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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 10:23

Virgil Gheorghiu, Dieu ne reçoit que le dimanche[1].

Pour la cause tzigane, à Costin, en souvenir de son soutien amical dans une autre cause

 

 

Le pivot de l’action de ce roman policier est le 23 août 1943, au moment où l’Armée Rouge entre en Roumanie. Le peuple roumain a peur de l’expansionnisme bolchévique. Comme tout roman policier, la déduction et donc la logique font partie de la démonstration. L’écrivain utilise la logique pour exprimer la dérision. Le plus intéressant dans l’œuvre vient de l’humour issu de la rencontre du mystère et de la raison logique. La réflexion autour de ce livre fait référence à une période de l’histoire qui montre que le XX° siècle est resté dans un mode de raisonnement lié au calcul classique. Une vision binaire du monde a conduit à des dérives graves. Pourtant, avec Wittgenstein, le calcul prend des formes différentes et la logique semble vouloir évoluer. Mais hélas, les cours de Wittgenstein en matière de relation entre les peuples, d’art, de religion sont compris comme un pessimisme qui, à mon sens, est une des causes profondes de la guerre de 39-45. « Il y a assurément de l’inexprimable. Celui-ci se montre, il est l’élément mystique. Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. »[2]En 1929, Wittgenstein va évoluer sur cette position classique[3]. La deuxième philosophie de Wittgenstein fait du langage un jeu dont la logique est une composante parmi d’autres. Mais il est déjà trop tard. L’ignorance de l’autre, de ses usages et coutumes l’emporte partout. La machine de l’intolérance et de la peur de l’autre est déjà lancée.

 

Dans l’œuvre de Virgil Gheorghiu, le calcul classique est issu des difficultés du dialogue Est-Ouest. Ainsi, Virgil Gheorghiu ne fait pas référence à la crise économique de 1929 à propos de Mikhaïl Cholokov et des famines en Ukraine. C’est à mon sens une erreur que nous verrons plus loin. Il ne fait pas référence aux persécutions juives. Dans l’œuvre de Virgil Gheorghiu, peu de pages font référence aux persécutions juives. Il fait seulement quelques allusions dans Mémoire à propos de sa femme d’origine juive. Virgil Gheorghiu parle des Rroms au travers du personnage de Flora Tanase. Flora Tanase est tzigane. Elle invite les enfants dans le décor du château de Dracula[4]. Et la présence des colombes porteuses de vérité vaincra le vampire qui vole le travail de l’un des héros, Décébald Hormuz. En effet peu de temps après le passage des enfants le personnage de Dracula meurt. Les colombes ont vaincu le dragon. Les tziganes sont présents dans les œuvres de C. V. Gheorghiu. Ils sont « ceux qui ne savent pas lire », ceux qui n’ont pas d’identité administrative, ceux qui respectent la famille et les fêtes et deuils autour de la famille. Virgil Gheorghiu n’a pas été déclaré immédiatement après sa naissance, car la tradition de son peuple n’est pas attachée à la reconnaissance administrative de la personne, à la logique administrative[5]. Mais Virgil Gheorghiu fait plusieurs fois référence à l’identité administrative des personnages de son roman à propos du passeport de la croix rouge du personnage de la princesse paléologue, et des Suisses. Dans l’œuvre de Virgil Gheorghiu, les peuples ont une identité administrative, intellectuelle, spirituelle et pas seulement physique. Les trois premières y apparaissent avant la dernière. La logique administrative est très puissante en raison des mouvements migratoires et du souci des migrants de se montrer « utile » au pays d’accueil afin d’obtenir la naturalisation. Et ce n’est donc pas un hasard si cette question est une composante de l’ironie[6]de Virgil Gheorghiu. Sur l’identité administrative et la naturalisation, Virgil Gheorghiu écrit : « Quand il dit qu’il est suisse, il est devenu plus grand de quelques centimètres. Comme s’il avait dit qu’il était un surhomme. Car ce que peut faire un Suisse est défendu aux autres mortels.[…] Mais, mademoiselle, un Suisse peut franchir la frontière. Je possède un passeport helvétique. C’est tout. […] La maladie, la mort, les accidents rétrécissent le diamètre de la personne humaine. […] Dans cette valise se trouve Dieu. Dominitza Roxana est assise à côté de Dieu comme à côté d’une personne. Cela la réconforte  »[7]. Ici nous sommes confrontés aux mesquineries habituelles de la vie de tous les jours. Devant la souffrance, les hommes sont comme des bêtes. Le Suisse est méprisant devant la souffrance. Il se sent supérieur. Là est le thème du surhomme de Virgil Gheorghiu et non pas chez tous les réfugiés qui fuient dans des conditions inhumaines. Il choisit d’utiliser le mot « surhomme » pour qualifier de façon péjorative le Suisse indélicat envers la jeune fille épuisée par les émotions morales et le manque de sommeil.

