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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 14:59

 

III Mystère de l’âme

N° 253 Nourriture régénératrice matière primordiale

 

On retrouve le corps et certains organes, le jardin, les animaux, l’arbre et bien d’autres éléments de la vie courante comme dans cette image un fil téléphonique de la vieille génération. Le quotidien devient poétique grâce la dimension symbolique que Simonne lui donne. Les animaux ou homoncules donnent, comme dans les symboles de l’héraldique, une universalité à l’œuvre tout en lui gardant par sa naïveté une grande accessibilité. L’intérêt du symbole est une liberté d’interprétation.

 

Maison du chêne n° 219 2/10/98

 

Le Chêne m’invite à lui conter mes rêves.

Au jour qui se lève

L’offre étant de bon aloi,

Je vais au bois

Surgit

La jeune vie.

 

Si belle

Que je la crois nouvelle.

Je caresse son flanc,

Entends : « Viens dedans,

Le noir n’est pas peur mais profondeur ».

 

Je marque un temps d’arrêt.

Instant prélevé

Pour permettre à ma Vie de trouver

Sa stabilité.

Spiritualisée

Je me suis désincarnée.

 

La voie de la pureté

Exige la recherche de sécurité.

Ombre et Lumière,

Je sors de ma chaumière

Vêtue de carreaux.

Que le monde est beau !

 

Dans cette poésie on trouve un double mouvement : désincarnation, pureté, spiritualisé, lumière que Simonne oppose à l’ombre qui elle est : stabilité, vêtue de carreaux, arbre, chaumière, chêne. « Ombre et lumière » sont réunies sur le même vers donc l’opposition n’est pas séparation mais réunion des deux faces de l’humanité. Ce vers est la charnière du poème qui, après le passage dans la lumière, annonce le retour de l’âme dans le sensible. Le deuxième mouvement est le retour de la « vie spiritualisée » dans le monde, « Vêtue de carreaux. Que le monde est beau ! ». Le mouvement est Ombre avec désir de Lumière, Lumière, réunion des deux.

 

Simonne disait : « J’arrive dans ces sites paradisiaques mais il faut que je garde les pieds sur terre, rester en équilibre »

 

La nuit obscure de Saint Jean de la Croix est une pensée négative qui cherche la pureté,  « la voie de la pureté » disait Simonne. Une fois la pureté atteinte, l’enfance de la contemplation lui permet d’écrire : « La musique de ma Vie s’instaure en égérie. ».

 

Une fois dans la lumière, Simonne est-elle mystique ?

 

Simonne est plus proche des surréalistes que des mystiques. Elle travaille sur ses hyperrêves pour les dominer. De même, les surréalistes vont être ceux qui s’intéressent aux rêves.

 

Les mystiques, comme Anne Catherine Emmerick, ou Hildegarde de Bingen, avaient des visions. Elles recevaient la sagesse sacrée du divin dans la pensée immédiate, dans la mémoire immédiate, dans l’arbre de l’imagination. Ainsi Moïse reçoit la sagesse des dix commandements dans une lumière qui transfigure l’arbre de la pensée. Le buisson ardent a certainement été matériellement présent, mais il permet aussi une lecture intellectuelle et spirituelle de l’événement. Dieu a voulu le buisson ardent pour l’écriture des tables de la loi, respectant par là les branches de l’intelligence humaine. Ces branches sont notre rationalité, notre imagination, notre capacité déductive, la capacité de mémoriser, de symboliser, le sens du sacré et nous pourrions en trouver d’autres. Revenons à Simonne.

 

Où se situe Simonne par rapport aux mystiques ? Elle se situe dans l’arbre de l’imagination, dans la pensée immédiate, dans les rêves. Sa démarche est laïque, c’était son mot : «  laïc ». En fait, sa démarche est recherche d’énergie psychique, sa démarche est artistique, mais sans but prophétique. Comme Castanéda, elle ne se fixe pas de fin autre que de vivre encore. Une recherche d’unité la motive. Pour vivre, elle déploie tous les plis du sensible et de l’intelligence, donnant une grandeur immense au plan du rêve. De temps en temps, le sacré apparaît dans son travail. Simonne Roumeur est un être humain comme les autres, dans son intelligence, le pli du sacré existe aussi.

 

B Atelier Chapelle n° 413 11 01 2004

 

Accompagnent mon chemin

A sa maison de demain.

Au siège du centre social,

Réunis en assemblée spéciale

Sont avec les Anciens,

Les soucieux du bonheur humain.

Face aux regards limpides

Ma pensée se dissipe

*

Et capte dans la nébuleuse

L’estampe religieuse

Qui en l’inconscient sommeil.

Au présent ma Vie s’éveille.

De l’avoir longtemps œuvré,

Ma bâtisse est achevée.

Mon atelier chapelle

Prend corps au réel.

