Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Monique Oblin-Goalou
  • Monique Oblin-Goalou
  • : Mise en ligne de mes articles, sujets de réflexion et réalisations plastiques
  • Contact

Recherche

6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 13:44

C.  Les acteurs, la famille et les images de la nature, L’iconal et l’imaginal

Les rêves de Simonne Roumeur sont peu connus de sa famille, mis à part André son mari. Et pourtant elle réalise ce travail pour que ses enfants ne soient plus inquiétés par la richesse de leur sensibilité.

Les acteurs des œuvres et des poésies de Simonne sont de deux types. Dans les tableaux, ils prennent la forme de plantes, d’animaux, ou de personnages proches d’homoncules. Dans les poésies, les personnes du père, de la mère et de l’enfant apparaissent. Ils sont à rapprocher de la vie de Simonne Roumeur. Mais surtout, ils ressemblent aux plis de son âme.

Françoise Dolto  dénonce l’intervention castratrice dans Psychanalyse et pédiatrie (Seuil, 1971, p. 89). Elle a raison sur les difficultés que pose le pouvoir castrateur de la famille, mais dans le pouvoir castrateur de la famille l’enfant ne trouve-t-il pas l’impulsion pour se lancer hors du nid, s’isoler au grenier et construire sa personnalité? Cet éveil n’est pas sans difficultés et souffrances et toujours à reconstruire un peu comme le cycle de l’ouroboros. Les cercles que l’homme enfant ou adulte se construit dans ses relations est enrichissant et toujours à dépasser. La négation qui se crée dans la prise de conscience de la différence ne devrait pas se traduire par un rejet de l’autre mais par l’acceptation de cette différence.

L’enfant prend plusieurs sens dans l’œuvre de Simonne Roumeur. L’enfant est sa conscience, l’esprit qui l’anime, sa démarche créatrice.

Simonne décrit son âme comme composée de différents personnages.

La connaissance de l’âme passe par des rapprochements avec les différents âges de l’homme. L’enfant, la jeune fille, la mère, le père se retrouvent dans tous les rites d’initiation à la connaissance de soi. Les sages de l’Iran ancien, Avicenne, les contes de fées, la psychologie, par exemple l’analyse transactionnelle, décrivent la personne au travers de personnages.

Dans l’analyse transactionnelle, l’enfant est insouciant, pas très sérieux. L’adulte est la personne qui s’est faite. Le parent est celui qui commande. En poésie et dans l’œuvre de Simonne Roumeur, l’enfant est la capacité à voir au milieu du monde ce qui peut faire origine à la présence spirituelle. L’enfance est alors observation de l’entourage et appropriation intellectuelle par retournement de ce qui crée une angoisse.  L’analyse transactionnelle a des prétentions en entreprise et comporte un danger dans sa vision négative du personnage psychologique de l’enfant. Met-elle assez l’accent sur les aspects positifs de créativité de ce pli de l’esprit?

Et justement, c’est ce que l’on ne trouve pas chez Simonne qui ne nie aucun des plis de son âme et travaille chaque jour à faire renaître son enfant.

Toutes les images de Simonne existent en double et véhiculent angoisse et sérénité. Pour reprendre vie, la reconquête de sa personnalité est à refaire à chaque difficulté, intoxication, cancer, oppositions familiale, institutionnelle ou amicale.

« Mon enfant marche dans l’Espace temps

De la ville d’Avant

Et s’écrie approchant de la fenêtre

« Maman dans la maison de l’Ancêtre

Il y a une guêpe-maçonne »  Œuvre 261 : Soleil du premier matin.

La guêpe pique, seringue, mais elle est aussi maçonne. Elle pique l’araignée qui tissait un arbre généalogique. Le poison est transformé en sérum. Les difficultés des ancêtres deviennent la source d’inspiration de la connaissance de soi.

Simonne se situe dans l’imagination, la pensée immédiate, dans les rêves. Blanchot (après André Breton) écrit : « l’écriture automatique est une aspiration orgueilleuse à un mode de connaissance… En levant la contrainte de la réflexion, je permets à ma conscience immédiate de faire irruption dans le langage. » (Catalogue, La révolution surréaliste, Centre Georges Pompidou, 6 mars 24 juin 2002, p. 42.)

 

Œuvre 185 : GLOSSAIRE, 3 janvier 2000

Les animaux que l’on rencontre le plus souvent dans les tableaux de Simonne ont deux aspects. Comme l’abeille, la guêpe ou le serpent, ils peuvent piquer faire mal ou faire peur. Simonne retourne l’angoisse de ses rêves pour chercher l’aspect positif qu’ils portent en eux.

La vache s’associe à la vacherie, une méchanceté, l’âne à l’ignorance. Mais l’image mentale est retournée et dans ses tableaux, l’âne et la vache sont l’ignorance, la naïveté nécessaires à l’écoute des autres.

Une réflexion se met en place à partir des intuitions de la pensée immédiate.

Par exemple, la chenille est magicienne, participante à la transformation de l’esprit. La chenille devient papillon; la guêpe est un être de feu qui allie collectif et individuel.