On trouve des aspects classiques dans l’intrigue policière de Virgil Gheorghiu, mais les dialogues ou les interrogatoires dévoilent également des raisonnements de logique relativiste. Dans certains propos transparaît une critique par la dérision de la logique classique[8] : « Pour un intellectuel, le même signe peut être b, p, ou d. C’est le désordre. C’est le chaos. C’est dangereux pour la société. Dans l’armée et dans la milice une chose est blanche ou noire »[9]. Vraie ou fausse. Tout au long du livre, la logique mystique du personnage de la religieuse vient dans un jeu d’humour remettre en question les certitudes de ceux qui ne croient pas à la présence de Dieu au monde. Le jeu des déductions semble absurde et capte l’attention comme le Christ dans ses paraboles. Un exemple frappant est la parabole des ouvriers envoyés à la vigne : « Ceux de la onzième heure vinrent donc et touchèrent un denier chacun. Les premiers venant à leur tour, pensèrent qu’ils allaient toucher davantage ; mais c’est un denier chacun qu’ils touchèrent eux aussi. »[10]. La logique du travail est remise en question. Cette démarche n’est pas de faire un cours d’économie mais a un but didactique, heuristique. Avec une note d’humour, Jésus montre que l’amour ne se partage pas comme les fruits de la terre. La logique de l’amour est plus proche de celle de la lumière et du soleil, de la connaissance et de son rayonnement, de la sagesse et de son aura. Elle ne supplante pas les autres logiques[11].

Les catastrophes humaines qui vont découler des grandes crises financières de 1929 vont favoriser la mise en place des lois sociales qui évitent une paupérisation trop grande des peuples. Et en parallèle des lois se mettent en place en Occident pour éviter la spéculation. Dans un premier temps, ces mesures n’ayant pas d’effets assez rapides, les gouvernements de tous bords imposent de grandes souffrances aux populations qui sombrent dans la guerre. Les populations sont humiliées dans leurs cultures, leurs religions, leurs connaissances, pour éviter toute hiérarchie parallèle et mieux asservir la main d’œuvre au capitalisme mondial qui domine les républiques libérales, communistes principalement.

Ce roman est une véritable machine de guerre, expression du désespoir d’un rescapé des massacres perpétrés en Roumanie. Le personnage principal est l’écrivain Décébald Hormuz, prisonnier dans son pays, dont les écrits sont publiés au nom d’un autre « Téléorman ». Mais ce nom devient le pseudonyme sous lequel le personnage finira par publier ouvertement. La biographie de Mikhaïl Cholokhov sert d’inspiration. Le peuple moldave ainsi que les habitants du Don partagent des origines orientales et une importante tradition artistique. Comme Mikhaïl Cholokhov est issu d’une famille de commerçants et d’une mère illettrée, Décébald est le fils d’un bucheron nomade qui a des dons de conteur et d’une mère réfugiée et qui ne sait pas lire. Avec Décébald Hormuz, Virgil Gheorghiu raconte l’histoire de la Roumanie quand Mikhaïl Cholokhov, dans son livre Le Don paisible, raconte l’histoire du Don et des Cosaques. Virgil Gheorghiu écrit pour la mémoire de son peuple après le génocide du canal, dans les campagnes, en déportation ; et Cholokhov raconte l’histoire et la beauté de la région du Don en Ukraine, l’histoire des cosaques du Don avant la guerre de 14-18, la révolution et la guerre civile. Cholokhov est communiste et restera fidèle à J. Staline qui soutient son travail. Le Don paisible va au-delà des engagements politiques de M. Cholokhov. Il décrit de façon honnête les exactions commises dans les différents camps, allemands, bolchéviques et par les cosaques du Don. Plus tard, les pressions exercées sur les intellectuels[12]par Staline et la jalousie du peuple feront perdre de l’intérêt aux œuvres de M. Cholokhov comme Terres défrichées qui passe sous silence la terreur et la famine imposées à l’Ukraine durant la crise de 1929 qui frappera aussi les Etats-Unis[13]. Le Don paisible permettra à Mikhaïl Cholokhov de recevoir le prix Nobel. Virgil Gheorghiu associe les morts d’Ukraine en 1930 et les morts en Roumanie pendant la guerre de 39-45. La crise financière de 1929 est l’origine principale des déportations et des morts pendant les années 30 en URSS où ensuite chaque crise économique sera alors l’occasion de persécutions et de déportations. La Roumanie reproduira ce triste modèle après la guerre au travers de ses goulags et sous le prétexte de faire advenir un « homme nouveau », un « surhomme ». Elle résoudra ses crises financières de 1945 à 1988 dans les goulags[14]. Virgil Gheorghiu a déjà un lourd contentieux avec les envahisseurs de son pays, l’extermination totale de sa famille, ses parents, ses frères. Il fait le rapprochement avec les déportés d’Ukraine. Il veut que soit reconnu le génocide des juifs et aussi des tziganes qui refusent d’exister dans l’écriture, qui refusent un état civil, des croyants. Virgil Gheorghiu, comme son personnage de Décébald Hormuz, fait partie du monde flottant du voyage, des trains, de l’imaginaire. Ce peuple là se mélange aux sédentaires. A la limite entre ces mondes, Virgil Gheorghiu écrit la vie des oubliés dans les terres de déportation, dans les fosses communes de l’intolérance et de la peur des nomades, dans la stratégie d’opposition qui porte ses erreurs encore aujourd’hui, dans les constructions intellectuelles postmodernes vides, dégénérescences ultimes d’un romantisme tourné vers le surhomme (la perfection de la forme) et non vers la charité. En effet, tous les livres de Virgil Gheorghiu montrent la souffrance issue de l’utopie du surhomme[15], ingénieur, technique, sans religion et sans affection. « Dignes de l’appellation d’« ingénieurs des âmes », les écrivains moldaves sont assignés à faire un travail de persuasion auprès de la population locale afin d’animer la participation de celle-ci à la construction du « monde nouveau » »[16]. Les réfugiés du Danube décrit avec force détails les fragilités humaines dans les trop grandes épreuves infligées aux Roumains. Dans Les Mendiants de miracles, Max Embilint représente toute la fragilité humaine devant le mépris racial. Les formes logiques de la rhétorique[17]se gonflent jusqu’à l’absurde pour éclater dans la contradiction et laisser voir la réalité. Dans l’apparence, les distorsions de la logique et de la raison montrent la présence d’une autre la logique, celle de la réalité. Dans l’apparence, l’absurde fait signe, masque expression de la réalité sur l’apparence. En 1939, dans son tableau Mascarade[18],Felix Nussbaum peint la peur dévoilée dans les masques burlesques que portent ses contemporains à l’occasion de la fête de la reine Esther.

