l’origine de l’épanouissement d’une mystique. Les béguinages abritent des communautés de femmes pieuses, à la foi religieuses et laïques qui ne sont pas engagées par des vœux monastiques. L’ordre monastique des dominicains jouissaient d’une grande liberté spirituelle et avaient une influence sur les béguines qu’ils accompagnaient spirituellement. La mystique consiste à reconnaître en chaque personne la présence de Dieu et la liberté de préserver cette présence. Au premier abord, cette conscience du discernement en chaque âme, semble porter atteinte à l’autorité politique ou religieuse. L'instruction et l’indépendance des femmes et de toute personne n’allaient pas sans heurts et craintes[4].

Cette rencontre décrit une étape de la formation des institutions modernes et le contexte de leur mise en place, l’importance de la morale. Je ne juge pas les institutions alors encore peu conscientes de leur place et de leurs rôles. Il n’est nullement question de remettre en cause l’Église. Cette réflexion a pour désire de témoigner des prémices de la reconnaissance de la conscience individuelle. Bien sûr les maladresses existent pour tous les acteurs dont je vais vous parler. Souvent, devant l’injustice, ils ne voyaient pas très bien les solutions qui viendront plus tard. L’importance du secret et de la réflexion, de laisser à chacun le loisir de réfléchir pour la formation de la conscience se perd dans l’accusation de quiétisme[5] et autres accusation d’hérésies…

Pour appuyer cette réflexion sur les formes de l’âme dans la poésie, je commencerai par présenter l’imaginal oriental, je ferai référence à un conte d’Avicenne[6], repris par le poète Jâmî, l’histoire d’Absâl et Salaman. L’imaginal est un terme inventé par Henry Corbin traducteur de Sohravardi et de textes orientaux d’Avicenne ou de Rûzbehân. Qu’est-ce que l’imaginal ? L’imaginal avec la figure de l’iconal désignent les métaphores des vertus du monde dont les faces s’éclairent quand elles sont tournées vers Dieu. L’imaginal correspond à la lumière de sagesse présente dans la nature les animaux et la matière. L’icônal correspond à la présence de Dieu dans l’humanité naturelle. Ces deux figures littéraires ouvrent les portes de la présence de Dieu en sagesse, de la joie en Dieu dans l’amour. L’imaginal et l’iconal sont des signes-reflets de la divinité présente à la matière. : « Il est en premier lieu l’apparent. Il est en second lieu l’intérieur, Il est en troisième lieu le signe (voici les cercles) ».[7]

Plan :

I Avicenne

A Le néoplatonisme oriental

A1 Des images de l’âme dans l’œuvre d’Avicenne

A2 Les oiseaux

A3 La chimère de Platon

A4 L ’Aphrodite Céleste

B Rûmî, le secret

II La Mystique Rhénane

A Le bienheureux maître Jean van Ruysbroeck

B La condamnation de Marguerite Porete

  • Présentation
  • Le secret exemple de personnes ayant prié dans le secret
  • Les hérésies
  • Les thèmes de Marguerite Porete développés dans son livre Le Mirouer des simples âmes anéanties

C Le cœur

D Maître Eckhart

  • présentation de Maître Eckhart
  • Le thème de la volonté dans l’œuvre de Maître Eckhart
  • La théorie de l’amour de Maître Eckhart
  • Une puissance de l’âme la femme

III Les intérêts politiques et le contexte politique de la mystique rhénane

IV L’influence du néoplatonisme oriental dans la pensée de l’idéalisme allemand

I LE NEOPLATONISME ORIENTAL

Gravure de Winckler (1915)

Je ne peux pas parler des multiples textes qui ont pu être traduits entre l’Orient et l’Occident. J’illustrerai cette approche orientale à partir d’un conte d’Avicenne qui concerne les relations entre les personnes. Qu’est-ce que la pensée orientale véhiculait ? Les écrits de Platon puis d’Aristote s’intéressaient à la science, l’ordre du monde et avec Platon la sagesse qui permettait aux habitants de la Cité d’avoir le discernement pour choisir ceux qui les dirigeraient et d’éviter la tyranie. Avicenne s’inspire de ces deux pensées et comme médecin, il se souci aussi de l’Esprit de ses patients et de leur indépendance de pensée. Il se soucie de la femme. Il montre dans le thème du mythe d’Absal et Salaman l’importance de ne pas se tromper dans l’amour ou dans l’amitié, de ne pas mélanger la sagesse de l’aimé avec la Sagesse. Dans Le conte des mille et une nuits, Shéhérazade garde la vie sauve par ses contes et sa sagesse. La femme apporte la sagesse mais faut-il s’arrêter là ? Faut-il laisser à la femme ou aux moines la prière comme le dit Errol Flynn dans Robin des Bois dans le film de 1938 de Michael Curtiz et William Keighley. Robin des Bois embauche frère Tuck pour éviter « l’ennui de prier » ! Sous prétexte de séparer les rôles, il est à la mode de ne pas développer certaines dimensions de la personnalité pourtant essentielles à la vie comme « manger » spirituellement.

A Avicenne

A1 Des images de l’âme dans l’œuvre d’Avicenne

L’œuvre d’Avicenne comprend trois récits peu connus mais repris par Henry Corbin dans son livre Avicenne et le récit visionnaire.

Fresque de l’aurige vainqueur, 150-160 après J.C. Maison des auriges, Ostie, Italie.

Ces trois récits en persan semblent constituer un tout évoquant chacun une étape d’un même parcours mystique. [8] Le Récit de Hayy Ibn Yaqzân, qui signifie "Vivant fils du veilleur" [9] décrit la rencontre avec un sage. Il lui enseigne les sciences et lui apprend à se séparer de le convoitise et de la colère symbolisés par deux personnages qui sont deux montagnes de l’âme à connaître et dominer ou éliminer. L’âme s’éveille et prend conscience que le sage est une partie d’elle-même. Le sage lui apprend que la vérité est à chercher au-delà des sens et de la matière dans une réalité spirituelle. Avec le Sage, il entre dans l’Orient de la sagesse et ce retour le met en présence des formes archangéliques de lumière qui sont l’origine de l’âme. Le voyage mystique n’est possible qu’après avoir dominé le corps et avoir dominé les deux compagnons la convoitise et la colère.

Dans le Récit de l’Oiseau (Risâlat al-Tayr), l’âme retourne vers l’Orient son origine. L’Ange qui l’accompagne lui permet de dépasser la montagne du Qâf (le corps). L’oiseau symbolise l’âme et surmonte pièges et tentations survolant de nombreux ciels. Quand elle se trouve en présence du Roi, il lui annonce la nécessité de retourner au monde sensible. "Nul ne peut dénouer le lien qui entrave vos pieds, hormis ceux-là mêmes qui l’y nouèrent. Voici donc que j’envoie vers eux un Messager qui leur imposera la tâche de vous satisfaire et d’écarter de vous l’entrave. Partez donc, heureux et satisfaits". [10] L’âme revient au monde terrestre et retrouve son corps. Elle existe dans sa dimension spirituelle et divine mais, elle vit aussi auprès de ses compagnons. Mais, ces rencontres spirituelles lui permettent d’avoir conscience de la présence à ses côtés de l’Ange messager du Roi.

L’ascension céleste du prophète Mohammad (mi’raj), Mohammad, Abraham et l’ange Gabriel, miniature turque, XIIIe siècle

Dans le troisième récit, Salâmân et Absâl reprennent le thème de la vocation de l’âme de retourner vers son origine spirituelle. Le récit décrit Salâmân, régnant sur un royaume, et Absâl, son jeune frère intelligent et beau. La femme de Salâmân amoureuse du jeune homme tente de le séduire mais, il ne cède pas à ses avances sa vie s’en trouve menacée. Absal meurt empoisonné par la femme. Salaman dans sa tristesse renonce à tous ses biens. Il mène une vie mystique et, dans sa prière, Dieu lui dévoile la vérité sur la mort de son frère. Il venge la mort de son frère en donnant à boire le poison à sa femme et ses complices.

