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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 14:59

 

III Mystère de l’âme

N° 253 Nourriture régénératrice matière primordiale

 

On retrouve le corps et certains organes, le jardin, les animaux, l’arbre et bien d’autres éléments de la vie courante comme dans cette image un fil téléphonique de la vieille génération. Le quotidien devient poétique grâce la dimension symbolique que Simonne lui donne. Les animaux ou homoncules donnent, comme dans les symboles de l’héraldique, une universalité à l’œuvre tout en lui gardant par sa naïveté une grande accessibilité. L’intérêt du symbole est une liberté d’interprétation.

 

Maison du chêne n° 219 2/10/98

 

Le Chêne m’invite à lui conter mes rêves.

Au jour qui se lève

L’offre étant de bon aloi,

Je vais au bois

Surgit

La jeune vie.

 

Si belle

Que je la crois nouvelle.

Je caresse son flanc,

Entends : « Viens dedans,

Le noir n’est pas peur mais profondeur ».

 

Je marque un temps d’arrêt.

Instant prélevé

Pour permettre à ma Vie de trouver

Sa stabilité.

Spiritualisée

Je me suis désincarnée.

 

La voie de la pureté

Exige la recherche de sécurité.

Ombre et Lumière,

Je sors de ma chaumière

Vêtue de carreaux.

Que le monde est beau !

 

Dans cette poésie on trouve un double mouvement : désincarnation, pureté, spiritualisé, lumière que Simonne oppose à l’ombre qui elle est : stabilité, vêtue de carreaux, arbre, chaumière, chêne. « Ombre et lumière » sont réunies sur le même vers donc l’opposition n’est pas séparation mais réunion des deux faces de l’humanité. Ce vers est la charnière du poème qui, après le passage dans la lumière, annonce le retour de l’âme dans le sensible. Le deuxième mouvement est le retour de la « vie spiritualisée » dans le monde, « Vêtue de carreaux. Que le monde est beau ! ». Le mouvement est Ombre avec désir de Lumière, Lumière, réunion des deux.

 

Simonne disait : « J’arrive dans ces sites paradisiaques mais il faut que je garde les pieds sur terre, rester en équilibre »

 

La nuit obscure de Saint Jean de la Croix est une pensée négative qui cherche la pureté,  « la voie de la pureté » disait Simonne. Une fois la pureté atteinte, l’enfance de la contemplation lui permet d’écrire : « La musique de ma Vie s’instaure en égérie. ».

 

Une fois dans la lumière, Simonne est-elle mystique ?

 

Simonne est plus proche des surréalistes que des mystiques. Elle travaille sur ses hyperrêves pour les dominer. De même, les surréalistes vont être ceux qui s’intéressent aux rêves.

 

Les mystiques, comme Anne Catherine Emmerick, ou Hildegarde de Bingen, avaient des visions. Elles recevaient la sagesse sacrée du divin dans la pensée immédiate, dans la mémoire immédiate, dans l’arbre de l’imagination. Ainsi Moïse reçoit la sagesse des dix commandements dans une lumière qui transfigure l’arbre de la pensée. Le buisson ardent a certainement été matériellement présent, mais il permet aussi une lecture intellectuelle et spirituelle de l’événement. Dieu a voulu le buisson ardent pour l’écriture des tables de la loi, respectant par là les branches de l’intelligence humaine. Ces branches sont notre rationalité, notre imagination, notre capacité déductive, la capacité de mémoriser, de symboliser, le sens du sacré et nous pourrions en trouver d’autres. Revenons à Simonne.

 

Où se situe Simonne par rapport aux mystiques ? Elle se situe dans l’arbre de l’imagination, dans la pensée immédiate, dans les rêves. Sa démarche est laïque, c’était son mot : «  laïc ». En fait, sa démarche est recherche d’énergie psychique, sa démarche est artistique, mais sans but prophétique. Comme Castanéda, elle ne se fixe pas de fin autre que de vivre encore. Une recherche d’unité la motive. Pour vivre, elle déploie tous les plis du sensible et de l’intelligence, donnant une grandeur immense au plan du rêve. De temps en temps, le sacré apparaît dans son travail. Simonne Roumeur est un être humain comme les autres, dans son intelligence, le pli du sacré existe aussi.