 

« Dans les heures terribles de la séparation, il y a des hommes qui ne veulent pas partir, les uns sans leur femme, les autres sans leurs enfants, les autres sans leur argent. Dominitza Roxana ne veut pas partir sans son image, sa véritable image qui se trouve en Décébald Hormuz. Sans son image, elle n’est pas elle-même. »[19]

 

« En écrivant les histoires dont nous venons de parler, vous sauvez toute la haute Moldavie.

-La haute Moldavie est passée par le fil de l’épée et a été brûlée par les envahisseurs. Personne ne pourra plus la ressusciter.

-Si, soldat Hormuz. C’est vous qui ferez revivre la Moldavie. En la racontant »[20]

 

Dans les deux citations, l’enjeu est la mémoire des peuples face aux persécutions, mais surtout au génocide.

Le mot génocide[21]a été inventé par Raphael Lemkin, un juif polonais, en 1944. En 1933, ce dernier travaille sur le « crime of barbarity », le crime contre les lois internationales. Ce concept est mis en place à propos du génocide arménien et initié par le massacre assyrien en 1933, à Simele. En 1929, la crise économique est mondiale. Cette crise grave sera utilisée pour persécuter les croyants d’Ukraine. L’éducation des peuples au bolchévisme passe par l’utilisation de la misère. En 1944, pendant la crise financière due au coût de la guerre, Virgil Gheorghiu perd toute sa famille et tous les habitants de son village natal sont tués en déportation. Donc, dans le personnage de Décébald Hormuz, l’auteur raconte aussi sa propre histoire[22]et le souvenir de ceux qui sont mort sans descendance, pour transmettre leur esprit. Or le miroir où les humiliés se contemplent pour retrouver une dignité est dans les mythes populaires. Les conteurs du peuple sont ceux dont l’âme est la pupille où s’animent les ombres merveilleuses de ceux qui nous ont précédés. Les princes sont seulement les « bonjouristes », les hirondelles de passages. Ils ne font rien qu’indiquer la direction à suivre comme le fait Dominitza Roxana dans le roman de Virgil Gheorghiu pour retrouver le printemps. Leur image est un signe, celui de Dominitza est le signe des hésychastes[23], des amoureux de Vérone, des hirondelles et du printemps. La place de prince ne dure pas car vient le règne qui le place dans la terre. S’il reste au dessus de la terre pour diriger, on parlera de colonisation. Le règne est un scellement. Dominitza devient religieuse martyre. « Seuls les saints peuvent sauver les villes, les nations et les sociétés en train de sombrer. La sainteté est un long travail. Extrêmement dur. C’est un martyre. La sainteté s’accompli dans la solitude, dans la retraite, dans la prière et dans l’ascèse »[24]. Dans ces lignes, Virgil Gheorghiu reprend la définition de l’hésychasme qui est d’atteindre la sainteté, la perfection dans le monastère avec les autres religieuses[25]. La philocalie est l’amour de la beauté, dans le silence et la solitude au milieu du monde. La mesure de la plénitude du Christ se trouve dans la prière perpétuelle, la lecture de la philocalie des Pères neptiques. Cette dernière reprend les anciens textes d’Antoine le Grand, Macaire l’Égyptien, Cassien le Romain pour cheminer vers la perfection et surmonter les démons. Une autre source de l’homme nouveau se trouve dans le monachisme orthodoxe. Le danger est d’avoir séparée cette conception de Dieu. Car la perfection est Dieu qui habite le saint quand Il le souhaite.

Le personnage de sœur Romana s’oppose à celui de Xénia Ypsilanti qui vit dans son château au sommet d’une colline, est attachée à ses forêts, ne parle pas le roumain mais seulement le grec et pour qui meurt le Grand Hormuz.

