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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 14:35

C’est pour moi un réel plaisir d’être ici pour parler de Simonne. J’arrive de Bruxelles mais je vivais au Relecq Kerhuon voilà déjà deux ans. J’ai rendu visite quelques fois à Simonne et elle me parlait de son travail.

 

A l’époque j’écrivais une thèse sur le virtuel. L’œuvre de Simonne a été l’un des constituants de mon travail pour réfléchir la question du virtuel. Pour simplifier je dirai que le virtuel est le milieu de l’humain dans lequel la création peut se faire. La dispute tourne autour de la question de la pensée et de l’âme. La terre de l’âme constitue-t-elle un milieu avec son virtuel nécessaire à toute forme de devenir ? Disons encore dans le milieu doit-on se contenter de ce qui est matériellement objectivable ? La pensée constitue-t-elle un milieu ? Entre la pensée et le sensible existe le cœur appelé aussi l’âme lieu de toutes les virtualités selon Saint Augustin.

 

Simonne a cette richesse de montrer les milieux multiples de l’humanité, des milieux peu reconnus comme les rêves, l’imaginaire, l’Esprit.

 

L’origine de Simonne n’est pas dans l’acrylique avec laquelle elle peint. L’origine de Simonne est dans ses pensées. Nous entrons dans l’œuvre de Simonne par la finesse du travail de l’acrylique et nous découvrons, avec un peu de temps, entre la poésie et les images une possibilité de rêver. Simonne nous a légué une des peintures et des poésies mais aussi de nombreux écrits qui restent à découvrir. Je les regardais hier soir avec André. Je pense que tout cela présage des découvertes intéressantes.

 

Je n’ai pas la prétention de clarifier la totalité de son travail. 17 ans d’une vie artistique intense qui rendait fou certains psychiatres. 17 ans pour peindre son âme, celle de ses enfants, amis, rencontres ne peuvent se résumer en une heure. Mais je désire donner quelques clés pour aborder son œuvre. L’œuvre de Simonne est comme une grande île. Les baies qui permettent de la pénétrer son nombreuses. Je me propose de vous en montrer quelques unes.

 

 Dans l’origine de l’œuvre à partir de certains points biographiques je détermine comment Simonne peint.

 

Ensuite avec Poètes du rêve nous rencontrons deux poètes carlos Castanéda et Hélène Cixous qui accompagnaient sa pensée, mais aussi un philosophe, Platon, sur lequel elle s’appuyait.

 

J’appelle mystère de l’âme une approche de notions importantes et parfois controversées. Le travail de Simonne est une entrée dans l’âme par les rêves. Les rêves permettent cette entrée mais où va-t-on réellement ? Où situer Simonne parmi les penseurs de l’âme, les mystiques ?

 

La partie de ma présentation Images, fabriques de l’inconscient va montrer l’impulsion créative donnée par la recherche d’énergie. En reconstruisant sa personnalité autour de ses rêves elle fait et refait inlassablement son inconscient au travers de symboles.

 

Comme les contes des mille et une nuit, Simonne reconstruit sa vie tous les jours pour surmonter sa maladie. La maladie et la vie se transforment de telle façon que même un enfant peut pénétrer dans ses jardins. Que ce passe-t-il dans ce travail ? L’inconscient de Simonne fait jaillir des jardins qui sont merveilleusement toujours différents.

 

J’intitule ma cinquième partie Jardins de l’âme.

L’artiste s’est laissée emporter au-delà d’elle-même. Devant ses tableaux, disparaissent les fragilités de Simonne qui ont pourtant permis sa peinture. Il en sort des rêves pour chacun. Carl Gustav Jung explique cette démarche des artistes qui utilisent leurs fragilités, leur humanité car ils n’ont rien d’autre. Mais l’œuvre ensuite dépasse l’artiste pour atteindre une universalité. Cette universalité, Simonne la trouve autour des plis de l’âme, du rêve, de l’image qui est autant mentale que plastique. Elle met en avant l’humanité et sa joie de vivre.

 

Simonne est née le 12 août 1939 à Bohars. Sa vie est engagée, tournée vers les autres, ses enfants, des associations, vers le travail entre autre dans une association de travailleuses familiales. Elle participe à la vie du Relecq Kerhuon comme élue municipale.

