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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 19:42

La sagesse de Sohrawardi est connue car elle a permis l’épanouissement de la poésie en Iran, en Orient, dans le monde. La pensée contemporaine a des difficultés à dépasser certaines images relayées par les médiats. Sohrawardi étant d’origine orientale le rejet contemporain de son travail et de l’universalité de ce qui fait son œuvre, de la poésie en général, puisqu’il en est l’un des grands maîtres, sont liés à son appartenance géographique et aux difficultés que rencontrent l’Iran, la Syrie, et l’ensemble du Moyen Orient aujourd’hui. Le Proche et le Moyen-Orient doivent pouvoir rayonner sur le monde et apporter autre chose que l’image de la guerre. Pour que la poésie puisse revivre, je me suis intéressée aux difficultés rencontrées par la jeune psychanalyse au-delà de toutes appartenances. Ce texte a pour ambition de montrer le souci de Sigmund Freud d’ouvrir son travail en médecine et en psychanalyse à une dimension qui dépasse le cadre de sa personnalité, de sa culture juive, de sa religion, de son pays…La pensée scientifique était menacée par l’antisémitisme et le travail des juifs était réduit à leurs origines. Cette problématique n’est pas réservée à la pensée juive ; elle concerne les religions, les nationalités et les cultures. Un peuple autant qu’une personne existe dans son origine et au-delà de son origine. L’idée est de décrire une attitude psychologique propre au stade pompier qui demande de saisir l’enjeu des codes symboliques qui régissent les relations et leurs possibilités en prenant la psychanalyse pour objet.

 

Le stade tintin ou pompier

Monique Oblin-Goalou

L’œuvre de Reynald Drouhin, Frags butterfly#om, utilise les innombrables données accessibles sur le Net pour en faire la substance du détournement de L’Origine du Monde de Gustav Courbet. Elle est une image décomposée en multiples rectangles qui la brouillent. Ces derniers sont des images choisies avec des mots clés des commentaires des internautes sur l’œuvre de G. Courbet, des algorithmes, des moteurs de recherche et des stocks de données. Les mots clés donnent une dimension pseudo-aléatoire, l’algorithme étant une démarche déterminée. R. Drouhin a pour objectif de défragmenter les données d’Internet. Il les sort du virtuel pour leur donner chair en utilisant différents outils. Il revendique, dans ses images, une esthétique du code. Le code est le lien par lequel la relation est possible. L’augmentation des données, avec Internet, implique de nouveaux codes mais surtout une connaissance de l’autre. Le stade pompier est la possibilité d’exister comme témoin au milieu des autres.

Une période d’angoisse apparaît chez l’enfant à la fin du stade du miroir, avec la prise de conscience de la responsabilité du monde dont il hérite. La fragilité de cette période réside dans le mépris des adultes pour l’enfant, dans la prise de conscience chez l’enfant de l’insuffisance de son entourage. Le complexe d’impuissance de l’adulte le pousse à reporter ses désirs sur l’enfant. Les indices du stade Tintin sont apparus au travers de l’expérience de Bruno Schulz, professeur d’arts plastiques et travaux manuels à Drohobycz, dans les années trente. Il réinvente sa biographie, fort de son expérience des adolescents dans une région où les pogroms et goulags ont fait des milliers de morts, et décrit, au travers de mythes, la psychologie angoissée d’une période difficile. Bruno Schulz ne revendiquait pas de stade pompier. Ses descriptions, ses connaissances des relations humaines permettent cependant d’inventer ce stade. Il préparait un livre intitulé, Le Messie. Mais nous ne savons rien de son livre en raison des persécutions qu’il a subies. Le Messie devait traiter des dangers de ne pas travailler à l’initiation de l’âme ? La lecture des œuvres de B. Schulz le montre luttant avec l’outil de la « réalité dégradée » contre l’espérance scientifique de l’advenue d’un homme nouveau naturellement bon qui remplacerait « l’homme primitif ». Ecrivait-il contre le « messianisme criminel »?

« Les analogies apparentes, souvent signalées, entre le primitif et l'enfant, peuvent être trompeuses. Il ne faut s'en prévaloir qu'avec précaution, et sous bénéfice d'inventaire. Mais, sur le point qui nous occupe, elles sont singulièrement frappantes. N'est-il pas significatif que, de l'aveu unanime des observateurs, la représentation de soi-même comme sujet n'apparaisse qu'assez tard chez l'enfant ? » Le stade pompier, comme sortie de l’enfance, se pose en découverte des différents modes de vie. Le terme « primitif », dans son sens de « participation au monde », a-t-il un lien avec le stade pompier ?

