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14 juin 2009 7 14 /06 /juin /2009 13:56

Le château hanté

 

Les enfants ont dessiné au préalable un château, des marionnettes en papier et fait des pliages de souris en papier.

 

Dans une forêt sombre se trouve un ancien château abandonné. Les propriétaires ne s’en occupent plus depuis plusieurs années. Ils décident de le vendre.

La nouvelle propriétaire, Madame Audacieuse, s’y installe avec ses amis, sa famille, son cheval et son chat.

Mais, en arrivant, les gens du pays lui disent que le château est hanté. Le gardien a quitté les lieux tant les fantômes faisaient du bruit.

Les personnages sont peints sur fond blanc.

Madame Audacieuse : Bonjour Monsieur le gardien, nous venons nous installer dans le château. Pourriez-vous me remettre les clés ?

Le gardien : Vous êtes bien courageuse. Savez vous que les nuits sont très agitées dans le château ?

Madame Audacieuse : Non, que se passe-t-il ?

Le gardien : On y entend beaucoup de bruits et des cris étranges.

Le cheval : Etes vous certaine, Madame, de vouloir vous rendre au château ?

Madame Audacieuse arrive dans le château avec ses amis.

Madame Audacieuse : Le château est en bon état mais il faut y faire du ménage. J’ai apporté tout ce qu’il faut, Javel, balais, chiffons, cire. Nous commencerons demain matin.

La nuit venue, des petits cris, des bruits de petits pas et des grignotements se font entendre. Les personnages de l’ombre apparaissent.

Les habitants du château se lèvent et, affolés, se retrouvent dans le salon.

La fille : J’ai vu des fées, des monstres qui crient, j’ai très peur.

Les autres : Nous aussi, nous avons peur. Quels sont ces bruits ?

Arrivent des chevaliers avec leurs armures.

Le cheval : Mais qui peut faire tant de bruit ? Je vais en parler à mes ancêtres du Moyen-âge !

Les chevaliers : Les chevaux nous ont transmis vos inquiétudes. Ce ne sont pas les esprits qui crient ! Je viens du Moyen-âge pour vous dire que nous sommes tous tranquilles.

Une fée apparaît.

La fée : Le royaume des fées, celui des dragons et de l’imagination n’ont rien à voir avec cette affaire ! Les bruits existent bien et votre imaginaire fait le reste.

Les personnages peints dans l’ombre disparaissent.

Madame Audacieuse : Mais alors, d’où viennent ces bruits ? Allons voir au grenier.

Les autres : Nous n’oserons jamais monter. Seul le chat continue à dormir malgré toute cette agitation. Comment cela est-il possible ? Réveillons-le car il dort tout le temps et ne semble pas inquiet.

La fille : Mais où est le chat ?

Les autres : Dans la gouttière, il dort.

Le Chat : Miaou, miaou ! Pourquoi me réveillez-vous ?

Les autres : N’entends-tu pas les bruits ?

Les bruits et les cris s’intensifient, ce qui inquiète encore plus l’assemblée.

Le chat : Mais, pourquoi criez vous ? Cela ne me semble rien du tout. Je suis même en appétit. J’ai faim. Allons au grenier, nous y trouverons bien de quoi faire bombance.

Ils montent tous au grenier, le chat en tête.

Madame Audacieuse : Que de souris !

Agiter les souris !

Le chat en attrape quelques unes et les mange.

Le cheval : Demain nous aurons du travail pour nettoyer le château.

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Pièces de théâtres
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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 20:21
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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 08:57

Cet article a été publié dans Cahier de Poétique, n°11, CICEP Edition, décembre 2005, pp. 47-49.

 

D’un côté le XIX° siècle voit dans l’art un rapport à la terre de l’autre le XX° siècle va s’intéresser au cosmique. Le cosmique n’existe pas sans faire advenir de terre et une terre porte en elle d’autres harmonies. Alors pourquoi les séparer ? Pourquoi ne pas faire tomber les étoiles dans la terre ? Mais, comment concevoir alors un cosmique qui soit moins puissance que présence ? Le théâtre d’Artaud, les œuvres engagées présentées à l’exposition Africa remix[1], les motifs numériques de Martin Wattenberg[2] travaillent parmi d’autres à faire advenir la terre de l’âme.

 

Les motifs numériques de Martin Wattenberg sont proches de l’écriture runique. En cherchant à visualiser la forme musicale il est parvenu sur un axe temporel à faire une partition. Celle-ci consiste à relier « les passages qui se répètent par des arcs translucides[3] ». Cette simple règle dessine une forme unique pour chaque morceau de musique. Cette forme est inattendue. L’idée de Wattenberg est intéressante dans la mesure où elle concerne des espaces entre des répétitions. Les émotions pures que suscite la musique entrent en phase avec les vibrations de l’âme, avec le cosmos qui harmonise les émotions. La musique, le théâtre, participent à la connaissance de l’âme et de ses harmonies et chaos, de ses formes. Ces formes sont les forces, les vertus, qui font l’harmonie ou le désordre de l’âme.

 

Être artiste musicien implique de « savoir reconnaître les formes (εί̉δη) de la tempérance, du courage, de la générosité, de la grandeur d’âme, des vertus leurs sœurs et des vices contraires[4] ». Savoir si le mot forme est utilisé dans un sens métaphysique ou seulement dans le sens de « sorte » divise les traducteurs de Platon. Cela a une implication pour l’image que Platon donne de l’art. Pour être artiste, s’agit-il de faire seulement l’image de ces forces ou de rendre présentes les formes des vertus et de leurs contraires dans leurs œuvres?

 

G. Leroux considère que dans le passage 402 c de la République les formes ont un sens qui permet de parler de la théorie des « idées transcendantales[5] » : « La connaissance de ces formes est posée comme une condition de la formation musicale et poétique […] : une réelle formation en musique et en poésie n’est achevée que si elle parvient à la connaissance des formes des vertus qui se trouvent au fondement de la poésie et de la musique et qui en règlent les normes : la modération, le courage, la libéralité, la magnanimité[6] ». G. Leroux est cité par Jacques Follon[7]. Jacques Follon  considère l’utilisation du mot forme comme « sorte », « espèce ». Mais, peut-être que Platon en parlant de l’âme de ses élèves, voit dans la « forme » un rapport au divin. Le discours ambivalent de la République, s’il est interprété dans la métaphysique suggère alors la nécessité de faire accéder par l’éducation à l’infini de l’âme, aux Formes, aux Mères[8], et cela grâce à l’art et à l’exemple des vertus de l’artiste. Robin traduit είδη dans ce passage par « caractéristiques ». Dans les textes  métaphysiques il traduira είδη par « nature ». Cette différence de traduction est-elle justifiée ? Est-il vraiment possible d’exprimer les formes de l’âme sans les expérimenter? Martin Wattenberg dit à propos de ses motifs : « La simplicité de la méthode a permis aux données de dire quelque chose qu’il m’était impossible d’exprimer[9] » ; et il parlait des formes de ses émotions. Selon Shorey et Leroux[10] le mot forme est celui de la théorie des Formes de Platon. Or Platon voit dans les Formes des entités indépendantes et immuables quand Socrate « parle de ces formes comme étant dans les choses »[11]. Il me semble intéressant de traduire είδη par « nature » et non par « caractéristique ». Les formes de la sagesse[12] côtoient celles des « manières d’être opposées[13] » pour être les harmonies et les dissonances de l’âme. Il est possible que dans cette phrase Platon, inspiré par Socrate, pense l’immanence du divin dans les choses et aussi dans les âmes lieu d’accueil de la sensibilité. En cela Socrate, primitif par rapport à Platon, serait plus proche du pythagorisme d’Empédocle où la nature du monde est divine[14].

 

Cette idée de l’art comme expérience des vertus et des tentations de l’âme se retrouve dans Les années d’apprentissage de Wilhelm Meister[15] de Goethe. Elle est aussi dans Le théâtre et son double d’Antonin Artaud, dans l’idée de théâtre de la cruauté.

 

En regardant l’installation[16] Maubuisson 2004 d’Agnès Caffier la lumière se fait présence à la terre. Le poète est celui qui permet de nouvelles germinations et l’ouverture de nouveaux cosmos. En commentant A. Artaud, Ludovic Cortade écrit à propos du théâtre : « Ces forces sont situées au cœur de la matière ; c’est un rythme cosmique qui lui est inhérent. ‘’L’infini’’, le ‘’spirituel’’, le ‘’divin’’ ne correspondent pas à une métaphysique idéaliste de la conscience […] ils sont effectivement engendrés par la tension interne à l’œuvre d’art, de même qu’ils font partie intégrante du dynamisme cosmique.[17] » Ces mots sont inspirés d’Antonin Artaud : « L’acteur doué trouve dans son instinct de quoi capter et faire rayonner certaines forces ; mais ces forces […] ont leur trajet matériel d’organes et dans les organes […] La croyance en une matérialité fluidique de l’âme est indispensable au métier de l’acteur. Savoir qu’une passion est de la matière, qu’elle est sujette aux fluctuations plastiques de la matière, donne sur les passions un empire qui étend notre souveraineté. […] Savoir qu’il y a pour l’âme une issue corporelle, permet de rejoindre cette âme en sens inverse ; et d’en retrouver l’être […].[18] » Ce fluide matériel constitue un double sur lequel l’acteur va travailler. Connaître l’âme permet de comprendre la force que le théâtre met en branle. L’artiste connaît et travaille son âme pour en améliorer la plasticité. Et Antonin Artaud est clair à ce sujet, l’acteur, le musicien, n’apprennent pas à connaître les passions de l’âme pour en avoir une image savante, reproductible mais, pour vivre dans des musiques, des cris, comme le « mamtrams hindou », les consonances, les plis du monde secret profond. Et cela rejoint les propos d’Henri Gouhier dans son interprétation des conceptions d’Antonin Artaud sur le décor théâtral. La question du décor permet d’en poser une plus fondamentale. Le théâtre ne peut se contenter de « décoration scénique[19] ». Le théâtre est à rejeter dans la vie. Le théâtre pour redevenir vie se fait croyance et devenir temple d’une terre. «…dans le pouvoir nominatif de la parole[20] », dans la lumière, l’éclat du métal, la souplesse du bois l’œuvre se retire. « Et ce qu’elle fait ressortir par ce retrait, nous l’avons nommé la terre. …. L’œuvre libère la terre pour qu’elle soit une terre[21]. » La terre du théâtre est la matière fluide des passions harmonisées par les vertus. Les vertus se concevant comme les forces qui régissent ces passions[22]. Les vertus permettent l’advenue des harmonies de l’âme. Dans le jeu de la « cruauté cosmique[23] » les arts demandent de sortir des harmonies pour en créer de nouvelles dans un renoncement. Les vertus permettent à l’âme d’accueillir ces passages avides.

 

Les vertus sont les formes qui participent aux émotions, matière fluide de l’âme. Ces forces permettent l’advenue de présences dans l’âme, l’ouvert sur des terres inconnues.