Dans le Livre des Directives et des Remarques, Avicenne indique les rôles d’Absal et Salâmân, "Sache que Salâmân est une allégorie qui te représente toi-même, et qu’Absâl représente allégoriquement ton degré dans l’irfân, la science secrète, si tu es de ceux qui s’y adonnent"[8]. Salâmân et Absâl sont deux aspects de l’intellect : contemplatif dans son désir de rejoindre l’origine lumineuse de la sagesse qui est la véritable substance de l’âme. Ce désir est symbolisé par Absal. L’a pratique appartient à Salâmân qui incarne la volonté de dominer le monde de sensible et sous lunaire. La mort d’Absâl est symbolique de l’âme scellée qui par manque de prière à perdu la vie, son origine lumineuse c.a.d. sa sagesse. La vengeance de Salâmân correspond à la prise de conscience de la dimension spirituelle présente en lui, source qu’il trouvait chez son frère avant qu’il ne disparaisse, et la domination de ses désirs charnels et sensibles par l’intellect[9].

Ces trois récits incitent à se tourner vers la véritable identité de sagesse présente en nos âmes. Mais je vais encore reprendre ces textes pour y retravailler encore le sens spirituel en l’éclairant avec d’autres récits.

A2 Les oiseaux

Illustration du mantiq al-tahyr de Attâr, Iran XV° siècle ; Internet: 15 août 2012 Tradition orientales.

Le Sîmorgh est une figure symbolique de la littérature persane. L’Avesta lui donne le nom de Sanéa. Le Sanéa ressemble à un aigle, mais il est représenté avec deux têtes. Dans la littérature islamique persane, l’oiseau vit dans la montagne fabuleuse ou imaginale du Qâf[10], avec les péris et les démons. Cette place depuis le corps lui donne une double vue qui le fait le messager des dieux auprès des hommes. Le Sîmorgh peut échanger avec l’homme, mais si son langage est compréhensible des hommes. Il peut donc devenir le confident des mystiques. Il transporte sur ses ailes les héros des grandes épopées. À l’époque islamique, le sîmorgh symbolise le maître mystique, mais aussi les êtres de lumière de la divinité, ses manifestations aux hommes. Le Sîmorgh est le symbole du moi caché. Farîdun-Dîn ‘Attar, dans son Colloque des oiseaux, y fait référence. L’oiseau devient la recherche de soi. Les oiseaux, trente oiseaux, (sî morgh veut dire trente oiseaux) partent à la recherche d’un but transcendant. Quand ils arrivent à destination, ils constatent que le Sîmorgh est eux-mêmes.

Ancien chapiteau de la cathédrale d’Autun construite en 1120 pour accueillir les reliques de Saint Lazare et lieu de pèlerinage.

Dans le Récit de l’Oiseau, l’âme captive se réveille. Dans l’extase, elle voyage par-dessus les vallées et les montagnes, comme la montagne du Qâf. L’âme revient de l’extase, mais elle continue à progresser aux côtés de l’Ange.

A3 La chimère

Un des premiers textes à traiter de l’âme est le Phèdre de Platon. Le néoplatoniciens s’en inspirent. L’âme y est immortelle et inengendrée. Mais elle a une double nature. Le Phèdre a été l’objet de multiples interprétations pour dire que dans l’âme qui cherche à suivre le bien aimé, on trouve deux natures, l’une fougueuse, l’autre soumise. Le livre IX de la République décrit aussi l’âme. Les trois personnes qui constituent une personnalité y sont le lion et l’homme et celle de l’imaginaire et de ses possibles multiples.

Chimère sur un plat à figures rouges apulien, v. 350-340 av. J.-C.,musée du Louvre

« -Façonnons par la pensée une image de l’âme, pour que celui qui tient ces propos réalise ce qu’il dit.

-Quelle image ? demanda-t-il ?

-Une image, répondis-je, comme celles de ces natures antiques dont les mythes rapportent la genèse : La chimère, Scylla (monstre marin), Cerbère, et un certain nombre d’autre constituées d’un ensemble de formes naturelles multiples réunies en un seul être.

-C’est en effet ce que l’on raconte, dit-il.

-Façonne donc la forme unique d’un animal composite et polycéphale, possédant à la foi les têtes d’animaux paisibles et d’animaux féroces, disposées en cercle, et accorde lui le pouvoir de se transformer et de développer toutes ces formes par lui-même.

-Cet ouvrage sera l’œuvre d’un modeleur habile, dit-il, mais comme la pensée est plus malléable que la cire et les matériaux de ce genre, la voici modelée.

-Modèle à présent une autre forme, celle d’un lion, puis celle d’un homme, mais fait en sorte que le premier soit beaucoup plus grand, et que le second vienne en deuxième.

-voilà qui est plus facile, dit-il, c’est modelé.

-Attache maintenant ensemble ces trois formes, en les réunissant en une seule, de manière qu’elles s’ajustent naturellement les unes aux autres.

-Elles sont attachées ensemble.

-Façonne ensuite un recouvrement extérieur, l’image d’un être unique, celle d’un être humain, de telle sorte que quelqu’un qui ne pourrait voir les formes contenues à l’intérieur, mais ne pourrait que saisir l’apparence extérieure, croie voir un être vivant unique, un être humain ».

A partir de là deux attitudes s’offrent à l’homme être injuste et développer le Lion et la bête multiforme présents en nous ou, être juste et développer les plis paisibles comme un jardinier soigne ses plantes au détriment des mauvaises herbes. Cet homme intérieur fait alliance avec le naturel du Lion. Il prodiguera ses soins à tous en développant leur amitié mutuelle et avec lui-même »[11].

On retrouve ces trois personnages dans le mythe de l’attelage ailé du Phèdre (Platon, Phèdre, Le mythe de l’attelage ailé, 253 a, 246 a ). Le lion est remplacé par un cheval impulsif et l’homme par un cheval soumis. Le cocher est la troisième hypostase[12] de l’âme celle de la raison. L’imaginal sera de travailler dans son âme à n’entretenir que les plis de sagesse.

Nizami Ganjavi, Leila et Majnun[13], Une miniature de la version d’Amir Khusro; Walter Art Museum.

La tradition littéraire inspirera les motifs des métaphores de l’indiscible et de la recherche de la sagesse, de l’amour de Dieu. Les Légendes de Leila et Majnun ou l’épopée de Khoshrow et Shirin ont été rapportées au XIIe siècle par Nézami. Mais, elles appartenaient déjà à la tradition orale. L’amour pour Dieu prend les motifs amoureux littéraires des légendes populaires. Avicenne utilise la littérature pour décrire l’intellect dans le récit d’Absal et Salâman.

Prenons le récit de Salâman et Absal. La version avicennienne a en partie disparue, mais elle est rapportée par d’autres auteurs comme Nasîr et elle s’inspire du mythe hermétique d’Absal et de Salâmân[14]. L’explication, par Avicenne, du récit d’Absâl et Salâmaân[15] est la suivante: Absâl est l’intellect contemplatif sans lequel Salâmân ne peut diriger le royaume. Salâmân est l’Ange terrestre qui écrit. Il est l’intellect pratique. Salâmân et Absâl sont donc les deux faces de l’âme. En l’absence d’Absâl, Salâmân est désemparé et ses ennemis en profitent. Absâl le contemplatif peut seul conquérir l’Orient et l’Occident. C’est Absâl le contemplatif qui guerroie. Les conquêtes d’Absâl, en Orient et en Occident, sont celles du récit de Hayy ibn Yaqzân. La fiancée d’Absâl, selon H. Corbin, représente sa relation avec l’Orient. En effet, Absâl a aussi une épouse dans la version d’Avicenne. L’épouse de Salâmân est un démon (c.a.d. un pli de notre identité à dominer), quand celle d’Absâl serait un Ange céleste. On peut voir aussi, dans l’attirance de l’épouse de Salâmân pour Absâl, le lien qui unit les deux composantes de l’âme. La pensée d’Avicenne est celle d’une double personnalité dans l’homme, l’homme terrestre et l’homme céleste. On retrouve un fondement de l’Islam qui fait la différence, dans une personnalité, entre l’homme de lumière et l’homme terrestre. Mais, l’Islam ne se résume pas à un nestorianisme[16]. Ce double serait issu de la pensée hermétiste qui ne les séparait pas mais les considérait comme la doublure l’une de l’autre. Ces deux personnages deviennent les puissances d’une même âme. Ces puissances[17] sont elles-mêmes duelles, comme les chevaux de l’aurige du mythe du Phèdre. Ces deux personnages sont des figures « icônales » des plis de l’âme, de ses intellects et puissances.

