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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 15:32

V Jardin de l’âme

N°499 Figuier 2 03 06

 

Les apparences des images sont riches en couleurs lumineuses et en formes naïves. Il se dégage de ce travail une enfance. La surface peinte devient l’apparence des multitudes de l’âme.

 

L’unité se refait dans l’âme offrant des sensibilités issues de l’âme

 

L’art est non retrait et la question ne relève pas de son lieu physique mais de reconnaître que le lieu de l’art est dans le plan de l’âme. Si tous les plans existent ensemble, les uns pour les autres en dehors de toute idée de séparation entre le spirituel et le temporel, l’art devient l’expression de l’ouvert dans l’être. Le plan de l’âme réunit le sensible au spirituel, la plasticité prend alors une importance particulière. Elle devient le reflet des sensibilités de l’âme. La perfection plastique apporte joie et évite l’épuisement. S’élever intellectuellement nécessite le respect du corps. L’art assure un équilibre au travail intellectuel. La reflexion intellectuelle ne peut se passer de l’art, et particulièrement à propos de l’âme dont les prolongements ne négligent aucun organe. Sans sensible l’épuisement est assuré.

 

Le non retrait est le sensible. Regardons des œuvres comme 436 Dame de couleur, 435 figure de proue, 448 Vêtue de spirituel, 369 Energie Solaire, 394 Médecin des petits.

 

448 Vêtue de spirituel, 436 Dame de couleur, 435 figure de proue, 369 Energie solaire

Suivant le chemin d’avant,

Tracé par l’Auguste maman,

Me voici admirant l’océan

Du ragard neuf de l’Enfant.

Protégée des flots sans âge

Par l’antique grillage

Je vois sous la ligne de flottaison

Un banc de poissons

 

Guidé par un jeune rouget.

Surgit des eaux et rochers

Le divin créateur

De mon humble intérieur

Ma pensée plastique

Communie au son de la musique

Avec le chant chorale,

Annonciateur d’imminents régals.

 

Dans l’ivresse, mon âme nue

Dame de petite vertu,

Largue les dernières résistances

Pour cheminer dans l’abondance.

 

La création passe par le plan de l’âme, selon Gilles Deleuze, dans Le pli. Le plan de l’âme est la réunion de l’intelligence et du cœur. L’amour, la sensibilité se joignent à l’intelligence dans le cœur. Le coeur est l’origine de l’art et de la création. Comment rester hors du champ des bifurcations de la réalité ?

 

La libération de l’esprit se fait dans un dépassement des connaissances. Leur accumulation donne les forces qui s’uniront pour disparaître dans le flux de la création. La liberté est cette libération, non pas élévation, mais présence aux multitudes du savoir dans la métamorphose créative. Simonne Roumeur raconte ses rêves. Et ces rêves parlent de cette liberté acquise au-delà des arbres de la connaissance, de l’éducation de ses parents, de la mémoire, tout ce qui fait les richesses et la terre de son âme demande un dépassement, un départ.

 

N° 301 Tas de bourrier

 

«  Tas de « Bourrier »,

« Chargée par les propriétaires

De veiller sur la terre en jachère

Je descends la visiter.

Dès l’entrée suis arrêtée

Par un dépôt d’ordures

Qui jonche la nature.

Une incroyable accumulation,

Héritage de générations,

Déniché d’un minutieux labeur

Dans les recoins de mon intérieur

Et au fil des ans laissé sur place.

Arrivent mes Ainées. Sagaces,

Pour le libre accès à la vallée,

Elles suggèrent de les rassembler

Allons mon enfant à l’assaut !

Dressons les en monceau.

Armées de la pince à tisons,

Sans relâche entassons les trublions

Jusqu’à ce que monte les gravats

Bien plus haut que les épicéas.

L’enfant, sur le mont de suffisance

Reçoit l’écharpe d’Elu de vaillance

Pour avoir dominé son enfer.

Sur sa main se pose le pic-vert,

Gardien de sa nouvelle Vie.

Maître de notre déchetterie,

Dans le vide de la vallée

Visionnons notre tas de « bourrier ».

Sur la route de la destinée

Va mon Esprit Libéré. » S. Loaec Roumeur[1].

 

Simonne Loaec Roumeur passe par l’élargissement de sa conscience. L’illumination de la conscience est possible en revenant sur sa conscience et en se dégageant de tout ce qui l’encombre. Obligations, contraintes complexes…etc ne sont pas les bienvenus. La conscience se fait disponibles azu choix. Et permet la découverte de la pierre ce qui fait la personne. L’inconscient s’ouvre par le rêve dans l’œuvre de Simonne.