 

Au  mois de juin 2005, le centre Beaubourg réunissait deux expositions. Africa Remix et une rétrospective de l’œuvre architecturale de Robert Mallet-Stevens. Ces deux approches vont permettre ici d’aborder deux termes de Pierre Boulez, le lisse et le strié. Le lisse est cosmique et engagement. Le strié est organisation et domination.

 

L’observation de l’œuvre de Robert Mallet Steven montre  qu’il travaillait à partir d’une verticale dont les structures dominaient l’ensemble du plan du bâtiment. Construite en 1923, la villa Noaille à Hyères suit cette stratégie. Les verticales et les horizontales quadrillent l’espace qui entoure la cage d’escalier. L’ensemble est composé de formes carrées ou rectangulaires. Tout est visible depuis les hauteurs de la petite terrasse où aboutit l’escalier. Ensuite, les toits plats et autres terrasses s’étagent sur plusieurs niveaux. Espace lisse, espace strié, le paradigme du tissu inspire Gilles Deleuze pour définir un espace strié clos qu’un seul point de vue peut dominer. Le tissu fait s’ajuster le corps ou le dehors à un espace clos ou immobile comme la maison. Cet espace est fermé, extérieur au corps. Le tissu est le vêtement des sédentaires. Par opposition, les œuvres de l’exposition Africa remix d’origines très diverses sont toutes engagées et porteuses d’un message fort. Dancing with the Moon[24]  dénonce le fait que l’histoire entière est écrite d’un seul point de vue. Cette installation sombre fait songer à la nuit, au rêve, au souvenir. L’artiste incite le visiteur à « danser avec la lune[25] ». Apparemment deux choses dans cette œuvre : un engagement critique sur la façon d’écrire l’histoire, un questionnement sur le cosmique au travers de la référence à la lune. L’artiste fait appel aux forces, aux harmonies de chacun. Les forces ont pour signe la lune, nos sensations sont les images qui apparaissent dans les miroirs flottants. L’œuvre est un matériau de capture de l’âme du spectateur. La scission ne se fait pas entre l’histoire écrite et le point de vue du spectateur, entre le haptique et l’optique, le proche et le près, de Riegl. G. Deleuze, pour faire la différence entre le lisse et le strié, prend en considération la ligne abstraite[26] et la ligne organique naturelle. La « terre[27] » de Heidegger est présence au cosmique. En Perse, la ligne nomade des peuples du proche orient est tournoyante et libre par opposition aux lignes de l’art  Sassanide sédentaire. L’ensemble des forces est une cosmologie et constitue une présence dans l’espace lisse. Le spectateur sait avoir un point de vue que les brisures des miroirs ne reproduiront pour personne d’autre. L’histoire écrite devient le fantôme dérisoire du réel. De cette impuissance naît un vide qui met l’âme en position de réceptivité, dans la ligne nomade. Gilles Deleuze écrit : « on ne confondra donc pas les traits d’expression qui décrivent un espace lisse, et qui se connectent à une matière flux, avec les stries qui convertissent l’espace, en font une forme d’expression qui quadrille la matière et l’organise[28] ». Il me semble important de s’intéresser à la philosophie de G. Deleuze qui a pris en considération les peurs justifiées de Paul Virilio. Mais cette mise en garde nécessite de ne pas confondre cosmologie et espace strié et de ne pas réduire l’intelligence à la fabrication de l’espace strié de l’organisation. La cosmologie ne relève pas de l’organisation, elle est dévoilement. La forme cosmique de l’œuvre si elle prend la diagonale du flux qui se rattache à l’espace lisse, devient le feu habitant le sensible. Ce cosmos, dans Le Pli de Gilles Deleuze, n’est pas analogie ni force mais présence à la terre. G. Deleuze met l’accent sur la réponse de Heidegger à la puissance. L’art donne accès au lisse, à l’indifférencié. « …pas à un indifférencié préalable, mais à une différence qui ne cesse de se déplier et replier de chacun des deux côtés, et qui ne déplie l’un qu’en repliant l’autre, dans une coextensivité du dévoilement et du voilement de l’Etre, de la présence et du retrait de l’étant.[29] » Il n’y a pas capture ou crainte mais inclusion, « surrexistence » dans un agrandissement de l’être. L’intelligence cosmique s’oppose à l’intelligence de l’organisation.  « C’est seulement quand la matière est suffisamment déterritorialisée qu’elle surgit elle-même comme moléculaire, et fait surgir de pures forces qui ne peuvent plus être attribuées qu’au cosmos. … Le constituant du composé sort de ces agencements pour en trouver d’autres et faire surgir de nouvelles terres toujours à décomposer[30] ».

 

L’objet de cette approche veut montrer deux façons d’aborder le cosmos, soit en y voyant une puissance, soit en considérant le cosmos comme présence, présence de forces dont la prise en considération permet un devenir dans l’agrandissement de l’âme, dans une sagesse. Les motifs de Martin Wattenberg figurent les espaces, les rythmes de la musique. L’image et la musique par leur alliance ne disent-elles pas les formes de l’émotion qui vit dans notre âme?

 



[1] Africa Remix L’exposition, Centre Pompidou, Paris, 2005.

[2] Martin Wattenberg, motifs numériques, in : John Maeda, Code de création, 2004, Thame & Hudson,  p. 78.

[3] Ibid.

[4] République, III, 402 c.

[5] Expression de Shorey citée dans la conférence de Jacques Follon, Philosophie de la Forme, Actes du colloque interuniversitaire de Liège, Editions Peeters, Paris, 2003, p. 159.

[6]G. Leroux cité par Follon, Philosophie de la Forme, p. 159.

[7] Philosophie de la Forme, Actes du colloque interuniversitaire de Liège, Editions Peeters, Paris, 2003, p. 158.

[8] Mère mot d’Antonin Artaud qui désigne les Déesses. A. Artaud, Le théâtre et son double, Gallimard, p. 17

[9] Martin Wattenberg in Code de création, p. 78.

[10] Philosophie de la Forme, Actes du colloque interuniversitaire de Liège, Editions Peeters, Paris, 2003, p159.

[11] Ibid p. 158.

[12] « …la connaissane de l’astronomie, de la géométrie, de l’arithmétique et de la musique, formes de la σοφία pythagoricienne, qui doivent réaliser la purification du δαίμων » Détienne, notion de daïmon dans le pythagorisme ancien, 1963, Belles lettres, p. 169.

[13] Platon, République, L. Robin, III, 402.

[14] « L’âme est un δαίμων, et tout « homme de bien » peut devenir ce δαίμων ». M. Détienne, La notion de daïmon dans le pythagorisme ancien, 1963, Belles lettres, p. 98. « La notion de δαίμων participe donc de la même polyvalence, doublée d’une ambiguïté qui en fait un être à la fois intérieur et extérieur » Ibid, p. 89. Le δαίμων est dans l’immanence. C’est à dire présent à la nature même des choses et des êtres chez Empédocle.

[15] Goethe, Les années d’apprentissage de Wilhelm Meister, Folio,  Gallimard, 1954.

[16] Une photographie de l’installation d’Agnès Caffier est quatrième de couverture du Cahier 10 du CICEP.

[17] L. Cortade, Antonin Artaud la virtualité incarnée, L’Harmattan 2000, p. 102

[18] Antonin Artaud, « Un athlétisme affectif », in Le théâtre et son double, Paris, Gallimard Folio, 1964, p. 202.

[19] Expression reprise par H. Gouhier à Copeau. H. Gouhier, Antonin Artaud et l’essence du théâtre, Vrin, 1974, p.46.

[20]M. Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part, Paris, Gallimard, p. 49.

[21] M. Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part, Paris, Gallimard, p. 49,50.

[22]Philosophie de la Forme, Actes du colloque interuniversitaire de Liège, Editions Peeters, Paris, 2003, p. 159.

[23] Expression reprise par H. Gouhier  Antonin Artaud et l’essence du théâtre, p.93.

[24] 2002, Projection de DVD, miroirs, lumière bleue, ventilateur, Courtesy l’artiste et Centre d’art contemporain, Fribourg (Suisse)

[25] Goddy Leye cité in : Catalogue Africa Remix L’exposition, Centre Pompidou, Paris, 2005, p. 37.

[26] Exemple : la spirale, la spirale double ou triple. On la retrouve, entre autre, dans les arts populaires comme l’art breton et notamment sur le vêtement bigouden.

[27] « L’œuvre temple, au contraire, en installant un monde, loin de laisser disparaître la matière, la fait bien plutôt ressortir : à savoir dans l’ouvert du monde de l’œuvre. » Heidegger, chemins qui ne mènent nulle part, Gallimard, 1962, p. 49.

[28] G. Deleuze, Félix Guattari, Mille Plateaux, Les éditions de minuit, p. 622.

[29] G. Deleuze, Le Pli, Les éditions de minuit, p. 42.

[30] G. Deleuze, Felix Guattari, Mille Plateaux, 1980, p. 428.

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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 08:48

Cet article a été publié dans Cahier de Poétique, n°10, CICEP Edition, octobre 2004, pp. 183-185.

 

Cette approche de l’idée de virtuel se fera dans un premier temps au travers de réflexions prises dans l’oeuvre d’Yves Bonnefoy. Yves Bonnefoy nous dit que le virtuel est le double qui nous accompagne « « mauvais » inconnu[1] » mais aussi « salle… (des) profondeurs de la terre… (qui peut) recevoir… de la lumière par une baie[2] ». On s’intéressera dans un deuxième temps à des exemples pris dans l’art numérique posant la question de la qualité de cette expérience autour des questionnements philosophiques de René Guénon sur le symbole et de Gilles Deleuze sur l’image cristal. Comment appréhender le sens philosophique du mot virtuel et son sens courant dans l’art des nouvelles technologies ? Le but dans ce court exposé sera d’ouvrir quelques pistes et suggestions.

 

Etymologiquement, spéculation vient de « speculum », miroir. Ce terme est ici utilisé dans le sens de réflexion et non d’extrapolation de l’idée de spéculation. Selon Yves Bonnefoy, dans un premier temps le virtuel est le labyrinthe de nos rêveries, de nos hypothèses. Il a besoin de se confronter à la vie. Dans Récits en rêve, Yves Bonnefoy cherchait les tableaux du château de Hardschin dans un lieu inconnu. Ce lieu était celui de ses spéculations virtuelles. Il imagine ainsi une pièce murée où seraient remisés les chefs d’œuvres introuvables. « Un lieu dont on parlait peut-être encore dans le château par ouïe dire, mais qu’on ne savait plus où chercher dans le labyrinthe des salles ?[3] ». Or « un retour du caché » demande un dessillement personnel car le caché est devant nos yeux. Il se cache sous les couches de vernis des tableaux méprisés du vieux château. Yves Bonnefoy écrit : « Je ne suis pas sans regret des virtualités ainsi abolies…d’où aurait pu naître plus de substance[4] ». Mais pourtant il choisit ces virtualités grâce à l’expérience poétique qui les éclaire: «Quelle naïveté, cette idée du coup de dés ! Votre poète pensait le tout, mais nous c’est l’Un au-delà, une autre densité infinie : et celle où commence le simple… »[5]

 

Les tableaux n’étaient pas ailleurs mais devant nos yeux couverts d’écailles. Yves Bonnefoy renonce à la chair spéculative, pour les profondeurs de la rêverie, pour la simplicité de la vérité et l’unité de la gnose. Il commence par purifier sa rêverie dans l’ignorance où l’on est du simple avenir quotidien. Ensuite, « à la fin de cette période d’attente le « « quelque chose comme une forme » a respiré dans une brume réelle…la salle des profondeurs, retraite archaïque du double, reçoit aussi la lumière…[6] ». Ce n’est pas dans le possible et le hasard que se cache le devenir mais dans la capacité à saisir l’unité de l’harmonie des choses au-delà de leur multiplicité. Le poète sera celui qui fait voir la simplicité des choses et illumine les virtualités issues du vide des images[7]. Le poète propose une expérience de l’unité qui dépasse les choses et leur apparence multiple. Le but n’est pas de tout saisir par l’intelligence du sensible mais de voir avec celle de l’enfance et de l’émerveillement, d’entrer dans la terre, celle de Heidegger, celle de « l’Egypte[8] » par la porte de la rêverie : « Car alors, se sachant le rêve, il se simplifie et la terre advient peu à peu[9] ». Les virtualités permettent l’advenue de la lumière dans un renoncement à l’obscure des rêves.

