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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 19:27

Dieu ne reçoit que le dimanche2

Les spécificités de la vie monacale ne sont pas celles de laïcs au milieu du monde

 

L’homme croyant est libre de choisir et de pratiquer une religion sans discriminations ? Il est libre de choisir une vie de laïc ou une vie consacrée ? Le concept « d’homme nouveau » se lie au messianisme russe dans la pensée de Dostoïevsky. Une des origines de ce mouvement se trouve dans la publication de la Philocalie des Pères neptiques. Ce livre reprend les plus beaux textes des grands saints du monachisme. Mais attention, la vocation monacale n’a rien à voir avec celle de ceux qui vivent au milieu du monde comme les familles, les célibataires, les prêtres diocésains qui ne se sont pas liés à un ordre monastique ! Le monachisme ne se réduit pas à l’hésychasme, ni au Carmel ou aux moines chartreux. Il existe des ordres dont l’engagement est dévoilé au monde et donc différents de l’hésychasme. La lecture de ces textes nécessite de ne pas être séparée de son contexte monacale particulier des moines cloitrés et aussi, comme cela a été dit plus haut, séparée de Dieu. Cette note a pour fin d’insister sur l’absurdité d’imposer aux laïcs ou aux ordres séculiers le mode de vie monacal hésychaste. Certaines familles choisissent de vivre en communauté, mais dans ce cas les règles sont plus souples et adaptées aux enfants, et aux travailleurs, aux mères. Hélas, trop souvent, par méchanceté, un mode de vie qu’ils n’auraient pas souhaité est imposé aux croyants et les croyants par jalousie l’imposent aussi à leurs frères alors que Dieu leur assigne des tâches qui n’ont rien à voir avec l’hésychasme. Ce fut le cas de Nicolas Dieterlé. Pour lui comme pour beaucoup d’autres, il n’est pas facile de prouver qu’ils ne sont pas morts d’une dépression mais d’une exclusion sociale. En effet, les milieux de l’art et de l’écriture sont difficiles. Mais, il est étonnant de constater que la pensée catholique n’a pas rencontré, ou très très peu, d’échos dans les milieux académiques, institutionnels et chez les éditeurs et cela depuis plusieurs générations. Et je n’accuse pas seulement les incroyants d’intolérance mais surtout les catholiques d’avoir peur de la connaissance, peur de se soutenir mutuellement, peur des quolibets des incroyants. Je regrette que pour bien des personnes la laïcité soit confondue avec le rejet de l’institution religieuse. Mais je regrette, plus encore, les murs qui séparent les pensées des différentes confessions sans oublier ceux qui n’ont pas de confession. Ces murs sont construits par les croyants qui excluent leurs frères dans la foi s’ils connaissent les autres peuples, leurs religions et leurs pensées, ou s’ils connaissent la pensée athée. Pourtant l’ignorance est la source de la peur de l’autre.

 

1.      Le travail des moines neptiques :

 

La philocalie de Pères Neptiques s’adresse à ceux qui cherchent à s’approcher de Dieu dans la perfection. « Néptique » vient du mot nepsis, sobriété de l’âme dans le sens d’ascétisme. La philocalie est un mot grec qui veut dire amour de la beauté. Au travers du sermon du personnage du Pater Cyril, Vigil Gheorghiu décrit la vie monacale selon la tradition hésychaste. « Vous, les religieuses, vous êtes les plus grandes artistes du monde. Les sculpteurs, eux, taillent dans la pierre, le bois, le marbre, pour réaliser la beauté idéale de leurs rêves. Une religieuse coupe dans sa propre chair, dans ses pensées et dans ses rêves en éliminant tout ce qui est superflu […] Son idéal est de rendre à sa personne la beauté suprême. La beauté de Dieu »[1]. La tradition veut dire les règles de communauté qui ont été mises en place dans la sagesse de l’expérience du temps et qui évoluent. Le mot tradition implique simplement que les règles ne sont pas immuables mais vivantes.

