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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 13:47

Il est important de célébrer l’anniversaire de la relativité générale qui s’actualise avec l’œuvre d’Albert Einstein entre 1907 et 1915. Rappelons que la relativité générale englobe et supplante la théorie de la gravitation universelle d’Isaac Newton.

Dans les sciences de la nature

Depuis un siècle, la théorie de la relativité a apporté beaucoup à la science et à notre confort. Elle a permis aussi d’expliquer nombre de phénomènes rendant la contemplation de la nature plus riche.

Le mot « relativité » vient de l’idée de ce qui est relatif, dépendant des uns des autres. Il se situe dans la question de l’unité. Pour répondre à certaines questions, la science prend conscience de l’importance de penser les choses dans leur unité et leurs interdépendances. La théorie de la relativité est une connaissance de la relation.

La démarche des scientifiques, dans l’observation de l’interdépendance des événements, des choses et des milieux, peut éclairer les relations humaines. L’exemple simplifié des sciences de la nature offre une sagesse, un schème à suivre.

La relativité n’est pas la mise à égalité. Elle s’adapte simplement à la nécessité. La prescription de lunettes à des patients se contente des outils offerts par l’optique géométrique pour calculer la correction nécessaire à chacun pour lire ou pour voir les astres. Ces connaissances ont été réutilisées en optométrie, la science subjective de l’examen du vu. Par contre, la mise au point de la transparence du verre correcteur demande une bonne connaissance de l’indice de la matière qui sert à la fabrication des lunettes pour les rendre plus transparentes. Les lunettes astronomiques ont favorisé la mise au point de traitements antireflets sur le verre des nombreuses lentilles qui composent l’instrument. Les différentes longueurs d’onde qui constituent la lumière blanche sont des vibrations dont les oscillations ont des phases qui se mesurent à 10-6. Pour chaque longueur d’onde, on dépose une couche différente sur le verre. Les couches multiples sont toutes calculées en fonction des longueurs d’onde de la lumière et de l’indice du verre. Le traitement antireflet des verres de lunettes et des lentilles qui composent les lunettes astronomiques relève de l’optique physique et permet un meilleur passage de la lumière au travers des différents dioptres.

Le mot « relativité » reconnait l’interdépendance des phénomènes. Il en sort une humilité, un air amoureux de reconnaissance de la nécessité de l’autre.

Il est à noter que l’ordre de la relativité est celui de la nécessité. Il n’y a pas de chaos dans la relativité, seulement une prise en considération de mesures variables suivant les nécessités. Ernst Mach, dans un article de 1905, écrit : « Ma définition provient d’une tendance à établir la dépendance mutuelle des phénomènes et à faire disparaître toute obscurité métaphysique, sans que cependant elle soit, au point de vue de ses résultats, moins bonne qu’aucune autre de celles que l’on a employées jusqu’à présent. »[1]

La relativité  qualifie une procédure qui définit expérimentalement une grandeur physique, elle pose une nouvelle façon de concevoir les rapports, et conduit surtout à une redéfinition de l’invariant. Selon F. X. Demoures, la relativité est issue du besoin, d’une part de préserver une conception épistémologique du monde issue uniquement de l’expérience, d’autre part d’une systématique conception nouvelle fondée sur des fonctions mathématiques comme critères de vérité, où l’invariant n’est variable que dans le système de relations des variables dans lequel il s’insère. 