I. L’indifférence à la jeunesse et à l’enfance

Le stade pompier est en opposition avec plusieurs attitudes collectives.

Bruno Schulz enseignait dans une école à Drohobycz, ville de Galicie multiethnique et multiculturelle, dans une région durement touchée par la crise des années trente. Dans sa jeunesse, B. Schulz dessinait et la magie de son art transformait son entourage. A l’âge adulte, son entourage s’oppose à sa paternité. « « Capitaine des sapeurs pompiers ! Oui, dites plutôt de voyous ! dit-elle, mesurant mon père d’un œil haineux. » » « - À mon avis, fit le commis principal Théodore, ces sapeurs pompiers, tous des parasites !... Ils sont infantiles et tellement irresponsables que jamais nous ne les laissons éteindre les incendies. […] Un incendie les rend fou de joie ! ». Pourtant Bruno Schulz obtiendra quelques satisfactions par ses prouesses. Le pépin, l’échec, comme le suggère l’ironie, a besoin du témoignage de l’art. Marie Lechner, dans son article Glitch ! La beauté fatale d’un raté fait connaitre les artistes du numérique qui « explorent les défaillances des technologies ». En dégradant le support, ces artistes font la substance, comme Sigmard Polke qui jouait avec les points de l’imprimerie. « Dès 1935, Len Lye exploite les rayures et peint les chutes de celluloïds. Name June Paik, avec wobbulator, perturbe le signal télé dans les années 70. Cory Arcangel réédite le geste avec sa pièce Plasma Screen Burn, qui exploite la brulure d’écrans lorsqu’une image fixe reste affichée trop longtemps. » Les instruments du flux de la lumière en se brisant, ou les artistes en manipulant les formats, dévoilent le beau Glitch ou le Glitch radical et scénique pour lequel Marie Lechner reprend les termes du site de Rosa Menkman : « Plutôt que de créer l’illusion d’une interface transparente vers l’information, la machine se révèle et se rappelle brutalement à l’existence de son utilisateur. C’est le cri primal des données ». La machine est un élément avec lequel composer une donnée. Elle acquière une dimension de langage comme le lisse et le rugueux en sculpture. Le retour à la substance, aux données, est un retour aux origines.

La lutte contre l’indifférence à la jeunesse est un souci du Franciscain de Bourges. Sous l’occupation, dans la prison de Bourges,

 les jeunes résistants sont torturés et meurent. Un Franciscain infirmier souffre de ne pouvoir sauver ces jeunes qu’il accompagne néanmoins vers la mort. Le livre de Marc Tolédano rapporte les conversations émouvantes que recueillait le séminariste franciscain. Durant la guerre, personne ne se préoccupait de ces enfants oubliés parce que l’enfance est sans vanité. Les liens du Franciscain de Bourges avec la résistance ne permirent pas d’en sauver beaucoup. Liliane Frey-Rohn écrit, à propos de la pensée de Frédéric Nietzsche : « Les ténèbres collectives, qui dressent leur profil menaçant derrière tout ce que la civilisation comporte de vanité, et que nous avons accoutumé d’appeler l’ombre collective. » Comment avons-nous pu oublier ces avertissements pendant tout le XX° siècle ? Liliane Frey-Rohn écrit encore : « « au-delà du bien et du mal » Nietzsche a ouvert au psychologue de nouvelles voies. Il se donne pour but « l’homme le plus sage », celui qui sait combiner non seulement l’ombre redoutée, mais aussi la « lumière » si vantée avec une forme de vie plus positive, une réalité « du fort et du créateur ». Dans son combat contre tout ce qui est solide et durable, il fait flamboyer le monde insondable de Dionysos, le royaume de l’irrationnel, qui recèle le mystère de la vie réelle ». L’ombre collective, source d’angoisse, est un thème de l’œuvre de Simone Weil. Le « gros animal » est cette ombre : « L’obéissance au grand animal conforme au bien, c’est là la vertu sociale. Est pharisien un homme qui est vertueux par obéissance au gros animal ». Liliane Frey-Rohn écrit encore à propos de Frédéric Nietzsche : « N’oublions pas qu’il ignorait tout des alchimistes, qui s’intéressaient à la projection de l’âme dans la matière et qui essayaient également de dégager le domaine de l’âme comme un royaume intermédiaire entre l’esprit et la matière. […] Est-ce étonnant que Nietzsche ait méconnu la fonction psychologique véritable de la psyché et se soit efforcé d’établir une équivalence entre le non-conscient et la réalité des affects et des impulsions ? L’erreur grave d’avoir mal compris le mode symbolique et de s’être identifié au « serpent de la vie » l’a finalement poussé à détruire les « tables de valeurs anciennes » et à prendre pour base de sa doctrine le « renversement de toutes les valeurs ». » Cette critique est intéressante car elle pointe le doigt sur une certitude, l’importance de l’alchimie comme origine de la psychologie. L’idée de « projection de l’âme dans la matière » pour définir l’alchimie est à retenir. Mais, peut-on vraiment « comprendre » la symbolisation dans la séparation du symbolique et de la vie? L’alchimie est un royaume intermédiaire dans le plan unique de la vie. En mathématiques, entre l’esprit et les nécessités de la vie, la symbolique est le moyen de vivre avec les mesures de l’esprit. La rivalité œdipienne a pour objet le désir de l’anima. Le sujet (fille ou garçon), « pour entrer en rivalité avec le père et se faire place dans le discours de la mère, doit entrer dans l’ordre de ce désir, en parler le langage, se référer au même système symbolique dont le père est le premier terme ». Ici la symbolique est le serpent de la vie. Le stade pompier s’inscrit dans la découverte des codes. Le substantial est ce qui donne corps à la personne, qu’elle soit morale ou physique. « « Il est « ce qui réalise », « quelque chose de réel qui unifie », « principe d’action du composé » ». Le problème du vinculum est qu’il n’est pas substance, il est seulement ce qui substantialise. Il est le lien ». Le vinculum est le code, l’ensemble des signes qui régissent les données. Pour le fils, les données paternelles sont incompatibles avec le lien, ou substantial, qui fait l’unité des données du fils. Ce n’est pas forcément dans sa famille que l’enfant trouve le lien qui réunira son corps morcelé.

