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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 09:56

Je livre ici une ébauche de réflexion suite à une relecture de l'ouvrage de Jean Guitton.

La première fois que j’ai vu la chambre de Marthe Robin, j’ai eu un mouvement de surprise et de rejet. Comment avoir permis une œuvre d’une telle ampleur, au travers de Marthe Robin et du Père Finet, et avoir laissé la famille de Marthe dans de telles difficultés ? Marthe a été enfermée dans une image de Dieu, celle de la passion. Et elle a souffert pendant des dizaines d’années ce que Dieu avait souffert en un jour ! Cette hystérie est née du rejet du spirituel par les croyants du groupe social. Les hommes veulent-ils Dieu ?

La biographie de Marthe Robin, par Jean Guitton, s’appuie sur la pensée d’Henri Bergson. La mystique d’Henri Bergson est le témoignage de la conversion progressive d’un juif au christianisme. Au départ, Dieu s’est détourné des hommes. La pensée est celle de l’attente.

Henri Bergson est un juif qui croit en un accomplissement de la pensée juive dans le catholicisme. « Bergson allait plus loin que James pour qui toutes les mystiques s’apparentaient.  A ses yeux, les grands mystiques chrétiens étaient profondément différents des mystiques non chrétiens, grecs ou hindous, païens ou bouddhistes. Ceux-ci s’arrêtaient à l’état d’extase. Au contraire, les mystiques chrétiens renversaient la direction du mouvement qui les portait vers l’extase ; ils convertissaient la conversion, en la  ramenant du ciel sur la terre. »[1]

Mais pourtant, jamais la mystique d’Henri Bergson ne vient rejoindre la simplicité de la vie dans le point remarquable de l’échelle humaine. Il rencontre sa fille dans une vision, mais, il ne la voit pas dans la simplicité de la vie.

Jean Guitton est issu de la bourgeoisie partagée entre pudeur et crainte, influencée par l’élégante et mondaine morale protestante. La relation à Dieu est une affaire personnelle sans considération de la question de la religion.

« Relativement à un être qui est tout fait au-delà des limites de notre expérience, mais qui se rencontre toutefois quant à sa possibilité dans nos Idées, par exemple l’Idée de Dieu […] Mais ce n’est pas là conscience d’un devoir envers Dieu. Car puisque cette Idée procède entièrement de notre propre raison et que nous l’élaborons nous-mêmes, soit au point de vue théorique pour nous en expliquer la finalité dans le monde, soit à un autre point de vue pour nous en servir comme d’un mobile de notre propre conduite, nous n’avons donc point devant nous un être donné (révélée), […] sinon il faudrait tout d’abord que sa réalité fut prouvée par l’expérience.  On peut donc dire en ce sens (pratique) : avoir de la religion est un devoir de l’homme envers lui-même. »[2] Pour Kant, Dieu n’est pas présence mais Idée. Pour Kant, la religion se fait en conscience individuelle, sans considération de la relation, ce qui est contradictoire avec le sens du mot religion.

Jésus dit à ses disciples : " Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés " (Jn 13,34).[3]

Jean Guitton distingue donc deux types d’usage du sens. En quelque sorte, il échoue dans la mystique. Il écrit avec raison: «Pour Görres, qui était dans la tradition de Plotin, la vie mystique n’est pas une vie superposée à la vie sensible : elle est la sublimation, la plénitude de cette vie. Nos sens peuvent pénétrer dans le domaine de l’esprit sans cesser d’être des sens. »[4]

Marthe Robin savait voir Dieu dans l’autre, son prochain, les multitudes qui l’ont visitée. Marthe a vécu le mystère de la visitation. Elle savait voir l’enfant en chaque personne qui la visitait, comme Elisabeth se réjouit devant celle qui porte Dieu.