La relativité est conçue, ici, comme prise dans une impasse, un système. Elle consacre la séparation des phénomènes. Pour répondre, je prendrai l’exemple de la propagation de la lumière dans la matière, mais il serait possible de s’intéresser à beaucoup d’autres exemples. L’équation « eikonal » ou l’équation de Schrödinger permettent de démontrer les lois de l’optique géométrique à partir des lois de l’électrodynamique. L’optique géométrique est un cas particulier d’une pensée plus générale nous dit l’équation « eikonal ». Ces dernières lois ne sont vraies que dans le cas où la longueur d’onde λ de la source est beaucoup plus petite que les dimensions des éléments formant le système optique. « Lorsque la longueur d’onde λ de la source est beaucoup plus petite que les dimensions des éléments formant le système optique, on montre que les équations de Maxwell peuvent se simplifier grandement. Cependant, une description très partielle de la propagation des champs électrique et magnétique est obtenue »[2]. Ce cas particulier permet des simplifications et des lois simples que Descartes a pu découvrir de façon empirique. Ce n’est pas la relativité qui a été empirique mais l’optique géométrique de Descartes qui, par hasard, découvre les lois simples du rayon lumineux. L’équation de Schrödinger décrit, avec un radical statistique, la probabilité de présence du photon[3]. L’équation « eikonale » (petite image), ou celle du célèbre chat de Schrödinger ne sont donc pas relativistes. L’équation « eikonale » reprend l’idée initiale de  F.-X. Demoures et évite son pessimisme final : « La mise en ordre selon des principes d’une série d’entités identifiées par la déduction et l’expérience, principes qui s’autofondent et s’autonorment au sein du système dont la pertinence est garantie par les fonctions mathématiques et les relations identifiées entre les objets, rend donc possible la mise en place d’un système cohérentiste, où ce même invariant n’a de valeur d’explication qu’au sein d’un système mis en place. »[4] Dans la relativité, il est question de simplifications dues à des disparités de mesures, ou au contraire de mise en évidence de la nature énergétique de la lumière en fonction de la taille des dispositifs. Les systèmes n’ont pas été mis en place pour vérifier des idées purement mathématiques. Ces dispositifs sont conçus pour observer les étoiles, la nature de la lumière, pour lire : les lunettes. La relativité n’est pas une connaissance absolue du monde. La relativité n’est pas une connaissance particulière du monde à partir d’un observateur. La relativité prend en compte les limites de la raison, les simplifications qu’elle impose, l’imagination. La lumière, vue de façon linéaire, ondulatoire, ou encore quantique, relève d’une approche imaginée[5] qui s’intègre dans un modèle plus généraliste, mais peut-être aussi plus lourd pour ce qui est des outils mathématiques, les équations de Maxwell ?

Dans la philosophie

Ce désir de souhaiter l’anniversaire de la relativité est né de deux phrases dans un même texte. 

« […] imprégnée d’un relativisme religieux qui porte à considérer que « toutes les religions se valent » »[6]

Je ne veux pas contester la lettre quand l’esprit est explicit pour dénoncer une forme de syncrétisme. L’usage du mot relativisme est surprenant. Il demande une bonne connaissance de la philosophie. Il est à associer à l’idée du film amusant de Woody Allen : Whatever Works. L’origine du mot vient-il d’une mauvaise interprétation de la relativité ? Avec tout le progrès qu’elle a pu apporter, la relativité ne discrédite-t-elle pas le texte qui tente de vivre la connaissance de soi et le respect de l’autre, la religion dans son sens de relation? « L’Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de vérité qui illumine tous les hommes. »[7]

J’ose poser cette question au vu du malaise de la base et des souffrances occasionnées dans les humbles milieux intellectuels qui vivent au milieu des hommes de toutes cultures et formations. Le mot relativisme est généralement mal compris. L’usage du mot « relativisme » dans l’Eglise, au lieu de « syncrétisme » ou autres, pose problème aux communautés scientifiques et philosophiques.

Le relativisme dialogue avec le criticisme de Kant ou de Hamilton. Le criticisme est l’étude des limites de la raison. Le criticisme est né de la volonté de Kant d’en finir avec le scepticisme de Hume et le dogmatisme  matérialiste de Wolff[8]. Kant défend le point de vue selon lequel l’esprit, ou plutôt l’entendement, possède a priori des principes de savoir ; et contre les dogmatistes, il maintient que l’expérience seule peut conduire à la certitude de l’existence réelle ou objective et que, même dans cet ordre de faits, nous ne pouvons encore être assurés que les choses soient telles qu’elles nous apparaissent. Bien sûr, Kant ne répond pas à toutes les questions. Son criticisme est une porte vers une logique qui ne soit pas dualiste. 

Le relativisme ne doit pas être confondu avec la tolérance, ni avec le criticisme, ni avec la relativité. Selon le relativisme jaloux, tout énoncé est lié au milieu, aux préjugés de la personne. Donc, tout énoncé est faux et haineux. Le relativisme jaloux est un pessimisme sur l’homme qui permet toutes les dérives et persécutions, car il se fonde sur un principe de haine et de violence, de lutte des classes et d’enfermement de la connaissance mathématique et physique ou naturelle dans la classe bourgeoise. Les origines du relativisme, chez Protagoras,  sont des démarches intellectuelles. Elles constituent des objets de réflexion sur la culture. Les questions soulevées concernent notre époque où les cultures se mélangent.