La polémique du plagiat ne vient pas d’Occident et c’est cela que dénonce Virgil Ghéorghiu qui est suffisamment fin pour ne pas être jaloux d’un bon auteur. « Zéos Botarev (personnage fictif représentant l’occupation russe) est irrité jusqu’au paroxysme par la visite de Zaharia Vlaska. […] La hargne de Zaharia contre Téléorman n’est provoquée que par la jalousie. Il aurait voulu avoir le prix Nobel, lui Zaharia Vlaska. Zéos se souvient du cas Cholokhov. Des gens commencèrent dès 1929 à publier en U.R.S.S. des articles qui affirmaient que l’auteur du Don paisible était de Krioukov. Staline fit publier dans la Pravda du 29 mars 1929 un éditorial, en disant que ceux qui niaient que Cholokov était l’auteur du Don paisible, étaient des ennemis de la classe prolétarienne. »[26]La réflexion de Virgil Gheorghiu est une enquête et elle porte en elle la vérité, ici citée, et qui se confirme avec le recule du temps.

 

Le thème du plagiat est un grand classique de la littérature. Il est anecdotique, il est l’écorce qui permet de maintenir l’intérêt du lecteur comme la recherche d’un trésor ou le vol d’un diamant, une composante nécessaire du divertissement qui à l’avantage de soulever la question philosophique du « pseudo »[27]. Ces thèmes divertissants sont des figures de rhétorique. Ils apportent la légèreté à l’heuristique du récit, comme La bulle de savon[28]intéresse le personnage de l’enfant dans le tableau de J. S. Chardin. Comment peut-on reprocher à Virgil Gheoghiu d’avoir utilisé la polémique de 1929 autour de l’éventuel plagiat du travail de Fiodor Krioukov par Mikhaïl Cholokhov ? La question du vol du travail intellectuel est à la source de multiples œuvres littéraires et cinématographiques. Elle est romantique car elle utilise une forme rhétorique qui met en jeu nos émotions, dans le souci de reconnaître le génie, l’inventeur. Or, le travail intellectuel est le fruit d’un partage contrairement à l’idée romantique. Il est probable que Cholokhov a travaillé avec les notes du journaliste F. Krioukov, mort du typhus. Cela n’enlève rien à la beauté de son œuvre, au contraire. La vision romantique du génie solitaire n’existe pas. Charles Goodyear, aux Etats-Unis au début du XIX°, a participé aux découvertes pour la mise au point de la galvanisation du caoutchouc pour le confort de chacun et n’a jamais pu faire valoir les droits de son travail, au détriment de la santé de ses enfants qui en sont morts. Une fois ces éléments posés, les questions polémistes qui détruisent l’honneur des morts perdent beaucoup de leur intérêt. En effet, l’année 1929 est restée dans les mémoires pour la crise financière dont a découlé tant de souffrances et non pour une histoire malveillante d’usurpation.

 

En regardant le film Effroyables Jardins de Jean Becker, inspiré du roman de Michel Quint, la tension dramatique était si grande qu’il m’a semblé être dans un des contes dramatiques de Virgil Gheorghiu. Comme dans Dieu ne reçoit que le dimanche, les prisonniers sont dans une fosse[29]. Ce film pose aussi la question du prisonnier et de son garde. Le garde, dans le film, est un clown avant d’être enrôlé par l’armée allemande. Le garde meurt pour préserver son humanité, et le prisonnier reprend son rôle de clown en mémoire de son geste. Effroyables Jardins s’adresse à tous ceux qui veulent croire en l’humanité. La poésie, l’humour, le rôle sont l’expression de ce qui n’est pas localisable dans l’humanité, le sans lieu, l’archétypal et ainsi vivent dans les lieux multiples de toutes les âmes, la terre imaginal qui a des liens avec la terre originelle de l’enfance. Cette ressource permet de dépasser le pessimisme de Martin Heidegger quand il écrit en 1942-43 : « Cela comme si l’homme était susceptible de « conférer » et de « prêter » de lui-même un sens à l’histoire, comme si l’homme avait quoi que ce soit à prêter à l’histoire, comme si celle-ci avait besoin d’un tel prêt, ce qui présuppose que l’histoire soit « en elle-même » et tout d’abord privée de sens et doive à chaque fois attendre la faveur d’une « donation de sens » accomplie par l’homme »[30]. Parole de désespoir ou adhésion fataliste au nazisme, ces lignes sont le plus dur pessimisme sur l’homme que je n’ai jamais pu lire au vu de leur contexte historique. Elles sont une conclusion, à mon sens, hâtive, mais surtout dangereuse, à une démonstration, le cours de Martin Heidegger sur Parménide qui véhicule par ailleurs de bonnes choses. Ce pessimisme n’est-il pas un moment de désespoir en l’homme ? L’histoire s’y fait idéologie en se détachant de l’homme. Michel Quint, l’auteur d’Effroyables jardins, rejoint Virgil Gheorghiu pour dire qu’il existe des hommes qui portent en eux le ciel. « Ils sont restés ensemble (Mircea Crisan et Décébald Hormuz) un jour et une nuit. Pas plus. Mais ce furent un jour et une nuit qui ne s’oublient pas »[31]« […] elle est stupéfaite en entendant cet Anglais lui dire que la poésie est un élément d’intérêt militaire qui concerne la défense nationale et la survie en territoire ennemi. »[32]La poésie est la part d’humanité de l’homme, ce qui le garde en lien avec son milieu même quand il est hostile. Les fruits de nos jardins se déplacent dans des bulles poétiques.