D.  La magie de l’image peinte, le texte et les rêves de la nuit.

Suite à son intoxication, Simonne Roumeur avait des problèmes de sommeil et faisait des rêves. A la description que Simonne faisait de ses rêves, il s’agit, selon moi, d’hyper-rêves. Si ce sont bien des hyper-rêves, ces rêves sont hyperréalistes et montrent les choses dans les moindres détails. Ils marquent beaucoup l’esprit.

Simonne rêve et s’inspire de ses rêves pour ses créations. Simonne n’est pas la première artiste à travailler ainsi. Hélène Cixous compose aussi avec ses rêves.

Hélène Cixous est née à Oran en 1937. A 10 ans, elle perd son père. Elle dit : « Je ne crois pas au travail de deuil dont parle la psychanalyse. On ne doit pas enterrer, on doit retenir l’être qui est parti. Il m’arrive de retrouver mon père en rêve… » « En général, on oppose tristesse ou joie, mémoire ou oubli, vie ou mort. Alors que la plus forte de nos expériences psychiques, le rêve, se passe là où les contraires se mélangent ». (Hélène Cixous in Télérama 10 janvier 2007.)

En effet, nous avons vu que les images mentales de Simonne Roumeur sont bifaces.

Simonne Roumeur rêvait la nuit. Les images et les sons de ses rêves étaient très réalistes. Elle était heureuse de ses rêves. A partir de ses rêves, elle dessinait au mieux, prenait des notes, faisait quelques recherches de vocabulaire, écrivait des poèmes parfois long de dizaines de strophes! Ensuite, elle choisissait quelques strophes pour accompagner son travail à l’acrylique.

Il me semble intéressant de prendre des exemples: André m’a remis des passages de ses notes décrivant les rêves.

- 1er exemple : Le rêve de l’abeille

Œuvre 264 : PRINCESSE MESSAGERE

« L’ouverture est nette et noire à l’intérieur. J’ai du mal à retrouver= un bruit peut-être comme la lumière d’un flash, parce-que ça passe comme une flèche - peut-être une pensée aussi.

Ca vient du milieu – du fond de la réserve et file donc invisible sur le coté gauche – par rapport à moi – s’évapore dans l’atmosphère.

Dans le même temps – du même endroit sort – même allure sur le côté droit – dans l’espace vide formé avec la véranda – une abeille. Dans cet espace – au plus haut du mur – elle virevolte – presque sur place – le temps d’une danse – fraction d’instants – où elle forme comme un trajet de volutes (?) – comme une arabesque invisible – elle disparait son travail achevé.

Non, en même temps qu’elle l’achève – re-bruit, - re-lumières de flash sur la gauche, et reabeille qui sort – rejoint la première (dur à décrire!) – Côte-à-côte une fraction de seconde – Une volute – la nouvelle arrivée prend le relai – la première par le vide de l’arrière.

Rebruit – lumière flash – la première abeille à nouveau sort et recommence la scène – éternelle – sans interruption – par fractions de temps absolument identiques – sans failles – Un chef-d’œuvre d’organisation – de production sans doute.

Je commente au fur et à mesure ce que je vois à celui qui est à mon côté. »

La ruche est-elle image de maternité?

La réserve est-elle l’inconscient, la fente noire sans lumière ?

Dans la réserve, se trouvent les fruits de l’automne stockés pour l’hiver pour que la cuisinière puisse produire des gâteaux, produire du miel?

E. La femme dans l’œuvre de Simonne Roumeur

- Deuxième exemple : Le rêve de la femme

Ce rêve se réalise en trois images qui viendront en plusieurs jours:

- Le tremble image de la peur ;

- Le 3° Œil image de la connaissance ;

- Le paon image de l’épanouissement de la femme.

Œuvre 032 : LE TREMBLE, 28 janvier 1995

« Tant pis le résultat est incompréhensible pour tout le monde mais j’assume ma folie. Je suis même contente. Une espèce de provocation » (propos relevés dans les notes prises après les rêves).

Notons les associations de sens entre l’arbre le tremble et les tremblements de la peur.

Œuvre 033 : Œil BLEU TROISIEME ŒIL, 03 février 1995

« Mes deux dernières peintures Théâtre, Pipe, ne peuvent être comprises = « bizarre »

Depuis 2 nuits à peu près – mon troisième œil revient. Je suis contente - Je me dis il est là - ça n’est donc pas en passant – ça me rassure – « laisser faire ».

Un œil – des fleurs – depuis longtemps j’ai envie de faire de myosotis – je ne vois pas comment.

Je crayonne quelques myosotis (j’en ai tous les ans dans mon jardin à l’état sauvage) un œil dedans.

Ca évolue 2 3 jours – si j’y arrive au bout c’est bien sinon je verrai.

Je sais que ça c’est vraiment sortir ce qui n’est pas ordinaire – je peux le faire = assumer.