 

C 162 Prie-Dieu

 

« …

Je prie Dieu

Implore les cieux.

 

« Vous qui savez,

S’il vous plait de m’aider ? »

Il m’a entendue.

Il est venu.

 

Ouvrir la ceinture

De la terre du futur. »

 

Même s’il y a de la mystique dans les plis de l’Esprit de Simonne, ce n’est pas son but premier.

 

Le travail sur ses rêves est la première de ses motivations pour créer. En cela, elle est proche des surréalistes. L’une de ses œuvres s’appelle d'ailleurs "écriture automatique".

 

André Breton découvre les ressouces de l’écriture automatique en 1919. Le poète s’inspire de la jeune psychologie.

 

Blanchot, bien après André Breton, écrit à propos de l’écriture automatique : « L’écriture automatique est une machine de guerre contre la réflexion et le langage. Elle est destinée à humilier, à humilier l’orgueil humain, particulièrement sous la forme que lui a donné la culture traditionnelle. Mais, en réalité, elle est elle-même une aspiration orgueilleuse à un mode de connaissance… En levant la contrainte de la réflexion, je promets à ma conscience immédiate de faire irruption dans le langage[1] ».

 

Voilà encore une nouvelle notion: "la conscience immédiate".

La conscience immédiate est la matière des rêves. André Breton écrit, à propos du mot surréalisme : «Par lui, nous avons convenu de désigner un certain automatisme psychique qui correspond assez bien à l’état de rêve, état qui est aujourd’hui fort difficile à délimiter. Je m’excuse de faire intervenir ici une observation personnelle. En 1919 mon attention s’était fixée sur les phrases plus ou moins partielles, qui, en pleine solitude, à l’approche du sommeil, deviennent perceptibles pour l’esprit sans qu’il soit possible de leur découvrir une détermination préalable. Ces phrases, remarquablement imagées et d’une syntaxe parfaitement correcte, m’étaient apparues comme des éléments poétiques de premier ordre. Je me bornai tout d’abord à les retenir. C’est plus tard que Soupault et moi nous songeâmes à reproduire volontairement en nous l’état où elles se formaient. Il suffisait pour cela de faire abstraction du monde extérieur et c‘est ainsi qu’elles nous parvinrent deux mois durant[2]… »

 

Ce que Simonne Roumeur nomme le rêve, ce sont ces images de la mémoire immédiate qui l’envahissent la nuit quand elle ne parvient pas à dormir.

 

Les mots de Simonne montrent que les plaisirs intellectuels sont aussi sensibles « Quand je fais mes icônes, je ressens une jouissance physique qui est unique au monde. Quand je ressens une félicité, je sais que je suis dans le bon, que je ne me suis pas trompée. »

 

Maître Eckhart, du Moyen-âge, écrit : « Où donc est ton royaume ?

                                   - Dans mon âme.

                                   - Comment cela ?

                                   - Lorsque je ferme les portes de mes cinq sens et désire Dieu de tout mon cœur, alors je trouve Dieu en mon âme aussi clair et aussi joyeux qu’Il l’est dans la vie éternelle.[3] »

 

Qu’est-ce que le plan de l’âme ? Le plan de l’âme est le lieu plein de plis où viennent s’unir sensations, émotions, rêves et Intelligence. Les joies de l’âme font les joies du corps. La poésie et les images de Simonne en suivent les circonvolutions.

 

Je parle d’âme chez Simonne car elle me disait : « Je ne veux pas être exploitée commercialement parce que c’est une valeur, c’est du sacré, ce sont des icônes m’a-t-on dit ».

 

D Glossaire n° 185

 

Le rêve délivre des symboles que Simonne déchiffre et transforme en images mentales dans sa poésie.

 

Glossaire

 

Le rêve a boulversé l’Energie

De ma vie

M’a appris à regarder

Au plus secret de mon intimité.

A élevé à un niveau supérieur

Les relations intérieures

 

De mon inconscient,

De mon conscient

Venu du fond de mon mystère,

Des ondes de l’univers,

Les pulsations de mes trois niveaux

Se conjuguent pour le renouveau.

 

Ma pensée au cœur de son histoire

Retrouve sa mémoire,

Décode symboles individuels

Et Universels

Mon imaginaire voyage sur l’océan

Infini du temps.

 

Tout est couleur, danse, chant

Dans la maison de mon enfant.

Avec l’instinct du vécu de la création,

Mon pinceau traduit mes perceptions.

De l’ombre et de la lumière

Naît mon glossaire.

 

 « On a franchi tellement de frontières, l’esprit est relié à l’esprit universel. On est ailleurs. ». Ensuite il y a l’âme. La poésie et la peinture sont le lieu de l’âme, le retour du spirituel dans le rêve, puis dans l’arbre de la mise en œuvre du sensible et de l’intelligence.