 

Le numérique comme le cinéma est parfois dit « virtuel ». Il s’agit de l’emploi du mot dans un rapport aux instruments de la communication et à la physique qui joue sur l’illusion d’optique, les raisons scientifiques du monde sensible. La lumière d’Yves Bonnefoy, les « photismes » de Plotin des Ennéades[10] (IV, 8 1) ouvrent sur une nouvelle terre qui n’est pas celle du monde sensible. Il me semble possible de penser que, comme dans tout art, l’art numérique ouvre sur le virtuel au sens d’Yves Bonnefoy, celui du mystère de l’homme. Pourtant, il ne faut pas se tromper le numérique est une logique, une déduction. Les algorithmes qui font la pensée des automates ne fabriquent qu’un jeu aléatoire, des images qui ne peuvent pas contenir la liberté si elles regardent leur chair limitée. Les séquences des algorithmes ne sont que des signes de l’esprit. Elles ne parlent pas à l’âme. Cette image plastique dans un corps lumineux est si proche des lumières de notre intelligence qu’elle semble se confondre avec elle. Pourtant la complexité technique de la dernière image des hommes semble assurer son autorité contre nos moyens à faire sentir, à imaginer, désirer, bloquant notre capacité violente à réagir aux normes de notre entourage ? Or, ces capacités, Geneviève Clancy  les réunit dans l’expression « d’esthétique de la violence ». Elles sont la tâche nécessaire à l’épanouissement de l’homme gardien de l’Être : « Du moins le faire sentir, imaginer, désirer nous a paru une des tâches de l’esthétique de la violence[11] ». Dans le même sens, Gilles Deleuze dans le dernier chapitre des Dialogues[12] avec Claire Parnet disait qu’il n’y avait pas de place pour les dévoilements dans l’arborescence des langages binaires. Peut-on trouver dans les images numériques une dimension de l’âme hors de l’organisation binaire?

 

Le spectacle  Totems pour chant public de l’être ensemble[13] mélange langage poétique et langage numérique suggérant que la poésie permette de sortir de cette impasse. La question devient alors : Les langages numériques et poétiques utilisés dans le spectacle Totems pour chant public de l’être ensemble sont-ils conciliables ? La poésie est dans un dialogue amoureux des images mentales, dans l’unité énigmatique. Pourquoi associer la poésie aux constructions de la pensée numérique ? La poésie offre le recueillement, son rapport avec les lumières de l’intelligence. Le partage d’un instant de lumière spirituelle permet de lui reconnaître une intensité de réalité différente. Les algorithmes sont l’instrument, l’essence, l’interface, des images des épopées mythiques de certaines créations vidéo. Ces images, comme des icônes, peuvent contenir les grandeurs de notre être et avoir de l’intérêt si elles ne servent pas les constructions chiffrées dans un regard sur elles-mêmes. Ainsi, le jugement ne peut pas être seulement analytique mais aussi synthétique. Le rythme des mots du spectacle, l’esthétique des formes spatiales relevées par la danse de l’automate suggèrent les nombreuses poésies comme celles de Carl Fernbach-Flarsheim « Anthologie du concrétisme » Chicago Review, n°4, 1967[14]. Est-ce qu’il est possible de mettre son âme dans les automates en associant leurs mouvements à la déclamation ? Cette question pose le même problème que de savoir s’il est possible de mettre de l’être dans une poésie concrète. Peut-être, si la symbolique des gestes de la danseuse, la symbolique des chiffres, deviennent les reflets d’un beau qui trouve des correspondances, un monde que les harmonies du chiffrable dévoilent.

 

L’harmonie symbolique des chiffres devient la cabalistique d’un autre monde enchanté[15] tissé dans le réel, entre le spirituel et le temporel. Cette idée de deux mondes tissés l’un dans l’autre est utilisée ici pour des besoins de clarté[16]. Le motif et le symbole y deviennent le chiffre de l’âme un peu comme le motif d’un tissu se détache de la trame. Le symbole est le lien entre deux mondes quand le signe est la base des configurations possibles de la chair d’un monde. Le signe ouvre sur les possibles d’une chair. La dissociation de ce que représente le symbole et de ce que nous lui associons laisse toute liberté à l’interprétation. Le signe et le symbole sont l’instrument de l’art mais dans le langage rigide et binaire de l’électricité il ne semble plus que la chair n’ait d’existence autre que limitée. Il ne reste que les structures pour un langage trop rigide. Les Automates[17] de Bernard Caillaud sont des figures qui épuisent tous les possibles, sont-ils des symboles ? Ils sont le symbole de notre intelligence et de son déploiement. Les possibles sur lesquels ils se déploient constituent un ensemble limité. Cette limite constitue une forme, une image, dont la finitude vient se heurter à la complexité de la prouesse technique. Cette dissonance retentit dans nos âmes. L’image de synthèse est une image temps, mouvement ou actée[18]. La complexité des images de B. Caillaud qui restent pourtant bornées devient le symbole de la puissance de notre intelligence. Ce n’est pas dans le geste du créateur mais, dans le symbolisme des formes, dans l’inadéquate, dans la symbolique des combinaisons chiffrées que se réalise le passage de l’illusion à l’expérience de l’art. Peut-être que l’expérience se fait dans la rencontre de notre regard avec des formes symboliques qui nous emportent dans la recherche du « théâtre de la Présence[19] ».

 

Gilles Deleuze disait que le cinéma devient art en réunissant des « régions spatialement distantes et chronologiquement distinctes…au fond d’un temps illimité qui les rendait contiguë »[20]. En 1999 Kissleva a travaillé avec Nicolas Selivanov à un projet[21] jumelant Versailles à Saint-Pétersbourg autour des châteaux de Versailles et de Peterhof. Les deux artistes devaient dialoguer à partir des miroirs identiques aux deux châteaux. Entre photographies et, cartes postales, les images artificielles, tout se mélange pour devenir indiscernable. Une image cristal[22] se forme entre deux lieux géographiquement éloignés. Le numérique est au travers d’Internet un lieu de rencontre et d’échange, un lieu d’expérience. Au centre Pompidou Fred Forest a réalisé des lieux de rencontre où l’artiste croise ses propositions avec celles des internautes. Silence d’Olga Kisseleva dénonce l’utopie de la communication. Son œuvre montre une main qui se tend et vous indique : « Laissez votre message, nous vous rappellerons. » Quand vous avez écrit votre message il se disperse et devient illisible. L’image cristal n’est pas communication, signifiant, mais rencontre de ce qui est séparé dans le temps ou dans l’espace. De même Internet a un intérêt artistique comme terre entre deux mondes pour un « être ensemble » en terme de présence.

 

Ces quelques lignes avaient pour ambition de donner à voir une approche philosophique du virtuel. Elles ouvraient sur les sens d’Yves Bonnefoy de ce mot. A partir de ces premières suggestions apparaît la complexité d’un questionnement esthétique sur les oeuvres du numérique. La virtualité passe par une dimension dans la physique. Mais, elle a aussi une envergure philosophique voir mystique. L’«Egypte » d’Yves Bonnefoy ne doit pas être confondue avec les mondes possibles que nous proposent les sciences dans leur interprétation du monde sensible qui nous entoure. Dans l’art qui utilise des moyens techniques, physiques, numériques ou de l’illusion d’optiques se retrouveraient plusieurs composantes de ce que la virtualité englobe. Car l’art porte en lui cette intensité d’être que les sciences n’ont pas. Cette conclusion est possible si l’on considère, comme nous avons essayé de l’approcher plus haut, qu’il existe des œuvres artistiques issues des nouvelles technologies. Cette superposition des différents contextes dans lesquels prend sens le mot virtuel sur un même objet ne facilite pas l’approche de telles œuvres qui restent encore énigmatiques sur leur dimension artistique.

 

Dans ce texte je me suis peut-être trompée sur le mot Egypte. J’ai fait de l’’Egypte’ la terre de Heidegger ce dont je ne suis pas certaine. L’Egypte d’Yves Bonnefoy ce sont les virtualités multiples présentes au milieu des pensées scientifiques ou des rêveurs. Mais sur ces mondes multiples flotte le panier de « l’élu[23] » abandonné sur le fleuve. Si on jette l’Egypte, la rêverie, on jette l’eau du bain avec le bébé. Revenons à une approche sérieuse. Doit-on opposer l’Egypte, les rêveries, avec les mondes possibles, l’imagination modélisante, que cela génère ? Ne serait-il pas préférable de penser le deuxième, les mondes possibles, comme issu du premier les rêveries égyptiennes. Ces rêveries ne sont possibles qu’après un renoncement aux normes, aux lois dans un premier exil. Le deuxième exil est la sortie d’Egypte pour atteindre alors la ‘terre’ de Heidegger. Je pense que ma conclusion est juste en faisant la différence entre Egypte et  mondes possibles. Il y a comme une sorte de mystère dans la petite fille du quai de la gare. Un respect immense devant celle qui sera un jour une mère au sens de Arthaud. Cette réflexion devant la jeune enfant vient juste après la mort de sa mère. Yves Bonnefoy porte en lui le respect de ceux qui savent rêver. Les mondes possibles du numérique ne seraient pas connaissance mais modélisation de la rêverie. L’intérêt de la rêverie, terre Egyptienne dans cet entre deux, par rapport aux mondes possibles a l’avantage de porter encore en elle cette multiplicité que la modélisation a réduite. Une fois passée à la modélisation, la rêverie sera durcie en un monde possible où l’intuition n’a plus de rôle à jouer. Mais la modélisation ne constitue pas une expérience. C’est dans le monde des corps mystiques ou des corps sensibles que se réalise l‘expérience. La modélisation est une voie de garage en quelque sorte. C’est dans le deuxième exil, celui qui demande de renoncer à l’imagination, à l’Egypte, que se constituent la vraie connaissance, le véritable retour aux origines.