L’écriture poétique répond à la logique relativiste, l’écriture se lit de façon différente suivant la position du lecteur. « Mais, si vous le regardez de l’autre côté, de l’endroit où vous êtes, c’est un p. Si vous venez près de moi, votre p sera un b. »[33]Tout au long du livre, le discours spirituel et religieux se juxtapose aux réflexions rationnelles logiques, ce qui ne manque pas d’humour. Le mélange des mesures matérielles et des mesures divines se produit avec la religieuse qui sort de son monastère, avec les Roumains confrontés à l’athéisme des envahisseurs. « Je vous ai tout simplement fait remarquer que votre société matérialiste et athée ignore des réalités profondes. Si on ignore des réalités, on provoque des catastrophes. Comme dans le cas présent. Une société scientifique et matérialiste comme la vôtre n’accepte pas l’existence des anges. »[34]La poésie est l’ange qui porte la présence de Dieu dans la prière et qui réunit les saints. « C’est sœur Romana emmurée dans la forêt qui a découvert Léonid Limitrof et c’est grâce à elle qu’il débarquera à Paris dans moins de deux heures. »[35]Virgil Gheorghiu joue sur la réalité et l’apparence. Il pose la question de l’énoncé. Un matérialiste, en refusant d’intégrer les anges à l’analyse, à les intégrer à l’énoncé, en refusant la légèreté des écorces, refuse la vie. Dans la légèreté de l’être des apparences, de la poésie se cachent les anges. Si l’on considère que la logique est un langage, un formalisme, il reste toujours une faille entre la logique et la réalité, entre la logique et l’observation. La logique est utile pour conceptualiser, comme la grammaire. La rhétorique est utile pour décrire, un peu comme les statistiques. Prenons l’exemple de la forêt de Dombrava. La situation est décrite du point de vue du médecin. La forêt est pillée par les paysans et pour cela ils contournent certaines règles. V. Gheorghiu omet l’importance d’avoir une gestion des forêts[36]qui permet de préserver l’humidité des sols, éviter le feu, conserver une variété des espèces… A notre époque, cette donnée manquante nous saute aux yeux. Elle dévoile la technique du récit. La page 35 du livre montre que les connaissances du médecin sont aveuglées par les revendications populaires. Le contexte matérialiste technique de l’époque l’emporte sur toute forme de réalité, sur la sagesse des anciens. Il ne reste plus que la violence de l’autorité des princes qui sera bientôt renversée par celle du peuple pour ne pas avoir modifié les anciens formalismes désuets mais surtout rappelé l’esprit de la loi imposée dans les forêts. On ne peut pas confondre les divergences d’intérêts et les différences de mesures où entrent en jeu la relativité. La logique relativiste est le formalisme du langage relativiste. Ici, les intérêts sont ce vers quoi tend le cœur comme élan de la chair, ou élan mondain. La logique divine participe du cœur du Christ ouvert par le coup de lance. Un groupe se définit par l’harmonie, la relation, la communauté d’intérêt entre les objets ou individus qui le composent. Le modèle est une composante de la relation, comme la grammaire de la logique, une application pour reprendre une expression mise en place par la théorie des ensembles. Si les individus ou objets appartiennent à plusieurs logiques, ils ne sont pas relativistes mais se trouvent dans des intersections[37]. En physique, la logique se réfère à des objets ou événements. Plusieurs ensembles répondent donc à des relations formalisées différemment. A l’intérieur de chaque ensemble, ou plus encore depuis chaque individu ou objet, le point du vue (repère) n’est pas le même. En religion, la légèreté de l’être permet d’approcher de Dieu. La légèreté de l’être, la simplicité, le travail sur les petites choses, la beauté de chaque acte de pensée ou autre du quotidien, l’humour, rapprochent de Dieu, comme la particule sans masse de la lumière échappe à la logique classique.

« Le prix Nobel revient à un Roumain. Pour la première fois de l’Histoire. C’est le prix Nobel de médecine. Il est décerné à un savant moldave de Jassy. »[38]Le livre est aussi la célébration de la remise du prix Nobel en physiologie ou médecine au grand savant et professeur Emil Palade, un Roumain, avec les professeurs belges Albert Claude et Christian R. de Duvé pour leurs descriptions des détails microscopiques de la structure et fonctions de la cellule. Une de ses découvertes propose un modèle de relation dans la mesure où il porte son attention sur la façon dont la cellule assure le transport des substances qu’elle produit ou dont elle a besoin. Il étudie le passage de la membrane de la cellule par les substances et constate que ces substances entrent ou sortent par des vésicules. Le modèle des vésicules supplante alors celui des pores.

 

En conclusion, le travail poétique de V. Gheorghiu ne peut pas être méprisé. Il porte en lui le témoignage des morts civils de Roumanie durant la dernière guerre mondiale. Il est une stèle où se dessinent les mythes d’un peuple qui fait lien entre le ciel et la terre.