 

Un symbole vient du grec "symbolon", sorte de jeton ou cachet personnel que les citoyens s’offraient en souvenir de l’hospitalité reçue dans une ville, l’action de rassembler, rapprochement, convention, pacte. La recherche de cette force de vie en esprit a été un cadeau à partager. Les images et poésies de Simonne nous réunissent dans la joie de vivre.

 

Les symboles de ses oeuvres expriment sa révolte face à la maladie. Son corps devient symbolique. Comme Louise Bourgeois dont les œuvres sont exposées à Beaubourg, l’histoire de son corps est éclairé par la pensée. Bien sûr les pensées de Simonne Roumeur ne sont pas celle de Louise Bourgeois. Cette dernière travaille sur l’angoisse et le rapport entre la psychologie et l’angoisse. Simonne explore l’énergie positive de son esprit. Simonne explique avoir consulté des médecins travaillant sur l’énergie du corps. Ce sont eux qui ont conclu à une intoxication. Simonne par son travail trouve l’énergie de vivre.

 

Ce texte n’est pas une légende au glossaire. D’ ailleurs Simonne met également une légende mais elle est partielle.

 

Faire référence à l’héraldique à propos de Simonne est intéressant mais risque d’être réducteur. Les textes de Simonne ne font pas qu’expliquer les images. L’âme, dans le dictionnaire Robert, pour une des définitions, est : "En héraldique, légende qui explique la figure d’une devise". Les poèmes de Simonne ne sont pas des légendes. Dailleurs, dans Glossaire, on trouve la légende à côté des symboles et le texte sous l’ensemble. Donc la poésie n’est pas la légende. Mais séparer l’œuvre peinte de l’œuvre poétique chez Simonne ne fonctionne pas. Le lien entre les images et le texte, c’est une certaine magie qui se fait dans l’âme du spectateur. Les plis multiples de la sensibilité, l’intelligence, les émotions plastiques, spirituelles, imaginatives... sont sollicités par ses symboles peints, ses images mentales poétiques, la finesse du geste du peintre. Le plan de son travail n’est pas à la surface du papier mais dans votre cœur.


[1] Catalogue, La révolution surréaliste, Centre Pompidou, 6 mars 24 juin 2002, p. 42.

[2] André Breton, cité in : Catalogue, La révolution surréaliste, Centre Pompidou, 6 mars 24 juin 2002, p.46.

[3] Maître Eckart, Les légendes de maître Eckhart, traduc. Gérard Pfister, Arfuyen, Orbey, 2002, pp. 24-25.

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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 14:35

C’est pour moi un réel plaisir d’être ici pour parler de Simonne. J’arrive de Bruxelles mais je vivais au Relecq Kerhuon voilà déjà deux ans. J’ai rendu visite quelques fois à Simonne et elle me parlait de son travail.

 

A l’époque j’écrivais une thèse sur le virtuel. L’œuvre de Simonne a été l’un des constituants de mon travail pour réfléchir la question du virtuel. Pour simplifier je dirai que le virtuel est le milieu de l’humain dans lequel la création peut se faire. La dispute tourne autour de la question de la pensée et de l’âme. La terre de l’âme constitue-t-elle un milieu avec son virtuel nécessaire à toute forme de devenir ? Disons encore dans le milieu doit-on se contenter de ce qui est matériellement objectivable ? La pensée constitue-t-elle un milieu ? Entre la pensée et le sensible existe le cœur appelé aussi l’âme lieu de toutes les virtualités selon Saint Augustin.

 

Simonne a cette richesse de montrer les milieux multiples de l’humanité, des milieux peu reconnus comme les rêves, l’imaginaire, l’Esprit.

 

L’origine de Simonne n’est pas dans l’acrylique avec laquelle elle peint. L’origine de Simonne est dans ses pensées. Nous entrons dans l’œuvre de Simonne par la finesse du travail de l’acrylique et nous découvrons, avec un peu de temps, entre la poésie et les images une possibilité de rêver. Simonne nous a légué une des peintures et des poésies mais aussi de nombreux écrits qui restent à découvrir. Je les regardais hier soir avec André. Je pense que tout cela présage des découvertes intéressantes.

 

Je n’ai pas la prétention de clarifier la totalité de son travail. 17 ans d’une vie artistique intense qui rendait fou certains psychiatres. 17 ans pour peindre son âme, celle de ses enfants, amis, rencontres ne peuvent se résumer en une heure. Mais je désire donner quelques clés pour aborder son œuvre. L’œuvre de Simonne est comme une grande île. Les baies qui permettent de la pénétrer son nombreuses. Je me propose de vous en montrer quelques unes.

 

 Dans l’origine de l’œuvre à partir de certains points biographiques je détermine comment Simonne peint.

 

Ensuite avec Poètes du rêve nous rencontrons deux poètes carlos Castanéda et Hélène Cixous qui accompagnaient sa pensée, mais aussi un philosophe, Platon, sur lequel elle s’appuyait.