C’est ce qui est bien avec la peinture je peux dire ce que j’ai envie sans expliquer – je dis que c’est rien la liberté d’interprétation »

Œuvre 137 : FEMME, 15 mars 1997

Dans la reprise de ces notes, le rêve alterne avec l’état de conscience. La conscience de Simonne se saisit de la pensée immédiate par allitération, association d’idées, de sons, et de nouvelles images apparaissent.

9 mars 1997 : « Très vite je fais marche arrière sur l’image – et c’est beau – comme un patchwork peut-être – tout vert – fait de nuances de vert – nervuré de traces noires très fines – superbe – Vivant – je le retiens pour l’enregistrer – Il s’en va – Je réalise que c’est une peinture que l’on me montre – je ne vois pas exactement – comme il est parti je demande à le revoir – Ca revient – une image rapide – le temps de voir – au centre du vert – un oiseau tout vert. »

Simonne se pose alors des questions, recherche.

« Une représentation de la femme? Le chemin de la femme – la vie de la femme … Ne me dit-on pas la difficulté de la femme à être reconnue dans le monde même par ses pairs écrivains? Est-ce qu’il y a longtemps, Hildegarde serait une exception?

Hallegot = Saule en rapport avec la mort = pleureur

Symbole pour Hermes de la loi divine = éternellement vert puis par saint Bernard en rapport avec la vierge.

Comme ça se passe au téléphone – directement à Dieu alors? Et qu’on me dit que je dois avoir une carte gratuite pour téléphoner… remerciement… Je ne vois pas.

Sauf que tout ça fait un et je me dis: La fête de la femme – hier je me disais – tiens rien fait cette année – l’an dernier, la vache qui rit, la pie – et voilà – je ne sais pas si c’est réalisable – mais, je vois le pourquoi – ce patchwork de vert = féminité, immensité de la femme dans le monde – Oiseau = symbole de l’âme – féminin – Représenter l’oiseau bleu, vert – toutes les nuances comme mes dernières peintures – L’Ame de la femme dans le monde – la même âme – le corps, la race, qu’une apparence! »

On voit que Simonne Roumeur travaille sur plusieurs images mentales. Elle se pose des questions.

Citons quelques artistes dont l’œuvre peut permettre des rapprochements avec celle de S. Roumeur :

-    Geneviève Asse (née en 1923) est une peintre bretonne. La couleur bleue se retrouve dans les œuvres de Simonne Roumeur.

Même si elles ne se connaissaient pas, le bleu de la Bretagne est commun aux deux peintres.

-    Dans l'autoportrait de Frida Kahlo, Femme souffrante, 1944, la portraitiste prend comme objet son corps brisé à la suite d’un accident de tram. Comme pour Simonne, dans la peinture elle trouve le moyen de s’exprimer et de dépasser la douleur, de la vivre et d’exprimer sa révolte.

La colonne vertébrale unit l’esprit et le monde qui nous entoure. La colonne brisée est l’âme à reconstruire.

Simonne Roumeur n’est pas la seule à prendre son  corps pour s’exprimer. Nous n’avons pas abordé certains tableaux de Simonne Roumeur qui montrent des parties de son corps atteints par le cancer.

-    Comme Louise Bourgeois, Simonne Roumeur explore son inconscient. Le résultat n’est pas le même! Louise Bourgeois a un parti pris différent. Elle s’intéresse aux peurs liées aux images de la pensée immédiate. Elle réalise des images intéressantes pour les décors de cinéma, la connaissance de la sexualité féminine…

Simonne Roumeur travaille avec les images entre l’inconscient et le conscient pour que l’on cesse d’avoir peur des images qui sortent du rêve ou de l’écriture automatique, les images de la pensée immédiate. Grâce à elle, les archétypes de la pensée ne font plus peur. Ils appartiennent aux plis de l’âme que nous avons tous en commun. Les connaître permet d’échapper à l’inquiétude, permet de savoir que tous les hommes partagent ces mêmes images mentales, ces archétypes. Comme le visage comporte un nez, des yeux, une bouche, des oreilles, Simonne décrit de façon familière le visage du plan entre le conscient et l’inconscient.

Conclusion

Dans les Alpes, les bergers ont accroché des lampes sur leurs brebis. Alors les troupeaux se sont mis à briller dans la montagne. (Ces images sont accessibles par Internet).

En nous se cachent des richesses. La lumière est en chacun.

Si l’inconscient reste voilé, car il est mouvant et toujours modifié par la vie, comment garder la liberté ?  Une réponse est peut-être dans le respect de la morale. Mais comme la réalité est toujours un peu dégradée, une autre réponse est peut-être dans le travail sur soi par l’image.

Les archétypes de la pensée de C. G. Jung sont l’expression de la reconstruction de l’âme. Elles sont parfois l’outil du médecin, mais avant tout du poète, de ceux qui ont choisi de vivre leur vie en poète. 

Certaines images mentales sont dangereuses. Elles sont décrites par Sigmund Freud et relèvent de la médecine légale.

Partager cet article

Repost 0
Published by Monique Oblin-Goalou - dans Conférence
commenter cet article

commentaires