Cette idée inspira G. W. Goethe. « […] un enfant dialoguant avec les ténèbres. Le père le serre contre lui, le tient prisonnier dans ses bras, le protège de la violence de l’élément dont le bavardage incessant l’étourdit ; mais pour l’enfant ses bras sont transparents, la nuit les transperce et, à travers les caresses du père, il continue d’entendre ces terribles paroles de séduction. » Par la musique, comme dans une œuvre de Paul Klee, le ciel quitte ses reflets de perfection pour éclairer l’humanité. Dans les bras de son père, Bruno Schulz enfant se laisse séduire par les Aulnes cachés dans l’ombre des grands sapins. « Le violon tout seul se leva brusquement, précocement grandi, adulte ; tout à l’heure si plaintif et hésitant il se tenait maintenant devant nous, mince, la taille pincée, et conscient de sa mission, il reprit la cause humaine un instant différée, continua le procès perdu devant le tribunal du firmament où se dessinaient en signe d’eau les galbes et les profils des instruments, fragments de clefs, lyres et cygnes inachevés, commentaire machinal des étoiles en marge de la musique. » Avec cette phrase, la réalité se fragmente pour s’unir aux étoiles. Quand la réalité est fragmentée, elle apparaît dégradée, « alvéoles écartées », « cloaque de l’immaturité » , pour ceux qui ne veulent pas voir l’humanité dans sa totalité. Pourquoi mépriser les mouvances de la substance humaine ? « Nous traversons tous des crises de maturation, et les processus douloureux de l’imperfection et de la défectuosité ».

T. Kantor écrit de la « réalité dégradée » de Bruno Schulz : « Il n’y a pas d’objets inanimés, durs, circonscrits dans des limites précises. Tout dépasse celles-ci pour quitter le champ qu’elles circonscrivent », comme le pépin (Glitch) dévoile les données dans l’œuvre de Name June Paik.

« Il faut distinguer pourtant deux usages du concept de libido, sans cesse au reste confondu dans la doctrine : comme concept énergétique, réglant l’équivalence des phénomènes, comme hypothèse substantialiste, les référant à la matière. Nous désignons l’hypothèse comme substantialiste et non comme matérialiste ». La base des sublimations qui se manifestent dans le comportement se trouve dans le métabolisme de la fonction sexuelle, selon S. Freud et J. Lacan. Mais J. Lacan considère que la libido passe par un stade d’identification symbolique qui a pour objet le code et non pas seulement « l’objet excrémentiel », ou ce qui est produit. La notation symbolique des images, leur dynamisme inducteur du comportement, « c’est la condition même de l’identification symbolique et l’entité essentielle de l’ordre rationnel, sans lequel aucune science ne saurait se constituer ». J. Lacan ne nie pas l’importance du sujet et de son objet produit, mais il insiste sur l’importance de la démarche et de l’énergie qu’elle nécessite, du symbolisme auquel elle s’attache.