 

2.      La cloture et une origine Bohémienne de la terre de l’imaginal

 

La Bible du diable du début du XIIIe siècle ou Codex Gigas fait référence au diable au travers d’un portrait du diable. Elle est très connue pour cette image mais n’est pas un ouvrage occulte. Le livre est une prise de la guerre de 30 ans (1618 à 1648) par les Suédois qui l’ont emportée à Stockholm, en 1648, comme butin, en dédommagement des frais de la guerre. Elle contient non seulement l’Ancien et le Nouveau Testament mais également la Chronique de Cosmas du XIIe siècle, le Nécrologium du monastère de Podlazice, le Manuel de confession. Cette Bible a été réalisée par un moine du monastère bénédictin de Podlazice, en Bohême centrale, pour ses frères. La légende dit qu’elle a été conçue en une seule nuit. En réalité, le moine copiste avait fait vœux de vivre retiré du monde derrière une « clôture » afin d’être dans le monde sans être du monde[2]. A la fin de la Bible, la liste des auteurs de ce livre fait mention d’un moine qui vivait dans la clôture de son couvent. La clôture n’est pas une prison mais un choix libre de vivre dans un monastère en règlementant ses relations au monde. Cette vie est choisie par les moines chartreux, entre autres, afin d’accomplir la prière de Jésus rapportée par l’apôtre Jean, celui qui demeure avec nous jusqu’à la fin des temps. « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. »[3] « Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Sanctifie les dans la vérité. Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde »[4]. Ainsi le moine peut se présenter devant Dieu au nom de tous.

 

La chronique de Cosmasprésente dans La Bible du diable fait le récit mythique de l’histoire des habitants de la Bohême. La Bohême est une terre de l’imaginal, une terre où se retrouvent les intellectuels, les poètes et ceux qui savent éclairer le plaisir et le charme de chaque instant à la sagesse et au spirituel. L’origine géographique de cette terre spirituelle est la Bohème religieuse, artistique et poétique. L’imaginal fait revivre les faits et la vérité dans l’imagination. Là où s’arrête la connaissance s’arrête le récit, comme l’écrit Cosmas de Prague. Le principe du récit est de redonner vie et pour cela le narrateur a recours à l’imagination de son auditoire. « Or ce livre premier contient les faits des Bohèmes, aussi bien que j’ai pu les savoir, jusques au règne de Brzieczyslaw premier, fils du Duc Odalric. Quant aux années de l’incarnation de Jésus Christ, je n’ai commencé à les compter, qu’aux temps de Borziwog premier Duc Catholique : car pour les temps compris dans les commencements de ce livre, je n’ai pas voulu les imaginer ; & je n’ai pu trouver aucune chronologie pour les évènements que j’y raconte. »[5] La chronique Cosmas est un récit mythique de l’histoire des habitants de la Bohême, les Bohèmes ou Bohémiens. Cosmas de Prague écrit peu après la création du Saint Empire Romain (par opposition à l’empire d’Orient orthodoxe) par Otton premier le Grand, en 962. Il tente de recréer l’esprit de « l’Empire » dont les vues influençaient le Pape. Les exemples glorieux qui l’avaient précédé, Constantin, Charlemagne, dirigeaient des Empires qui régnaient sur le Monde Spirituel autant que sur le séculier. Les empereurs de l’empire d’Orient organisaient les conciles et leur participation a marqué la bataille des images. Irène, Constantin… imposaient leur vue à l’institution religieuse de façon parfois violente et s’attaquaient aux personnes et à l’autorité du Pape, ce qui est regrettable. Mais leur force était de s’imposer à la hiérarchie sans