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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 21:15

Cette réflexion est un chapitre du masque médiatique avec les réflexions sur l’humour et le divertissement, la procrastination…

 

La chute d’une étoile.

 

En 850 le Calife Jafar al Mutawakkil impose aux chrétiens et aux juifs le port d’une ceinture appelée zunnah et un châle ou foulard le taylasin. Les sultans de l’Empire Ottoman légifèrent pour que les non-musulmans, dhimmis, portent des habits différents et cela pendant des siècles jusqu’à Mahmud II en 1837. A notre époque les non musulmans ne sont pas autorisés à porter des signes distinctifs dans beaucoup de pays du Proche-Orient. Je n’aborderai pas la question du voile pour la femme car elle pose problème, même au monde musulman, dont la beauté féminine est un des chemins de conversion pour ouvrir son âme à Allah.

 

Le IV concile de Latran de 1215 décide que juifs et musulmans doivent être distingués par leurs vêtements. En 1267, le concile de Vienne impose aux juifs de porter le Judenhut, un chapeau jaune. 1269, Louis IX, canonisé, (France 1214-1270) imposera le port du rond jaune (comme l’or de la trahison) aux juifs en signe d’avarice. La France avait contracté des dettes sous Louis IX (Gérard Béaur, Le long passé de la dette politique, in Le Mensuel du Monde n°20). Le roi persécute ses créanciers, les commerçants juifs, pour ne pas rembourser la dette, s’approprier leurs biens, mais surtout par peur du pouvoir de l’argent qu’il a créé en s’endettant. Philippe le Bel a persécuté les juifs et les templiers qui lui avaient prêté. Comme les templiers, les juifs plaçaient leurs richesses dans le prêt. Cela les rendait vulnérables à la méchanceté et la jalousie. Dans un contexte de mondialisation et de proximité entre les peuples peut-on vivre comme au 13° siècle ? Si la Vierge prend tous les peuples sous son manteau, certaines étoiles ne peuvent plus servir à s’orienter. Louis IX serait-il une de celles-ci ?

 

Le contrat, la dette et la culpabilité, la reconnaissance de dette

 