II. Le stade pompier ou la découverte du respect des rôles de la personne

Reynald Drouhin, avec Frags butterfly#om, redessine L’Origine du monde à partir d’une multitude d’images prises dans les données d’Internet. Internet devient l’anima, l’origine, le virtuel où puiser le devenir. Par Internet, le désir change. Le complexe d'Œdipe n'est pas la forme inconsciente véritable du désir. La psychanalyse sert le capitalisme et sa forme paternaliste en réduisant la personne a ses instincts. G. Deleuze et F. Guattari expliquent en quoi le complexe d'Œdipe, loin pour eux de constituer une vérité sur le désir, est un moyen pour les psychanalystes de modeler et de contenir ce dernier, en le réduisant à la structure familiale, pour l'empêcher de se répandre dans le champ social et d'y mettre en œuvre sa puissance révolutionnaire. Chez Bruno Schulz, les codes et symboles s’étendent, au-delà de la famille, aux institutions politiques, princesses, princes, aux mythes et contes, à la littérature, aux personnages de musées, aux ouvrières et aux mannequins de l’entreprise de son père, aux personnages de la publicité ou à ceux de la Bible. Le complexe d’Œdipe ne suffit pas à l’initiation des relations entre les institutions et les groupes d’appartenance. Selon Laurie Sibony-tua, la judéité de Sigmund Freud, son modèle familial et son rapport à Dieu, sont à l’origine de la découverte de la psychanalyse. Sigmund Freud voulait en faire le meurtre, dans L’homme Moïse, pour ne garder que la part universelle et scientifique. Freud s’y défend, d’une part contre le racisme de l’époque et d’autre part il exprime son appartenance politique à la mystique égyptienne d’Isis, chère à l’Autriche, depuis Karl Leonhard Rheinhold. Sa nationalité passe avant sa judéité, il choisit Joseph, fils de Jacob l’Egyptien plutôt que Moïse, pour accompagner mythiquement sa démarche. Les institutions sociales donneront la primauté à C. G. Jung. Sans le racisme, jamais S. Freud n’aurait été inquiété par la spoliation de la paternité de sa découverte. Sans l’œuvre écrite de C. G. Jung, celle de Lacan serait moins facile d’accès. Dans l’étude du psychisme, ne laissons pas la jalousie raciste décider de son orientation, ne négligeons ni S. Freud, ni C. G. Jung, ni Lacan, ni bien d’autres.

Le père de S. Freud a été hassidim. L’hassidisme est une origine de la psychanalyse. La richesse du travail scientifique de S. Freud témoigne de la grandeur de son âme féminine originelle. Dans La poétique de la rêverie, G. Bachelard traite de l’animus et de l’anima. « Sans cesse l’inconscient murmure, et c’est en écoutant ses murmures qu’on entend sa vérité. Parfois des désirs dialoguent en nous – des désirs ? Des souvenirs peut-être, des réminiscences faites de rêves inachevés. – un homme et une femme parlent dans la solitude de notre être. Et dans la libre rêverie ils parlent pour s’avouer leurs désirs, pour communier dans la tranquillité d’une double nature bien accordée.» On appréciera ici la référence à la sagesse religieuse suggérée par le vocabulaire, le passage de personnages homme et femme de l’âme aux natures de la personne. On passe ici d’un langage symbolique initiatique, l’image mentale du couple, à un langage rationnel sage. Les plis de l’âme ne s’opposent pas. Le religieux ne s’oppose pas à la connaissance de soi. Dans ce passage de La poétique de la rêverie, l’image du couple est ancrage de la sagesse dans le monde. La « hiérogamie » de l’écriture s’est réalisée. Mais n’oublions pas l’anima « dans la volonté de créer des êtres que l’écrivain veut réels, veut durs, veut virils, la rêverie passe au second plan. […] Un animus qui n’a pas trouvé dans la vie un anima assez pur en vient à mépriser le féminin. » On sait quels outrages ont blessé l’anima de la pensée juive. L’adolescence est dans la prise de conscience de la puissance de l’animus. Enfanter se fait dans le témoignage. L’existence, se tenir debout, est une façon de faire miroir et socle. L’état primitif est le socle de la mise en œuvre qui s’affirme dans la connaissance de l’autre et la prise de conscience de la différence. La psychologie consciente a « émergé d’un état originel d’inconscience, et, par conséquent, de non-différenciation, état que Lévy-Bruhl a désigné sous le nom de « participation mystique ». Il s’ensuit que la conscience des différences est une acquisition relativement tardive de l’humanité et qu’elle ne concerne probablement qu’un fragment relativement petit prélevé sur une masse beaucoup plus considérable, dont on ne saurait préciser l’étendue d’identité primitive. La différenciation constitue l’essence même de la condition sine qua non du conscient. ». Conscience et inconscience des masses sont en parallèle avec celles de l’individu. Sur l’inconscient, S. Freud, écrit dans L’homme Moïse : « D’après Sellin, la tradition du meurtre de Moïse exista toujours dans les milieux sacerdotaux […] Il semble bien plutôt qu’il dut y avoir aussi, dans la masse ignorante, quelque chose qui s’apparente en quelque manière au savoir du petit nombre et vient à sa rencontre lorsqu’il est exprimé ». La réflexion de C. G. Jung est élitiste quand celle de S. Freud laisse entendre que la conscience de l’autre existe dans le préconscient de la masse. Il n’y a pas d’intériorité mais une façon de vivre le monde, un « vivre avec » rendu possible par le socle primitif inconscient de la « participation mystique ». La conscience des différences est une réduction à partir des pensées de l’anima. Cette réduction est une violence faite à l’anima mais aussi une condition de son existence au-delà du rêve de la horde. S. Freud et ses disciples, comme Ruth