contourner l’institution. L’institution religieuse et les dogmes étaient modifiés, divisés, discutés mais aucun magicien n’imposait sa spiritualité. Entre l’Empire d’Orient et l’Empire romain d’Occident régnait une bataille, hélas orgueilleuse, de saints. Elle était cruelle mais ne méprisait pas la Vérité. La bataille du monothéisme passe par celle de l’image, de l’imagination, de l’imaginal, de la poésie, de la rhétorique autant d’éléments nécessaires à la mise en place de la prière dans la solitude ou en communauté, pour éviter les chemins trop courts de la violence[6] et préférer ceux de l’amour et de la louange. Le peuple juif adorait la Lune avant qu’Abraham, dont le nom signifie « Père élevé », ne devienne père d’un peuple. Comme Moïse regarde le buisson ardent, l’arbre de la création porte en lui la flamme de la présence de Dieu. Sintra au Portugal porte les vestiges d’un culte millénaire à la Lune apporté par les Phéniciens. Sur cette montagne rocheuse, la nature les arbres et la brume sont propices à l’imagination et la rêverie. Quand la Lune domine les monts Sintra, la rêverie ses joint à l’astre qui règle le temps et la vie pour une louange. La lune sur laquelle se base le calendrier rappelle qu’à Sintra, il existe des rêveries de la raison. Dans le calendrier, 700 ans après Otton premier, le roi Rodolphe II ne parviendra pas à réunir spiritualité et connaissance. La personnalité de Rodolphe II marquera l’Europe pour les siècles qui suivront. La syphilis engendrera chez lui de la mélancolie. Toute sa vie, il cherchera le remède à sa maladie. La spiritualité de Rodolphe II est une source de la pensée moderne mais elle est décadente. Elle s’intéresse au ciel de Mercure mais ne respecte pas les institutions et les calendriers et leurs fêtes qui relient le monde sensible à la divinité. Rodolphe II est empereur du Saint Empire de 1576 à 1612, roi de Bohême et roi de Hongrie. Il transporte la capitale de Vienne à Prague en 1586. Il fait de Prague une capitale artistique, au travers du maniérisme, et scientifique mais il ne sépare pas vraiment la magie des sciences. A sa cours, il a invité les plus grands astrologues. Pour le meilleur, J. Kepler y rencontre le mathématicien et oculiste John Dee, le sculpteur Adrian de Vries, le peintre Arcimboldo. La cours accueille et laisse des personnages scientifiquement douteux, comme Tycho de Brahe, grand astronome et alchimiste, prendre beaucoup d’influence. L’empereur Rodolphe II confond le merveilleux avec l’utilisation de la magie comme moyen de pouvoir. Il ne lie donc pas le pouvoir à la recherche de la vérité en science et de la Vérité spirituelle. Un des charmes de Prague vient des mythes et légendes comme le montre la légende Cosmas. De l’époque maniériste, celle de Golem est témoin des persécutions juives. Or le peuple croie à une image mentale qui fédère, mais autour de la vérité. Le Rabbi Löw construit donc un géant en terre pour protéger les persécutés. Car le Rabbi Löw croit aux légendes qui sont vraies comme Moïse qui élève un serpent de bronze quand ceux qui fuient l’esclavage dans le désert sont piqués par des serpents. Rodolphe II est à l’origine du romantisme montrant un pessimisme pour l’homme et sa conscience avec le souci du pouvoir lié au savoir, qu’il soit vrai ou faux. En réalité, Il a manqué à Rodolphe II la psychologie. Il a su voir un intérêt dans l’alchimie qui est la science la plus proche de la psychologie avant son apparition. L’affaire des breuvages de Tycho de Brahé et de Sheton montre la précarité des connaissances alchimiques, un pessimisme sur l’intérêt de l’homme pour la vérité.