 

Note sur L’Allégorie

 

Début octobre 2004, Geneviève Clancy nous avait parlé de l’allégorie. Cette question est intéressante car elle montre des dangers et elle rejoint certaines conclusions de l’article que j’ai écrit en juillet de la même année.

 

L’Allégorie est une des marches de la montée du spirituel. Pour parler dans les termes d’Avicenne, je dirais que l’Allégorie est dans une des premières sphères, proche du monde matériel. Premier, tout premier Orient vers le spirituel ?

 

Raymond Hains, dans ses Machintochages exposés au Musée d’art moderne de Nice, a recours à des Allégories. Dans le monde extrême occidental de l’art numérique, dans ce néoplatonisme inversé où les sphères ne sont plus celles de l’orient, mais celles d’un occident plus occidental que le monde sensible, l’allégorie fait signe. Elle réoriente l’homme vers l’expérience du monde matériel ou peut-être plus largement celle du monde réel.

 

Essayons de voir ce que les approches de G. Deleuze, d’H. Corbin, d’Yves Bonnefoy, suggèrent. Il est bon de se référer, pour cela, à l’Introduction à Sacher Masoch de Deleuze ; au tome I de Corbin, Sohrawardi œuvres philosophiques et mystiques, à Yves Bonnefoy, Récits en rêves.

 

« à la fin de cette période d’attente le « quelque chose comme une forme » a respiré dans une brume réelle…La salle des profondeurs retraite archaïque du double, reçoit aussi la lumière… » Yves Bonnefoy, Récits en rêve, p. 129.

 

Ici le poète propose une expérience de l’unité qui dépasse les choses et leur apparence multiple. Mais c’est aussi de l’allégorèse qui accompagne ses poésies dont parle Yves Bonnefoy.

 

« Entrer dans la terre, celle de l’Egypte »: mot d’Yves Bonnefoy, Récits en rêve, Paris, Mercure de France, 1987, p. 44, p. 99…

 

« Car alors se sachant le rêve il se simplifie et la terre advient peu à peu », Récit en rêve p. 72.

 

Les virtualités permettent l’advenue de la lumière dans un renoncement à l’aspect obscur des rêves.

 

« (…) un comprendre » qui n’est pas une allégorèse inoffensive. L’allégorie n’est pas spirituelle. Elle est seulement un vêtement sur quelque chose, un réel déjà connu, dont elle expose les attributs conventionnels. L’allégorie est donc inoffensive dans le sens qu’elle n’apportera pas à l’apparition, au dévoilement de l’Etre. Elle ne permettra pas d’agrandissement ontologique.

 

Mais essayons d’approfondir encore à la lumière des écrits d’Yves Bonnefoy.

 

L’allégorie, comme interprétation, fait double. Elle est « l’Egypte » et ses multiplicités, ses attributs. Elle est la « retraite archaïque », la « salle des profondeurs ». Dans Logique du Sens Gilles Deleuze analyse l’œuvre de Lewis Carol Alice au Pays des merveilles. Il montre comment Alice rêve à partir du terrier de certains animaux. Sa rêverie finit à la surface des cartes et de leurs couleurs sans profondeur. Tout se passe à la surface des choses. Mais pourtant, après avoir fait l’expérience du réel, (…) ce « quelque chose » vient éclairer l’originel. La lumière est ce « quelque chose" qui a bougé et cette lumière se retrouve dans les multiplicités que la rêverie avait apportées.

 

L’expérience mystique, ou sensible, est donc indispensable à l’agrandissement ontologique. Elle permet l’advenue de la lumière au milieu des virtualités, et des chemins des profondeurs. L’expérience éclaire l’allégorie. Elle permet de discerner ce qui est lumineux en elle.



[1] Yves Bonnefoy, Récits en rêve, Paris, Mercure de France, 1987, p. 129.

[2] Yves Bonnefoy, Récits en rêve, p. 118.

[3] Yves Bonnefoy, Récits en rêve, p. 122.

[4] Yves Bonnefoy, Récits en rêve, p. 117.

[5] Yves Bonnefoy, Récits en rêve, p. 98.

[6] Yves Bonnefoy, Récits en rêve, p. 129.

[7] Yves Bonnefoy in Récits en rêve p. 34 : « un excès d’apparence qui se marque au dépens de la vraie présence, qui a l’invisible pour fond. Or si l’on observe cela, on peut – c’est Chirico à nouveau qui fait entendre son doute – ne plus voir qu’abstraction là où on touchait une terre. »

[8] Mot d’Yves Bonnefoy, Récits en rêve, Paris, Mercure de France, 1987, p. 44, p. 99…

[9] Yves Bonnefoy, Récits en rêve, p. 72.

[10] Cité par Henri Corbin dans Corps spirituel et Terre céleste, Paris Buchet Chastel, 1979, p. 150 ; par Christian Jambet dans son introduction à Sohravardî Le livre de la sagesse orientale, Paris, Folio, 1986, p. 38.

[11] Geneviève Clancy, De l’Esthétique de la Violence, Paris, Editions Comp’act, 2004, p. 76.

[12] Gilles Deleuze Claire Parnet, Dialogues, Paris, Flammarion, 1996, p. 172.

[13] Philippe TANCELIN et Stéphanette VENDEVILLE, Le trapéziste et le poète, Studio théâtre, 16 mars 2004.

[14] Cité dans : « Poésure et  peintrie » d’un art à l’autre, catalogue de l’exposition du 12 février au 23 mai 1993.

[15] Les « lamelles orphiques disent » : « Dis-leur : je suis fils de la terre et du ciel étoilé ; Mais ma race est céleste ; vous le savez aussi.\  Je suis desséché de soif et je meurs ; donnez moi vite \ L’eau qui coule du lac de Mnémosine ». OF 32 A= Tablette tumulaire de Pétilia ‘Strongoli, Grande-Grèce / IV-IIIe siècles av. J.-C., Cité dans Orphée et l’orphisme, Paris, Collection Que sais-je ? PUF, 1995, p.113.

[16]L’idée de mondes multiples est une idée de la philosophie. La « science sacrée » ne s’encombre pas des questionnements de la philosophie « profane ». L’intuition issue des principes de la « science sacrée » peut seule constituer valablement les sciences. Il n’y a donc pas de mondes multiples et d’acquisition des connaissances de bas en haut ou de l’extérieur vers l’intérieur. (Ces propos sont inspirés par René Guénon, La crise du monde moderne, Paris, Gallimard, p. 64). « Ce qui est vrai ici de toutes sciences l’est même également de tout art, en tant que celui-ci peut avoir une valeur proprement symbolique qui le rend apte à fournir des supports pour la méditation,… » (Ibid. p. 65).

[17] Bernard Caillaud, La création numérique visuelle, Paris, Europia, 2001, p. 63 et suivantes.

[18] Gilles Deleuze invente le concept d’image temps et d’image mouvement, Jean Louis Weissberg celui d’image actée dans Présence à Distance, Paris, L’harmattan, chap VI.

[19] Yves Bonnefoy, Récits en rêve, Paris, Mercure de France, 1987, p. 74.

[20]Gilles Deleuze, L’image temps, p. 150 à propos du cinéma de Welles à partir des œuvres de Kafka le Château et le Procès.

[21] Florence de Mèredieu, Arts et nouvelles technologies, Paris, Larousse, p. 176.

[22] Gilles Deleuze, Image temps, Paris, Les éditions de minuit, 1985, p. 94.

[23]Yves Bonnefoy, Récits en rêve, Mercure de France, p. 44.

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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 17:02
Album - Conférence du Relecq - Simonne Roumeur
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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 15:32

V Jardin de l’âme

N°499 Figuier 2 03 06

 

Les apparences des images sont riches en couleurs lumineuses et en formes naïves. Il se dégage de ce travail une enfance. La surface peinte devient l’apparence des multitudes de l’âme.

 

L’unité se refait dans l’âme offrant des sensibilités issues de l’âme

 

L’art est non retrait et la question ne relève pas de son lieu physique mais de reconnaître que le lieu de l’art est dans le plan de l’âme. Si tous les plans existent ensemble, les uns pour les autres en dehors de toute idée de séparation entre le spirituel et le temporel, l’art devient l’expression de l’ouvert dans l’être. Le plan de l’âme réunit le sensible au spirituel, la plasticité prend alors une importance particulière. Elle devient le reflet des sensibilités de l’âme. La perfection plastique apporte joie et évite l’épuisement. S’élever intellectuellement nécessite le respect du corps. L’art assure un équilibre au travail intellectuel. La reflexion intellectuelle ne peut se passer de l’art, et particulièrement à propos de l’âme dont les prolongements ne négligent aucun organe. Sans sensible l’épuisement est assuré.

 

Le non retrait est le sensible. Regardons des œuvres comme 436 Dame de couleur, 435 figure de proue, 448 Vêtue de spirituel, 369 Energie Solaire, 394 Médecin des petits.

 

448 Vêtue de spirituel, 436 Dame de couleur, 435 figure de proue, 369 Energie solaire

Suivant le chemin d’avant,

Tracé par l’Auguste maman,

Me voici admirant l’océan

Du ragard neuf de l’Enfant.

Protégée des flots sans âge

Par l’antique grillage

Je vois sous la ligne de flottaison

Un banc de poissons

 

Guidé par un jeune rouget.

Surgit des eaux et rochers

Le divin créateur

De mon humble intérieur

Ma pensée plastique

Communie au son de la musique

Avec le chant chorale,

Annonciateur d’imminents régals.

 

Dans l’ivresse, mon âme nue

Dame de petite vertu,

Largue les dernières résistances

Pour cheminer dans l’abondance.

 

La création passe par le plan de l’âme, selon Gilles Deleuze, dans Le pli. Le plan de l’âme est la réunion de l’intelligence et du cœur. L’amour, la sensibilité se joignent à l’intelligence dans le cœur. Le coeur est l’origine de l’art et de la création. Comment rester hors du champ des bifurcations de la réalité ?

 

La libération de l’esprit se fait dans un dépassement des connaissances. Leur accumulation donne les forces qui s’uniront pour disparaître dans le flux de la création. La liberté est cette libération, non pas élévation, mais présence aux multitudes du savoir dans la métamorphose créative. Simonne Roumeur raconte ses rêves. Et ces rêves parlent de cette liberté acquise au-delà des arbres de la connaissance, de l’éducation de ses parents, de la mémoire, tout ce qui fait les richesses et la terre de son âme demande un dépassement, un départ.

 

N° 301 Tas de bourrier

 

«  Tas de « Bourrier »,

« Chargée par les propriétaires

De veiller sur la terre en jachère

Je descends la visiter.

Dès l’entrée suis arrêtée

Par un dépôt d’ordures

Qui jonche la nature.

Une incroyable accumulation,

Héritage de générations,

Déniché d’un minutieux labeur

Dans les recoins de mon intérieur

Et au fil des ans laissé sur place.

Arrivent mes Ainées. Sagaces,

Pour le libre accès à la vallée,

Elles suggèrent de les rassembler

Allons mon enfant à l’assaut !

Dressons les en monceau.

Armées de la pince à tisons,

Sans relâche entassons les trublions

Jusqu’à ce que monte les gravats

Bien plus haut que les épicéas.