Jean Guitton écrit encore : « Autrement dit, Görres a l’idée que nous pouvons utiliser un sens dans deux directions possibles.  La première est celle par laquelle le sens nous met en relation avec l’objet extérieur. La seconde est celle par laquelle le sens peut nous mettre en rapport avec un objet supérieur aux domaines que nous appelons « matière » et « vie ». Ainsi, il y a deux manières d’user de la vie : une première qui est corporelle utilitaire et commune ; une seconde, qui est celle du « voyant », où celui qui voit, ou croit voir, capte une réalité cachée aux autres et invisible. »[5]

Jean Guitton est catholique, il croit en la présence rédemptrice du Christ au monde. En chaque homme, Dieu est présent et nécessite d’être dévoilé. Il le dit, mais il en sort une sorte de pessimisme car cela reste réservé à certains ou intervient au moment de la mort. Il échoue en réservant l’usage des « deux directions possibles » du sens à des cas exceptionnels : «Admettons qu’il existe pour certains privilégiés une seconde fonction des sens. Ils ne feraient que réveiller une faculté virtuelle en chacun des hommes et susceptible de se réveiller un jour, de sorte que nous serions des mystiques qui s’ignorent.  »[6]

L’usage du mot virtuel est intéressant car chacun vit la présence de Dieu. Cette présence est parfois inconsciente, ou indéfinissable. Ainsi, au jugement dernier, les fidèles ne se souviendront pas avoir été de bons serviteurs.

Geneviève Clancy, ma directrice de thèse à Paris I, me disait sa certitude que la sagesse est présente à chacun. Ce sont les hommes qui refusent d’ouvrir leur porte à la Lumière. Mais en chacun, il y a cette conscience qu’il est possible de fermer ou de sceller selon les mots du Coran.

L’idée de mystique qui s’ignore est intéressante. Mais, ne cache-t-elle pas une situation facile, un prétexte pour ignorer Dieu?

Marthe Robin souffrait de l’indifférence des hommes pour Dieu et de tous ceux qui furent voilés pour cacher la présence de Dieu au monde. Cela met Marthe en première ligne de la bataille. Etait-elle vraiment seule ? « Le conflit du bien et du mal n’était pas pour elle, comme il est pour nous, un spectacle. C’était une bataille où elle était exposée en première ligne. Et, comme je l’ai dit et comme elle le pensait : où elle était peut-être engagée seule, s’offrant seule pour l’expiation »[7].

Jean Guitton, par humilité devant la grandeur des combats de Marthe, n’ose peut-être pas s’associer à Marthe Robin. Marthe Robin était très seule mais elle n’était pas seule car elle disait d’une autre personne, qui avait d’autres engagements dans sa vie et que Jean Guitton ne nomme pas, ne jamais avoir souffert devant Dieu par cette personne. Je ne crois pas que Marthe était seule, mais elle fut le témoignage « merveilleux » de l’amour de tous ceux qui furent voilés.

Le mystère de Dieu est grand. Pour un temps, devant les lâchetés du XXe siècle, peut-être s’est-Il détourné des hommes laissant dans l’ombre ceux qui lui restaient fidèles ? Ne pleurons pas sur les souffrances de Marthe, mais pleurons sur nous-mêmes et nos enfants.



[1]Jean Guitton, Portrait de Marthe Robin, Grasset, 1985,  p.128.

[2] E. Kant, Doctrine de la vertu, Paris : Vrin, 1996, Tome II, p. 119.

[3] 2196 En réponse à la question posée sur le premier des commandements, Jésus dit : " Le premier, c’est : ‘Ecoute Israël ! Le Seigneur notre Dieu est l’Unique Seigneur ; et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force !’ Voici le second : ‘Tu aimeras ton prochain comme toi-même’. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là " (Mc 12,29-31).

L’apôtre S. Paul le rappelle : " Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi. En effet, le précepte : tu ne commettras pas d’adultère ; tu ne tueras pas ; tu ne voleras pas ; tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en ces mots : tu aimeras ton prochain comme toi-même. La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la loi dans sa plénitude " (Rm 13,8-10).

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 18, 15-20 :

Jésus disait à ses disciples : «Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère. S'il ne t'écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes afin que toute l'affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S'il refuse de les écouter, dis-le à la communauté de l'Église : s'il refuse encore d'écouter l'Église, considère-le comme un païen et un publicain. Vraiment je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. Oui vraiment je vous le dis : si deux d'entre vous sur la terre s'entendent pour demander quelque chose, ils l'obtiendront de mon Père qui est aux cieux. Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux.»

[4] Jean Guitton, Portrait de Marthe Robin, Livre de poche Grasset, 1985, p. 131.

[5] Jean Guitton, Portrait de Marthe Robin, Livre de poche Grasset, 1985, p. 132.

[6] Jean Guitton, Portrait de Marthe Robin, Livre de poche Grasset, 1985, p. 132.

[7] Jean Guitton, Portrait de Marthe Robin, Livre de poche Grasset, 1985, p. 75.

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Réflexions
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