Le criticisme de Kant ne se retrouve pas dans sa morale. Elle prône l’impossibilité du partage mystique. Le silence sur Dieu, qu’il impose au nom de la vertu, n’invite pas la société des hommes au dialogue avec les Personnes de Dieu. Elle ne favorise pas la pensée iconale qui permet le partage dans la vie relationnelle du quotidien. Ce pessimisme d’E. Kant vient de sa conception d’un Dieu en retrait dans la raison seule. « Relativement à un être qui est tout fait au-delà des limites de notre expérience, mais qui se rencontre toutefois quant à sa possibilité dans nos idées, par exemple l’idée de Dieu, nous avons aussi un devoir qui s’appelle le devoir religieux, qui consiste à « reconnaître tous nos devoirs comme (instar) des commandements divins ». Mais ce n’est pas là conscience d’un devoir envers Dieu. Car, puisque cette Idée procède entièrement de notre propre raison et que nous l’élaborons nous-mêmes, soit au point de vue théorique pour nous expliquer la finalité dans le monde, soit à un autre point de vue pour nous en servir d’un mobile à notre propre conduite, nous n’avons donc point devant nous un être donné, ENVERS lequel nous aurions une obligation ; sinon il faudrait tout d’abord que sa réalité fut prouvée par l’expérience (révélée). » La conscience relève de la raison, mais aussi de l’expérience. E. Kant chasse donc Dieu de la conscience, mais du même coup du cœur de l’homme. Il fait de Dieu un devoir rationnel et non une personne. Or l’absolu réside dans la personne de Dieu comme présence. La foi est la certitude de la présence de Dieu au monde, à sa ressemblance aux personnes humaines qui nous entourent et dont la présence garde une part de mystère des terres spirituelles sensibles. La relation jamais ne s’épuise dans le mystère de chacun.

« Le lien qui existe entre la liberté de l’homme et la Loi de Dieu se noue dans le « cœur » de la personne, c’est-à-dire dans sa conscience morale. »[9]

Le cœur est le lieu de la présence au monde par la rencontre du sensible et de la raison, de l’observation et de l’intelligence. La morale est en lien avec la conscience et la conscience de soi.

A quelles nécessités de la relation l’Eglise répond-elle ? Dans un contexte de multiplication des sectes, d’athéisme, de toutes les dérives mystiques avec un rejet par l’institution (l’Eglise), de la mystique dans son ensemble, pourquoi l’Eglise ne définit-elle pas la relation entre mystique et vie ? Le corps mystique de l’Eglise est le Christ présent au monde au travers des sept sacrements. Cette sagesse passe par une acceptation d’une mystique sociale. La communauté constitue un corps physique,  spirituel et mystique qui reconnait les personnes divines comme volonté rayonnante du milieu des hommes et éclairant les hommes. Dieu n’est pas sur une montagne.

Dans l’histoire

Depuis l’Antiquité et le Moyen-âge, la philosophie et la sagesse font référence à la relativité. « Mais il y a plus, si nous considérons les composés eux-mêmes, l’un sera dit plus rapide que l’autre, les atomes composants ayant tous, où qu’on les prenne, la même vitesse, par le fait que les atomes contenus dans les agrégats tendent vers le même lieu dans le minimum de temps continu, même s’ils ne se meuvent pas vers le même lieu dans les temps perçus par la raison ; mais ils se heurtent souvent avant que la continuité du mouvement devienne perceptible par les sens. Et en effet cette opinion formée par nous au moyen d’une inférence et prononçant sur l’invisible, savoir que les temps dont l’existence est perçu par la raison seule sont continus, n’est pas vraie relativement à ces corps là : c’est ce qui est vu par les sens ou par représentation immédiate de la pensée qui est toujours vrai. »[10]

Sohrawardi, dialoguant avec un groupe de soufis, dit : «Une comparaison, supposons que tu prennes une planche et que tu poses une boule à l’extrémité de cette planche. Voici que tu tires (brusquement) cette planche vers toi. La planche se rapproche de toi, mais la boule tombe à l’opposé de toi en s’en allant par le côté de cette planche qui est le plus éloigné de toi. »[11]

C’est pour cela que je ne suis pas d’accord avec François Xavier Demoures quand il critique le besoin de rattacher l’intelligence du présent à celle du passé, en utilisant le mot torsion. «Cette torsion illustre le besoin qu’il peut y avoir à rattacher la nouveauté au connu, et à l’ancrer invariablement dans un contexte épistémologique et, plus largement, historique et moral. »[12] Nous sommes ici dans un rapport d’actualité, au sens de Xavier Zubiri[13]. La relativité a toujours existé dans l’intelligence, mais elle est plus actuelle, car utilisée en sciences de la nature et pour nos usages quotidiens.

La relativité a encore de beaux jours devant elle, car l’incommensurable, plus grand ou plus petit, permet les simplifications nécessaires à la vie. Les eaux poissonneuses du littoral montrent des milieux différents où le simple s’unit pour la vie. La pureté et le respect de la virginité naturelle sont nécessaires à la préservation du simple et de la vie.