 

J’appelle mystère de l’âme une approche de notions importantes et parfois controversées. Le travail de Simonne est une entrée dans l’âme par les rêves. Les rêves permettent cette entrée mais où va-t-on réellement ? Où situer Simonne parmi les penseurs de l’âme, les mystiques ?

 

La partie de ma présentation Images, fabriques de l’inconscient va montrer l’impulsion créative donnée par la recherche d’énergie. En reconstruisant sa personnalité autour de ses rêves elle fait et refait inlassablement son inconscient au travers de symboles.

 

Comme les contes des mille et une nuit, Simonne reconstruit sa vie tous les jours pour surmonter sa maladie. La maladie et la vie se transforment de telle façon que même un enfant peut pénétrer dans ses jardins. Que ce passe-t-il dans ce travail ? L’inconscient de Simonne fait jaillir des jardins qui sont merveilleusement toujours différents.

 

J’intitule ma cinquième partie Jardins de l’âme.

L’artiste s’est laissée emporter au-delà d’elle-même. Devant ses tableaux, disparaissent les fragilités de Simonne qui ont pourtant permis sa peinture. Il en sort des rêves pour chacun. Carl Gustav Jung explique cette démarche des artistes qui utilisent leurs fragilités, leur humanité car ils n’ont rien d’autre. Mais l’œuvre ensuite dépasse l’artiste pour atteindre une universalité. Cette universalité, Simonne la trouve autour des plis de l’âme, du rêve, de l’image qui est autant mentale que plastique. Elle met en avant l’humanité et sa joie de vivre.

 

Simonne est née le 12 août 1939 à Bohars. Sa vie est engagée, tournée vers les autres, ses enfants, des associations, vers le travail entre autre dans une association de travailleuses familiales. Elle participe à la vie du Relecq Kerhuon comme élue municipale.

 

En 1990, sa vie pourrait s’arrêter à une intoxication par des produits chimiques. Son sommeil est devenu rare mais des rêves habitent son esprit.

 

En 1994, après une désintoxication éprouvante, Simonne se réorganise progressivement autour de la peinture et de l’écriture. A la même époque, en faisant des recherches généalogiques pour déterminer l’origine des séquelles de l’intoxication, commence « l’écriture automatique ». Au début, ses œuvres au crayon témoignent de ses hésitations. Petit à petit, ses rêves peints sous forme d’écriture symbolique s’accompagnent d’un poème et prennent les couleurs lumineuses du ciel. Les images mentales du poème se joignent alors aux images plastiques pour notre plus grand plaisir.

 

Simonne travaille chez elle. Elle ne se dit pas artiste, mais artisane. Elle peint devant une petite table dans son salon et dans sa véranda. La nuit son sommeil est plein de rêves. Ses rêves lui permettent alors un travail de recherches, d’études autour des images mentales du rêve. Ne cherchez pas son atelier. Son atelier, c’est elle.

 

I B La femme afficher n° 137 Lire

 

Le poème la femme traite de l’âme. L’âme est ce quelque chose qui nous meut, qui nous fait bouger. L’âme est cette capacité à l’engagement.

 

Le paon se retrouve dans âme sœur n°360 et dans femme. Il est dans les deux cas l’allégorie de l’âme.

 

La femme

 

Pour ton jour de fête

Femme dresse la tête !

J’entre dans la ronde

Des femmes du monde.

Partout au labeur,

Beaucoup secouée de pleurs !

 

Il y a pour moi énigme

En plein cœur de cet hymne.

Si je me souviens,

Il n’y a pas si loin

Où l’homme décrétait la femme

Sans âme.

 

N’y aurait-il quelque part

Un reste de croyance d’ignare ?

Je vais immédiatement

Prendre renseignement

« Allô ! – les cieux ?

Dieu ?

 

« Peux-tu m’expliquer

Ce qu’il en est ? »

Tout au fond je vois le paon

« Toi qui est femme,

Imagine ainsi ton âme. »

 

Que voyons nous? Un paon et de quoi la poésie parle-t-elle ? De l’âme. Le dernier vers fait du paon le symbole de l’âme. Le paon est un oiseau qui ne vole pas et qui pourtant a le plus riche plumage de tous les oiseaux. En effet, certaines de ses plumes renvoient du vert, du bleu sans mélange. Au Proche Orient, le paon est le symbole de l’âme de l’humanité. L’homme réfléchit par sa conscience le monde spirituel. Il est la présence du divin dans la grotte étoilée. Mais l’homme comme le paon ne vole pas. Les hommes ne sont pas des anges. Selon le soufisme, le matériel et le spirituel participent de l’homme. La femme répond souvent mieux à cette situation, ayant plus que l’homme conscience de sa fragilité au monde matériel. Mais cette fragilité ne doit pas être l’occasion d’écarter la femme de ses engagements au monde. Au contraire, cela ferait courir le risque d’une perte de l’engagement spirituel et maternel de l’humanité dans le monde. Les plumes du paon réfléchissent le ciel comme la femme garantit le spirituel au monde.