 

3.      Avec ou sans imaginal ?

 

Claire Vajou, dans son livre [7], raconte les batailles de celles et de ceux qui choisissent de s’isoler pour se tourner vers Dieu en coupant dans ce qui fait la chair l’humanité. Ils trouvent Dieu, le silence de Dieu et le mal. Sa vie, aux confins de l’amour de Dieu, se dévoile sans pudeur dans toute sa dureté à la frontière entre ce qui est Dieu et ce qui n’est pas Dieu. Il apparaît que le monothéisme vécu comme un mépris de l’humanité, et des prières d’action de grâce, de l’imagination, et de la finesse du geste du métier, du monde animal, et des connaissances rejetées dans les vanités, permet de marcher le long de la ligne entre ce qui est Dieu et ce qui n’est pas Dieu. Cette vie d’équilibriste est extrêmement dangereuse et il n’est pas possible de la vivre en dehors d’une communauté sans accompagnement spirituel solide. Les moines sont encordés entre eux dans leur monastère par la vie communautaire et son règlement. Alors l’homme tout petit, très très petit devient l’immense maison de Dieu. Comme pour Thérèse de Lisieux, le carmel est le lieu du silence de Dieu, le sommet d’une montagne aux apiques vertigineux. Le désir du vertige de Dieu est présent en tout homme, mais le premier commandement est formel et ne forme qu’un seul selon Jésus : « tu aimeras ton Dieu de toute ton âme et de tout ton cœur et ton prochain comme toi-même ». Dans le respect de ce commandement, les moines vivent en communauté. Ils s’isolent parfois complètement dans des ermitages mais sans renoncer à l’accompagnement spirituel de leurs frères par l’échange des sacrements. Les conditions de vie sont alors dictées par un règlement. Il n’est donc pas question d’imposer à des croyants de vivre isolés de la société sans soutien. Les formes les plus radicales du monachisme ne peuvent pas exister sans que chaque moine en ait exprimé librement le désir. Dans le désir des cœurs, Dieu peut se faire présence pour dépasser le cœur pour Celui de Dieu. Le témoignage de Claire Vajou est intéressant car il ne montre pas seulement la lumière de la vie des Hésychastes. Il montre aussi les souffrances d’ombre, Satan, comme le fait l’image célèbre de la Bible du diable. La Bible du Diable était destinée aux moines du couvent bénédictin de Podlazice qui luttaient pour faire reculer Satan. Comme Louis Massignon le disait pour Hallaj, quand Dieu quitte ses saints, ils sont plus petits que des enfants. Le moine ne détruit pas son ombre. Carl Gustav Jung écrit justement : « L’oppression pure et simple de l’ombre ne constitue pas plus un remède que la décapitation ne guérit la migraine ; d’autre part, détruire la morale d’un homme ne serait plus d’aucun secours, car cela tuerait son meilleur moi, sans lequel l’ombre elle-même n’aurait plus de sens. Dès lors la réconciliation de ces contraires est un des problèmes les plus importants qui soient, et déjà dans l’Antiquité elle a préoccupé certains esprits »[8]. Comme je l’ai déjà dit dans Le manifeste des terres à blé la morale est une nécessité car l’inconscient se libère dans la conscience et l’inconscient se recrée chaque jour avec la vie. L’inconscient détermine certains actes. La mutation perpétuelle de l’inconscient est liée à la vie. « Bien prétentieux serait celui qui croirait connaître son inconscient quand celui-ci se renouvelle sans arrêts dans la relation »[9]. Sachant que l’inconscient échappe à notre liberté, la morale et l’initiation qui accompagnent la vie sont les objets de la liberté. « Peut-être l’initiation, la morale sont-elles des solutions à mettre en avant pour espérer trouver une unité intérieure »[10]. « Même si nous étions sur le sommet le plus haut qui soit, nous ne serions jamais par-delà le bien et le mal et plus nous connaitrons l’inextricable entrelacement du bien et du mal, plus notre jugement moral deviendra incertain et trouble. »[11] Cette phrase tient compte du fait que l’élévation ne dispense pas du mal. En effet, la vie monacale n’échappe pas plus au mal que le fondamentalisme religieux issu d’un monothéisme sévère. Au contraire, les moines combattent souvent le diable. « Chez les moines, les images qui servent de tentation viennent de leur propre mémoire et de leurs rêves. […] Mais nous avons l’habitude de combattre le diable »[12] Et l’image dans La bible du diable le confirme, les moines sont familiers du diable. Par contre, la connaissance de l’entrelacement du bien et du mal ne me semble pas au cœur de la problématique. L’inconscient nous est inconnu et cela nécessite réflexion. La conscience ne peut pas tenir compte de toutes les petites impulsions de notre sensibilité humaine[13] sans tomber dans l’autisme. En faisant des efforts, l’inconscient se dévoile dans une lutte montrant le « bien suprême »[14] et le mauvais. Il se reconstruit avec les joies et les souffrances, la sensibilité de l’instant d’où l’importance de préserver cet instant. Quelqu’un qui vit entouré par la violence ou la débauche aura un inconscient marqué par son milieu et ses actes en seront affectés. Une éducation dans un pays en guerre peut déterminer l’enfant et ralentir le retour à la paix. La ligne entre la conscience et l’inconscience fait mesurer à l’homme sa fragilité naturelle. Ce n’est pas dans le dévoilement que l’on perd la notion de bien et de mal. Mais la nécessité de rejeter le mal vient dans la recherche consciente d’une vie saine, protectrice de l’inconscient et de ses actes qui ne passent pas par la conscience. En effet, il est impossible de décapiter l’ombre sans tuer le « bien suprême »[15]. Le conflit du bien et du mal n’est pas remis en question mais il se pense sur la ligne de la conscience et de l’inconscience et non pas sur la ligne entre le sensible et le spirituel. L’inconscient et la conscience existent dans le spirituel comme dans le sensible ou dans l’intelligence dans tous les plis de l’humanité. La vie des moines qui s’isolent du monde est une forme de beauté car elle témoigne de la force de leur amour, mais elle ne leur donne pas de facilité par rapport au mal.