Pour ne pas rigidifier ces analyses de l’âme des hommes, il est bon de dire que l’âme est une, mais elle comporte comme des plis et des replis[18]. Les personnages et les animaux de l’imaginal sont les métaphores de l’âme et ses capacités.

Reprenons l’exemple de Salâmâm et Absâl qui représente le couple des Anges[19] terrestres. Ces Anges sont les deux puissances de l’intelligence de l’âme. Ils sont la spéculation et la pratique qui permettent d’accéder à la connaissance. L’Ange qui écrit et agit est Salâmân, « l’intellect pratique ». Absâl est l’intelligence agente. Ils sont les deux faces de l’âme. Absâl est la partie de l’âme qui regarde vers le divin. Il est le représentant, la part virtuelle de l’âme humaine, et symbolise avec les anges du Coran. Dans l’âme se retrouvent, comme dans un miroir, les hiérarchies du « ciel », les dualités. Les anges virtuels de l’âme humaine symbolisent les archanges et les « Kérubim » ou les « Anges-Âmes »[20]. L’ange virtuel (le calame) est aussi l’ange terrestre qui est l’intellect contemplatif. Aliéner une des dimensions de l’homme, rejeter l’intellect pratique, ou l’intellect agent d’un individu, est une aliénation de la personnalité[21]. Je dis virtuel dans le sens de potentialité à ouvrir, encore en retrait et qui peut advenir par le travail et les anges célestes, prendre substance. Les anges célestes sont virtuels dans l’amour. Ils dirigent notre âme, la substance qu’ils apportent éclaire jusqu’aux derniers replis de notre humanité sensible. Entre Avicenne et Sohrawardi la différence vient de la sagesse divine qui existe et éclaire le monde sans séparation, selon Sohrawardi, entre le premier moteur et les derniers ciels de la création.

Semi de roses et phénix, mosaïque, Antioche, V° siècle. L’oiseau après avoir volé et cherché, trouvé l’aimé dans le partage amoureux, le trouve en lui. Il revient à lui-même pour donner une sagesse aux autres. L’oiseau est l’Emplumé. « Or donc, celui d’entre les suivants de Zeus duquel Amour s’est emparé, est capable de porter avec plus de fermeté le poids du Dieu qui a nom l’Emplumé »[22].

A4 L’Aphrodite céleste

Comparons le récit hermétique avec le récit d’Avicenne. Le récit hermétique raconte l’histoire de Salâmân éperdu d’amour pour Absâl. Cet amour ne lui permet pas de régner. Il a recours à un sage. Ce sage lui fait voir l’image qu’il porte en lui. Cette image est celle de l’Aphrodite céleste. Salâmân confondait son amour pour son ami Absâl avec celui de cette image intérieure. Salâmân reconnaît en lui les deux dimensions de son âme. Il n’a plus besoin de reporter son amour d’autrefois, sur une autre personne. Il le trouve en lui. « La dignité royale du grand arcane hermétiste : la conjonction du masculin-féminin ».[23] Le philosophe devient présence. La relation d’extériorité a disparu pour l’adoration de la Figure-archétype. La figure du Père, des lois, qu’il impose disparaît au profit de celle de l’Aphrodite céleste. La relation au monde devient une relation d’amour. La loi rend vertueux ouvrant les portes à la présence divine[24]. La mort d’Absal s’interprète comme la prise de conscience de notre sagesse. L’objet de l’amour présent en l’autre, la sagesse, passe dans le sujet[25]. Cette situation est rendue possible par un voyage intérieur au texte, une méditation incitée par le texte, auquel fait référence le voyage du Sîmorgh. Les obligations et relations sociales, les lois sont la répétition, les parts déterminées de la vie. L’amour permet de sortir du déterminisme paternel. Comme un livre d’heures les étapes de la vie se répètent et la participation progressive de tous les ciels se refait au quotidien tous les jours depuis le début. Le spirituel ne se contente pas d’une initiation qui change pour toujours l’existence. Le spirituel est une démarche qui se reconstruit chaque jour sur les bases de la vertu, la loi, la sagesse, l’amour et la lumière.

Dans le cycle de l’oiseau, il se fait comme une inversion du sujet. Le regard d’amour porté à l’aimée se transforme en prise de conscience d’une sagesse présente en nous. L’objet de l’amour présent en l’autre, la sagesse, passe dans le sujet. Cette situation n’est possible qu’au travers d’un itinéraire intérieur au texte auquel fait référence le voyage du Sîmorgh.

Le monde intermédiaire n’est pas du pur Platon, ni du pur Aristote. Le monde intermédiaire est le chemin qui passe par le sensible et l’intelligible. « L’erreur des dogmatiques est de faire comme s’il y avait un temps pour penser, temps solennel et un peu triste, et un temps pour aimer boire et danser.[26] » L’amour et la beauté sont le lieu d’une « transmutation ». Le symbolisme n’a pas seulement la prétention de représenter mais il retourne le sujet vers son Soi. C’est un thème que l’on retrouve dans les fidèles d’amour. « L’union qui conjoint l’intellect possible de l’âme humaine avec l’Intelligence active comme dator formarum, Ange de la Connaissance ou Sagesse-Sophia, est visualisée et vécue comme une union d’amour. »[27] Ce n’est pas dans une relation d’information que se fait le ta’wîd, mais dans une relation d’amour.

B Rûmî, le secret

Le secret, la caverne, la grotte se retrouvent aussi dans la mystique rhénane et orientale. Cet archétype spirituel, le secret, a des significations différentes suivant le contexte.

Le secret serait-il une influence de Jésus ? La souffrance incite à la prière. « Le corps est pareil à Marie, et chacun possède en lui un Jésus. Si nous éprouvons en nous cette douleur, notre Jésus naîtra ; mais si nous ne sentons aucune douleur, Jésus, par le chemin secret qu’il avait pris, s’en retourne à son origine, nous laissant privés de ses bienfaits »[28]. Jésus prend le sens ici du fond de l’âme, de la présence de Dieu en chacun, la part spirituelle de l’humanité. Cette spiritualité nait de la souffrance d’exister dans le corps qui provoque le désir de se tourner vers le spirituel. Cette conception montre Allah comme un Dieu qui souhaite le malheur des croyants. Elle est dangereuse car elle n’incite pas au progrès et à l’amélioration des conditions de vie.

Dieu a une dimension secrète. Il est indicible. « Si nous nous efforçons d’expliquer ce secret, même les saints unis à Dieu (awlya) perdront le fil du discours »[29]. « « Ce monde-ci est comme le rêve de celui qui dort ». Son interprétation, dans l’autre monde, sera différente, elle ne ressemblera pas au rêve. Il faut un interprète divin pour l’interpréter, car toutes choses lui sont dévoilées »[30]. Cette conception s’inspire de la Sourate 74 du secret caché. Dieu se rend visible par le Coran décrit alors comme son manteau : « o toi secret caché, apparais et préviens, célèbre ton Seigneur… ». « Que nul ne conçoive l’ambition d’obtenir la connaissance des secrets de ce livre sans revenir auprès de la personne (shakhs), du khalife qui possède la science du Livre »[31]. La recherche de Dieu se pratique individuellement avec le livre de la sagesse orientale de Sohravardî mais aussi en communauté avec l’imâm et le Livre du Coran.