Les retentissements de la pensée iconale existent en art et en poésie. Je développe actuellement un questionnement autour de l’œuvre de Geneviève Clancy (fondatrice de la revue Cahier de Poétique) qui est l’une des sources de cette réflexion.



[1] Ernst Mach, 1904, La mécanique, trad. F. Bertrand, Paris : Hermann, p. 212.

[3] Monique Oblin-Goalou, Le rhizome sous l’arbre le virtuel au-delà des images lumineuses, ANRT, p.378.

[4] François-Xavier Demoures, La relativité est-elle relativiste ? Sur la réception de la théorie de la relativité,

[5] L’imagination est une adaptation de la raison à une observation. L’imagination peut être aussi une déformation de l’observation vers des possibles multiples.

[6] Card. Ratzinger, cite Jean-Paul II dans Congrégation pour la doctrine de la foi sur l’unité de Jésus-Christ et de l’Eglise.

[7] Card. Ratzinger cite Vatican II.

[8] Wolf Feuerhahn, Comment la psychologie empirique est-elle née ?, Archives de philosophies 2002/1, Volume 65, p. 47-64 : « Dans une note du § 644 de la Psychologie rationnelle, Wolff précise la distance qu’il prend par rapport à Leibniz : « Je ne revendique pas les éléments des choses matérielles que la simplicité. Et quand à la nature de la force qui leur est infuse. Je la laisse en doute. » Il y a donc une nette distinction entre les « éléments des choses matérielles » et les « monades ». Dans le lexique wolffien, la notion de « chose simple » est la notion générique. Elle est ensuite distinguée en « atomes de la nature » ou « élément des choses » (qui correspondent aux « substance simples » ou « monades brutes » de Leibniz, mais qui ne sont pas douées de perceptions) et « monades » qui incluent seulement les substances douées de perception (les « âmes » et les « esprits » au sens de Leibniz). Choisir les termes d’ « atomes de la nature » et d’ « élément de choses » pour désigner les substances privées de perceptions est très révélateur de l’autonomie de la pensée wolffienne. En effet, les notions d’ « atomes de la nature » et d’ « élément de choses » ouvraient la Monadologie. Au § 3, Leibniz affirme, selon un axe anti-épicurien, que les monades sont comme les véritables Atomes de la Nature et, en un mot, les Eléments des choses. Prendre les atomes matériels pour les substances ultimes qui rendent raison de la structure du monde, c’est confondre, en langage leibnizien, les « phénomènes » et les « essences ». Les monades ne sauraient être des réalités matérielles.

Or, en appelant les substances simples privées de perceptions « atomes de la nature », Wolff semble retourner « en-deçà » de la révolution leibnizienne. Car, privés de perception, les atomes de la nature ne changent pas par une force interne, mais par une détermination extérieure. Pour se modifier, les substances simples doivent s’ouvrir sur le monde extérieur. Ouvrir portes et fenêtres. De métaphysiques, les monades simples deviennent des réalités physiques.» http://www.cairn.info/article.php?ID REVUE-APHI&ID. Les monades simples deviennent des réalités physiques et quittent la métaphysique telle que la concevait Leibniz. Il est important de savoir que des penseurs orientaux ont su parler de la présence spirituelle à la vie, non pas en termes de séparation avec le monde physique (métaphysique), mais comme présence lumineuse, réfléchie et diffractée par la matière. De plus, chez Sohrawardi, il n’y a pas de séparation ontologique originelle dans la procession de la Lumière (Monique Oblin-Goalou, Le rhizome sous l’arbre le virtuel au-delà des images lumineuses, ANRT, 2008, Tome, p.57).

[9] Jean-Paul II. La splendeur de la vérité, p. 88. Citation dans la thèse Monique Oblin-Goalou, Le rhizome sous l’arbre, L’ANRT, 2008, au chapitre 2.3.2 « Virtuel et nature dans la Bible, virtualité chez Saint Augustin ».

[10] Epicure, Lettres et maximes, Pössneck : Librio, 2000, p. 34, 35.

[11] Sohravardî, L’archange empourpré, trad. Henry Corbin, Paris : Fayard, 1976, p. 368.

[12] François-Xavier Demoures, La relativité est-elle relativiste ? Sur la réception de la théorie de la relativité, Disponible sur Internet.

[13] Xavier Zubiri, L’intelligence sentante intelligence et réalité, p. 111 et suivantes.

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Réflexions
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