Pour aborder ces notions réfléchissons avec l’aide du film La Belle et la Bête de Jean Cocteau. Une famille (un père trois filles et un fils) se trouve endettée et le fils contracte des dettes de jeu. Le procès menace de condamner à mort le père. Avenant, un des amis du fils et son compagnon de jeu dans les cabarets est amoureux de l’une des filles. Même amoureuse Belle refuse de l’épouser pour s’occuper de son père pris entre son fils inconséquent ses deux autres filles méchantes, dépensières, précieuses et ridicules. L’ami pousse le fils endetté et insolvable à reporter sa dette de jeu sur la responsabilité du père. La jeune fille ne dit pas à Avenant qu’elle est amoureuse. Elle désire rester fille pour des raisons familiales, parce-que son père est malade… Si le mariage est impossible pour le garçon ou pour la fille, il est en effet plus sage de ne pas dire son amour quand l’autre personne, plus disponible, se déclare. Et cela afin de la laisser libre de construire sa vie ailleurs. Les jeunes filles ne sont pas amoureuses de tous ceux qu’elles admirent. La joie de rencontrer un bel esprit peut se confondre avec le sentiment amoureux. Devant la beauté de certains esprits l’émotion nous submerge. Ces instants de fragilité sont la faille par laquelle il est possible de passer à l’amitié. Les jeux de la relation sont dangereux mais ils sont nécessaires. Ils s’affirment dans l’amitié. Le père refuse de laisser sa fille au compagnon de jeu de son fils parce qu’il rêve pour elles de princes ou de ducs. Apparait alors, au fond de la forêt qui pourrait être comparée aux zones inconscientes de notre pensée, une bête qui tue des biches. Une bête qui habite un grand château. L’histoire nous cache jusqu’au dénouement que le monstre est Avenant. Le personnage d’Avenant s’est dédoublé. La bête s’en prend au père qui a cueilli une rose dans son jardin. En échange de la rose, la bête demande une des filles pour la tuer. Le costume de la bête est fait d’un masque qui ressemble au chien de Cocteau. Quand Belle arrive au château, il ne mange pas la jeune fille mais il lui demande de l’épouser. La bête lui dit « je manque d’esprit ». Et Belle lui répond que c’est déjà une bonne chose de le reconnaître. On croit un instant au dénouement. Mais tout n’est pas dit. La bête a profité des difficultés financières de la famille pour prendre la jeune fille. La bête domine par la puissance de l’argent, les serviteurs vivent dans la crainte et se réduisent à leur rôle. Ils n’ont pas de corps et la main qui sert le vin tremble. La honte et la culpabilité d’avoir pris Belle à sa famille, la jalousie pour le père, la peur de la voir repartir ont défiguré Avenant. Il ne peut regarder celle qu’il aime dans les yeux. Toute la démonstration de puissance devant la jeune fille isole la bête de la jeune fille qui ne peut plus dire son amour. Avenant avait confié à Belle la clé de son âme croyant qu’elle pouvait le libérer de la laideur. Saisies par la cupidité, les sœurs jalouses volent la clé du trésor du monstre et retournent la clé à Avenant sans voir qu’elles lui rendent ainsi son indépendance, le moyen de réunir sa personnalité dissociée par la souffrance. Car lui seul peut surmonter la culpabilité. Il le fait avec son ami le frère de Belle celui qui culpabilisait d’avoir joué. Les personnages de l’âme d’Avenant meurent. Le personnage frivole meurt, la bête meurt. Et le jeune homme trouve les mots pour que Belle puisse enfin déclarer son amour. Belle a parlé le sortilège est levé. Ils lui parlent alors de se marier. Dans ce conte la dette est à l’origine de la culpabilité d’Avenant. Cette culpabilité le transforme en prince autoritaire et cruel qui règne par la peur. Mais en réalisant le rêve du père de devenir un prince puissant, il perd l’amour de la jeune femme. Jean Cocteau met la voix réaliste dans celle de la femme qui prive l’homme de ses plis rêveurs, de sa part secrète d’ombre, de sa substance. Dans les œuvres de J. Cocteau, le thème de la vision réaliste de la femme sur la vie revient souvent. « Je suis fille et petite-fille d’ouvriers. J’ai de la poigne. Je changerai Michel. Il travaillera. Déjà, il change. Votre milieu ne lui donne que des exemples de désordre, d’oisiveté, de flânerie. L’amertume s’évanouira, et vous aurez fait son bonheur. »[1] Le film La Belle et la Bête est inspiré du conte éponyme de Jeanne Marie Leprince de Beaumont. Les deux versions ont un point commun la jalousie des sœurs, le manque d’esprit. Les différences sont déterminantes. Le père n’a pas trois fils sages et travailleurs mais un fils inconséquent. Ce fils s’endette. Quand dans le conte de Madame de Beaumont, il n’est pas question de dette ni de culpabilité. L’œuvre de Madame de Beaumont est attachée à la question de l’apparence et de la morale. Il est préférable de choisir un mari bon que plein d’esprit ou beau comme le font les sœurs de Belle. La conteuse fait la différence entre l’esprit et « ce que l’on appelle esprit dans le monde ». La question de l’esprit rejoint le besoin de reconnaissance. L’esprit dans le monde est l’art d’être présent sans engager la substance de sa personnalité une forme de jeu. Dans le jeu, la personne troque sa propre substance pour une substance fictive.

 