 

En 1990, sa vie pourrait s’arrêter à une intoxication par des produits chimiques. Son sommeil est devenu rare mais des rêves habitent son esprit.

 

En 1994, après une désintoxication éprouvante, Simonne se réorganise progressivement autour de la peinture et de l’écriture. A la même époque, en faisant des recherches généalogiques pour déterminer l’origine des séquelles de l’intoxication, commence « l’écriture automatique ». Au début, ses œuvres au crayon témoignent de ses hésitations. Petit à petit, ses rêves peints sous forme d’écriture symbolique s’accompagnent d’un poème et prennent les couleurs lumineuses du ciel. Les images mentales du poème se joignent alors aux images plastiques pour notre plus grand plaisir.

 

Simonne travaille chez elle. Elle ne se dit pas artiste, mais artisane. Elle peint devant une petite table dans son salon et dans sa véranda. La nuit son sommeil est plein de rêves. Ses rêves lui permettent alors un travail de recherches, d’études autour des images mentales du rêve. Ne cherchez pas son atelier. Son atelier, c’est elle.

 

I B La femme afficher n° 137 Lire

 

Le poème la femme traite de l’âme. L’âme est ce quelque chose qui nous meut, qui nous fait bouger. L’âme est cette capacité à l’engagement.

 

Le paon se retrouve dans âme sœur n°360 et dans femme. Il est dans les deux cas l’allégorie de l’âme.

 

La femme

 

Pour ton jour de fête

Femme dresse la tête !

J’entre dans la ronde

Des femmes du monde.

Partout au labeur,

Beaucoup secouée de pleurs !

 

Il y a pour moi énigme

En plein cœur de cet hymne.

Si je me souviens,

Il n’y a pas si loin

Où l’homme décrétait la femme

Sans âme.

 

N’y aurait-il quelque part

Un reste de croyance d’ignare ?

Je vais immédiatement

Prendre renseignement

« Allô ! – les cieux ?

Dieu ?

 

« Peux-tu m’expliquer

Ce qu’il en est ? »

Tout au fond je vois le paon

« Toi qui est femme,

Imagine ainsi ton âme. »

 

Que voyons nous? Un paon et de quoi la poésie parle-t-elle ? De l’âme. Le dernier vers fait du paon le symbole de l’âme. Le paon est un oiseau qui ne vole pas et qui pourtant a le plus riche plumage de tous les oiseaux. En effet, certaines de ses plumes renvoient du vert, du bleu sans mélange. Au Proche Orient, le paon est le symbole de l’âme de l’humanité. L’homme réfléchit par sa conscience le monde spirituel. Il est la présence du divin dans la grotte étoilée. Mais l’homme comme le paon ne vole pas. Les hommes ne sont pas des anges. Selon le soufisme, le matériel et le spirituel participent de l’homme. La femme répond souvent mieux à cette situation, ayant plus que l’homme conscience de sa fragilité au monde matériel. Mais cette fragilité ne doit pas être l’occasion d’écarter la femme de ses engagements au monde. Au contraire, cela ferait courir le risque d’une perte de l’engagement spirituel et maternel de l’humanité dans le monde. Les plumes du paon réfléchissent le ciel comme la femme garantit le spirituel au monde.

 

II Poètes du rêve

A Caverne n° 269

 

Intéressons-nous maintenant aux philosophes et poètes qui vont nourrir cette œuvre. J’en retiendrai trois: Platon, Carlos Castanéda et Hélène Cixous.

Je lis Caverne (269) Donc je vous cite le texte de Caverne :

                                                                       « L’œuvre originelle est perfection

                                                                       La mer bouillonne d’imagination.

                                                                       « Me reproduire ne t’est nécessité.

                                                                       Sors du monde d’apparences agitées,

                                                                       Vas hors ta caverne contempler

                                                                       Le Vrai Monde des Réalités, des Idées. »

 

Plus loin...                                                       "Avec énergie gravissons les escaliers

                                                                       Des trois ouvertures sur la Réalité."

 

Un des textes les plus célèbres de Platon, tiré de son livre la République, est "le mythe de la caverne". Des prisonniers sont dans une grotte. Ils aperçoivent des ombres sur le mur. Ces ombres les incitent à chercher la lumière. Tel est le rôle de l’art, selon Platon: tourner les esprits vers la sagesse. Et ensuite, monter les escaliers qui permettent de libérer l’âme et de juger de ses actes en Vérité. Est-ce que ce n’est pas ainsi que l’œuvre de Simonne doit être regardée: un miroir, des ombres sur les murs de la grotte de notre cœur qui incitent à libérer notre esprit?