Brunswick, formaient une horde par les psychanalyses qu’ils s’obligeaient à pratiquer entre eux afin d’éviter le contre transfert. En psychanalyse, l’homme de science n’existe pas, mais seulement son sujet. Le psychanalyste observe et cherche l’enfant, non pas le sous développé, mais les promesses de ce qui est voilé. Il ne peut y avoir de mépris du primitif car J. Lacan écrit : « dire que le sujet sur quoi nous opérons en psychanalyse ne peut-être que le sujet de la science, peut passer pour paradoxe […](faire autrement ne fonctionne pas) Car cet homme y sera (alors) le primitif, ce qui faussera tout du processus primaire, de même que l’enfant y jouera le sous développé, ce qui masquera la vérité de ce qui se passe, lors de l’enfance, d’originel. Bref, ce que Claude Lévi-Strauss a dénoncé comme l’illusion archaïque est inévitable dans la psychanalyse … ». Dans la cure, l’objectif est d’éviter que l’enfant, ou l’originel, se cache sous un rôle de primitif. Il n’y a pas de tendresse, ni de sévérité, entre le psychanalyste et son patient.

 

Le stade pompier apparaît si les personnes partagent, créent, s’expriment en tenant compte de tous les personnages de leur âme. Selon Patrick J. Mahony, la cure de L’Homme aux loups serait un échec. Pourtant, elle a permis au patient de travailler et de ne pas vivre en marge de la société. S. Freud serait passé du style démonstratif à une volonté de convaincre. « Plus que jamais auparavant, Freud délaisse son style démonstratif pour la rhétorique de la persuasion, pour un style qui cherche à convaincre plus qu’il ne réussit à démontrer ou à illustrer. […] Dans le cas de l’Homme aux loups, il y a un lien entre son genre de rhétorique propre à convaincre et la double signification de zeugen : être témoin et copuler, implicitement présente dans ce terme nodal : Überzeugung ». La rhétorique est nécessaire aux sciences de l’observation qui ne peuvent se contenter de l’aune du corps humain, pied, pouce… Les rêves sont l’aune de la connaissance du psychisme. D’autres mesures existent pour le spirituel dans l’alchimie. Freud était conscient du double sens du mot « überzeugung », témoignage. Les rhétoriques de S. Freud sont liées aux étapes de sa démarche : L’observation, l’accompagnement des cures, la démonstration, l’exposé (conférences à Société psychanalytique de Vienne). Quand l’humanité se dévoile, perd de son unité, les manifestations peuvent faire peur comme prise de conscience de ne pas tout contrôler de sa vie. Chez l’autre, la dissociation de la personnalité peut rappeler de mauvais souvenirs et provoquer un rejet par manque de charité. La cure a besoin de rhétorique pour montrer au patient comment se rattacher au type humain. Par cette connaissance, le patient accède à une liberté qui lui permet de se respecter et de respecter les autres. Le rêve des loups n’est pas, comme le dit l’homme aux loups, un enfant pour S. Freud et pour la psychanalyse, un narcissisme. Le rêve des loups (qui vivent en meutes) est un archétype de la pensée, expression du rejet social par son pendant, le troupeau de moutons. Cet archétype est un souci de la psychanalyse. Pour l’homme aux loups, il aurait dû être une prise de conscience de l’importance, pour lui et son entourage, des cercles sociaux et des dangers de la horde. Durant son enfance, l’école lui avait donné une place et les symptômes avaient disparus.