Cette différence me rappelle le film de Ron Howard A Beautiful Mind réalisé en 2001. Il existe différentes sortes d’esprits. La légèreté dans l’esprit est un atout mais elle ne suffit pas. Le film de Ron Howard raconte l’histoire hélas vraie du savant John Nash qui devient fou suite à un manque de reconnaissance dans son travail. Je crois que l’on a confondu l’humour de John Nash avec la folie. La description que fait Cédric Villani de la méthode de recherche scientifique de John Nash est le dialogue préalable à la réflexion. Il cherche en parlant, en conceptualisant par le dialogue son esprit s’y réfléchit. Cette démarche est difficile pour les deux personnes en dialogue. Elle est plus facile avec les jeunes, les étudiants qu’avec les collègues de travail car les étudiants cherchent à récupérer les données de la connaissance. Ils sont ouverts à leurs professeurs. Le milieu de la recherche en science est plus difficile qu’en sciences humaines. En effet, en sciences humaines, il n’y a pas de droit d’auteur. Il n’est pas demandé aux chercheurs de défendre leurs découvertes par la presse. En contrepartie les docteurs et ceux qui ont apporté quelque chose à la réflexion ont un travail qui les aide à rester dans leur milieu de recherche. Enfin, ainsi est la loi française. « Bien sûr cette loi ne s’applique pas en France quand les recherches n’ont pas d’intérêts ». Avant de fonder une méthode, un concept, plusieurs années sont nécessaires. Généralement et dans le cas de John Nash, les outils de la méthode ont des conséquences sur d’autres sciences ce qui agace dans un premier temps. Sa découverte en théorie des jeux a eu des conséquences en sociologie, psychologie, stratégie commerciale et militaire… Et pour décrire cette découverte Cédric Villani emploie l’expression de « biologie des populations »[2]. L’euphémisme cache mal les conséquences en sciences humaines de la découverte conceptuelle de John Nash et de ses camarades de la prestigieuse université de Princeton. Le problème est que tout bon doctorat dépasse son auteur et la dimension analytique pour aborder le conceptuel et que les outils du conceptuel passent par les plis de la vie et du sensible, les sciences appliquées. John Nash se dit « l’empereur de l’Antarctide »[3]! Antarctide se rapproche d’Antarctique et qualifierait en imaginal les mondes gelés des mathématiques. Dans cette expression se dévoile l’inquiétude de défendre son identité de mathématicien devant les persécutions qu’il a subies suite à sa découverte en théorie des jeux. Ensuite on dit qu’il se prenait pour le messie. Cela est caractéristique d’un manque de reconnaissance suite à un excès de travail. Une forme excessive du stade pompier. Mélange des savoirs mathématiques et interaction avec le monde de l’étude des comportements, les paires de John Nash en mathématiques ont-ils jalousé la faculté de John Nash d’apporter des éléments liés à d’autres sciences ? La schizophrénie paranoïaque de John Nash est le reflet des lignes de rupture de l’hystérie collective qui refuse de faire exception au divisionnisme. Or la division du travail[4]désigne la répartition de la production entre différentes entités spécialisées et complémentaires. Ces guerres de territoires trouvent en partie leurs sources dans la pensée capitaliste, le taylorisme. L’intelligence est donc de se placer en sorte de pouvoir durer en préservant la substance de notre identité ce que n’a pas su faire John Nash. Sa théorie montre qu’une partie d’ombre de sa personnalité s’était exprimée dans la mise en place de sa logique, « j’aime jouer avec mes copains ». Un bel esprit peut éviter de se perdre dans l’éristique quand la pression sociale de son entourage proche refuse son heuristique. Ici le support existentiel de la théorie est le jeu. Il a été l’heuristique qui a permis d’accéder à la découverte ou de transmettre la connaissance. Le cas John Nash n’est pas une fatalité. La division