L’enfant, sur le mont de suffisance

Reçoit l’écharpe d’Elu de vaillance

Pour avoir dominé son enfer.

Sur sa main se pose le pic-vert,

Gardien de sa nouvelle Vie.

Maître de notre déchetterie,

Dans le vide de la vallée

Visionnons notre tas de « bourrier ».

Sur la route de la destinée

Va mon Esprit Libéré. » S. Loaec Roumeur[1].

 

Simonne Loaec Roumeur passe par l’élargissement de sa conscience. L’illumination de la conscience est possible en revenant sur sa conscience et en se dégageant de tout ce qui l’encombre. Obligations, contraintes complexes…etc ne sont pas les bienvenus. La conscience se fait disponibles azu choix. Et permet la découverte de la pierre ce qui fait la personne. L’inconscient s’ouvre par le rêve dans l’œuvre de Simonne.

 

« L’ange porte l’élixir mystérieux sur sa tête et représente, par sa relation même avec l’astre à midi, une sorte de génie solaire ou un messager du soleil, qui apporte « l’illumination », c’est-à-dire l’élévation et l’élargissement de la conscience[2]. »

 

« Mais il n’existe dans la conscience aucune disponibilité pour accueillir les contenus inconscients, l’énergie de ceux-ci s’écoulent dans le domaine de l’affectivité,[3] […] ». L’inconscient trouve sa place dans les rêves qui constituent la rosée qui émane de la faille pratiquée dans le microcosme. Le microcosme est le sensible. Les failles du sensible s’ouvrent dans les symboles. Les pierres représentent les richesses de l’âme, le reflet de perfection propre à chacun. La symbolique de la pierre est un terme d’alchimie.

Simonne disait : «  Je suis une rebelle », ou encore, « moi je n’ai pas foi en une église, j’ai foi en moi. ». Ces propos ne sont pas contre l’Eglise mais la sagesse de savoir que chacun est une pierre nécessaire à l’édifice de l’humanité.

 

476 Âme de Pierre 16 08 2005

 

Comment rester insensible

A la détresse ostensible ?

Pour laver les pleurs des vies mitées de douleur.

L’âme de la pierre

Lève sa colère,

Dresse le phallus de la roche

Pour vivifier ce qui cloche.

 

Il n’y a pas d’élu la différence de chacun est nécessaire. Simonne Roumeur est une révoltée. Il a fallu un peu de temps avant que Simonne trouve l’audace d’écrire et de peindre. Trouver la pierre est une des démarches de Simonne. Simonne me disait aussi « L’enfant est minuscule

            L’enfant c’est quelque chose de sublime

            L’enfant c’est mon divin » »

 

L’enfant, la pierre, la lumière, l’esprit, la dame, la mère, ce sont des mots qui reviennent pour dire le reflet de perfection, de divinité, présence dans l’âme qui inspire les rêves, les écrits et les ouvres peintes.

 

Les forces de la vie se trouvent en soi. Ce que la médecine, ce que les autres ne peuvent donner se trouve en elle. Pour vivre sans se décourager, Simonne donne mais elle reçoit beaucoup de son mari, de la présence constante du docteur Cordier à ses cotés, de ses enfants et petits enfants, de son jardin et sa maison.

 

450 Grands cyprès

 

« Mon être immergé

Epure ma pensée

Qui perçoit, émergeant de la mer,

Une étendue de pierre,

 

Vaste meule de galets blancs

Dressés vers le firmament.

Portée par la force de l’eau

Je me hisse sur son dos.

 

[…]

S’envole mon esprit

S’abreuver à la Vie

De la déesse Mère

Permanente en ma Terre.

 

Pierre blanche, pierre noire

Me donnent à savoir

L’étendue de la science

Recelée en ma conscience[4]. »

 

La pierre peut-être considérée comme le lieu de naissance des dieux. Les âmes naissent de la pierre, selon les légendes primitives. L’homme terrestre est appelé Adam, l’homme spirituel Lumière. Ces deux hommes en sont un seul, l’âme et le corps. La pierre signifie l’homme intérieur, la nature cachée, le divin présent en chacun, l’envers de la chair. L’idée de pierre est à associer à la lumière, la pureté. L’homme porte en lui une part de pureté. Mais cette pureté est transmise par la chair du corps qui est l’atelier chez Simonne Roumeur.

 

Carl Gustave Jung écrit :

« Le dessein de la nature inconsciente qui a produit l’image de la pierre philosophale apparaît de la façon la plus claire. L’idée est que celle-ci naît dans la matière, qu’elle s’extrait de l’homme, qu’elle est répandue partout et que sa réalisation, située au moins virtuellement dans le domaine de l’homme, est partout possible[5] ».

 

La pierre se rapporte à la pierre précieuse et alors, il est possible de penser en termes d’étoiles qui émergent de la terre. La pierre est symbole d’éternité. Elle est le « corps de résurrection[6] ». La résurrection a d’abord été considérée comme celle de l’homme intérieur. Mais elle est de chair pour s’intégrer à la vie.

 

491 Sein tabernacle 24 12 2005

 

La pierre se transforme en lait. Il n’est pas question de lumière pure mais retour à la chair purifiée par l’Esprit. Simonne utilise souvent le mot Esprit.

 

« De l’avoir longuement œuvré,

Ma bâtisse est achevée.

Mon atelier-chapelle

Prend corps au réel[7]. »

 

L’œuvre peinte qui accompagne ce poème est une chapelle naïve comportant des yeux, des seins et une bouche. Le corps de la femme se mêle à celui d’une chapelle.

 

L’énergie, en sortant, libère le corps. Mais surtout, elle devient lait nourrissant. Donc la pierre se transforme en chair, en lait.

 

« S’attache à réhabiliter

Mon sein par le mal scalpé.

Entièrement relouqué,

Ventru de spiritualité

 

L’atout de ma féminité,

Nourriture d’Humanité

Est réceptacle

Divin. Sein-tabernacle[8]. »

 

Le cœur de pierre se retourne en chair.

 

Simonne Roumeur voyage par ses rêves dans son « monde intérieur », selon son expression, mais elle lui donne chair, une chair qu’elle a travaillée dans son atelier "chapelle", qui est son corps. La pierre se transforme en lait, si elle reste lumière. L’homme finit par s’épuiser et perdre la lumière. Il perd tout. Simonne a une démarche inverse. Son œuvre est une nourriture pour les âmes d’enfant.

 

CONCLUSION

 

Simonne Roumeur s’inscrit dans une démarche artistique qui concerne des artistes comme Frida Kahlo, Louise Bourgeois, Edward Munch, et les d’artistes de l’art brut.

 

Frida Kahlo (1907) est une artiste mexicaine qui, suite à un accident de tram, est restée immobillisée longtemps. Elle a appris à dessiner seule, allongée sur son lit. Elle s’intéressait beaucoup à la chair, comme Simonne, et la faisait rayonner de ses engagements, politiques, spirituels et amicaux, car elle peignait des portraits.

 

Louise Bourgeois (Paris 1911) est exposée aujourd’hui à Beaubourg. Elle s’intéresse à la chair, à la sexualité féminine, à la psychologie. Elle utilise ses émotions pour les traduire dans des œuvres d’art qui témoignent du point de vue de la femme sur le monde.

 

Edward Munch (1863-1943) a perdu de nombreux parents et relations pendant son enfance. Il faisait revivre sa famille dans des rêves. Il est, comme Simonne, un artiste du rêve.

 

Les artistes de l’art brut sont des marginaux extérieurs à la sphère culturelle. Des artistes se réuniront sous cette appellation pour s’opposer à l’art institutionnel, pour plus de liberté. Simmonne Roumeur n’avait pas de formation artistique préalable. Avec le temps, elle développe des capacités liées à ses lectures, à ses rencontres, à sa connaissance d’elle-même. Artiste de l’art brut pour être libre oui; mais, cela me gène de réduire cette artiste à l’art brut alors qu’elle porte en elle un fort engagement sur l’âme, l’Esprit, la relation entre la terre immense de l’esprit et son rayonnement sur le sensible dans l’art. Simonne est une artiste de l’âme, pour reprendre les vers de sa poésie le paon, la femme.

 

Je voudrais rester sur ces vers de La femme 137, que je citais au départ:

 

« Tout au fond je vois le paon

« Toi qui est femme,

Imagine ainsi ton âme. »

 

Iconographie :

 

137 La femme

269 Caverne

289 Opéra

065 Tâches

253 Nourriture régénératrice matière primordiale

219 Maison du chêne

413 Atelier Chapelle

162 Prie-Dieu

185 Glossaire

08 Ecriture Automatique

036 Orchidée

508 Tête à l’envers 7 06 06

499 Figuier 2 03 06

448 Vêtue de spirituel, 436 Dame de couleur, 435 figure de proue, 369 Energie solaire

301 Tas de bourrier

476 Âme de Pierre 16 08 2005

450 Grands cyprès

491 Sein tabernacle 24 12 2005



[1] S. Loaec Roumeur. Tas de « Bourrier », 301, 30 décembre 2002, Le Relecq Kerhuon : collection de l’artiste, œuvre exposée par l’association Art et Vie de la commune au printemps 2006. L’œuvre est la mise en résonance d’une image acrylique du tas de « bourrier » accompagnée de la poésie reproduite ici.

[2] C. G. Jung. Les Racines de la conscience, commentaire des visions de Zosime, Buchet/Chastel, 1971, p. 191.

[3] Ibid, p. 192.

[4] S. Loaec Roumeur. Grands cyprès, 2005, poésie 450.

[5] C. G. Jung. Les racines de la conscience, Paris : Buchet/Chastel, 1971, p. 213

[6] Ibid.

[7] Ibid.

[8] S. Loaec Roumeur. Sein tabernacle, 24 écembre 2005, poème 491.

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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 15:26

 

IV Images, fabriques d’inconscient

n°08 Ecriture Automatique

 

Certaines citations d’Arthur Janov venaient dans la conversation. Arthur Janov est un psychiatre, qui s’est intéressé à la souffrance, au cri primal, à la révolte. Reprenons les mots de ce médecin que nous partagions : « Au lieu de rester à pleurer vivre, aller chercher l’enfoui ». Le but des thérapies d’Arthur Janov est de connecter les besoins du corps avec les souvenirs emmagasinés dans l’inconscient afin de donner au sujet son unité. La thérapie d’Arthur Janov n’est pas considérée comme une théorie scientifiquement valide. Elle est contestée par certains médecins comme dangereuse. La cure consiste en l’expression de désirs non satisfaits auprès du médecin puis, frustration par isolement, ce qui implique la souffrance, puis vient la révolte qui se traduit par le cri. Alors on estime que le lien entre souffrance et notre histoire s’est refait. L’art de Simonne est-t-il le cri de la vie, ou le cri pour vivre dans ses souffrances ? Médicalement l’important est que ses souffrances puissent s’exprimer, mais aussi que Simonne vive dans la réalité. Cette vie elle devait la choisir librement en fonction de ses capacités. La réponse sera très riche.