 

II Poètes du rêve

A Caverne n° 269

 

Intéressons-nous maintenant aux philosophes et poètes qui vont nourrir cette œuvre. J’en retiendrai trois: Platon, Carlos Castanéda et Hélène Cixous.

Je lis Caverne (269) Donc je vous cite le texte de Caverne :

                                                                       « L’œuvre originelle est perfection

                                                                       La mer bouillonne d’imagination.

                                                                       « Me reproduire ne t’est nécessité.

                                                                       Sors du monde d’apparences agitées,

                                                                       Vas hors ta caverne contempler

                                                                       Le Vrai Monde des Réalités, des Idées. »

 

Plus loin...                                                       "Avec énergie gravissons les escaliers

                                                                       Des trois ouvertures sur la Réalité."

 

Un des textes les plus célèbres de Platon, tiré de son livre la République, est "le mythe de la caverne". Des prisonniers sont dans une grotte. Ils aperçoivent des ombres sur le mur. Ces ombres les incitent à chercher la lumière. Tel est le rôle de l’art, selon Platon: tourner les esprits vers la sagesse. Et ensuite, monter les escaliers qui permettent de libérer l’âme et de juger de ses actes en Vérité. Est-ce que ce n’est pas ainsi que l’œuvre de Simonne doit être regardée: un miroir, des ombres sur les murs de la grotte de notre cœur qui incitent à libérer notre esprit?

 

Ce thème est aussi celui d’Opéra. Je vous lis le texte :

 

B Opéra n° 289 Lire

 

N° 289 Opéra

 

Etre telle que je suis !

Profonde comme un puit

Ma pensée s’attelle

A la force spirituelle

De mon enfant-roi

Et en mon âme se déploie

Sur une chevauchée fantastique

Au cœur de ma basilique !

 

Au profond du noir

A la recherche d’espoir,

Aubade à ma souffrance

De partout accourent

Les chantres de ma cour

Raviver les oripaux

De ma tête au repos

 

Et redonner sa splendeur

A ma vieille demeure

M’est offert un gala

A l’ouverture de mon opéra.

Chant-musique-danse

Peaufinent mes sens,

Léguent à mon Esprit l’authenticité

De sa réelle destinée.

 

Les arts populaires

Peuplent mon atmosphère.

Nourriture complète

Des âmes dans la tempête

La musique de la Vie

S’instaure en égérie.

La conscience de ma vulnérabilité

Ouvre les portes des festivités.

 

Les rêves sont comme une grotte. La connaissance passe par le stade de la grotte. C’est un stade de prise de conscience. Les reflets de la lumière connaissance font signes, indiquant la direction de la lumière source. Simonne Roumeur parlait de Lumière avec moi pour dire énergie. Le tableau montre un visage noir et dans ce visage un rideau, une bouche rieuse, un signe en majesté, des souris qui dansent. Les rêves, la fête, le divertissement quand ils sont riches de spiritualité, peuvent être des portes d’accès à l’âme, à la Sagesse.

 

Platon est le philosophe des idées. Platon, à lui seul, est une école du monde grec. Il est né en 428 avant J.C. Il décède empoisonné en 348. Que faut-il retenir de Platon à propos de Simonne ?: La recherche de la lumière, l’ombre, ensuite la responsabilité de conduire les autres à la lumière.

 

Dans le livre Le Phédon de Platon il est écrit : « Sur la terre vivent un grand nombre d’animaux divers et des hommes qui habitent les uns dans la partie moyenne de la terre, les autres au bord de l’air comme nous au bord de la mer, d’autres enfin dans des îles que l’air baigne tout alentour et qui reposent sur la terre ferme : autrement dit en un mot, ce que sont pour nous, par rapport à notre utilité, l’eau et la mer, voilà ce que l’air est pour ces gens, et ce que l’air est pour nous, c’est l’éther qui l’est pour eux[1]. »

 

Dans le livre la République nous retrouvons le souci de la beauté et ce souci se traduit par un retour des lumières dans la vie. Celui qui s’occupera des affaires sociales, celui-là devra pouvoir juger du beau et avoir expérimenté le monde spirituel :

 

Voilà ce que dit Platon : « Mais, repris-je, n’est-ce pas, Glaucon, le motif pour lequel la culture musicale est d’une excellence souveraine, que rien ne plonge plus profondément au cœur de l’âme que le rythme et l’harmonie ; […] [2] » Les futurs citoyens grecs devront, selon Platon, acquérir la force d’âme dans les harmonies de l’art. Une fois citoyens, ils auront la responsabilité de conduire les autres à la lumière. La connaissance est pour tous. L’œuvre de Simonne est sociale, selon les termes de Platon. Sa plasticité, ses couleurs ouvrent notre âme pour une indépendance d’esprit, sans tomber dans la négation du sensible, en passant par le sensible.