 

Au début de son livre Claire Vajou cite Odysseus Elytis : « Je considère la poésie comme une source d’innocence remplie de forces révolutionnaires. Ma mission est de concentrer ces forces révolutionnaires. Ma mission est de concentrer ces forces sur un monde qui ne peut admettre ma conscience, de sorte qu’au moyen de métamorphoses successives, je porte ce monde à l’exacte harmonie avec mes rêves. ». Claire Vajou réfléchit autour d’Athéna, et des anciens dieux de la Grèce quand les autres religieuses de son monastère ne connaissent rien des anciennes sagesses. 15 ans de vie avec une religieuse spécialiste de la Grèce antique ne semblent à aucun moment avoir attiré leur attention. L’ancienne Grèce est-elle considérée par les Grecs orthodoxes comme peuplée d’idoles païennes dangereuses ? La sagesse de Dieu pourtant a certainement voulu préparer les hommes à sa venue et pas seulement dans le monde juif où Dieu va participer de l’humanité. La sagesse des anciens, comme Platon, Aristote… apporte des opportunités d’avancer vers la vérité par les voies déjà ouvertes. La progression des hommes dans l’histoire est enrichissante car Dieu aime toutes ses créatures et éclaire ceux qui cherchent son visage. Dans les arbres des sagesses anciennes la flamme de Dieu est présente sans les consumer[16]. La philosophie ne concerne pas seulement la religion car elle est une science de la réflexion qui fait de l’homme un miroir de la création autant que de Dieu. La question du rêve et du merveilleux est plusieurs fois présente dans de façon allusive. « Moi qui était si avide de merveilleux, je n’ai jamais reçu la visite de la moindre apparition céleste, je n’ai jamais eu la moindre vision divine […] Taxiarchia, elle, raconte souvent ses songes à la réunion du dimanche. Elle voit fréquemment l’archange Saint Michel, le taxiarque dont elle porte le nom, investir les parvis de nos églises avec ses anges. »[17] Claire Vajou ne sait-elle pas que la présence de Dieu est infiniment subtile en nous et qu’elle respecte le buisson de notre intelligence sans le consumer ? Rarement la violence prévaut dans l’amitié de Dieu. Et pour cela les pas de Dieu sont petits et n’omettent aucun ciel. Sœur Taxiarchia canalise ses rêves vers Dieu. Quand Dieu parle à Claire Vajou, il le fait au travers de la sagesse, d’un dialogue conscient. Les deux sont possibles pour une même personne car le merveilleux passe par la sagesse et par notre imagination. Et à la rencontre des deux on trouve le mythe. L’exemple du mythe de Golem, vu plus haut, est frappant. Le mythe de la chouette de Claire Vajou est vrai dans l’importance de la connaissance, de la sagesse, et du travail de l’intelligence que représente le symbole de la chouette.

 

Conclusion :

 

Cette réflexion demanderait d’autres développements.

 

Le refus du rayonnement spirituel des laïcs croyants, le rejet de la religion créent un vide. D’autres religions se mettent en place plus cruelles et plus sévères que celles qui ont déjà une expérience des relations entre les institutions familiales, politiques, économiques, du maintien de l’ordre… De la vie des moines, nous retiendrons qu’il est important de savoir reconnaitre en soi les différents plis et le pli ascétique ne doit pas l’emporter chez tous les hommes de façon uniforme. Les choix libres de vie n’impliquent pas pour un croyant de nier le corps et le lien entre le sensible et le spirituel. Vivre le monothéisme comme mépris du corps et de l’art appliqué à la vie est dangereux. Se voiler, voiler sa beauté reflet de Dieu, pour pouvoir vivre sa religion de façon cachée en croyant ainsi respecter la laïcité est contraire au sens du mot religieux qui veut dire relation. L’étude de la vie des moines montre qu’imposer à tous les croyants et à tous les ordres religieux une confrontation directe avec le mal est contraire au bonheur que Dieu a voulu pour nous en offrant à l’homme de nombreux bagages, tout le virtuel présent dans la création, la vie sociale, professionnelle, familiale. Le virtuel constitue le possible, les richesses et bagages que Dieu donne pour vivre dans son amour. Tous les possibles ne s’actualisent pas mais ils sont agissants. Ces possibles devenus virtuels dans l’engagement permettent un rayonnement même si la vie n’autorise pas à les déplier tous.

 

« Ce qui est inné, selon Leibniz, ce sont les facultés de l’âme, « virtualités ou formes pures, attendant une matière qui doit leur être fournie par les sens externes pour constituer immédiatement les idées proprement dites », virtualités qui ne sont point de simples capacités réceptives » mais des dispositions d’une âme qui est une force et à qui « l’activité est essentielle »[18]. Les idées sont issues de l’acte de la démarche de l’écriture. La critique de Deleuze est qu’il y a une lutte pour l’existence morale dans le système de Leibniz. G. Deleuze écrit « En progressant, il donne des coups de pied aux autres. » Cours à l’université : âme et damnation[19]. G. Deleuze reproche à Leibniz, comme aux croyants du XX° siècle, de se damner mutuellement pour se frayer un chemin moral. La lecture de Leibniz ne contredit pas ce propos dans le chapitre de la Philosophie Cartésienne[20]. L’important est de pouvoir critiquer mais aussi reconnaître ce qui aujourd’hui encore constitue le rayonnement des pensées avec leurs limites et leurs richesses, la dimension archétypale de certains points communs.