du travail semble particulièrement inadaptée à la recherche qui utilise des outils sans se soucier de leurs provenances et origines sociales, techniques, nationales, sexuelles, en référence ici aux quatre divisions du travail source de tant de souffrances et de bêtises. Quand l’amour a quitté la raison et l’intelligence, il reste la logique. Ainsi dans La Belle et la Bête le jeu des sœurs est faussé. Elles ont oublié de mettre l’amour dans leur motivation. En se mariant ou en essayant de faire mourir Belle ou en étant méchantes, les sœurs espèrent se mettre en valeur. La logique commerçante a remplacé l’amour. Elles n’ont pas vu qu’il manquait des données, l’amour, les affinités et autres dans leur jeu qui devient un jeu à « information incomplète »[5]. Les erreurs de logique nourrissent la jalousie. Les sœurs agissent comme si elles jouaient « un jeu à somme nulle »[6]. Or leurs intérêts ne sont pas compétitifs donc la notion d’équilibre ne s’applique pas. En donnant un prix Nobel à John Nash pour ses découvertes sur la théorie du jeu, il a été confirmé que les connaissances à un certain niveau se mélangent sans remise en question de l’identité intellectuelle du savant, que l’heuristique est nécessaire, et que les applications de la découverte sont importantes tout en sachant que le modèle et les données ne répondent pas à toutes les situations. « Il n’en demeure pas moins présent à notre esprit qu’il existe des énoncés auxquels on ne sait pas attacher de valeur de vérité, soit parce que l’on ne sait pas prouver qu’ils sont vrais ou faux, soit parce que, dans la théorie où ils se placent, dire qu’ils sont vrais ou dire qu’ils sont faux ne conduit à aucune contradiction. […] nous souhaiterions qu’il (l’élève) adopte l’attitude du doute, qu’il pose un regard critique sur tout énoncé nouveau, quel qu’il soit. »[7]La question des comportements humains dépasse le jeu et c’est une évidence pour tous. Les résultats de John Nash fonctionnent en statistique. Si le modèle de John Nash des 6 femmes à séduire[8]par cinq hommes possède un véritable intérêt heuristique ce n’est absolument pas une question d’application mais un moyen que le chercheur se donne pour maintenir son attention et celle de son auditoire par les émotions. Schrödinger a fait la même chose avec un chat. Le chat n’a jamais existé et ne peut pas exister, il représente juste un moyen heuristique d’aborder la dimension statistique de l’équation de Schrödinger. Pour dire court l’heuristique est une composante des données ; elle ne remet pas en cause le regard critique dont le mathématicien a besoin pour avancer dans la recherche. Toujours dans la version de J. Cocteau du conte La Belle et la Bête, on voit qu’Avenant obtient de son camarade de jeu la reconnaissance de dette envers l’usurier qui lui permettra de forcer Belle à venir dans son château. Nous devons d’autres choses à John Nash notamment sa découverte avec De Giorgi du théorème de plongement isométrique. Il serait bon de reconnaître aussi la dette que nous devons à ces deux chercheurs qui ont travaillé séparément pour arriver au même résultat. Or les recoupements des résultats par des approches différentes constituent une des preuves pour valider rapidement une conception. De plus la méthode constitue un point tout aussi important que le résultat. Il est étrange que la fête n’ai pas été grande à l’université de Cambridge Massachussetts Institute of Technology ? John Nash revient à Princeton en 1960. Il lui faudra encore dix ans de soins médicaux et vingt ans pour reprendre son indépendance par rapport à la maladie. Il ne bénéficiait pas de l’affection de sa famille. La reconnaissance est très importante pour la famille qui généralement a beaucoup souffert de l’engagement du chercheur. Il n’y a pas d’esprit de sacrifice dans la recherche. Alors pourquoi se priver d’un bel esprit pour la transmission des savoirs ou pour d’autres découvertes.