La prière, en islam, dite secrète, désigne aussi le retrait de la personne qui prie : « l’homme intelligent et parfait est celui qui est reconnaissant malgré les épreuves, tant dans la présence que dans le secret »[32].

La Sourate de la Caverne dans le Coran raconte l’histoire d’enfants qui, pour fuir les persécutions, se cachèrent dans une grotte et en sortir vivant 307 ans plus tard dans une société à nouveau tournée vers Dieu. Les persécutions et l’amoralité ont obligé les enfants à se cacher. Ils se sont endormis. Les enfants sont les plis de la spiritualité qui se figent en attendant de pouvoir s’exprimer à nouveau.

Tom Pouce sur un papillon, illustration de L. Leslie Brooke, 1905

Pendant les croisades, les moines et les pèlerins qui se rendent en terre sainte retrouvent la sagesse grecque perdue à la chute d’Athènes qui commence au VIe siècle. Au VIIe siècle, le Parthénon devient une église ainsi que l’Érechthéion. Elle appartient à l’empire romain d’Occident. Au IX et Xème siècles, elle est envahie par les arabes. La fermeture de l’Académie de Platon[33] par Justinien en 529[34] amena de nombreux savants à s’exiler en Perse et l’enseignement grec qui s’y épanouit s’intégra pleinement à la pensée arabe. Sous l’administration des vizirs barmécides, Bagdad devint une grande capitale intellectuelle. Al-Mamun, calife de 813 à 833, avait réuni à Bagdad de nombreux savants. Il crée en 829, l’Observatoire de Bagdad. Pour la première fois après les chinois il est possible d’observer en permanence les étoiles. Les astrologues avaient traduit le Traité d’Astronomie et le Catalogue d’étoiles du grec Hipparque. Ce sont ces connaissances que les croisés rapportent d’Orient.

Quand au Moyen-âge, les premières traductions des pères grecs arrivent, l’Allemagne s’en trouvera influencée, d’abord religieusement sous les regards craintifs des pouvoirs politiques puis religieux en place. Avec ces nouvelles connaissances, le pouvoir religieux tentera de s’opposer à la tyrannie politique. Mais vite, l’inquisition d’abord opposée aux rois de l’Europe se retournera contre l’Église au service de la monarchie absolue. Les traductions de Platon, Aristote… se multiplient et la conscience populaire se met en place au travers de contes qui témoignent de ce désir de liberté.

Aristote sera interdit, censuré en 1210 pour les livres naturels. Mais, il continuera à être largement publié et diffusé. En 1215, la censure s’étend aux œuvres philosophiques d’Aristote et à ses interprètes païens Avicenne et Al-Farabî. L’Église détenait la connaissance et les universités. Elle agit sous la pression du pouvoir politique et royal.

L’influence orientale montre que l’un des premiers mouvements de libération de l’âme est religieux.

D Maître Eckhart (1260-1328)

La mystique rhénane est le résultat de la scolastique dominicaine allemande. La théologie rhénane est l’expression d’une liberté liée à l’indépendance des dominicains. Même si Maître Eckhart fut condamné, Albert Legrand a été l’initiateur dans sa province allemande d’une mystique du Verbe dans une tournure d’esprit néoplatonicienne dionysiaque et avicennienne. Le verbe est cette épée à double tranchant de celui qui sait voir Dieu dans la prière et dans la contemplation, dans le sens premier du texte et dans ses figures de style, parabole et autres lieux de méditation. Selon Albert Legrand, l’Un est ineffable et ne peut être exprimé que par une dialectique négative. Les puissances négatives du Verbe sont dyade[35], infini, mouvement, altérité, dissimilitudes, cycle de l’autre, devenir, matière. La prise de conscience du lieu secret de l’âme permet de penser la liberté individuelle. Ce lieu secret où Dieu parle à la personne n’est secret que dans le sens d’isolement quand Dieu demande de prier dans le secret de sa chambre, dans le calme d’une grotte et la discrétion. Ce lieu secret de l’âme est un des éléments de la liberté. Reconnaître à chacun une intimité avec Dieu, et toujours différente, participe de la conscience de l’ineffable. Le partage spirituel a donc besoin de passer par la voie négative pour laisser intacte la grotte de la Présence spirituelle. Quand Dieu s’est fait présence, il peut y avoir partage et formation d’un imaginaire commun dans le sens d’images mentales communes pour parler de Dieu. Les expériences partagées ouvrent la voie au discernement. Elles sont rarement semblables entre les personnes car Dieu a de multiples moyens de parler à sa créature.

By Reza Shah Kazemi
from the book The Spirit of Tolerance in Islam
(London: IB Tauris/IIS, 2012, pp.111-125)

A Présentation de maître Eckhart

Le pape Jean XXII émet une bulle condamnant certaines de ses thèses. Maître Eckhart ne le saura jamais, il s'est éteint peu avant, probablement en 1328. Mais, En 1992, le cardinal Ratzinger, Benoît XVI, a estimé que Maître Eckhart, n'ayant pas été condamné comme hérétique, n'avait nul besoin de réhabilitation, donc qu'il est "un bon théologien orthodoxe" (lettre du Vatican[36]). Mais ce n'est qu'à la suite d'un article de 2010 que cette information fut diffusée.

Maître Eckhart fait partie du courant moyenâgeux de la mystique rhénane et a contribué à son expansion.

Ce mouvement, basé sur le dialogue entre une âme et Dieu permettra d’initier la liberté individuelle dans la prise de conscience de l’âme personnelle de chacun, de la présence de Dieu en chacun. Certains points deviennent des spécificités de l’humanité du maître et de son époque et ses contradictions, sa dimension séculière (le séculier se définit comme appartenant au siècle, l’époque de l’auteur).

La mystique de Maître Eckhart est indispensable à la liberté de conscience nécessaire à la démocratie pour deux raisons :

Le souci de penser le monde dans l’unité de la divinité sans séparer les plis de l’humanité du monde spirituel

  • "L'être et la nature de Dieu sont miens", cette phrase résume sa vision profondément unitaire. Le divin est présent à la fois dans le monde extérieur et à l'intérieur de chaque individu ; si ce n'était pas le cas, le UN serait deux, ce qui est impossible.

Deuxième souci, se rendre disponible à la présence de Dieu en nous.

  • Seul le détachement peut vider l'âme pour qu'elle se remplisse de la grâce divine.

Ces deux principes semblent contradictoires mais en réalité le mouvement de se tourner vers Dieu se fait dans une connaissance de l’humanité où chaque pli se fait porte vers Dieu. La porte n’arrête pas l’esprit de celui qui la passe. La connaissance de ces portes à tourner vers Dieu, de ces miroirs à orienter permet de devenir rayonnant de la présence de Dieu.

La mystique de maître Eckhart se caractérise par des thèmes dont trois me semblent importants :

B La volonté

« les choses qui sont maintenant pour nous trop élevées, la raison les remarque pourtant. En revanche c’est la volonté seule qui peut toute choses, C’est ce dont témoigne Saint Paul quand il dit : « je peux toutes choses avec Dieu qui me fortifie. » »[37]

Il ne parle pas de plis de l’âme ou de facettes mais de puissances. La volonté va constituer les orientations du possible et déterminer librement l’existence dans l’amour.

La réflexion de Maître Eckhart sur la volonté s’inspire de Saint Augustin. « Ainsi, pour multiples et divers que soient les biens entre lesquels chacun choisit ce qu’il veut et le voyant et le faisant sien, le constitue en toute droiture et vérité en bien suprême, il se peut cependant que la lumière même de la sagesse dans laquelle nous pouvons voir et posséder ces biens soit une réalité unique commune à tous les sages »[38].