 

La rhétorique de Virgil Gheorghiu rappelle les descriptions cellulaires du professeur Emil Palade. Elle se compose de vésicules : les archétypes des princes et des princesses, le pseudonyme, l’intrigue policière, l’usurpation d’identité, le syndrome de Stockholm, les vampires, le surhomme, autant de sujets divertissants qui captivent le lecteur pour nous faire revivre les dons de conteurs du peuple roumain.

 

Je désire terminer en ouvrant la question sur le romantisme. Le romantisme a pour racine le roman, la langue narrative dans laquelle sont écrits les récits, et ses formes rhétoriques. Le romantique se contente des vésicules. Le matériel produit par la cellule ne compte plus. Ainsi vivaient les rois de Bavière dans d’énormes châteaux à l’architecture compliquée, aux peintures guerrières sans sang. Contrairement à Versailles qui était un outil diplomatique, commercial et de pouvoir, le château de Louis II de Bavière n’aura jamais vécu autrement que comme curiosité. L’architecture rhétorique de Virgil Gheorghiu, dans Dieu ne reçoit que le dimanche, est compliquée mais à mon sens parfaitement adaptée aux contes fantastiques et effrayants de la Valachie. Son degré de complexité rivalise avec le douloureux témoignage, la souffrance personnelle de Virgil Gheorghiu d’avoir perdu sa famille et sa belle famille. Son épouse était juive. Quand le jeune couple arrive en France, il est épuisé. Ils ont traversé des épreuves dans des conditions dramatiques affectant leur santé jusqu’à la stérilité. Les livres de Virgil Gheorghiu sont un cri qui fait témoignage. On lui pardonnera donc ses portraits sans concession des gardiens des « Républiques pénitentiaires »[39]. L’œuvre de V. Gheorghiu n’est pas romantique car ses châteaux ne sont pas vides mais contiennent le sang lumineux, transfiguré, des victimes. L’œuvre de V. Gheorghiu est idéologique dans le sens où elle reprend les idéologies communistes pour les ridiculiser. Mais, Virgil Gheorghiu souffre de l’indifférence. « Les Etats-Unis sont un pays de marchands comme Carthage. On ne peut pas faire de commerce si la paix ne règne pas. Plus il y a de paix, plus les affaires sont bonnes. La paix véritable n’existe que dans les prisons et les cimetières. […] Les Américains ont opté pour la paix des prisons...»[40]

La logique, dans les livres policiers, reprend les méthodes scientifiques de la police. L’humour, dans l’œuvre de Virgil Gheorghiu, vient de l’union entre logique policière scientifique, et la mystique à une époque où la mystique est un tabou. La logique de Virgil Gheorghiu s’adapte aux plis de l’humanité. Son livre est une image littéraire d’un humour basé sur une logique à n dimensions pour sauver le peuple poète de Roumanie et de la région du Don, pour que les Rroms puissent continuer à construire des maisons qui soient des poèmes, célébrer des offices merveilleux pour leur Dieu, jouer du violon, porter l’or qui ne s’altère pas comme les chants de leurs âmes qui s’unissent à ceux des anges.

 

Mais voilà, comme dans tout policier, il en sort un malaise, la déduction parvient peut-être à nous convaincre mais elle ne nous convertit pas. L’intérêt de la déduction réside dans le lien qu’elle crée entre les preuves et les aveux. Mais par contre, le jeu des logiques, l’humour qui en découle, la déstabilisation des coupables véhiculent des témoignages intéressants sur la sagesse des croyants orthodoxes, les personnes sans papiers, sur les conditions de vie au goulag du canal en Roumanie entre 1945 et 1955… Dieu ne reçoit que le dimanche fait partie des policiers qui ont recours à l’humour par le jeu de la logique, comme dans les œuvres de G. Simenon, ou Agatha Christie. Dans le policier, personne n’est dupe du support ; il manque toujours des données. Les arbres de logique n’ont d’intérêt pour eux-mêmes que dans des systèmes fermés comme les supports médiatiques, pédagogiques ou autres outils, les jeux, certaines œuvres artistiques, certaines formes du divertissement. Dieu ne reçoit que le dimanche a omis une donnée, la crise économique de 1929, qu’il me semble difficile de ne pas associer avec les œuvres de Mikhaïl Cholokhov. Après la guerre de 1939-1945, la Roumanie est exsangue et, comme tout le reste du bloc soviétique, elle résout la crise sans remise en question par rapport à la catastrophe sociale de 1930, en mettant en place des goulags et en déportant les peuples. La souffrance des peuples dans la gêne économique est alors utilisée pour rendre plus efficace la politique culturelle d’Andreï Jdanov.

Après avoir été un pompier[41]de la pensée roumaine, la Valachie et la Moldavie, quand Virgil Gheorghiu prend ses fonctions au Patriarcat œcuménique de Constantinople, une plus grande sérénité entre dans ses œuvres qui sont plus ouvertes sur le monde. Il écrit Christ au Liban, La vie de Mahomet, sur la Corée. A chaque fois son regard se porte avec justesse sur les croyances et les souffrances des peuples.