 

Selon moi, je dirais que les rêves de Simonne ne sont pas la lumière dont parle Platon. Les rêves de Simonne constituent sa grotte que la lumière éclaire. La lumière est ce qui éclaire les rêves. La lumière est ce que l’Intelligence, comme sagesse, apporte au rêve.

 

Après avoir vu que la lumière de Platon éclaire les rêves de notre artiste. Il me semble intéressant de savoir qu’Hélène Cixous revenait aussi dans notre échange. Simonne appréciait cette poétesse pour l’importance qu'elle donnait au rêve. Comme elle, Simonne peint et compose à partir du rêve, pour créer du rêve.

 

Hélène Cixous est née à Oran en 1937. A 10 ans, elle perd son père. Ses mots seront: « Je ne crois pas au travail de deuil dont parle la psychanalyse. On ne doit pas enterrer, on doit retenir l’être qui est parti. Il m’arrive de retrouver mon père en rêve… » Les rêves de Simonne Roumeur sont proches des hyperrêves d’Hélène Cixous. Reprenons les mots de la célèbre écrivain : « C’est un état de méditation active, d’invocation, d’appel. Cela n’a rien à voir avec une pratique magique… Le rêve ne connaît pas la contradiction. Il me dit : « Oui, ton père est mort mais il est vivant aussi puisque tu le vois. Il est vivant tout le temps de cette vie accordée. » J’éprouve une joie folle, mélangée à un intense chagrin."

 

 

« En général, on oppose tristesse ou joie, mémoire ou oubli, vie ou mort. Alors que la plus forte de nos expériences psychiques se passe là où les contraires se mélangent.[3] » Elle s’intéresse au rêve, et vit avec ceux qu’elle a perdus, comme son père, dans ses rêves. Dans les rêves se mélangent la conscience de la mort autant que la joie de revoir celui que l’on a perdu. Les rêves concilient ce qui est inconciliable dans la réalité. Hélène Cixous parle d’hyperrêves. Et je me permets de reprendre ce mot pour Simonne.

 

427 Roi de Lumière

 

« Poursuivre le quotidien à loisir

Est mon profond désir

 

Mésange bleue porte le message

Au grand Sage :

Mon immense merci »

 

C Tâches 065 afficher

065 taches

 

Puisque pulsions de mon cœur,

Osez taches de couleurs

Vous mêler

Pour chacune exister

 

Et donner harmonie

A ma Vie

Derrière l’insignifiant

Qu’est-il d’important ?

 

Simonne faisait référence à Carlos Castanéda à propos de l’Esprit. L’aigle est le symbole de l’Esprit.

 

Carlos Castanéda est né le 25 décembre 1925 à Cajamarca au Pérou et est mort le 27 avril 1998. Carlos Castanéda s’invente une vie. Mais surtout il s’inspire de la mystique indienne américaine. Sa personnalité est controversée pour son élitisme. Selon lui, il existe une connaissance supérieure qui n’est accessible qu’à certains élus. On ne trouve pas chez Simonne cet esprit élitiste. Il se dit sorcier. Ses travaux poétiques sont orientés vers la recherche de l’énergie. Les fibres lumineuses constitutives de l’Univers émanent d’une source unique : « L’Aigle ». Il n’y a pas de transmigration ou de réincarnation comme chez les Pythagoriciens. Dans leur quête de l’infini, les sorciers emportent avec eux le plan terrestre, c’est-à-dire qu’ils voyagent avec leur corps physique, sans laisser la moindre dépouille à leur départ.

 

Citons Castanéda : « Un simple coup d’œil sur l’éternité qui se trouve à l’extérieur du cocon suffit à perturber le confort que nous procure notre inventaire. La mélancolie qui en résulte peut engendrer la mort[4]. » Si je comprends bien Castanéda, je dirais que le but est de faire l’inventaire pour empêcher les fuites énergétiques. Pour Simonne, faire l’inventaire permet de classer ce qui encombre et de se centrer sur la peinture et l’écriture. L’unité de l’Esrpit.

 

Ou encore : L’acte consiste à endiguer la fuite énergétique. Un acte parfait ne cherche pas les fruits. Il en aura, mais les énergies seront orientées par des objectifs abstraits. Il est question de magie… Retenons le rêve. Castanéda n’est pas un menteur mais un rêveur. Il est un magicien du rêve, quelqu’un qui s’intéresse au psychisme.

 

Dans Taches le message est court et simple. Simonne peignait pour tous ceux qui ont un cœur d’enfant. Tous ceux qui savent voir dans les choses simples une possibilité de rêver.