C L’amour, le coeur :

Les thèmes de la lumière, de l’intellect et de l’émanation forment la théorie de l’amour de Maître Eckhart où la lumière est la connaissance et mémoire, l’intellect la volonté, l’émanation les fruits d’un retour à soi.

Les personnes divines, dans un néoplatonisme, projettent leur image dans l’âme qui devient leur origine : « […] la volonté l’image du Saint-Esprit, le pouvoir de connaître celle du Fils, la mémoire celle du Père »[39].

« Un maître dit : Dieu est par la grâce porté et planté dans l’âme ; de là jaillit en elle une divine fontaine d’amour qui ramène l’âme en Dieu… »[40]. À cette phrase suit une description des moyens avec lesquels l’âme s’approprie le divin. Entre la voie négative et l’approche positive l’Esprit s’impose dans l’âme par la raison. Le divin entre alors dans la volonté. L’amour place le spirituel dans une surexistence par rapport à l’intellect, le raison, le sensible.

Le cœur du juste se fait miroir du cœur de Dieu. Maître Eckhart écrit : « Les justes, au contraire, n’ont absolument aucune volonté : ce que Dieu veut, cela leur est tout bien, quelque grands que soient les malheurs qui arrivent. Les hommes justes prennent la justice si à cœur que si Dieu n’était pas juste ils ne se soucieraient pas plus de lui que d’une guigne ! Ils sont si fermement établis sur la justice, si entièrement sortis de leur moi, qu’ils ne se soucient ni des peines de l’enfer, ni des joies du ciel, ni de quoi que ce soit d’autre. […] J’ai dit : le juste reste toujours égal à lui-même. Comment cela ? Eh bien, celui qu’une chose réjouit encore mais qu’une autre chose trouble, il n’est, précisément, pas encore « juste » ; bien davantage, celui qui est joyeux à un moment, mais à un autre l’est moins ou ne l’est pas du tout, il est encore loin de ce qui est juste »[41].

« la plus puissante prière, presque toute puissante, pour acquérir toutes choses, et aussi, parmi elles, l’œuvre le plus précieuse, est celle qui sort d’un cœur vide. Plus celui-ci est vide, plus puissante, précieuse, proche, louable et parfaite sont prière et œuvre. […] « Qu’est-ce qu’un cœur vide ? » - Un cœur qui n’étant pas chargé ni troublé par quoi que ce soit, ni attaché à rien, ne voit nulle part dans le monde son avantage, mais est plongé entièrement dans la plus chère volonté de Dieu, ayant renoncé à la sienne propre ! »[42]

Attention ! Ces deux phrases montrent que maître Eckhart ne propose pas le renoncement pour se soumettre à n’importe qui. Le renoncement ne se manifeste pas comme un esprit passif dans le monde. L’esprit s’offre à Dieu et aux hommes selon la volonté de Dieu seulement qui peut se manifester dans le partage spirituel mais pas dans le matérialisme et les intérêts charnels! Maître Eckhart s’adresse à des moniales ou des béguines qui ne vivent que pour Dieu, mais agir selon le cœur de Dieu s’adresse à tous.

D Une puissance de l’âme, la femme

Dans l’œuvre d’Eckhart l’âme reçoit le nom de femme. « Si quelqu’un n’était jamais que vierge il ne porterait jamais de fruit, pour devenir fécond il faut nécessairement être femme. « Femme » est le nom le plus noble que l’ont peut attribuer à l’âme, beaucoup plus noble que celui de « vierge ». »[43] La vertu caractérise la béguine mais elle cherche à aller plus loin. Elle cherche Dieu. La féminité est réceptivité, maternité, accueil et ces qualités sont les vertus qui permettent de se rendre disponible à Dieu. Aristote nomme cette capacité l’intellect patient. La femme est l’icône de l’intellect patient dans l’art de la rhétorique spirituelle.

Au travers de l’enseignement de son prédécesseur Thierry de Freiberg, Maître Eckhart garde l’idée que « l’intellect agent »[44] est l’image même de Dieu. L’âme est la grotte de Dieu. « le grand maître Origène présente une comparaison : l’image de Dieu, le Fils de Dieu est dans le fond de l’âme comme une source vive »[45].

Le fond secret de l’âme « l’abditum mentis »[46] constitue le thème de méditation de saint Augustin, le fond secret de l’âme. Le secret de l’âme est ce que Saint Augustin appelle « le lieu secret de Dieu » une retraite pour les âmes. « Mais peut-être les âmes, existant déjà dans quelque lieu secret de Dieu, sont-elles envoyées pour animer et régir le corps de chacun de ceux qui naissent un par un. »[47] « Car ce que l’on appelle sa pensée n’est pas l’âme, mais ce qui est le meilleur dans l’âme. »[48] La pensée est une image, imitation imparfaite de la trinité.

L’icône de Dieu réalise le monothéisme. Ce thème du fond secret de l’âme est inspiré de Proclus et de son concept d’hénade[49] qui permet de penser le multiple dans le monothéisme.

La relation à Dieu se réalise par l’intellect agent et l’intellect possible. Cette relation permet de passer de l’un au multiple, du tout au possible. « Ceci (intelliger) se produit de deux façons : d’une première façon, en puissance ou potentiellement, comme dans l’intellect possible qui [peut] « tout devenir », selon le Philosophe au livre III de De l’Âme, d’une autre façon en acte, comme dans l’intellect agent, qui [peut] « tout faire » »[50].

« Si le fond secret de l’âme, dont on a souvent parlé, qui est intellect par essence toujours en acte, était en réalité une certaine puissance selon le mode de l’accident dans le sujet âme, à la manière des vertus sensitives et de l’intellect possible, on pourrait efficacement s’opposer à ce qui a été dit, à savoir que l’âme n’est pas immortelle grâce à l’information par laquelle elle est informée par la raison éternelle ou à partir de l’existence de vérité immuables »[51].

« le fond secret de l’âme, qui est intellect par essence en raison de son émanation depuis Dieu et de son retour à Dieu comme à son principe, et en raison de sa relation à Dieu comme similitude de sa représentation, est au plus haute degré image de Dieu »[52].

Le fond secret de l’âme n’appartient peut-être pas dans sa totalité à l’âme. Elle peut-être une substance séparée dans le cas de relations avec les anges. « Ce sont les substances spirituelles que nous appelons ange…Ainsi, ces substances spirituelles procèdent depuis Dieu dans la ressemblance de la substance divine qui subsiste dans de telles perfections à sa manière, c’est-à-dire d’une manière divine et qui lui propre »[53]. L’intellect agent comme image de Dieu, ange de la face, participe de notre âme qui participe ainsi de la divinité. Cette approche de l’intellect agent s’inspire d’Avicenne, La métaphysique, IX, 7. Dietrich de Freiberg remarque qu’Avicenne comme Averroès considèrent l’intellect agent comme substance séparée[54]. « De plus, tu dois savoir que dans notre pur intellect, il n’y a en aucune manière multitude de formes ; lui-même est en effet le principe de toute forme émanant de lui dans l’âme. De plus, tu dois accepter de la même manière qu’il est une disposition purement séparée, du fait qu’ils intelligent certaines choses »[55]. Averroès écrit : « Et, en tant qu’elle est l’agent, de toutes les formes intelligibles, il faut nécessairement que l’Intelligence agente soit séparée et qu’elle ne soit ni mélangée, ni passible »[56].