 

En chacun de nous, se trouve un pli flottant, un pli tzigane, un pli nomade. Si ces plis disparaissent, il n’y aura plus de place pour la fragilité, l’amour, l’ailleurs, le voyage et l’imprévu. Car l’amour est fils de Poros et de Pénia, selon le discours de Diotime. Parmi les personnages qui nous hantent, le tzigane est celui qui fait du monde qui nous entoure, avec presque rien, une part de ciel. Le surhumain de F. Nietzsche entre le rêve apollinien et la fête enthousiasmante et primitive de Dionysos s’oppose à une époque où seule comptait la beauté apollinienne. Son souci était de redonner à l’Europe le vrai visage de la Grèce. L’ironie de Virgil Gheorghiu, celle aussi de Bruno Schulz rappellent que l’art n’est pas seulement la Grèce d’Olympie, mais celle aussi des statues de Bacchus, des bouddhas rieurs, de la femme hydropique de Vermeer. L’image énigmatique des boucs émissaires est l’expression des peurs de l’homme, la part bestiale de l’humanité qui refuse la souffrance, la fragilité et qui incite Vlad Dracul à brûler les pauvres après les avoir conviés à un festin.

 

Nous devons à Bruno Schulz d’avoir écrit pour les silencieux, les victimes des goulags et des déportations qui sont morts sans sépulture, les tziganes, les martyres qui pratiquent l’hésychasme dans le silence des monastères.



[1] Virgil Gheorghiu, Dieu ne reçoit que le dimanche, Paris : Plon, 1975.

[2] Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophique.

[3] La logique classique est bivalente et comprend certaines lois, celle du tiers exclu et celle de la non-contradiction entre autres. La logique peut-être modale, plurivalente, affaiblie mais aussi relativiste...

[4] Vlad Dracul 1431-1476 (L’emblème de ce prince est le dragon) surnommé Tepes (l’empaleur) règnera par la cruauté.  . Il empalera les commerçants saxons de Transylvanie, les boyards (slavon : maître de la terre), 30000 Turcs sur le Danube.

[5] Jusqu’au début du XX° siècle beaucoup de peuples vivaient dans leur pays sans avoir de droits civiques. Les juifs, les tziganes, les musulmans en pays chrétien et les chrétiens en pays musulman.

[6] Se référer au site Internet : Stratégies linguistiques de l’humour et de l’ironie, Mirela Dragoi, L’ironie antiphrastique dans Les mendiants des miracles, Constantin Virgil Gheorghiu.

[7] Virgil Gheorghiu, Dieu ne reçoit que le dimanche, Librairie Plon, 1975, p. 157-158.

[8] La logique classique est une logique combinatoire basée sur des propositions. Un des meilleurs exemples de logique classique est celle qui est enseignée à l’école au travers des problèmes posés aux enfants en primaire, l’énoncé, le vrai, le rejet du faux. La logique classique concerne le formalisme de la grammaire. Son principal représentant est Willard Van Orman Quine.

[9] V. Gheorghiu, Dieu ne reçoit que le dimanche, Paris : Plon, 1975, p. 298.

[10] Matthieu, 20, 9-10.

[11] Comme la relativité a été découverte à partir des sciences en Occident, prenons un exemple scientifique : la logique de l’optique physique ne supplante pas la logique de l’optique géométrique car les formules de la seconde s’inscrivent parfaitement dans le cadre plus large de l’optique physique.

[12] La pression sur les intellectuels est organisée par La politique culturelle « jdanovienne » qui sera pratiquée en Roumanie de 1945 à 1953, à la mort de Staline. Voir Site Internet qui rend accessible le travail de Petru Negura.(doctorat EHESS, Paris, petreneg2001).: La politique de Jdanov en Moldavie.

[13] Les millions de morts et la misère imposée aux paysans pendant les années 30 sont racontés dans le livre de John Steinbeck, Les raisins de la colère, prix Nobel de littérature 1962, mis en film par John Ford.

[14] Internet : Romulus Rusan, La géographie et la chronologie du Goulag roumain consulté le lundi 26 09 2011.

[15] Une des sources du messianisme russe, l’avènement d’un monde nouveau, se trouve chez Fiodor Dostoïevski. « … notre idée est sainte et notre guerre […] le premier pas vers la réalisation de cette paix éternelle à laquelle nous avons le bonheur de croire, vers la réalisation de cette concorde vraiment internationale et vraiment humaine ! » Journal d’un écrivain, avril 1877 in La Russie face à l’occident, Lausanne : Editions La Concorde, 1945, p. 98.

[16] Petru Negura : Analyse des buts et des conséquences de la politique culturelle de Jdanov, in : fonjallaz.net Communisme Moldavia.

[17] J’ai choisi le mot rhétorique pour parler de la stylistique de Virgil Gheorghiu car chez Aristote la rhétorique est particulièrement attachée au discours judiciaire. Elle éveille les émotions des auditeurs qui sont utiles à la cause, elle provoque la réflexion. Aristote « La rhétorique sert également à découvrir le persuasif vrai et le persuasif apparent, tout comme la dialectique le syllogisme vrai et le syllogisme apparent ; car ce qui fait la sophistique, ce n’est pas la faculté, mais l’intention ; […] »Rhétorique, Paris : Gallimard, 1991, p. 21.