 

Friedrich Niezschte dans Par-delà Bien et mal remarque que la dette en allemand se dit « Schuld » qui veut dire aussi faute. Dans la morale classique le bon en étant utile devient le bien. Le bien est ce qui sert l’humanité. Pour Friedrich Nietzsche la question du bien relève de la négativité. Il propose la généalogie de la morale. Il recherche des types psychologiques existants dans des temps ou des cultures différentes. Son exemple principal est la relation maitre esclave qui existe encore comme mode de pensée contemporain ; un peu comme les secrets de famille, les rapports existent dans le non-dit et dans l’oublié. La dette existe dans l’inconscient. Il y a un transfert de la culpabilité vers le prêteur, être coupable d’être apatride, d’avoir été obligé de fuir, de ne pouvoir entrer dans la société. Donc la dette, dans son rapport à l’inconscient, quand elle relève de la pensée et des richesses spirituelles  constitue un chemin de prise de pouvoir par les forces qu’elle représente. Est-il possible de dire du pain de la terre spirituelle, pain des anges, qu’il est comme le pain de la terre matérielle, fruit de la terre. La terre, ou ressources naturelles humaines ou naturelles, est la substance de l’existence. L’exploitation de la terre dans les deux cas est du domaine de l’être présence « estar » en portugais par opposition à « ser » être comme analyse rattachée aux espèces et à toutes description analytique. La substance et la terre ne relèvent pas de l’avoir mais de la relation, du contrat. Le contrat n’est pas domination mais accord sur la substance les acquis intellectuels et les richesses de la terre ou des ressources naturelles. Mais la relation peut aussi être un rapport de domination. Il se retrouve dans les effets de foule, dans le gros animal de Simone Weil. Gilles Deleuze cite Gabriel Tarde « L’opposé vrai du moi, ce n’est pas le non-moi, c’est le mien ; l’opposé vrai de l’être, c’est-à-dire l’ayant, ce n’est pas le non-être, c’est l’eu »[9]Cette affirmation sert une logique de domination. La substance s’oppose au virtuel même si le virtuel est une part de la substance : « Mais qu’est-ce que c’est, cette part secrète de l’évènement qui se distingue à la fois de sa propre réalisation, de sa propre actualisation, bien qu’elle n’existe pas en dehors. »[10]Et G. Deleuze prend l’exemple de la mort. Il continue sur la part secrète de la monade : « virtualité et possibilité pures, le monde à la manière d’un Incorporel stoïcien, le pur prédicat »[11]. Gilles Deleuze fait alors référence au cercle chinois du Ying et du Yang avec sa part d’ombre et sa part de lumière pour l’opposer au stoïcisme. « Nous ne pouvons parler de l’événement que déjà engagé dans l’âme qui l’exprime et dans le corps qui l’effectue, mais nous ne pourrions pas du tout parler sans cette part qui s’en soustrait. »[12]Le contrat va porter sur La substance c’est-à-dire la part qui s’en soustrait. Le contrat va déterminer les limites virtuelles de l’engagement pour assurer le respect des ressources, la part d’ombre de l’actualisation et la réalisation. La domination va porter sur le pur prédicat, un incorporel stoïcien, la négation de la personne en la réduisant au prédicat. Dans le bridge la substance fictive des cartes non dévoilées fait l’objet du contrat et de la prise de risque. Gilles Deleuze décrit les dérives masochistes du contrat dans la Présentation à Sacher-Masoch du marquis de Sade. Le marquis a vécu prisonnier sous les rois et pendant la révolution française pour des affaires de mœurs. Son contrat est l’expression d’une déviance. La vengeance est terrible, elle montre les abus du contrat et de la loi dans une forme du masochisme en négatif des phénomènes de foule. L’époque était à la révolution. Le nombre permet tout et la foule révoltée le savait, elle en avait fait l’expérience, elle connaissait déjà les dérives de sa puissance et de son sadisme. Le défoulement masochiste s’oppose au sadisme du gros animal. Le dionysiaque ne peut se vivre sans part d’apollinien, la loi, le contrat. La société a besoin de sa dimension dionysiaque et apollinienne. Les deux, pour pouvoir dire contre G. Deleuze qu’il n’y a d’esthétisme ni dans le sadisme, ni dans le masochisme[13]. Il existe de l’esthétique dans les raisons de la vie qui unissent l’apollinien et le dionysiaque. Cette réflexion de Gilles Deleuze dénonce les excès du masochisme pour les discerner ensuite plus facilement dans la vie sans avoir à lire l’œuvre longue et dangereuse pour le pli de l’enfant du marquis de Sade. Pour éviter le lynchage, César doit rester avec sa garde. Les institutions protègent l’esprit des lois. Et les lois protègent l’esprit du contrat dans le respect de l’individu et son milieu, sa part d’ombre, sa part d’inachevé, sa part d’inquiétude et de peur. Le travail et la production, les connaissances ont besoin de protections institutionnelles. « Les passions de mon voisin sont infiniment moins à craindre que l’injustice de la loi, car les passions de ce voisin sont contenues par les miennes, au lieu que rien n’arrête, rien ne contraint les injustices de la loi. »[14]Ces lignes de Sacher-Masoch citées par Gilles Deleuze sonnent ironiquement la critique de Rousseau qui fonde la démocratie sur l’effacement mutuel des intérêts particuliers. L’étude de la foule montre que l’autorité du peuple a trouvé une éthique avec le syndicalisme à condition que la foule ne sombre pas dans l’apollinien, en arrêtant l’expression individuelle, en la réduisant au syndicalisme. Tocqueville dénonce les défauts de la jeune république : « La sujétion dans les petites affaires se manifeste tous les jours et se fait sentir indistinctement à tous les citoyens. Elle ne les désespère point ; mais elle les contrarie sans cesse et elle les porte à renoncer à l’usage de leur volonté. […] et qu’ils ne tombent ainsi graduellement au-dessous du niveau de l’humanité »[15]. Alexis de Tocqueville fait la différence entre la centralisation administrative (cité) et la centralisation gouvernementale (rapport du peuple avec les étrangers)[16]. Pour john Nash l’université de Princeton correspondait mieux à son tempérament très soucieux. Le MIT lui imposait certainement des contraintes de discrétion et de sacrifice qui créaient chez lui des sentiments de culpabilité et exacerbait le pompier, culpabilité inconsciente vis-à-vis de De Giogi en Italie, par exemple. Il est étrange que son milieu professionnel ne l’ait pas rassuré ?