 

Ce thème est aussi celui d’Opéra. Je vous lis le texte :

 

B Opéra n° 289 Lire

 

N° 289 Opéra

 

Etre telle que je suis !

Profonde comme un puit

Ma pensée s’attelle

A la force spirituelle

De mon enfant-roi

Et en mon âme se déploie

Sur une chevauchée fantastique

Au cœur de ma basilique !

 

Au profond du noir

A la recherche d’espoir,

Aubade à ma souffrance

De partout accourent

Les chantres de ma cour

Raviver les oripaux

De ma tête au repos

 

Et redonner sa splendeur

A ma vieille demeure

M’est offert un gala

A l’ouverture de mon opéra.

Chant-musique-danse

Peaufinent mes sens,

Léguent à mon Esprit l’authenticité

De sa réelle destinée.

 

Les arts populaires

Peuplent mon atmosphère.

Nourriture complète

Des âmes dans la tempête

La musique de la Vie

S’instaure en égérie.

La conscience de ma vulnérabilité

Ouvre les portes des festivités.

 

Les rêves sont comme une grotte. La connaissance passe par le stade de la grotte. C’est un stade de prise de conscience. Les reflets de la lumière connaissance font signes, indiquant la direction de la lumière source. Simonne Roumeur parlait de Lumière avec moi pour dire énergie. Le tableau montre un visage noir et dans ce visage un rideau, une bouche rieuse, un signe en majesté, des souris qui dansent. Les rêves, la fête, le divertissement quand ils sont riches de spiritualité, peuvent être des portes d’accès à l’âme, à la Sagesse.

 

Platon est le philosophe des idées. Platon, à lui seul, est une école du monde grec. Il est né en 428 avant J.C. Il décède empoisonné en 348. Que faut-il retenir de Platon à propos de Simonne ?: La recherche de la lumière, l’ombre, ensuite la responsabilité de conduire les autres à la lumière.

 

Dans le livre Le Phédon de Platon il est écrit : « Sur la terre vivent un grand nombre d’animaux divers et des hommes qui habitent les uns dans la partie moyenne de la terre, les autres au bord de l’air comme nous au bord de la mer, d’autres enfin dans des îles que l’air baigne tout alentour et qui reposent sur la terre ferme : autrement dit en un mot, ce que sont pour nous, par rapport à notre utilité, l’eau et la mer, voilà ce que l’air est pour ces gens, et ce que l’air est pour nous, c’est l’éther qui l’est pour eux[1]. »

 

Dans le livre la République nous retrouvons le souci de la beauté et ce souci se traduit par un retour des lumières dans la vie. Celui qui s’occupera des affaires sociales, celui-là devra pouvoir juger du beau et avoir expérimenté le monde spirituel :

 

Voilà ce que dit Platon : « Mais, repris-je, n’est-ce pas, Glaucon, le motif pour lequel la culture musicale est d’une excellence souveraine, que rien ne plonge plus profondément au cœur de l’âme que le rythme et l’harmonie ; […] [2] » Les futurs citoyens grecs devront, selon Platon, acquérir la force d’âme dans les harmonies de l’art. Une fois citoyens, ils auront la responsabilité de conduire les autres à la lumière. La connaissance est pour tous. L’œuvre de Simonne est sociale, selon les termes de Platon. Sa plasticité, ses couleurs ouvrent notre âme pour une indépendance d’esprit, sans tomber dans la négation du sensible, en passant par le sensible.

 

Selon moi, je dirais que les rêves de Simonne ne sont pas la lumière dont parle Platon. Les rêves de Simonne constituent sa grotte que la lumière éclaire. La lumière est ce qui éclaire les rêves. La lumière est ce que l’Intelligence, comme sagesse, apporte au rêve.

 

Après avoir vu que la lumière de Platon éclaire les rêves de notre artiste. Il me semble intéressant de savoir qu’Hélène Cixous revenait aussi dans notre échange. Simonne appréciait cette poétesse pour l’importance qu'elle donnait au rêve. Comme elle, Simonne peint et compose à partir du rêve, pour créer du rêve.