 

« L’ange porte l’élixir mystérieux sur sa tête et représente, par sa relation même avec l’astre à midi, une sorte de génie solaire ou un messager du soleil, qui apporte « l’illumination », c’est-à-dire l’élévation et l’élargissement de la conscience[2]. »

 

« Mais il n’existe dans la conscience aucune disponibilité pour accueillir les contenus inconscients, l’énergie de ceux-ci s’écoulent dans le domaine de l’affectivité,[3] […] ». L’inconscient trouve sa place dans les rêves qui constituent la rosée qui émane de la faille pratiquée dans le microcosme. Le microcosme est le sensible. Les failles du sensible s’ouvrent dans les symboles. Les pierres représentent les richesses de l’âme, le reflet de perfection propre à chacun. La symbolique de la pierre est un terme d’alchimie.

Simonne disait : «  Je suis une rebelle », ou encore, « moi je n’ai pas foi en une église, j’ai foi en moi. ». Ces propos ne sont pas contre l’Eglise mais la sagesse de savoir que chacun est une pierre nécessaire à l’édifice de l’humanité.

 

476 Âme de Pierre 16 08 2005

 

Comment rester insensible

A la détresse ostensible ?

Pour laver les pleurs des vies mitées de douleur.

L’âme de la pierre

Lève sa colère,

Dresse le phallus de la roche

Pour vivifier ce qui cloche.

 

Il n’y a pas d’élu la différence de chacun est nécessaire. Simonne Roumeur est une révoltée. Il a fallu un peu de temps avant que Simonne trouve l’audace d’écrire et de peindre. Trouver la pierre est une des démarches de Simonne. Simonne me disait aussi « L’enfant est minuscule

            L’enfant c’est quelque chose de sublime

            L’enfant c’est mon divin » »

 

L’enfant, la pierre, la lumière, l’esprit, la dame, la mère, ce sont des mots qui reviennent pour dire le reflet de perfection, de divinité, présence dans l’âme qui inspire les rêves, les écrits et les ouvres peintes.

 

Les forces de la vie se trouvent en soi. Ce que la médecine, ce que les autres ne peuvent donner se trouve en elle. Pour vivre sans se décourager, Simonne donne mais elle reçoit beaucoup de son mari, de la présence constante du docteur Cordier à ses cotés, de ses enfants et petits enfants, de son jardin et sa maison.

 

450 Grands cyprès

 

« Mon être immergé

Epure ma pensée

Qui perçoit, émergeant de la mer,

Une étendue de pierre,

 

Vaste meule de galets blancs

Dressés vers le firmament.

Portée par la force de l’eau

Je me hisse sur son dos.

 

[…]

S’envole mon esprit

S’abreuver à la Vie

De la déesse Mère

Permanente en ma Terre.

 

Pierre blanche, pierre noire

Me donnent à savoir

L’étendue de la science

Recelée en ma conscience[4]. »

 

La pierre peut-être considérée comme le lieu de naissance des dieux. Les âmes naissent de la pierre, selon les légendes primitives. L’homme terrestre est appelé Adam, l’homme spirituel Lumière. Ces deux hommes en sont un seul, l’âme et le corps. La pierre signifie l’homme intérieur, la nature cachée, le divin présent en chacun, l’envers de la chair. L’idée de pierre est à associer à la lumière, la pureté. L’homme porte en lui une part de pureté. Mais cette pureté est transmise par la chair du corps qui est l’atelier chez Simonne Roumeur.

 

Carl Gustave Jung écrit :

« Le dessein de la nature inconsciente qui a produit l’image de la pierre philosophale apparaît de la façon la plus claire. L’idée est que celle-ci naît dans la matière, qu’elle s’extrait de l’homme, qu’elle est répandue partout et que sa réalisation, située au moins virtuellement dans le domaine de l’homme, est partout possible[5] ».

 

La pierre se rapporte à la pierre précieuse et alors, il est possible de penser en termes d’étoiles qui émergent de la terre. La pierre est symbole d’éternité. Elle est le « corps de résurrection[6] ». La résurrection a d’abord été considérée comme celle de l’homme intérieur. Mais elle est de chair pour s’intégrer à la vie.

 

491 Sein tabernacle 24 12 2005

 

La pierre se transforme en lait. Il n’est pas question de lumière pure mais retour à la chair purifiée par l’Esprit. Simonne utilise souvent le mot Esprit.

 

« De l’avoir longuement œuvré,

Ma bâtisse est achevée.