 

 



[1] Platon Phédon, Gallimard, Tome I, p. 845.

[2] Platon. La République, Gallimard, tome 1, p. 957.

[3] Hélène Cixous in Télérama 10 janvier 2007.

[4] Castanéda in wikipédia, 13 04 08

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Azulejos, oeuvres picturales
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Album - Simonne-Roumeur
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28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 15:18

 

Simonne Roumeur peintre du rêve. Autour de l’œuvre de cette artiste existe un mystère. L’imaginaire de Simonne est inépuisable. La finesse de son travail résonne comme une étrangeté pour certains et comme une merveilleuse familiarité pour d’autres.

 

Simonne rêvait toutes les nuits suite à une grave intoxication. Sa poésie et sa peinture reposent sur ses rêves. Ne sont-ils pas les portes de l’inconscient et de l’âme ? L’œuvre de Simonne ne retourne-t-elle pas certaines conceptions de l’inconscient ? Voici quelques approches de G. Deleuze, Jacques Lacan, G. Bachelard qui peuvent éclairer un aspect du riche travail de cette artiste : la construction de l’inconscient comme chemin pour vivre et lutter contre la maladie.

 

Cette question peut s’aborder en trois points. Voici des œuvres de Simonne accompagnées de leur poésie et de commentaires philosophiques.

 

Le désir de vivre

 



médecin des petits.

 

Quand Simonne ne rêvait pas, elle était inquiète. La source d’inspiration de sa poésie et de sa peinture s’éteignait. Ses rêves trouvent une réalité dans l’œuvre poétique et l’œuvre peinte qu’ils suscitent.

 

La démarche de Simonne est motivée en premier lieu par le désir de vivre. Sa peinture répond au principe de réalité.

 

Le principe de réalité est une découverte de Sigmund Freud. Essais de psychanalyse, Payot, p. 46 : « Sous l’influence des pulsions d’auto-conservation du moi, le principe de plaisir est relayé par le principe de réalité ; celui-ci ne renonce pas à l’intention de gagner finalement du plaisir mais il exige et met en vigueur l’ajournement de la satisfaction, le renoncement à toutes sortes de possibilités d’y parvenir et la tolérance provisoire du déplaisir sur le long chemin détourné qui mène au plaisir. »

 

Les intuitions de la nuit prennent corps dans la plasticité de l’acrylique.

 

Lacan reprend pour fonder sa psychologie l’importance de l’image. L’image mentale réunit la personne. Se constituer un inconscient poétique est vital pour Simonne Roumeur après les « hyper-rêves » de la nuit.

 

Gaston Bachelard écrit dans La poétique de la rêverie PUF 1999 p. 110,111 : « Nous connaissons sans doute des rêveries qui préparent notre vigueur, qui dynamisent des projets. Mais précisément elles tendent à rompre avec le passé. Elles alimentent une révolte. Or, les révoltes qui restent dans les souvenirs d’enfance nourrissent mal les révoltes intelligentes d’aujourd’hui. La psychanalyse a pour fonction de les guérir. Mais les rêveries mélancoliques ne sont point nocives. Elles aident même à notre repos, elles donnent du corps à notre repos.

 

Si nos recherches sur la rêverie naturelle, sur la rêverie reposante pouvaient être poursuivies, elles devraient se constituer en une doctrine complémentaire de la psychanalyse. »

 

Les rêveries en images de Simonne Roumeur rejoignent « le tissu uni de la vie » (poétique de la rêverie p. 112) que la maladie disloquait. Pour toute personne en recherche, l’œuvre de Simonne est un repos.

 

L’humour

 

Verbe en action n°410 ; Opéra n°289.

 

Simonne Roumeur utilise le tissu du quotidien mais elle utilise aussi l’humour. Ce dernier n’est pas ironique. Mais il est celui des simplifications de l’enfance qui ne s’encombre pas du souci d’être rationnel. Les fleurs ont des yeux et les animaux sont les personnages de ses peintures. Les images de son âme se cachent alors dans l’humour.

 

Simonne dévoile ses images mentales, son monde intérieur. Ce monde est familier rassurant il ressemble à toutes les images qui constituent le cœur enfantin des hommes. Le retentissement est puissant et emporte dans la rêverie. L’humour de Simonne ouvre les portes de la connaissance de l’âme à tous.

 

« Il y suffit de comprendre le stade du miroir comme une identification au sens plein que l’analyse donne à ce terme : à savoir la transformation produite chez le sujet, quand il assume une image, - dont la prédestination à cet effet de phase est suffisamment indiquée par l’usage, dans la théorie, du terme antique d’imago. » Jacques Lacan. Ecrits I, p. 93.

L’imago est une image mentale comme les rêves de Simonne sont des images mentales. Les œuvres peintes de Simonne sont différentes de ses rêves car aucun objet ne peut ressembler à une image mentale.