[18] Felix Nussbaum, Mascarade, Exposition Felix Nussbaum 1904-1944, Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, 09 2010 à 01 2011.

[19] Virgil Gheorghiu, Dieu ne reçoit que le dimanche, Paris : Plon, 1975, p. 128.

[20] Virgil Gheorghiu, Dieu ne reçoit que le dimanche, Paris : Plon, 1975, p. 106.

[21] Le génocide est l’anéantissement délibéré et méthodique d’un groupe d’hommes, en raison de sa race, son appartenance ethnique, de sa nationalité, de sa religion (Camp de concentration nazis juifs, prêtres ; .Goulag staliniens, massacres de Srebrenica…). L’intolérance religieuse est très fréquente et ce n’est pas en supprimant les religions que le progrès sera possible. Prendre la peine de la connaissance de soi et celle de l’autre sont les seules solutions pour éviter la politique de l’autruche qui met les religions sous terre.

[22] Le livre de Virgil Gheorghiu, Mémoire, est une autobiographie. Il est possible de voir de grandes similitudes entre l’enfance de Décébal Hormuz et celle de Virgil Gheorghiu. Le thème de l’homme parfait, des 7 vies, est autobiographique. Virgil Gheorghiu a eu une enfance merveilleuse, il a été étudiant, diplomate, prisonnier de guerre, errant, écrivain et poète, prêtre et dignitaire du Patriarcat œcuménique de Constantinople.

[23] Hésychasme : «  Acquiers la paix intérieure, et des âmes par milliers trouveront le salut auprès de toi » saint Séraphin de Sarov. Les hésychastes affrontent le désert qui représente l’hostilité de ce monde. Il existe des moines défricheurs qui ont rendu fertiles des terres devenue incultes. Saint Ursanne, Saint Germain et saint Randoald, s’installent sur les terres du Canton du Jura. Ils défrichent des clairières. Les abbayes sont célèbres pour leurs bibliothèques, clairières lumineuses sur les terres de l’intelligible et du spirituel. Avec Saint Antoine le Grand en 250, la terre spirituelle était désertique et ce sont les hésychastes qui en ont chassé les démons pour que l’eau puisse couler dans le désert.

[24] Virgil Gheorghiu, Dieu ne reçoit que le dimanche, Plon, 1975, p. 186.

[25] « Heureux le moine qui tient tous les hommes pour Dieu, après Dieu.  Heureux le moine qui regarde le salut et le progrès de tous comme le sien propre, en toute joie.  Moine est celui qui est séparé de tous et uni à tous.  Est moine celui qui s’estime un avec tous, par l’habitude de se voir lui-même en chacun.  Quand tu seras parvenu dans la prière au dessus de toute autre joie, c’est alors qu’en toute vérité, tu auras trouvé la prière ».Evagre, Chapitre sur la prière, in Philocalie de Pères neptiques, trad J. Touraille, tome A1, p. 98. Cité in Internet Hésychasme, wilkipédia. Une autre source de l’homme nouveau se trouve dans le monachisme orthodoxe. Le danger est d’avoir séparée cette conception de Dieu. Selon Saint Cassien le salut dans l’amour se réalise dans l’union de la volonté humaine et divine.

[26] Virgil Gheorghiu, Dieu ne reçoit que le dimanche, Plon, 1975, p. 430.

[27] Martin Heidegger, Parménide, Paris Gallimard, 2011, p. 67-68, p. 110. Chez V. Gheorghiu, on trouve un engagement qui fait du poète et du conteur celui qui donne confiance pour sortir de la grotte. Le poète est celui qui dénonce, il ne dit pas l’avenir, car il croit aux mutations possibles. Dans l’œuvre de V. Gheorghiu la rhétorique jaillit aspirée par les vacuités de la souffrance humaine. La poésie est la vésicule qui permet le transport du matériel produit par la cellule. La vésicule se forme en commençant par une vacuité dans la membrane cellulaire. Elle saisit son contenu et se referme pour s’ouvrir ensuite de l’autre côté de la membrane. Elle peut éventuellement se déplacer en se séparant de la membrane qui enclot le contenu de la cellule. La poésie est le jardin pour montrer et partager les fleurs de l’enclot de âme, dire que l’on aime.

[28] Jean-Siméon Chardin, Les bulles de savon, 1734 New York, Metropolitan Museum of Art.

[29] Virgil Gheorghiu, Dieu ne reçoit que le dimanche, p. 294 et suivantes.

[30]1942-43, Martin Heidegger, Parménide, Paris : Gallimard, 2011, p. 95.

[31] Dieu ne reçoit que le dimanche, p. 269.

[32] Dieu ne reçoit que le dimanche, p. 282. La conscience de l’importance de la poésie et de l’art pour contrôler les peuples conduira Andreï Jdanov à imposer à tous les artistes vivant dans les républiques socialistes soviétiques le réalisme socialiste. La Roumanie n’échappera pas à ces « travaux manuels » pour reprendre une expression du peintre écrivain ukrainien Bruno Schulz à propos du réalisme socialiste.

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Réflexions
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