Maître Eckhart sortira de cette impasse en déplaçant la réflexion comme adéquation de la chose à l’intellect vers celle des relations entre l’être du connu et celui du connaissant. La théorie de la vérité aristotélicienne par ses commentateurs s’en trouve modifiée. Julie Casteigt, dans Connaissance et vérité chez Maître Eckhart seul le juste connait la justice[57] page 35, décrit l’approche de maître Eckhart comme centrée sur l’engendrement. L’engendrement par et dans le connu s’inspire de Jean I, 18 : « Dieu nul ne l’a jamais vu, Le fils unique qui est dans le sein du Père Lui l’a manifesté ». « Les expositions du verset mentionnent non seulement qu’une connaissance n’est vraie mais surtout n’est possible que si le connaissant est dans ce qu’il connait »[58]. Maître Eckhart a recours pour développer sa thèse à deux figures iconales présentes dans ses textes : « Seul le Fils connait le père » Matthieu 11, 27 ; et « seul le juste connait la justice », parce qu’il est engendré par elle et en elle. Ces figures permettent de préciser la notion d’engendrement comme un rapport d’identité de nature et de distinction selon la relation entre un principe et son principié » Julie Casteight, Connaissance et vérité chez Maître Eckhart, p. 35. Jean 14, 26 -que le connaissant soit et soit dans le connu- avec l’engendrement du connaissant dans et par l’être du connu qui advient dans l’acte de connaître. « D’autre part, il élabore philosophiquement la notion d’engendrement présente en Jean 1, 18 et dans la question de la naissance du Verbe dans l’âme, au travers des sermons allemands, de telle sorte que la constitution du connaissant dans l’acte de connaître éclaire le rapport filial de l’homme à Dieu et soit réciproquement éclairé par lui » Julie Casteigt, Connaissance et vérité chez Maître Eckhart, Vrin, 2006, p. 35. Cette approche de Julie Casteight implique que la sagesse de Maître Eckhart soit soucieuse de la préparation des cœurs pour recevoir la divinité. Maître Eckhart centre sa réflexion sur l’intellect patient, le cœur de l’homme. Le cœur est le lieu de la volonté. Dietrich de Freiberg étudie l’intellect agent et ses rapports à l’âme. Il le conçoit comme extérieur à l’âme. La relation, la sagesse qui fait relation permet de penser l’existence dans l’unité, la présence de Dieu dans l’unité. La sagesse passe de l’intellect agent à l’intellect patient pour atteindre l’intellect possible.

Avicenne dans son texte, De la relation[59], traite de ce qui fait lien entre les relatifs l’aimant et l’aimé, le sujet et son objet, le père et le fils… Ce texte inspire maître Eckhart pour penser la relation de substance entre le père et le fils. Mais maître Eckhart ne va-t-il pas trop loin dans l’interprétation de saint Mathieu 16, 24 « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive » ? Son interprétation est hardie comme la souligne l’éditeur en note : « il faut qu’il se dépouille et se défasse de tout ce qui est croix et souffrance […] Quiconque aurait renoncé à lui-même et serait complètement sorti de soi, rien ne pourrait plus être pour lui une « croix » ou une souffrance : tout lui serait un ravissement, un délice, une joie du cœur. Un tel homme marcherait vraiment sur les traces de Dieu »[60]. Maître Eckhart supprime la souffrance ce qui à mon sens n’est pas la pensée de Jésus mais un contre sens car les quatre évangélistes rapportent les propos de Jésus qui présagent de sa terrible mort. Cette approche dangereuse du maître rejoint le rêve orgueilleux du surhomme[61], de l’homme parfait. L’extase n’est pas un perpétuel délice mais un temps de bonheur dans la contemplation de Dieu, le réconfort des anges[62] qui ne retire pas l’épreuve.

Se mettre dans la volonté de Dieu apporte le vrai bonheur. L’intelligence et la connaissance se servent le cœur de Dieu, dans l’œuvre d’Eckhart. « Et personne n’est où est le Fils qui est celui qui est « dans le sein et dans le cœur du Père » : Un dans l’Un c’est le lieu du Fils. « Je veux la conduire dans une calme retraite et là je parlerai à son cœur ! » C’est le Père qui le dit. Cœur à cœur, Un à Un, c’est ce qu’aime Dieu, »[63].

  • Le secret, des exemples de personnes ayant prié dans le secret et ayant partagé cette méditation

Le Libre esprit, selon l’inquisition, est un esprit libéré du superflu pour laisser la place toute entière à Dieu. Cette démarche est une pratique courante du monachisme. Elle rejoint la démarche hésychaste. Elle concerne aussi les laïcs en période de carême, et encore pour prier même sans engagement lié à des vœux. Son objectif consiste à trouver la paix en Jésus Christ en dehors du monde. L’inquisition condamnait cette démarche quand elle s’accompagnait d’un rejet de la hiérarchie religieuse. En fait cette condamnation repose sur une incompréhension. La démarche de prière demande de se mettre en présence de Dieu. Pour la prière individuelle, la présence de Dieu se réalise dans le silence de l’âme comme l’explique Matthieu : « Quand tu pries, retire toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret te le rendra »[64]. Bien sûr il y a différentes formes de prières. Les prières en assemblées, par exemple, la célébration de la messe dans l’arche de la liturgie… Ces prières ne sont pas secrètes mais publiques et participent de la formation du corps social spirituel. Ces dernières n’excluent pas la prière dans le secret. Cette prière de méditation permet de connaître sa conscience, de réfléchir sur sa vie.

icons from Sinai. — Los Angeles: Getty Publications, 2006. — Catalogue No. 13, pp. 152-153, ill. Annonciation, XIIe siècle.

La prière secrète individuelle ne signifie pas le renoncement au partage spirituel. L’annonciation est un exemple de ce type de prière. Marie n’a pas gardé pour elle l’annonce de l’ange. Elle ne cachera pas à sa cousine Elisabeth sa maternité spirituelle merveilleuse, ni au monde. Et pourtant, l’annonce de l’ange se réalise dans le secret de sa maison.

Livre d’heure en usage à Rome au XVe siècle, Sainte Marguerite d’Antioche, Bibliothèque de l’agglomération de valence Roman sud Rhône-Alpes.

De même Jeanne d’Arc reçoit les messages de saint Michel, de sainte Marguerite d’Antioche[65], et de sainte Catherine d’Alexandrie[66] quand elle est seule, et s’empresse de se faire connaître pour accomplir sa mission et témoigner au procès. Elle entend des voies mais dans le silence et le secret de sa prison. Elle les rapporte publiquement au procès. L’expression mettre au secret signifie mettre en prison, écarter la personne de toute relation sociale, s’écarter du monde. Ensuite y retourner. Comme l’oiseau dans le récit de l’oiseau d’Avicenne. Moïse rédige les tables de la loi, seul, sur le Mont Sinaï, après que Dieu se soit manifesté au travers du buisson ardent[67]. Cette retraite a permis de donner au peuple juif la Loi, le soutien paternel de Dieu premier ciel à vivre pour devenir fils et assurer la présence de dieu au monde : « Aaron et tous les israélites virent Moïse, et voici que la peau de son visage rayonnait, et ils avaient peur de l’approcher. Moïse les appela ; Aaron et tous es chefs de la communauté revinrent alors vers lui, et Moïse leur parla. Ensuite tous les israélites s’approchèrent, et il leur ordonna tout ce dont Yahvé avait parlé sur le mont Sinaï. […] les israélites voyaient le visage de Moïse rayonner. Puis Moïse remettait le voile sur son visage, jusqu’à ce qu’il entrât pour parler avec Lui »[68]. Dans l’Ancien testament, les hommes ont peur de la Lumière et de la Sagesse de Dieu. Ils la mêlent à leur quotidien par l’obéissance à la Loi, mais la Loi sert tous les hommes[69].

Bernin (Gian, Lorenzo Bernini), extase de sainte Thérèse, Église Santa Maria della Vittoria, Rome.

Sainte Thérèse du Bernin montre une extase de la Sainte en présence des lumières spirituelles. Un Ange à ses cotés tient une flèche pour lui transpercer le cœur.