Mon atelier-chapelle

Prend corps au réel[7]. »

 

L’œuvre peinte qui accompagne ce poème est une chapelle naïve comportant des yeux, des seins et une bouche. Le corps de la femme se mêle à celui d’une chapelle.

 

L’énergie, en sortant, libère le corps. Mais surtout, elle devient lait nourrissant. Donc la pierre se transforme en chair, en lait.

 

« S’attache à réhabiliter

Mon sein par le mal scalpé.

Entièrement relouqué,

Ventru de spiritualité

 

L’atout de ma féminité,

Nourriture d’Humanité

Est réceptacle

Divin. Sein-tabernacle[8]. »

 

Le cœur de pierre se retourne en chair.

 

Simonne Roumeur voyage par ses rêves dans son « monde intérieur », selon son expression, mais elle lui donne chair, une chair qu’elle a travaillée dans son atelier "chapelle", qui est son corps. La pierre se transforme en lait, si elle reste lumière. L’homme finit par s’épuiser et perdre la lumière. Il perd tout. Simonne a une démarche inverse. Son œuvre est une nourriture pour les âmes d’enfant.

 

CONCLUSION

 

Simonne Roumeur s’inscrit dans une démarche artistique qui concerne des artistes comme Frida Kahlo, Louise Bourgeois, Edward Munch, et les d’artistes de l’art brut.

 

Frida Kahlo (1907) est une artiste mexicaine qui, suite à un accident de tram, est restée immobillisée longtemps. Elle a appris à dessiner seule, allongée sur son lit. Elle s’intéressait beaucoup à la chair, comme Simonne, et la faisait rayonner de ses engagements, politiques, spirituels et amicaux, car elle peignait des portraits.

 

Louise Bourgeois (Paris 1911) est exposée aujourd’hui à Beaubourg. Elle s’intéresse à la chair, à la sexualité féminine, à la psychologie. Elle utilise ses émotions pour les traduire dans des œuvres d’art qui témoignent du point de vue de la femme sur le monde.

 

Edward Munch (1863-1943) a perdu de nombreux parents et relations pendant son enfance. Il faisait revivre sa famille dans des rêves. Il est, comme Simonne, un artiste du rêve.

 

Les artistes de l’art brut sont des marginaux extérieurs à la sphère culturelle. Des artistes se réuniront sous cette appellation pour s’opposer à l’art institutionnel, pour plus de liberté. Simmonne Roumeur n’avait pas de formation artistique préalable. Avec le temps, elle développe des capacités liées à ses lectures, à ses rencontres, à sa connaissance d’elle-même. Artiste de l’art brut pour être libre oui; mais, cela me gène de réduire cette artiste à l’art brut alors qu’elle porte en elle un fort engagement sur l’âme, l’Esprit, la relation entre la terre immense de l’esprit et son rayonnement sur le sensible dans l’art. Simonne est une artiste de l’âme, pour reprendre les vers de sa poésie le paon, la femme.

 

Je voudrais rester sur ces vers de La femme 137, que je citais au départ:

 

« Tout au fond je vois le paon

« Toi qui est femme,

Imagine ainsi ton âme. »

 

Iconographie :

 

137 La femme

269 Caverne

289 Opéra

065 Tâches

253 Nourriture régénératrice matière primordiale

219 Maison du chêne

413 Atelier Chapelle

162 Prie-Dieu

185 Glossaire

08 Ecriture Automatique

036 Orchidée

508 Tête à l’envers 7 06 06

499 Figuier 2 03 06

448 Vêtue de spirituel, 436 Dame de couleur, 435 figure de proue, 369 Energie solaire

301 Tas de bourrier

476 Âme de Pierre 16 08 2005

450 Grands cyprès

491 Sein tabernacle 24 12 2005



[1] S. Loaec Roumeur. Tas de « Bourrier », 301, 30 décembre 2002, Le Relecq Kerhuon : collection de l’artiste, œuvre exposée par l’association Art et Vie de la commune au printemps 2006. L’œuvre est la mise en résonance d’une image acrylique du tas de « bourrier » accompagnée de la poésie reproduite ici.

[2] C. G. Jung. Les Racines de la conscience, commentaire des visions de Zosime, Buchet/Chastel, 1971, p. 191.

[3] Ibid, p. 192.

[4] S. Loaec Roumeur. Grands cyprès, 2005, poésie 450.

[5] C. G. Jung. Les racines de la conscience, Paris : Buchet/Chastel, 1971, p. 213

[6] Ibid.

[7] Ibid.

[8] S. Loaec Roumeur. Sein tabernacle, 24 écembre 2005, poème 491.

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Simonne Loaëc Roumeur
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