 



[1] Jean Cocteau, Les parents terribles, Ed. Gallimard, 1938, p. 114.

[2] Cédric Villani, conférence : les prodigieux théorèmes de Monsieur Nash, BNF, 7 avril 2010.

[3] Piergiorgio Odifreddi, Interview de John Nash, « C’est une ironie du sort qu’un homme qui a vécu vingt-cinq ans de déséquilibre, souffrant de schizophrénie paranoïde et se prenant pour l’empereur de l’Antarctide et le messie, soit entré dans ‘histoire pour avoir introduit la notion d’équilibre utilisée universellement aujourd’hui dans la théorie des jeux d’un comportement » Traduit de l’italien par Hélène di Martino.

[4] La division du travail se répartie comme suit : division sociale du travail, division technique du travail (taylorisme), division internationale du travail, division sexuelle du travail.

[5] John Nash, Théorie des jeux : La théorie des jeux : « On dit qu’un jeu est à information complète si chaque joueur connaît lors de la prise de décision : ses possibilités d’action, les possibilités d’action des autres joueurs, les gains résultants de ces actions, les motivations des autres joueurs. »

[6] Un jeu à somme nulle est un jeu strictement compétitif qui sont des jeux à deux joueurs dans lesquels l’intérêt de l’un des joueurs est strictement opposé à l’intérêt de l’autre joueur. En généralisant à n personnes : « tout jeu à somme non nulle pour n personnes peut se ramener à un jeu à somme nulle pour n+1 personnes, la n+1-ème personne représentant le gain ou la perte globale ». John Forbes Nash démontre que les jeux à somme non nulles pour n personnes, possèdent au moins un équilibre de Nash en stratégies mixtes. Sources Wikipédia.

[7] Michèle Gandit, Preuve ou démonstration, un thème pour la formation des enseignants de mathématiques, deuxième partie, IUFM Grenoble, Internet : ujf-grenoble.fr.

[8] Le modèle est expliqué dans le film de Ron Howard Un homme d’exception.

[9] Gabriel tarde cité in : G. Deleuze, Le Pli, Les éditions de minuit, 1988, p. 147.

[10] G. Deleuze, Le Pli, Editions de Minuit, 1988, p. 141.

[11] G. Deleuze, Le Pli, Editions de Minuit, 1988, p. 141.

[12] G. Deleuze, Le Pli, Éditions de Minuit, p. 142.

[13] G. Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch, p. 115 « 7° l’antiesthétisme du sadisme, l’esthétisme du masochisme ; »

[14] G. Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch, p. 76.

[15] Alexis de Tocqueville, Textes Essentiels Anthologie critique par J.L. Benoît, p. 167.

[16] Alexis de Tocqueville, Textes Essentiels Anthologie critique par J.L. Benoît, p. 130.

 

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Réflexions
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commentaires

Windows support number 04/07/2014 09:26

Thanks for the information. It was helpful to me in understanding various cultural believes and the lifestyle they followed. And, I think Ottoman era was one wonderful era in which they aimed was the leisure and luxury only, which indeed lead to debts in the future.

Monique Goalou 05/07/2014 20:55

Many thanks for your comments