 

Hélène Cixous est née à Oran en 1937. A 10 ans, elle perd son père. Ses mots seront: « Je ne crois pas au travail de deuil dont parle la psychanalyse. On ne doit pas enterrer, on doit retenir l’être qui est parti. Il m’arrive de retrouver mon père en rêve… » Les rêves de Simonne Roumeur sont proches des hyperrêves d’Hélène Cixous. Reprenons les mots de la célèbre écrivain : « C’est un état de méditation active, d’invocation, d’appel. Cela n’a rien à voir avec une pratique magique… Le rêve ne connaît pas la contradiction. Il me dit : « Oui, ton père est mort mais il est vivant aussi puisque tu le vois. Il est vivant tout le temps de cette vie accordée. » J’éprouve une joie folle, mélangée à un intense chagrin."

 

 

« En général, on oppose tristesse ou joie, mémoire ou oubli, vie ou mort. Alors que la plus forte de nos expériences psychiques se passe là où les contraires se mélangent.[3] » Elle s’intéresse au rêve, et vit avec ceux qu’elle a perdus, comme son père, dans ses rêves. Dans les rêves se mélangent la conscience de la mort autant que la joie de revoir celui que l’on a perdu. Les rêves concilient ce qui est inconciliable dans la réalité. Hélène Cixous parle d’hyperrêves. Et je me permets de reprendre ce mot pour Simonne.

 

427 Roi de Lumière

 

« Poursuivre le quotidien à loisir

Est mon profond désir

 

Mésange bleue porte le message

Au grand Sage :

Mon immense merci »

 

C Tâches 065 afficher

065 taches

 

Puisque pulsions de mon cœur,

Osez taches de couleurs

Vous mêler

Pour chacune exister

 

Et donner harmonie

A ma Vie

Derrière l’insignifiant

Qu’est-il d’important ?

 

Simonne faisait référence à Carlos Castanéda à propos de l’Esprit. L’aigle est le symbole de l’Esprit.

 

Carlos Castanéda est né le 25 décembre 1925 à Cajamarca au Pérou et est mort le 27 avril 1998. Carlos Castanéda s’invente une vie. Mais surtout il s’inspire de la mystique indienne américaine. Sa personnalité est controversée pour son élitisme. Selon lui, il existe une connaissance supérieure qui n’est accessible qu’à certains élus. On ne trouve pas chez Simonne cet esprit élitiste. Il se dit sorcier. Ses travaux poétiques sont orientés vers la recherche de l’énergie. Les fibres lumineuses constitutives de l’Univers émanent d’une source unique : « L’Aigle ». Il n’y a pas de transmigration ou de réincarnation comme chez les Pythagoriciens. Dans leur quête de l’infini, les sorciers emportent avec eux le plan terrestre, c’est-à-dire qu’ils voyagent avec leur corps physique, sans laisser la moindre dépouille à leur départ.

 

Citons Castanéda : « Un simple coup d’œil sur l’éternité qui se trouve à l’extérieur du cocon suffit à perturber le confort que nous procure notre inventaire. La mélancolie qui en résulte peut engendrer la mort[4]. » Si je comprends bien Castanéda, je dirais que le but est de faire l’inventaire pour empêcher les fuites énergétiques. Pour Simonne, faire l’inventaire permet de classer ce qui encombre et de se centrer sur la peinture et l’écriture. L’unité de l’Esrpit.

 

Ou encore : L’acte consiste à endiguer la fuite énergétique. Un acte parfait ne cherche pas les fruits. Il en aura, mais les énergies seront orientées par des objectifs abstraits. Il est question de magie… Retenons le rêve. Castanéda n’est pas un menteur mais un rêveur. Il est un magicien du rêve, quelqu’un qui s’intéresse au psychisme.

 

Dans Taches le message est court et simple. Simonne peignait pour tous ceux qui ont un cœur d’enfant. Tous ceux qui savent voir dans les choses simples une possibilité de rêver.

 

 



[1] Platon Phédon, Gallimard, Tome I, p. 845.

[2] Platon. La République, Gallimard, tome 1, p. 957.

[3] Hélène Cixous in Télérama 10 janvier 2007.

[4] Castanéda in wikipédia, 13 04 08

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Simonne Loaëc Roumeur
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