 

Selon Sigmund Freud le plaisir est un moteur de la vie mais il n’est pas le seul. Il y a un petit texte dans essai de psychanalyse de Sigmund Freud p. 92 à 95 qui traite de la vie et de la mort. Le milieu est important dans l’apparition de la différence. Pour faire un rapprochement avec la biologie, le renouvellement du milieu permet de garantir le non vieillissement des paramécies de laboratoire. La différence est ce qui va garantir un avenir autre, renouveler la cellule. Il y a d’un coté les rêves qui sont des actualisations symbolique du domaine de la pensée et de l’autre les peintures et les poèmes qui sont des réalisations symboliques. Les symboles orientent la puissance de l’homme vers l’amour, le respect de l’autre. Ils sont les instruments de fabrication de l’inconscient. Il créent des liens entre des milieux que tout semble séparer. Ils sont les rhizomes de la pensée.

 

Le rêve est important pour se connaître, mais aussi pour se fabriquer de l’inconscient. Les réalisations se font dans la réalité, elles changent, elles sont un retour au réel une présence au milieu des autres, une façon de vivre pour les autres. Comme elles sont Symboliques chez Simonne elles respecte l’inconscient de l’autre.

 

A Orchidée n°036

 

« Orchidée,

 

Majesté Orchidée

A poussé

Sa feuille

Jusqu’à mon seuil.

 

Venue féconder les fondations

De ma maison

Elle offre la fleur

Du bonheur.

 

Habillée

De pureté

Sa vivance

M’habite d’espérance

 

Et ouvre mes paupières

A sa lumière[1] »

 

L’orchidée se nourrit de l’air du ciel. Elle prend la forme des insectes du ciel. Orchis araignée, orchis mouche, orchis bourdon, vous trouvez ces fleurs en montagne. Et, elles vous disent que le ciel est aussi une nourriture.

 

Simonne est comme les orchidées. Elle vit du spirituel d’où son poème tête à l’envers.

 

B n° 508 Tête à l’envers 7 06 06

 

… Revitalise mon esprit

 

Tu en a bien besoin ma Vie

En ce temps d’apathie.

Ma seule arme est de créer

Ce que mon rêve donne à visionner.

Aussi ma Mère avec toi je suis.

Ce qui Est je le traduits,

Gourmande de mon salut.

Lorsque déracinant du talus

 

L’arbre dressé dans les airs

Tu le descends cime vers la terre.

Tu mets ma Mère

Ma tête à l’envers.

Ma pensée reste coi.

Le vrai est ce que je vois en moi !

Alors à l’œuvre mon imaginaire,

Peignons l’arbre à notre manière.

 

L’apparent de la Vie

Puise dans la terre son énergie.

La Force de l’Esrit

Est flambeau d’énergie.

Les racines captent dans le ciel

L’essence spirituelle

Qui tapisse les cœurs

De sa source de chaleur.

 

L’orchidée au sommet de la canopée vit de l’air du ciel dressant ses racines vers le ciel. Gilles Deleuze introduira ce nouveau modèle de la pensée. Il donne à la pensée la possibilité de sortir des arbres de la hiérarchie, des déductions et de la paternité qui répétent à l’identique expliquant ainsi la présence de la différence par l’influence du milieu possible grâce au liens rhizomiques.

 

Pour l’inconscient, le modèle du rhizome est important.

Gilles Deleuze fait remarquer l’importance de l’inconscient. Il ne s’agit plus, comme Freud, de dévoiler l’inconscient, mais au contraire d’en faire. On retrouve Lacan qui remet en avant l’importance d’une pensée symbolique. Le symbole devient le signe de l’ouvert de la présence des multiplicités de l’inconscient.

 

« Rosenstiehl et Petitot considèrent à juste titre la possibilité d’une « organisation acentrée d’une société de mots ». Pour les énoncés comme pour les désirs, la question n’est jamais de réduire l’inconscient, de l’interpréter, ni de le faire signifier suivant un arbre. La question est de produire de l’inconscient, et avec lui, de nouveaux énoncés, d’autres désirs : le rhizome est cette production d’inconscient même[2]. »

 

Nous avons vu, avec Hélène Cixous, que les oxymores et les contradictions étaient autorisées dans le rêve. La cohabitation de milieux différents est possible dans le symbole dont les deux faces ne se ressemblent pas. Le rêve, le symbole existent par l’imagination de l’intelligence et créent des liens rhizomiques, sources de devenirs différents.

 

Comme Simonne Roumeur était souffrante, elle tournait ses racines vers le ciel et prouvait que les nourritures de l’esprit peuvaient faire vivre.

 



[1] Simonne Loaec Roumeur, Orchidée, 036, Extrait de poésie, 22/02/95

[2] Ibid, p. 27

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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 14:59

 

III Mystère de l’âme

N° 253 Nourriture régénératrice matière primordiale

 

On retrouve le corps et certains organes, le jardin, les animaux, l’arbre et bien d’autres éléments de la vie courante comme dans cette image un fil téléphonique de la vieille génération. Le quotidien devient poétique grâce la dimension symbolique que Simonne lui donne. Les animaux ou homoncules donnent, comme dans les symboles de l’héraldique, une universalité à l’œuvre tout en lui gardant par sa naïveté une grande accessibilité. L’intérêt du symbole est une liberté d’interprétation.

 

Maison du chêne n° 219 2/10/98

 

Le Chêne m’invite à lui conter mes rêves.

Au jour qui se lève

L’offre étant de bon aloi,

Je vais au bois

Surgit

La jeune vie.

 

Si belle

Que je la crois nouvelle.

Je caresse son flanc,

Entends : « Viens dedans,

Le noir n’est pas peur mais profondeur ».

 

Je marque un temps d’arrêt.

Instant prélevé

Pour permettre à ma Vie de trouver

Sa stabilité.

Spiritualisée

Je me suis désincarnée.

 

La voie de la pureté

Exige la recherche de sécurité.

Ombre et Lumière,

Je sors de ma chaumière

Vêtue de carreaux.

Que le monde est beau !

 

Dans cette poésie on trouve un double mouvement : désincarnation, pureté, spiritualisé, lumière que Simonne oppose à l’ombre qui elle est : stabilité, vêtue de carreaux, arbre, chaumière, chêne. « Ombre et lumière » sont réunies sur le même vers donc l’opposition n’est pas séparation mais réunion des deux faces de l’humanité. Ce vers est la charnière du poème qui, après le passage dans la lumière, annonce le retour de l’âme dans le sensible. Le deuxième mouvement est le retour de la « vie spiritualisée » dans le monde, « Vêtue de carreaux. Que le monde est beau ! ». Le mouvement est Ombre avec désir de Lumière, Lumière, réunion des deux.

 

Simonne disait : « J’arrive dans ces sites paradisiaques mais il faut que je garde les pieds sur terre, rester en équilibre »

 

La nuit obscure de Saint Jean de la Croix est une pensée négative qui cherche la pureté,  « la voie de la pureté » disait Simonne. Une fois la pureté atteinte, l’enfance de la contemplation lui permet d’écrire : « La musique de ma Vie s’instaure en égérie. ».

 

Une fois dans la lumière, Simonne est-elle mystique ?

 

Simonne est plus proche des surréalistes que des mystiques. Elle travaille sur ses hyperrêves pour les dominer. De même, les surréalistes vont être ceux qui s’intéressent aux rêves.

 

Les mystiques, comme Anne Catherine Emmerick, ou Hildegarde de Bingen, avaient des visions. Elles recevaient la sagesse sacrée du divin dans la pensée immédiate, dans la mémoire immédiate, dans l’arbre de l’imagination. Ainsi Moïse reçoit la sagesse des dix commandements dans une lumière qui transfigure l’arbre de la pensée. Le buisson ardent a certainement été matériellement présent, mais il permet aussi une lecture intellectuelle et spirituelle de l’événement. Dieu a voulu le buisson ardent pour l’écriture des tables de la loi, respectant par là les branches de l’intelligence humaine. Ces branches sont notre rationalité, notre imagination, notre capacité déductive, la capacité de mémoriser, de symboliser, le sens du sacré et nous pourrions en trouver d’autres. Revenons à Simonne.

 

Où se situe Simonne par rapport aux mystiques ? Elle se situe dans l’arbre de l’imagination, dans la pensée immédiate, dans les rêves. Sa démarche est laïque, c’était son mot : «  laïc ». En fait, sa démarche est recherche d’énergie psychique, sa démarche est artistique, mais sans but prophétique. Comme Castanéda, elle ne se fixe pas de fin autre que de vivre encore. Une recherche d’unité la motive. Pour vivre, elle déploie tous les plis du sensible et de l’intelligence, donnant une grandeur immense au plan du rêve. De temps en temps, le sacré apparaît dans son travail. Simonne Roumeur est un être humain comme les autres, dans son intelligence, le pli du sacré existe aussi.

 

B Atelier Chapelle n° 413 11 01 2004

 

Accompagnent mon chemin

A sa maison de demain.

Au siège du centre social,

Réunis en assemblée spéciale

Sont avec les Anciens,

Les soucieux du bonheur humain.

Face aux regards limpides

Ma pensée se dissipe

*

Et capte dans la nébuleuse

L’estampe religieuse

Qui en l’inconscient sommeil.

Au présent ma Vie s’éveille.

De l’avoir longtemps œuvré,

Ma bâtisse est achevée.

Mon atelier chapelle

Prend corps au réel.

 

C 162 Prie-Dieu

 

« …

Je prie Dieu

Implore les cieux.

 

« Vous qui savez,

S’il vous plait de m’aider ? »

Il m’a entendue.

Il est venu.

 

Ouvrir la ceinture

De la terre du futur. »

 

Même s’il y a de la mystique dans les plis de l’Esprit de Simonne, ce n’est pas son but premier.

 

Le travail sur ses rêves est la première de ses motivations pour créer. En cela, elle est proche des surréalistes. L’une de ses œuvres s’appelle d'ailleurs "écriture automatique".

 

André Breton découvre les ressouces de l’écriture automatique en 1919. Le poète s’inspire de la jeune psychologie.

 

Blanchot, bien après André Breton, écrit à propos de l’écriture automatique : « L’écriture automatique est une machine de guerre contre la réflexion et le langage. Elle est destinée à humilier, à humilier l’orgueil humain, particulièrement sous la forme que lui a donné la culture traditionnelle. Mais, en réalité, elle est elle-même une aspiration orgueilleuse à un mode de connaissance… En levant la contrainte de la réflexion, je promets à ma conscience immédiate de faire irruption dans le langage[1] ».

 

Voilà encore une nouvelle notion: "la conscience immédiate".

La conscience immédiate est la matière des rêves. André Breton écrit, à propos du mot surréalisme : «Par lui, nous avons convenu de désigner un certain automatisme psychique qui correspond assez bien à l’état de rêve, état qui est aujourd’hui fort difficile à délimiter. Je m’excuse de faire intervenir ici une observation personnelle. En 1919 mon attention s’était fixée sur les phrases plus ou moins partielles, qui, en pleine solitude, à l’approche du sommeil, deviennent perceptibles pour l’esprit sans qu’il soit possible de leur découvrir une détermination préalable. Ces phrases, remarquablement imagées et d’une syntaxe parfaitement correcte, m’étaient apparues comme des éléments poétiques de premier ordre. Je me bornai tout d’abord à les retenir. C’est plus tard que Soupault et moi nous songeâmes à reproduire volontairement en nous l’état où elles se formaient. Il suffisait pour cela de faire abstraction du monde extérieur et c‘est ainsi qu’elles nous parvinrent deux mois durant[2]… »

 

Ce que Simonne Roumeur nomme le rêve, ce sont ces images de la mémoire immédiate qui l’envahissent la nuit quand elle ne parvient pas à dormir.