 

B Atelier Chapelle n° 413 11 01 2004

 

Accompagnent mon chemin

A sa maison de demain.

Au siège du centre social,

Réunis en assemblée spéciale

Sont avec les Anciens,

Les soucieux du bonheur humain.

Face aux regards limpides

Ma pensée se dissipe

*

Et capte dans la nébuleuse

L’estampe religieuse

Qui en l’inconscient sommeil.

Au présent ma Vie s’éveille.

De l’avoir longtemps œuvré,

Ma bâtisse est achevée.

Mon atelier chapelle

Prend corps au réel.

 

C 162 Prie-Dieu

 

« …

Je prie Dieu

Implore les cieux.

 

« Vous qui savez,

S’il vous plait de m’aider ? »

Il m’a entendue.

Il est venu.

 

Ouvrir la ceinture

De la terre du futur. »

 

Même s’il y a de la mystique dans les plis de l’Esprit de Simonne, ce n’est pas son but premier.

 

Le travail sur ses rêves est la première de ses motivations pour créer. En cela, elle est proche des surréalistes. L’une de ses œuvres s’appelle d'ailleurs "écriture automatique".

 

André Breton découvre les ressouces de l’écriture automatique en 1919. Le poète s’inspire de la jeune psychologie.

 

Blanchot, bien après André Breton, écrit à propos de l’écriture automatique : « L’écriture automatique est une machine de guerre contre la réflexion et le langage. Elle est destinée à humilier, à humilier l’orgueil humain, particulièrement sous la forme que lui a donné la culture traditionnelle. Mais, en réalité, elle est elle-même une aspiration orgueilleuse à un mode de connaissance… En levant la contrainte de la réflexion, je promets à ma conscience immédiate de faire irruption dans le langage[1] ».

 

Voilà encore une nouvelle notion: "la conscience immédiate".

La conscience immédiate est la matière des rêves. André Breton écrit, à propos du mot surréalisme : «Par lui, nous avons convenu de désigner un certain automatisme psychique qui correspond assez bien à l’état de rêve, état qui est aujourd’hui fort difficile à délimiter. Je m’excuse de faire intervenir ici une observation personnelle. En 1919 mon attention s’était fixée sur les phrases plus ou moins partielles, qui, en pleine solitude, à l’approche du sommeil, deviennent perceptibles pour l’esprit sans qu’il soit possible de leur découvrir une détermination préalable. Ces phrases, remarquablement imagées et d’une syntaxe parfaitement correcte, m’étaient apparues comme des éléments poétiques de premier ordre. Je me bornai tout d’abord à les retenir. C’est plus tard que Soupault et moi nous songeâmes à reproduire volontairement en nous l’état où elles se formaient. Il suffisait pour cela de faire abstraction du monde extérieur et c‘est ainsi qu’elles nous parvinrent deux mois durant[2]… »

 

Ce que Simonne Roumeur nomme le rêve, ce sont ces images de la mémoire immédiate qui l’envahissent la nuit quand elle ne parvient pas à dormir.

 

Les mots de Simonne montrent que les plaisirs intellectuels sont aussi sensibles « Quand je fais mes icônes, je ressens une jouissance physique qui est unique au monde. Quand je ressens une félicité, je sais que je suis dans le bon, que je ne me suis pas trompée. »

 

Maître Eckhart, du Moyen-âge, écrit : « Où donc est ton royaume ?

                                   - Dans mon âme.

                                   - Comment cela ?

                                   - Lorsque je ferme les portes de mes cinq sens et désire Dieu de tout mon cœur, alors je trouve Dieu en mon âme aussi clair et aussi joyeux qu’Il l’est dans la vie éternelle.[3] »

 

Qu’est-ce que le plan de l’âme ? Le plan de l’âme est le lieu plein de plis où viennent s’unir sensations, émotions, rêves et Intelligence. Les joies de l’âme font les joies du corps. La poésie et les images de Simonne en suivent les circonvolutions.