Conclusion : La réflexion sur l’âme de maître Eckhart permet de reconnaître que chacun peu travailler à se mettre en présence de Dieu, elle implique la liberté de chacun de disposer de sa volonté et de juger par lui-même de la présence de la divinité comme source de ses engagements. Nul ne peut dicter à quelqu’un les orientations de son existence sauf Dieu. Le vœu d’obéissance à une communauté de ceux qui choisissent le monachisme est un choix qui n’engage pas l’ensemble des croyants. Mais dans le monachisme, l’étude de la liberté de conscience permet d’accéder à la connaissance de la conscience collective. La présence de Dieu dans le secret des âmes constitue l’arche de la communauté. Le monachisme peut ainsi être considéré comme une des origines de la connaissance du mouvement indépendant de chaque âme en Dieu. La personne morale de la communauté s’inspire de la prière dans le secret des âmes et du partage, de l’écoute de chacun. Ainsi, l’humble Bernadette a permis à l’Eglise, la personne morale de l’Eglise, de reconnaître l’immaculée conception. Selon Maître Eckhart, le renoncement au cœur n’est pas un renoncement à la volonté mais une volonté placée dans le cœur de Dieu.

Dieu s’adresse à toutes les consciences. Le rôle des hiérarchies religieuses n’est pas d’empêcher le dialogue des fidèles avec leur Dieu. Le rôle de la hiérarchie religieuse est de préparer les âmes à la sagesse ou vertu et la connaissance dans l’amour portes de la présence de Dieu dans les âmes. La présence de Dieu peut-être plus grande dans les âmes des humbles que dans celle des savants. Elle l’est certainement souvent. Mais cela doit être source de joie et non de jalousie pour les très aimés de Dieu. La richesse de cette multiplicité dans l’Un constitue l’un des fondements de la démocratie, la conscience de l’importance de chacun et de l’importance des consciences.

Ce texte est un raccourci pour le blog d’une réflexion plus importante. Mais j’ai choisi de rapporter le thème du secret car il a été l’objet de beaucoup de persécutions entre frères dans la croyance.

[1] Aristote écrivait : « Mais une famille achevée se compose d’esclaves et de gens libres » Les politiques, Paris : Flammarion, 1990, p. 94 (I, 3, 1253-b). L’esclavage ayant été aboli nous disons : une famille se compose de gens libres.

[2] Tauler (1300-1361) : moine dominicaine mystique Rhénan élève de maître Eckhart.

[3] Jean Tauler (disciple d’Eckart dont il fut l’élève) Sermon 31. Sermons de jean Tauler, trad. Hugueny-Tery, Paris, Éd. Du Cerf, 1991, p 236 et suivantes.

[4] Reconnaître une relation à Dieu possible à chacun relève de l’évangile : «

[5] Quiétisme : hérésie, doctrine mystique inspirée de l’Espagnol Michel Molinos (1628-1696), répandue en France à la fin du XVIIe siècle, suivant laquelle la perfection chrétienne réside dans la quiétude, c’est-à-dire « l’amour pur » et la contemplation de Dieu, en l’absence de toute activité propre de l’âme. Le quiétisme diffère du jansénisme. Ces mouvements déforment l’oraison dans leur théologie. Les uns dédaignent les œuvres, la mortification, la méditation conceptuelle, les autres exagèrent sur la piété pénitentielle et la fuite du monde. Ces deux piétés sont pourtant nécessaires et forment des plis de l’âme car une Marthe et une Marie existent dans chaque âme (in Albert Dufourcq, Bulletin Hispanique, 1923, Volume 25, n°25-3, p. 290 www.persee.fr site université de Lyon, ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche).

[6] Avicenne (980-1037) : Médecin et philosophe écrivain, scientifique persan. Il est connu pour ses écrits en astronomie, alchimie, chimie, psychologie.

[7] Halladj, Le livre des Tawassines, Le Jardin du savoir, Editions du rocher, 1994, p. 95-97. Halladj reconnait l’importance des signes. Pourtant Halladj dit ne pas croire aux intermédiaires. Il existe plusieurs chemins vers la divinité. La relation à Dieu sans intermédiaire est la plus puissante mais Dieu veut que nous vivions dans notre ciel en respectant les hiérarchies célestes. Ce thème est celui de la chute d’Iblis l’ange qui n’a pas voulu s’incliner devant l’homme. Halladj préfère mourir que de contempler les créatures. Mais Halladj ne sera-t-il pas sauvé pour avoir aimé la contemplation dans la négation. Il la cite comme ce qu’il n’est pas et par là la reconnait dans la différence.

[8] Avicenne, Kitâb al-Ishârât wa-l-tanbihât (Livre des directives et des remarques), traduction française d’Amélie-Marie Goichon, Edition Unesco-Vrin, 1951, p. 484-485. La science secrète se pratique dans l’isolement et correspond à la méditation. Il ne s’agit pas d’un secret mais de l’examen de conscience individuel que l’on pratique dans le secret d’une pièce silencieuse. Chacun est libre de partager ou pas ce que sa conscience lui dicte en fonction des nécessités de situation.

[9] Avicenne, Le Récit de l’Oiseau, traduction de Henry Corbin in Corbin, Henry, Avicenne et le récit visionnaire, Verdier, Islam spirituel, 1999, p. 253.

[10] Le Qâf est le corps.

[11] Platon, République, livre IX, 588C à 589C, pp. 474-476.

[12] Hypostase : étymologiquement signifie ce qui est placé en dessous. En art, soubassement d’un concept. Substantif en grammaire par exemple « le boire ». On parle d’hypostase pour les trois personnes divines de la Sainte Trinité des chrétiens qui croient en un Dieu Un et Trin.

[13] Nizami Ganjavi, Leila et Majnun, poème littéraire dont motifs inspirerons les soufis et la recherche de la sagesse.

[14] H. Corbin. Avicenne et le récit visionnaire, p ; 276. Il est important de préciser que la vision n’a pas le sens de vision du futur mais celui de sagesse pour la vie quotidienne.

[15] Avicenne et le récit visionnaire, Verdier, p. 288.

[16] Nestorianisme : Hérésie chrétienne qui soutient qu’en la personne de Jésus coexistent deux personnes l’une divine, l’autre humaine. Cette thèse est défendue à l’origine par Nestorius (381-451). En 431, le concile d’Ephèse condamne le nestorianisme.

[17] Le terme de puissance est défini dans Stéphane Leclerc. Gilles Deleuze, immanence, univocité, et transcendantal, Sils Maria, 2003, p. 179. L’idée de puissance y est opposée à l’idée de pouvoir. La tradition impose le pouvoir.

[18] Il est important de parler de doublure, de plis, pour toutes ces dimensions dans l’âme. C’est une alternative aux visions naïves d’Avicenne et Sohrawardi.

[19] Henry Corbin parle d’Ange pour les deux anima car, selon les commentaires d’Henry Corbin pour Avicenne les Anges existent vraiment ils sont plus que la Forme de l’Infigurable. Avec Avicenne, commence à être pris en compte l’importance du calame qui conduira au voile poétique.

[20] Expressions d’Henry Corbin, Avicenne et le récit visionnaire, Verdier, p. 61.

[21] « L’élimination de l’Anima caelestis en tant qu’Ange céleste, d’une condition inférieure à l’ordre des Kerubim, n’entrainera-t-elle pas celle de l’Anima humana comprise comme « Ange terrestre » ? » Henry Corbin, Avicenne et le récit visionnaire, Verdier, 1999, p. 93.

[22] Platon, Phèdre, 252c.

[23] Henry Corbin. Avicenne et le récit visionnaire, p. 275.

[24] Ici apparait la fonction normalisante de la loi. La loi détermine la vertu. Si elle ne s’appuie pas sur la sagesse des textes fondamentaux, elle peut avoir une paternité dangereuse sur la spiritualité et la formation d’une pensée adulte.