 

Les mots de Simonne montrent que les plaisirs intellectuels sont aussi sensibles « Quand je fais mes icônes, je ressens une jouissance physique qui est unique au monde. Quand je ressens une félicité, je sais que je suis dans le bon, que je ne me suis pas trompée. »

 

Maître Eckhart, du Moyen-âge, écrit : « Où donc est ton royaume ?

                                   - Dans mon âme.

                                   - Comment cela ?

                                   - Lorsque je ferme les portes de mes cinq sens et désire Dieu de tout mon cœur, alors je trouve Dieu en mon âme aussi clair et aussi joyeux qu’Il l’est dans la vie éternelle.[3] »

 

Qu’est-ce que le plan de l’âme ? Le plan de l’âme est le lieu plein de plis où viennent s’unir sensations, émotions, rêves et Intelligence. Les joies de l’âme font les joies du corps. La poésie et les images de Simonne en suivent les circonvolutions.

 

Je parle d’âme chez Simonne car elle me disait : « Je ne veux pas être exploitée commercialement parce que c’est une valeur, c’est du sacré, ce sont des icônes m’a-t-on dit ».

 

D Glossaire n° 185

 

Le rêve délivre des symboles que Simonne déchiffre et transforme en images mentales dans sa poésie.

 

Glossaire

 

Le rêve a boulversé l’Energie

De ma vie

M’a appris à regarder

Au plus secret de mon intimité.

A élevé à un niveau supérieur

Les relations intérieures

 

De mon inconscient,

De mon conscient

Venu du fond de mon mystère,

Des ondes de l’univers,

Les pulsations de mes trois niveaux

Se conjuguent pour le renouveau.

 

Ma pensée au cœur de son histoire

Retrouve sa mémoire,

Décode symboles individuels

Et Universels

Mon imaginaire voyage sur l’océan

Infini du temps.

 

Tout est couleur, danse, chant

Dans la maison de mon enfant.

Avec l’instinct du vécu de la création,

Mon pinceau traduit mes perceptions.

De l’ombre et de la lumière

Naît mon glossaire.

 

 « On a franchi tellement de frontières, l’esprit est relié à l’esprit universel. On est ailleurs. ». Ensuite il y a l’âme. La poésie et la peinture sont le lieu de l’âme, le retour du spirituel dans le rêve, puis dans l’arbre de la mise en œuvre du sensible et de l’intelligence.

 

Un symbole vient du grec "symbolon", sorte de jeton ou cachet personnel que les citoyens s’offraient en souvenir de l’hospitalité reçue dans une ville, l’action de rassembler, rapprochement, convention, pacte. La recherche de cette force de vie en esprit a été un cadeau à partager. Les images et poésies de Simonne nous réunissent dans la joie de vivre.

 

Les symboles de ses oeuvres expriment sa révolte face à la maladie. Son corps devient symbolique. Comme Louise Bourgeois dont les œuvres sont exposées à Beaubourg, l’histoire de son corps est éclairé par la pensée. Bien sûr les pensées de Simonne Roumeur ne sont pas celle de Louise Bourgeois. Cette dernière travaille sur l’angoisse et le rapport entre la psychologie et l’angoisse. Simonne explore l’énergie positive de son esprit. Simonne explique avoir consulté des médecins travaillant sur l’énergie du corps. Ce sont eux qui ont conclu à une intoxication. Simonne par son travail trouve l’énergie de vivre.

 

Ce texte n’est pas une légende au glossaire. D’ ailleurs Simonne met également une légende mais elle est partielle.

 

Faire référence à l’héraldique à propos de Simonne est intéressant mais risque d’être réducteur. Les textes de Simonne ne font pas qu’expliquer les images. L’âme, dans le dictionnaire Robert, pour une des définitions, est : "En héraldique, légende qui explique la figure d’une devise". Les poèmes de Simonne ne sont pas des légendes. Dailleurs, dans Glossaire, on trouve la légende à côté des symboles et le texte sous l’ensemble. Donc la poésie n’est pas la légende. Mais séparer l’œuvre peinte de l’œuvre poétique chez Simonne ne fonctionne pas. Le lien entre les images et le texte, c’est une certaine magie qui se fait dans l’âme du spectateur. Les plis multiples de la sensibilité, l’intelligence, les émotions plastiques, spirituelles, imaginatives... sont sollicités par ses symboles peints, ses images mentales poétiques, la finesse du geste du peintre. Le plan de son travail n’est pas à la surface du papier mais dans votre cœur.


[1] Catalogue, La révolution surréaliste, Centre Pompidou, 6 mars 24 juin 2002, p. 42.

[2] André Breton, cité in : Catalogue, La révolution surréaliste, Centre Pompidou, 6 mars 24 juin 2002, p.46.

[3] Maître Eckart, Les légendes de maître Eckhart, traduc. Gérard Pfister, Arfuyen, Orbey, 2002, pp. 24-25.

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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 14:35

C’est pour moi un réel plaisir d’être ici pour parler de Simonne. J’arrive de Bruxelles mais je vivais au Relecq Kerhuon voilà déjà deux ans. J’ai rendu visite quelques fois à Simonne et elle me parlait de son travail.

 

A l’époque j’écrivais une thèse sur le virtuel. L’œuvre de Simonne a été l’un des constituants de mon travail pour réfléchir la question du virtuel. Pour simplifier je dirai que le virtuel est le milieu de l’humain dans lequel la création peut se faire. La dispute tourne autour de la question de la pensée et de l’âme. La terre de l’âme constitue-t-elle un milieu avec son virtuel nécessaire à toute forme de devenir ? Disons encore dans le milieu doit-on se contenter de ce qui est matériellement objectivable ? La pensée constitue-t-elle un milieu ? Entre la pensée et le sensible existe le cœur appelé aussi l’âme lieu de toutes les virtualités selon Saint Augustin.

 

Simonne a cette richesse de montrer les milieux multiples de l’humanité, des milieux peu reconnus comme les rêves, l’imaginaire, l’Esprit.

 

L’origine de Simonne n’est pas dans l’acrylique avec laquelle elle peint. L’origine de Simonne est dans ses pensées. Nous entrons dans l’œuvre de Simonne par la finesse du travail de l’acrylique et nous découvrons, avec un peu de temps, entre la poésie et les images une possibilité de rêver. Simonne nous a légué une des peintures et des poésies mais aussi de nombreux écrits qui restent à découvrir. Je les regardais hier soir avec André. Je pense que tout cela présage des découvertes intéressantes.

 

Je n’ai pas la prétention de clarifier la totalité de son travail. 17 ans d’une vie artistique intense qui rendait fou certains psychiatres. 17 ans pour peindre son âme, celle de ses enfants, amis, rencontres ne peuvent se résumer en une heure. Mais je désire donner quelques clés pour aborder son œuvre. L’œuvre de Simonne est comme une grande île. Les baies qui permettent de la pénétrer son nombreuses. Je me propose de vous en montrer quelques unes.

 

 Dans l’origine de l’œuvre à partir de certains points biographiques je détermine comment Simonne peint.

 

Ensuite avec Poètes du rêve nous rencontrons deux poètes carlos Castanéda et Hélène Cixous qui accompagnaient sa pensée, mais aussi un philosophe, Platon, sur lequel elle s’appuyait.

 

J’appelle mystère de l’âme une approche de notions importantes et parfois controversées. Le travail de Simonne est une entrée dans l’âme par les rêves. Les rêves permettent cette entrée mais où va-t-on réellement ? Où situer Simonne parmi les penseurs de l’âme, les mystiques ?

 

La partie de ma présentation Images, fabriques de l’inconscient va montrer l’impulsion créative donnée par la recherche d’énergie. En reconstruisant sa personnalité autour de ses rêves elle fait et refait inlassablement son inconscient au travers de symboles.

 

Comme les contes des mille et une nuit, Simonne reconstruit sa vie tous les jours pour surmonter sa maladie. La maladie et la vie se transforment de telle façon que même un enfant peut pénétrer dans ses jardins. Que ce passe-t-il dans ce travail ? L’inconscient de Simonne fait jaillir des jardins qui sont merveilleusement toujours différents.

 

J’intitule ma cinquième partie Jardins de l’âme.

L’artiste s’est laissée emporter au-delà d’elle-même. Devant ses tableaux, disparaissent les fragilités de Simonne qui ont pourtant permis sa peinture. Il en sort des rêves pour chacun. Carl Gustav Jung explique cette démarche des artistes qui utilisent leurs fragilités, leur humanité car ils n’ont rien d’autre. Mais l’œuvre ensuite dépasse l’artiste pour atteindre une universalité. Cette universalité, Simonne la trouve autour des plis de l’âme, du rêve, de l’image qui est autant mentale que plastique. Elle met en avant l’humanité et sa joie de vivre.

 

Simonne est née le 12 août 1939 à Bohars. Sa vie est engagée, tournée vers les autres, ses enfants, des associations, vers le travail entre autre dans une association de travailleuses familiales. Elle participe à la vie du Relecq Kerhuon comme élue municipale.

 

En 1990, sa vie pourrait s’arrêter à une intoxication par des produits chimiques. Son sommeil est devenu rare mais des rêves habitent son esprit.

 

En 1994, après une désintoxication éprouvante, Simonne se réorganise progressivement autour de la peinture et de l’écriture. A la même époque, en faisant des recherches généalogiques pour déterminer l’origine des séquelles de l’intoxication, commence « l’écriture automatique ». Au début, ses œuvres au crayon témoignent de ses hésitations. Petit à petit, ses rêves peints sous forme d’écriture symbolique s’accompagnent d’un poème et prennent les couleurs lumineuses du ciel. Les images mentales du poème se joignent alors aux images plastiques pour notre plus grand plaisir.

 

Simonne travaille chez elle. Elle ne se dit pas artiste, mais artisane. Elle peint devant une petite table dans son salon et dans sa véranda. La nuit son sommeil est plein de rêves. Ses rêves lui permettent alors un travail de recherches, d’études autour des images mentales du rêve. Ne cherchez pas son atelier. Son atelier, c’est elle.

 

I B La femme afficher n° 137 Lire

 

Le poème la femme traite de l’âme. L’âme est ce quelque chose qui nous meut, qui nous fait bouger. L’âme est cette capacité à l’engagement.

 

Le paon se retrouve dans âme sœur n°360 et dans femme. Il est dans les deux cas l’allégorie de l’âme.

 

La femme

 

Pour ton jour de fête

Femme dresse la tête !

J’entre dans la ronde

Des femmes du monde.

Partout au labeur,

Beaucoup secouée de pleurs !