 

Je parle d’âme chez Simonne car elle me disait : « Je ne veux pas être exploitée commercialement parce que c’est une valeur, c’est du sacré, ce sont des icônes m’a-t-on dit ».

 

D Glossaire n° 185

 

Le rêve délivre des symboles que Simonne déchiffre et transforme en images mentales dans sa poésie.

 

Glossaire

 

Le rêve a boulversé l’Energie

De ma vie

M’a appris à regarder

Au plus secret de mon intimité.

A élevé à un niveau supérieur

Les relations intérieures

 

De mon inconscient,

De mon conscient

Venu du fond de mon mystère,

Des ondes de l’univers,

Les pulsations de mes trois niveaux

Se conjuguent pour le renouveau.

 

Ma pensée au cœur de son histoire

Retrouve sa mémoire,

Décode symboles individuels

Et Universels

Mon imaginaire voyage sur l’océan

Infini du temps.

 

Tout est couleur, danse, chant

Dans la maison de mon enfant.

Avec l’instinct du vécu de la création,

Mon pinceau traduit mes perceptions.

De l’ombre et de la lumière

Naît mon glossaire.

 

 « On a franchi tellement de frontières, l’esprit est relié à l’esprit universel. On est ailleurs. ». Ensuite il y a l’âme. La poésie et la peinture sont le lieu de l’âme, le retour du spirituel dans le rêve, puis dans l’arbre de la mise en œuvre du sensible et de l’intelligence.

 

Un symbole vient du grec "symbolon", sorte de jeton ou cachet personnel que les citoyens s’offraient en souvenir de l’hospitalité reçue dans une ville, l’action de rassembler, rapprochement, convention, pacte. La recherche de cette force de vie en esprit a été un cadeau à partager. Les images et poésies de Simonne nous réunissent dans la joie de vivre.

 

Les symboles de ses oeuvres expriment sa révolte face à la maladie. Son corps devient symbolique. Comme Louise Bourgeois dont les œuvres sont exposées à Beaubourg, l’histoire de son corps est éclairé par la pensée. Bien sûr les pensées de Simonne Roumeur ne sont pas celle de Louise Bourgeois. Cette dernière travaille sur l’angoisse et le rapport entre la psychologie et l’angoisse. Simonne explore l’énergie positive de son esprit. Simonne explique avoir consulté des médecins travaillant sur l’énergie du corps. Ce sont eux qui ont conclu à une intoxication. Simonne par son travail trouve l’énergie de vivre.

 

Ce texte n’est pas une légende au glossaire. D’ ailleurs Simonne met également une légende mais elle est partielle.

 

Faire référence à l’héraldique à propos de Simonne est intéressant mais risque d’être réducteur. Les textes de Simonne ne font pas qu’expliquer les images. L’âme, dans le dictionnaire Robert, pour une des définitions, est : "En héraldique, légende qui explique la figure d’une devise". Les poèmes de Simonne ne sont pas des légendes. Dailleurs, dans Glossaire, on trouve la légende à côté des symboles et le texte sous l’ensemble. Donc la poésie n’est pas la légende. Mais séparer l’œuvre peinte de l’œuvre poétique chez Simonne ne fonctionne pas. Le lien entre les images et le texte, c’est une certaine magie qui se fait dans l’âme du spectateur. Les plis multiples de la sensibilité, l’intelligence, les émotions plastiques, spirituelles, imaginatives... sont sollicités par ses symboles peints, ses images mentales poétiques, la finesse du geste du peintre. Le plan de son travail n’est pas à la surface du papier mais dans votre cœur.


[1] Catalogue, La révolution surréaliste, Centre Pompidou, 6 mars 24 juin 2002, p. 42.

[2] André Breton, cité in : Catalogue, La révolution surréaliste, Centre Pompidou, 6 mars 24 juin 2002, p.46.

[3] Maître Eckart, Les légendes de maître Eckhart, traduc. Gérard Pfister, Arfuyen, Orbey, 2002, pp. 24-25.

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Simonne Loaëc Roumeur
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