[25] Ce thème se retrouve dans l’œuvre de Novalis : « Je trouvai ce que je n’avais jamais espéré ; une illumination divine descendit en moi ; depuis le jour où je l’enterrai (sa femme très aimée) ici-même, une main céleste enleva toute peine de mon cœur » Novalis, Henri d’Ofterdingen, Paris, Flammarion, 1992, p. 153. Ce passage est inspiré de l’expérience personnelle de Novalis après la mort de Sophie.

[26] Christian Jambet. Le caché et l’apparent, L’Herne, 2003, p. 171.

[27] Henry Corbin. Avicenne et le récit visionnaire, Verdier, 1999, p. 330.

[28] Rûmî, Le livre du dedans, Actes sud, 1982, p. 45-46.

[29] Rûmî, Le livre du dedans, Actes sud, 1982, p. 135.

[30] Rûmî, Le livre du dedans, Actes sud, 1982, p. 136.

[31] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 232.

[32] Rûmî, Le livre du dedans, Actes sud, 1982, p. 227.

[33] Académie de Platon :

[34] La fermeture de l’Académie d’Athène, de pensée néoplatonicienne, intervient juste après que Denis (qui avait pris le nom de celui que Saint Paul avait converti sur l’Aréopage) ait exprimé en terme néoplatoniciens la tradition de la mystique nocturne inspirée du livre de L’Exode.

[35] Dyade : couple de deux sujets, de deux éléments en interaction. En philosophie, union de deux principes qui se complètent. Exemple : oxymore.

[36]En 1992, la réhabilitation de Maître Eckhart passe par une lettre brève du Vatican destinée au Maître de l’Ordre de l’époque, Timothy Radcliffe. Ce dernier résume cette lettre pour annoncer à la British Eckhart Society la levée de la censure sur Eckhart. Voici le résumé : « on nous a répondu qu’en réalité cela n’était pas nécessaire puisqu’il n’avait jamais été condamné nominalement, mais seulement certaines propositions qu’il était supposé avoir soutenues, et par conséquent nous sommes parfaitement libres de dire que c’est un bon théologien orthodoxe ».

[37] Maître Eckhart, Œuvre de Maître Eckhart, Gallimard, 1942, p. 69.

[38] Saint Augustin, Œuvres, Le libre arbitre, La Pléiade, Gallimard, 1998, tome I, p. 466.

[39] Maître Eckhart, Œuvre de Maître Eckhart, Gallimard, 1942, p. 72.

[40] Maître Eckhart, Œuvre de Maître Eckhart, Gallimard, 1942, p. 71.

[41] Maître Eckhart, Œuvre de Maître Eckhart, Gallimard, 1942, p. 106-107.

[42] Maître Eckhart, Œuvre de Maître Eckhart, Gallimard, 1942, p. 160-161.

[43] Maître Eckhart, Œuvre de Maître Eckhart, Gallimard, 1942, p. 269.

[44] Intellect agent : avec l’intellect patient, l’intellect agent est une des fonctions de l’âme. Elles ont été inventées par Aristote in De l’âme, III 5.

[45] Maître Eckhart, Les Traités, Éditions du Seuil, 1971, p.164.

[46]Dans la trinité de la mémoire, l’intelligence et la volonté la sagesse de la pensée se réalise mais jamais elle ne s’achève devant la sagesse de Dieu. Par la contemplation l’homme s’abreuve à la source pour nourrir les relations, la charité. « Seigneur, mon Dieu, mon seul espoir, exauce-moi de peur que, par lassitude, je renonce à te chercher, et fais que je cherche toujours ta face avec ardeur. » St Augustin, œuvres III, La Pléiade, Gallimard, 1998, p. 727, La Trinité, Livre XV, 51. Le secret incite à chercher. Dieu se cache pour que nous le cherchions.

[47] St Augustin, œuvres III, La pléiade, Gallimard, 1998, p. 534, Le libre arbitre, Livre III, 57.

[48] St Augustin, œuvres III, La pléiade, Gallimard, 1998, p. 672, La Trinité, Livre XV, 11.

[49] Participer de l’hénade permet d’être divinisé selon Proclus (Voir l’introduction note 6).

[50] Dietrich de Freiberg, Œuvres choisies, La vison béatifique, Paris : Vrin, 2012, Tome II, p. 117.

[51] Dietrich de Freiberg, Œuvres choisies, La vison béatifique, Paris : Vrin, 2012, Tome II, p. 135.

[52] Dietrich de Freiberg, Œuvres choisies, La vison béatifique, Paris : Vrin, 2012, Tome II, p. 161.

[53] Dietrich de Freiberg, Œuvres choisies, La vison béatifique, Paris : Vrin, 2012, Tome II, p. 147 et note 1.

[54] Dietrich de Freiberg, Œuvres choisies, La vison béatifique, Paris : Vrin, 2012, Tome II, p. 135.

[55] Avicenne cité in Dietrich de Freiberg, Œuvres choisies, La vison béatifique, Paris : Vrin, 2012, Tome II, p. 135 note

[56] Averroes cité in Dietrich de Freiberg, Œuvres choisies, La vison béatifique, Paris : Vrin, 2012, Tome II, p. 135.

[57] Julie Casteigt, Connaissance et vérité chez Maître Eckart, Vrin, 2006.

[58] Julie Casteigt, Connaissance et vérité chez Maître Eckart, Vrin, 2006, p. 35.

[59] Avicenne, La Métaphysique, Livre III, chap. 10, Paris : Vrin, tome I, pp. 200-205. La relation chez Avicenne est considérée comme accident. Il manquait certainement à Avicenne la relativité.

[60] Maître Eckhart, Sermons-traités, Paris : Gallimard, 1987, p. 223.

[61]« Goethe concevait un homme fort, hautement cultivé, habile à toutes choses de la vie physique, se tenant lui-même bien en main, ayant le respect de sa propre individualité, pouvant se risquer à jouir pleinement du naturel dans toute sa richesse et toute son étendue, assez fort pour la liberté ; homme tolérant, non par faiblesse, mais par force, parce qu’il sait encore tirer avantage de ce qui serait la perte des natures moyennes ; homme pour qui il n’y a plus rien de défendu, sauf du moins la faiblesse, qu’elle s’appelle vice ou vertu… » F. Nietzsche, Le crépuscule des idoles, Flâneries inactuelles, & 49.

[62] Le pain des anges, le réconfort des anges : « Alors lui apparut, venant du ciel, un ange qui le réconfortait » Luc 22, 43.

[63] Maître Eckhart, Sermons-traités, Paris :Gallimard, 1987, p. 223.

[64] Matthieu, 6 ; 6.

[65] Sainte Marguerite d’Antioche : son nom était Marine mais elle sera nommée Margueritte. Vierge converti au christianisme, elle refuse d’épouser le préfet Olybrius. Il la fait torturer. Elle a une vision du démon en un horrible dragon. mais une vision de la croix l’aide à garder sa foi et à prononcer une exhortation qui convertit une multitude d’assistants. Elle meurt décapitée.

[66]Sainte Catherine d’Alexandrie (III° et IV° siècle) : dite la Vierge argumentatrice. L’Empereur Maximin tenta de la torturer mais les instruments volèrent en éclat tuant autour d’eux. Elle tint de si beaux discours que l’assistance et les docteurs se convertissaient massivement. L’Empereur finit par la décapiter. Dans son enfance, elle eu une vision l’incitant à se faire baptiser.

[67] La rédaction des tables de la Loi est relatée dans le Livre de l’exode, chapitres 3, 19, 20, 24, 32, 34.

[68] Bible, Exode, 34, 30-35.

[69] Si des hommes se servent de la Loi pour faire tomber les enfants de Dieu, ils auront à en répondre devant Dieu : « Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clé de la science ! Vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés ! » Luc 11, 52 ; Matthieu 23, 13. « Seulement voici ce que je trouve : Dieu a fait l’homme tout droit, et lui cherche bien des calculs » Ecclésiaste, 7 :29.

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Conférence
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