 

La conscience et l’inconscient concernent tous les plis de l’humanité. De l’intelligence au plus large de la spiritualité, du sensible à l’activité de notre corps, nous vivons sans tout percevoir. La liberté est la possibilité de rejeter le mal. Elle est dans la recherche consciente d’une vie courageuse, protectrice de l’inconscient et des actes qui ne passent pas par la conscience.

 

L’engagement monacal n’est pas une voie plus facile vers la sainteté. Les moines qui pratiquent l’hésychasme suivent encordés la voie la plus courte mais aussi la plus abrupte vers Dieu. Il serait dangereux et mal intentionné d’imposer cette voie à quelques inconscients attirés par la beauté des paysages grandioses des âmes hésychastes.

 

De façon allusive ce texte porte en lui un questionnement sur le monothéisme. Les religions du livre sont toutes monothéistes. Abraham passe de Père élevé à père spirituel de la multitude. Dieu n’est plus dans la nature mais participe de l’homme qui en acceptant le ciel de la grotte étoilée participe de la nature pour la plus grande gloire de la création.



[1] Virgil Gheorghiu, Dieu ne reçoit que le dimanche, Plon, 1975, p. 169.

[2] Les chartreux ont pour règle de vivre séparés selon le statut n° 34.2 « Séparés de tous, nous sommes unis à tous car c’est au nom de tous que nous nous tenons en présence du Dieu vivant »

[3] Jean 3-16.

[4] Jean 17-18.

[5] Cosmas de Prague, Chronique des Bohémiens, Internet : historiens cosmas bohême, Préface.

[6] Freud, Au-delà du principe de plaisir, Essai de psychanalyse, Paris : Petite Bibliothèque Payot, 1981, p. 82 : « Il nous faut alors mettre les résultats effectifs du développement organique au compte d’influences extérieures qui le perturbes et le détourne de son but (L’état stable originel du sans vie). L’être vivant élémentaire n’aurait dès son origine pas voulu changer et, si les conditions étaient restées les mêmes, le cours de la vie n’aurait fait que se répéter toujours le même. »

[7] Claire Vajou, Iô, Paris : Odile Jacob.2010.

[8] C. G. Jung, L’âme et la vie, trad. Dr Roland Cahen et Yves Le Lay, Buchet/Chastel, 1963, p. 263-264.

[9] Monique Oblin-Goalou, Le manifeste des terres à blé, blog : moniquegoalouoverblog.be, conclusion.

[10] Monique Oblin-Goalou, Le manifeste des terres à blé, blog : moniquegoalouoverblog.be, conclusion.

[11] C. G. Jung, L’Âme et la vie, p. 266.

[12] V. Gheorghiu, Dieu ne reçoit que le dimanche, p. 192.

[13] C. G. Jung, L’âme et la vie, Buchet/Chastel, 1963, p.111 : « car la conscience avec sa raison nous a aidés à dominer l’espace, à soumettre le monde à notre volonté. Mais elle ne nous a point aidés à comprendre notre être propre, ce monde de l’infiniment petit, le microcosme en nous. Celui-ci est le secret que la nature humaine située au dessous de l’intellect, « l’homme d’en bas » en quelque sorte, pressent et connait parfaitement bien ; pour la conscience il reste un inconnu. »

[14] C. G. Jung, L’Âme et la vie, p. 267.

[15] C. G. Jung, L’Âme et la vie, p. 267.

[16] Cette démarche se retrouve dans l’œuvre de Anne Catherine Emmerick, La vie de la Vierge Marie.

[17] Claire Vajou, Iô, books.google.fr, 2011.

[18] Henri Gouhier. Les conversions de Maine de Biran, Paris, Vrin, 1947, p. 11.

[19] G. Deleuze, C.D. Cours à l’université, âme et damnation, Gallimard, 2003.

[20] G. W. Leibniz, Discours de métaphysique et autres textes, Paris : Flammarion, 2001, pp 177-187.

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Réflexions
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