 

Les dérives du stade pompier sont violentes. Le stade du miroir peut-être perturbé par un secret qui isole l’enfant des parents. Il se manifeste alors dans les attitudes agressives qui expriment les angoisses face aux agressions sur le groupe, aux angoisses collectives et familiales, aux peurs avouées et inavouées. Il doit pouvoir trouver des symbolisations mythiques dans le cas de S. Freud, artistiques ou poétiques selon J. Lacan, alchimiques avec C. G. Jung qui sont les images des codes qui régissent les groupes sociaux. Ces langages font, dans la répétition, l’identité et la différence de la personne. Le stade pompier correspond aux maladresses plus ou moins justifiées de l’adolescence ou de l’adulte devant certains groupes d’influence. Un des exemples est le messianisme criminel de la fin du XX° siècle qui se manifesta dans le nazisme et dans le bolchévisme. Le mot messianique se trouve dans l’étude de Stéphane Courtois sur Staline.

« Mais aussi une passion messianique : le salut des travailleurs et des peuples était assuré par l’amour que Staline leur portait et, qu’en contrepartie, chaque communiste et chaque travailleur devait porter à Staline. » Le messianisme de Staline, c’est-à-dire son rêve d’un homme nouveau, passe par la sélection, c’est-à-dire la mort de ceux qui ne se soumettent pas. Ce régime de terreur n’était pas ignoré de Louis Aragon qui parle, pour ces morts, de transformation de la nature et d’éducation! Le programme de Staline est de « modifier la nature » pour la venue d’un homme réduit à sa valeur. « De celui qui éduque les hommes et transforme la nature  de celui qui a proclamé que l’homme est la plus grande valeur sur terre  de celui dont le nom est le plus beau, […] Staline ».

Le stade pompier correspond à la sortie du stade du miroir. J. Lacan montre que la jalousie primordiale n’est pas seulement le complexe d’Oedipe mais aussi l’identification à l’un des parents. Ce n’est pas une jalousie mais le langage symbolique du parent, des codes familiaux, religieux ou scolaires auxquels il s’identifie. Phobies scolaires, oppositions aux enseignants, opposition aux parents sont l’expression de cette dissonance des codes. L’initiation des personnes aux liens qui constituent les groupes d’appartenance passe par la liberté de chacun de pouvoir s’exprimer au milieu des autres en se respectant. Le tabou à propos de certains sujets ne fait que reporter à d’autres objets l’apprentissage de la relation sociale. Le tabous concernant l’image, la prière, la poésie, l’architecture se sont déjà manifestés, voilà peu encore, de façon meurtrière.

Avec R. Drouhin, l’Origine du monde n’est pas dans la femme mais dans les données réunies par un même algorithme. Le souci de S. Freud d’être scientifique a permis à la psychanalyse d’être reconnue. Le sujet de la cure n’est pas le patient mais la psychanalyse. Les lieux de la famille, du monde politique, de la production, de la religion n’y ont pas les nécessités du substantial psychanalytique. L’imago qui réunit la famille est la tendresse. La prise de conscience des différences de nécessité et des différents rôles que la vie peut apporter est une condition d’accès au stade génital adulte. Les rôles que Bruno Schulz exerçaient durant sa vie témoignent de cette maturité. Les arts à l’école, avec le théâtre, les arts plastiques et la musique, ou bien encore la danse, permettent aux enfants de découvrir des approches différentes de la vie. Ce sont des expériences du respect de soi et de l’autre, plus ou moins bien réussies, qui conduiront la vie d’adulte. La connaissance de soi passe par les rencontres, le partage de données. Ainsi, la conscience de soi comme sujet arrive tard chez l’enfant, comme le constate Lucien Lévy-Bruhl dans L’âme primitive. Cette approche proposée ici s’est intéressée à l’un des plaisirs de la libido dont la connaissance semble déterminante pour la cohésion et le respect nécessaire à toute vie communautaire. L’avenir dira son importance dans l’éducation.

 

 

 

 

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Réflexions
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