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28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 15:18

 

Simonne Roumeur peintre du rêve. Autour de l’œuvre de cette artiste existe un mystère. L’imaginaire de Simonne est inépuisable. La finesse de son travail résonne comme une étrangeté pour certains et comme une merveilleuse familiarité pour d’autres.

 

Simonne rêvait toutes les nuits suite à une grave intoxication. Sa poésie et sa peinture reposent sur ses rêves. Ne sont-ils pas les portes de l’inconscient et de l’âme ? L’œuvre de Simonne ne retourne-t-elle pas certaines conceptions de l’inconscient ? Voici quelques approches de G. Deleuze, Jacques Lacan, G. Bachelard qui peuvent éclairer un aspect du riche travail de cette artiste : la construction de l’inconscient comme chemin pour vivre et lutter contre la maladie.

 

Cette question peut s’aborder en trois points. Voici des œuvres de Simonne accompagnées de leur poésie et de commentaires philosophiques.

 

Le désir de vivre

 



médecin des petits.

 

Quand Simonne ne rêvait pas, elle était inquiète. La source d’inspiration de sa poésie et de sa peinture s’éteignait. Ses rêves trouvent une réalité dans l’œuvre poétique et l’œuvre peinte qu’ils suscitent.

 

La démarche de Simonne est motivée en premier lieu par le désir de vivre. Sa peinture répond au principe de réalité.

 

Le principe de réalité est une découverte de Sigmund Freud. Essais de psychanalyse, Payot, p. 46 : « Sous l’influence des pulsions d’auto-conservation du moi, le principe de plaisir est relayé par le principe de réalité ; celui-ci ne renonce pas à l’intention de gagner finalement du plaisir mais il exige et met en vigueur l’ajournement de la satisfaction, le renoncement à toutes sortes de possibilités d’y parvenir et la tolérance provisoire du déplaisir sur le long chemin détourné qui mène au plaisir. »

 

Les intuitions de la nuit prennent corps dans la plasticité de l’acrylique.

 

Lacan reprend pour fonder sa psychologie l’importance de l’image. L’image mentale réunit la personne. Se constituer un inconscient poétique est vital pour Simonne Roumeur après les « hyper-rêves » de la nuit.

 

Gaston Bachelard écrit dans La poétique de la rêverie PUF 1999 p. 110,111 : « Nous connaissons sans doute des rêveries qui préparent notre vigueur, qui dynamisent des projets. Mais précisément elles tendent à rompre avec le passé. Elles alimentent une révolte. Or, les révoltes qui restent dans les souvenirs d’enfance nourrissent mal les révoltes intelligentes d’aujourd’hui. La psychanalyse a pour fonction de les guérir. Mais les rêveries mélancoliques ne sont point nocives. Elles aident même à notre repos, elles donnent du corps à notre repos.

 

Si nos recherches sur la rêverie naturelle, sur la rêverie reposante pouvaient être poursuivies, elles devraient se constituer en une doctrine complémentaire de la psychanalyse. »

 

Les rêveries en images de Simonne Roumeur rejoignent « le tissu uni de la vie » (poétique de la rêverie p. 112) que la maladie disloquait. Pour toute personne en recherche, l’œuvre de Simonne est un repos.

 

L’humour

 

Verbe en action n°410 ; Opéra n°289.

 

Simonne Roumeur utilise le tissu du quotidien mais elle utilise aussi l’humour. Ce dernier n’est pas ironique. Mais il est celui des simplifications de l’enfance qui ne s’encombre pas du souci d’être rationnel. Les fleurs ont des yeux et les animaux sont les personnages de ses peintures. Les images de son âme se cachent alors dans l’humour.

 

Simonne dévoile ses images mentales, son monde intérieur. Ce monde est familier rassurant il ressemble à toutes les images qui constituent le cœur enfantin des hommes. Le retentissement est puissant et emporte dans la rêverie. L’humour de Simonne ouvre les portes de la connaissance de l’âme à tous.

 

« Il y suffit de comprendre le stade du miroir comme une identification au sens plein que l’analyse donne à ce terme : à savoir la transformation produite chez le sujet, quand il assume une image, - dont la prédestination à cet effet de phase est suffisamment indiquée par l’usage, dans la théorie, du terme antique d’imago. » Jacques Lacan. Ecrits I, p. 93.

L’imago est une image mentale comme les rêves de Simonne sont des images mentales. Les œuvres peintes de Simonne sont différentes de ses rêves car aucun objet ne peut ressembler à une image mentale.

 

La différence entre l’hyperréalisme du rêve et la réalisation peinte témoigne de la poésie de Simonne. La forme symbolique, allégorique, que Simonne donne à ses œuvres n’est pas dénuée d’humour. Selon Henri Corbin, l’humour est nécessaire pour accéder au spirituel. Le voile de l’humour rend le spirituel accessible à tous. Dans le sensible, le spirituel échappe à l’absurde par l’humour.

 

Pour parler de l’âme le poète se cache dans l’humour. « Et cette sauvegarde, il la trouve en parlant le langage des symboles. Et il arrive que ce langage soit, comme chez Avicenne, comme chez Sohravardî, inspiré par un humour supérieur. » Henry Corbin conférence Mystique et Humour, citée in cahiers de l’Herne Henri Corbin, p. 181.

 

Images, rouages de vie.

 



L’œuvre orchidée n°36, ou l’œuvre tête à l’envers n°508, peuvent suggérer que nous ayons à faire à une analogie. Comme si les reflets du spirituel se réfléchissaient dans la nature. Mais l’idée d’analogie est trop faible.

 

Les œuvres de Simonne sont des rouages, des lieux de « synchronicité ».

 

Carl Gustav Jung voit dans l’énergie psychique et l’énergie physique des similitudes qui disent que le psychisme est de même nature que le monde physique. L’Intelligence est de dimension charnelle et ce n’est pas une nouveauté. La relation causale structure l’intelligence et la synchronicité la nourrit.

 

« Le principe universel est présent même dans la partie la plus intime, et celle-ci est donc en accord avec le Tout. »C. G. Jung. Synchronicité et Paracelsica, Paris, Albin Michel, p. 82. L’accord, la contemplation, l’analogie, le symbole deviennent les clés du monde. La psychologie de C.G. Jung inspirera les rêveries de Gaston Bachelard.

 

Simonne produit de l’inconscient pour vivre et chacun peut y puiser. Donner, était le bonheur de Simonne.

 

« Pour les énoncés comme pour les désirs, la question n’est jamais de réduire l’inconscient, de l’interpréter ni de le faire signifier suivant un arbre. La question, c’est de produire de l’inconscient, et avec lui, de nouveaux énoncés, d’autres désirs : le rhizome est cette production d’inconscient même. » Gilles Deleuze, Felix Guattari, Mille Plateaux, p. 27 cité dans la thèse Le rhizome sous l’arbre p. 433.

 

Simonne produit de l’inconscient, des images qui font symboliser les esprits avec la vie. En faisant grandir son inconscient Simonne Loaec fait aussi grandir son âme.

 

L’orchis mouche, l’orchis bourdon, l’orchis araignée ressemblent à l’insecte qui les butine. Ce n’est pas une analogie de la plante pour attirer l’animal. Certains ARNm ont été transportés, peut-être par un virus, dans le patrimoine génétique de la plante. Les milieux ne sont pas séparés ils ont des jonctions qui permettent des échanges entre les mondes. Certains rouages permettent de penser les mondes en un seul.

 

Les images de Simonne sont ces rouages entre le spirituel et le sensible, entre l’âme et le monde physique.

 

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Simonne Loaëc Roumeur
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