 

Il y a pour moi énigme

En plein cœur de cet hymne.

Si je me souviens,

Il n’y a pas si loin

Où l’homme décrétait la femme

Sans âme.

 

N’y aurait-il quelque part

Un reste de croyance d’ignare ?

Je vais immédiatement

Prendre renseignement

« Allô ! – les cieux ?

Dieu ?

 

« Peux-tu m’expliquer

Ce qu’il en est ? »

Tout au fond je vois le paon

« Toi qui est femme,

Imagine ainsi ton âme. »

 

Que voyons nous? Un paon et de quoi la poésie parle-t-elle ? De l’âme. Le dernier vers fait du paon le symbole de l’âme. Le paon est un oiseau qui ne vole pas et qui pourtant a le plus riche plumage de tous les oiseaux. En effet, certaines de ses plumes renvoient du vert, du bleu sans mélange. Au Proche Orient, le paon est le symbole de l’âme de l’humanité. L’homme réfléchit par sa conscience le monde spirituel. Il est la présence du divin dans la grotte étoilée. Mais l’homme comme le paon ne vole pas. Les hommes ne sont pas des anges. Selon le soufisme, le matériel et le spirituel participent de l’homme. La femme répond souvent mieux à cette situation, ayant plus que l’homme conscience de sa fragilité au monde matériel. Mais cette fragilité ne doit pas être l’occasion d’écarter la femme de ses engagements au monde. Au contraire, cela ferait courir le risque d’une perte de l’engagement spirituel et maternel de l’humanité dans le monde. Les plumes du paon réfléchissent le ciel comme la femme garantit le spirituel au monde.

 

II Poètes du rêve

A Caverne n° 269

 

Intéressons-nous maintenant aux philosophes et poètes qui vont nourrir cette œuvre. J’en retiendrai trois: Platon, Carlos Castanéda et Hélène Cixous.

Je lis Caverne (269) Donc je vous cite le texte de Caverne :

                                                                       « L’œuvre originelle est perfection

                                                                       La mer bouillonne d’imagination.

                                                                       « Me reproduire ne t’est nécessité.

                                                                       Sors du monde d’apparences agitées,

                                                                       Vas hors ta caverne contempler

                                                                       Le Vrai Monde des Réalités, des Idées. »

 

Plus loin...                                                       "Avec énergie gravissons les escaliers

                                                                       Des trois ouvertures sur la Réalité."

 

Un des textes les plus célèbres de Platon, tiré de son livre la République, est "le mythe de la caverne". Des prisonniers sont dans une grotte. Ils aperçoivent des ombres sur le mur. Ces ombres les incitent à chercher la lumière. Tel est le rôle de l’art, selon Platon: tourner les esprits vers la sagesse. Et ensuite, monter les escaliers qui permettent de libérer l’âme et de juger de ses actes en Vérité. Est-ce que ce n’est pas ainsi que l’œuvre de Simonne doit être regardée: un miroir, des ombres sur les murs de la grotte de notre cœur qui incitent à libérer notre esprit?

 

Ce thème est aussi celui d’Opéra. Je vous lis le texte :

 

B Opéra n° 289 Lire

 

N° 289 Opéra

 

Etre telle que je suis !

Profonde comme un puit

Ma pensée s’attelle

A la force spirituelle

De mon enfant-roi

Et en mon âme se déploie

Sur une chevauchée fantastique

Au cœur de ma basilique !

 

Au profond du noir

A la recherche d’espoir,

Aubade à ma souffrance

De partout accourent

Les chantres de ma cour

Raviver les oripaux

De ma tête au repos

 

Et redonner sa splendeur

A ma vieille demeure

M’est offert un gala

A l’ouverture de mon opéra.

Chant-musique-danse

Peaufinent mes sens,

Léguent à mon Esprit l’authenticité

De sa réelle destinée.

 

Les arts populaires

Peuplent mon atmosphère.

Nourriture complète

Des âmes dans la tempête

La musique de la Vie

S’instaure en égérie.

La conscience de ma vulnérabilité

Ouvre les portes des festivités.

 

Les rêves sont comme une grotte. La connaissance passe par le stade de la grotte. C’est un stade de prise de conscience. Les reflets de la lumière connaissance font signes, indiquant la direction de la lumière source. Simonne Roumeur parlait de Lumière avec moi pour dire énergie. Le tableau montre un visage noir et dans ce visage un rideau, une bouche rieuse, un signe en majesté, des souris qui dansent. Les rêves, la fête, le divertissement quand ils sont riches de spiritualité, peuvent être des portes d’accès à l’âme, à la Sagesse.

 

Platon est le philosophe des idées. Platon, à lui seul, est une école du monde grec. Il est né en 428 avant J.C. Il décède empoisonné en 348. Que faut-il retenir de Platon à propos de Simonne ?: La recherche de la lumière, l’ombre, ensuite la responsabilité de conduire les autres à la lumière.

 

Dans le livre Le Phédon de Platon il est écrit : « Sur la terre vivent un grand nombre d’animaux divers et des hommes qui habitent les uns dans la partie moyenne de la terre, les autres au bord de l’air comme nous au bord de la mer, d’autres enfin dans des îles que l’air baigne tout alentour et qui reposent sur la terre ferme : autrement dit en un mot, ce que sont pour nous, par rapport à notre utilité, l’eau et la mer, voilà ce que l’air est pour ces gens, et ce que l’air est pour nous, c’est l’éther qui l’est pour eux[1]. »

 

Dans le livre la République nous retrouvons le souci de la beauté et ce souci se traduit par un retour des lumières dans la vie. Celui qui s’occupera des affaires sociales, celui-là devra pouvoir juger du beau et avoir expérimenté le monde spirituel :

 

Voilà ce que dit Platon : « Mais, repris-je, n’est-ce pas, Glaucon, le motif pour lequel la culture musicale est d’une excellence souveraine, que rien ne plonge plus profondément au cœur de l’âme que le rythme et l’harmonie ; […] [2] » Les futurs citoyens grecs devront, selon Platon, acquérir la force d’âme dans les harmonies de l’art. Une fois citoyens, ils auront la responsabilité de conduire les autres à la lumière. La connaissance est pour tous. L’œuvre de Simonne est sociale, selon les termes de Platon. Sa plasticité, ses couleurs ouvrent notre âme pour une indépendance d’esprit, sans tomber dans la négation du sensible, en passant par le sensible.

 

Selon moi, je dirais que les rêves de Simonne ne sont pas la lumière dont parle Platon. Les rêves de Simonne constituent sa grotte que la lumière éclaire. La lumière est ce qui éclaire les rêves. La lumière est ce que l’Intelligence, comme sagesse, apporte au rêve.

 

Après avoir vu que la lumière de Platon éclaire les rêves de notre artiste. Il me semble intéressant de savoir qu’Hélène Cixous revenait aussi dans notre échange. Simonne appréciait cette poétesse pour l’importance qu'elle donnait au rêve. Comme elle, Simonne peint et compose à partir du rêve, pour créer du rêve.

 

Hélène Cixous est née à Oran en 1937. A 10 ans, elle perd son père. Ses mots seront: « Je ne crois pas au travail de deuil dont parle la psychanalyse. On ne doit pas enterrer, on doit retenir l’être qui est parti. Il m’arrive de retrouver mon père en rêve… » Les rêves de Simonne Roumeur sont proches des hyperrêves d’Hélène Cixous. Reprenons les mots de la célèbre écrivain : « C’est un état de méditation active, d’invocation, d’appel. Cela n’a rien à voir avec une pratique magique… Le rêve ne connaît pas la contradiction. Il me dit : « Oui, ton père est mort mais il est vivant aussi puisque tu le vois. Il est vivant tout le temps de cette vie accordée. » J’éprouve une joie folle, mélangée à un intense chagrin."

 

 

« En général, on oppose tristesse ou joie, mémoire ou oubli, vie ou mort. Alors que la plus forte de nos expériences psychiques se passe là où les contraires se mélangent.[3] » Elle s’intéresse au rêve, et vit avec ceux qu’elle a perdus, comme son père, dans ses rêves. Dans les rêves se mélangent la conscience de la mort autant que la joie de revoir celui que l’on a perdu. Les rêves concilient ce qui est inconciliable dans la réalité. Hélène Cixous parle d’hyperrêves. Et je me permets de reprendre ce mot pour Simonne.

 

427 Roi de Lumière

 

« Poursuivre le quotidien à loisir

Est mon profond désir

 

Mésange bleue porte le message

Au grand Sage :

Mon immense merci »

 

C Tâches 065 afficher

065 taches

 

Puisque pulsions de mon cœur,

Osez taches de couleurs

Vous mêler

Pour chacune exister

 

Et donner harmonie

A ma Vie

Derrière l’insignifiant

Qu’est-il d’important ?

 

Simonne faisait référence à Carlos Castanéda à propos de l’Esprit. L’aigle est le symbole de l’Esprit.

 

Carlos Castanéda est né le 25 décembre 1925 à Cajamarca au Pérou et est mort le 27 avril 1998. Carlos Castanéda s’invente une vie. Mais surtout il s’inspire de la mystique indienne américaine. Sa personnalité est controversée pour son élitisme. Selon lui, il existe une connaissance supérieure qui n’est accessible qu’à certains élus. On ne trouve pas chez Simonne cet esprit élitiste. Il se dit sorcier. Ses travaux poétiques sont orientés vers la recherche de l’énergie. Les fibres lumineuses constitutives de l’Univers émanent d’une source unique : « L’Aigle ». Il n’y a pas de transmigration ou de réincarnation comme chez les Pythagoriciens. Dans leur quête de l’infini, les sorciers emportent avec eux le plan terrestre, c’est-à-dire qu’ils voyagent avec leur corps physique, sans laisser la moindre dépouille à leur départ.

 

Citons Castanéda : « Un simple coup d’œil sur l’éternité qui se trouve à l’extérieur du cocon suffit à perturber le confort que nous procure notre inventaire. La mélancolie qui en résulte peut engendrer la mort[4]. » Si je comprends bien Castanéda, je dirais que le but est de faire l’inventaire pour empêcher les fuites énergétiques. Pour Simonne, faire l’inventaire permet de classer ce qui encombre et de se centrer sur la peinture et l’écriture. L’unité de l’Esrpit.

 

Ou encore : L’acte consiste à endiguer la fuite énergétique. Un acte parfait ne cherche pas les fruits. Il en aura, mais les énergies seront orientées par des objectifs abstraits. Il est question de magie… Retenons le rêve. Castanéda n’est pas un menteur mais un rêveur. Il est un magicien du rêve, quelqu’un qui s’intéresse au psychisme.

 

Dans Taches le message est court et simple. Simonne peignait pour tous ceux qui ont un cœur d’enfant. Tous ceux qui savent voir dans les choses simples une possibilité de rêver.

 

 



[1] Platon Phédon, Gallimard, Tome I, p. 845.

[2] Platon. La République, Gallimard, tome 1, p. 957.

[3] Hélène Cixous in Télérama 10 janvier 2007.

[4] Castanéda in wikipédia, 13 04 08

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Simonne Loaëc Roumeur
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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 18:59
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