 

La différence entre l’hyperréalisme du rêve et la réalisation peinte témoigne de la poésie de Simonne. La forme symbolique, allégorique, que Simonne donne à ses œuvres n’est pas dénuée d’humour. Selon Henri Corbin, l’humour est nécessaire pour accéder au spirituel. Le voile de l’humour rend le spirituel accessible à tous. Dans le sensible, le spirituel échappe à l’absurde par l’humour.

 

Pour parler de l’âme le poète se cache dans l’humour. « Et cette sauvegarde, il la trouve en parlant le langage des symboles. Et il arrive que ce langage soit, comme chez Avicenne, comme chez Sohravardî, inspiré par un humour supérieur. » Henry Corbin conférence Mystique et Humour, citée in cahiers de l’Herne Henri Corbin, p. 181.

 

Images, rouages de vie.

 



L’œuvre orchidée n°36, ou l’œuvre tête à l’envers n°508, peuvent suggérer que nous ayons à faire à une analogie. Comme si les reflets du spirituel se réfléchissaient dans la nature. Mais l’idée d’analogie est trop faible.

 

Les œuvres de Simonne sont des rouages, des lieux de « synchronicité ».

 

Carl Gustav Jung voit dans l’énergie psychique et l’énergie physique des similitudes qui disent que le psychisme est de même nature que le monde physique. L’Intelligence est de dimension charnelle et ce n’est pas une nouveauté. La relation causale structure l’intelligence et la synchronicité la nourrit.

 

« Le principe universel est présent même dans la partie la plus intime, et celle-ci est donc en accord avec le Tout. »C. G. Jung. Synchronicité et Paracelsica, Paris, Albin Michel, p. 82. L’accord, la contemplation, l’analogie, le symbole deviennent les clés du monde. La psychologie de C.G. Jung inspirera les rêveries de Gaston Bachelard.

 

Simonne produit de l’inconscient pour vivre et chacun peut y puiser. Donner, était le bonheur de Simonne.

 

« Pour les énoncés comme pour les désirs, la question n’est jamais de réduire l’inconscient, de l’interpréter ni de le faire signifier suivant un arbre. La question, c’est de produire de l’inconscient, et avec lui, de nouveaux énoncés, d’autres désirs : le rhizome est cette production d’inconscient même. » Gilles Deleuze, Felix Guattari, Mille Plateaux, p. 27 cité dans la thèse Le rhizome sous l’arbre p. 433.

 

Simonne produit de l’inconscient, des images qui font symboliser les esprits avec la vie. En faisant grandir son inconscient Simonne Loaec fait aussi grandir son âme.

 

L’orchis mouche, l’orchis bourdon, l’orchis araignée ressemblent à l’insecte qui les butine. Ce n’est pas une analogie de la plante pour attirer l’animal. Certains ARNm ont été transportés, peut-être par un virus, dans le patrimoine génétique de la plante. Les milieux ne sont pas séparés ils ont des jonctions qui permettent des échanges entre les mondes. Certains rouages permettent de penser les mondes en un seul.

 

Les images de Simonne sont ces rouages entre le spirituel et le sensible, entre l’âme et le monde physique.

 

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Simonne Loaëc Roumeur
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28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 13:50

Résumé de thèse :

 

LE RHIZOME SOUS L’ARBRE

LE VIRTUEL AU-DELA DES IMAGES LUMINEUSES

  

Ma thèse se divise en quatre parties pour traiter de la question du virtuel au-delà des images lumineuses. Ces dernières, fruits des technologies, sont les images projetées à même la source lumineuse. Les images lumineuses peuvent-elles être artistiques tout en étant issues des langages binaires et logiques des sciences ?

 

Je ne me suis pas lancée dans une analyse des langages utilisés en informatique. Mais, j’ai cherché ce que le numérique pouvait trouver d’enrichissant dans l’usage de mots tels que virtuel, icône. En cherchant les origines du mot virtuel, je pense montrer l’importance intuitive que chacun associe aux images numériques riches de mémoire, de mouvement, de temps, formées à même la lumière physique et la lumière de l’intelligence. L’image ne s’impose plus comme une forme achevée mais comme un lieu en devenir, notamment avec Internet.

 

Les images lumineuses sont un prétexte pour aller au-delà de leurs supports, ou pour voir en quoi ce support peut être symbolique.

 

 

Dans la première partie de mon approche, j’ai cherché ce que l’on entendait par intelligence au moyen âge. Comment le monde oriental s’est tourné vers une image abstraite ; quelle vision de l’intelligence il avait pour se détourner de l’imitation du visible ?

 

Le mot virtuel est étymologiquement lié au mot vertu. Les néoplatoniciens de l’ancienne Perse utilisaient leur raison, leur sensibilité, la liturgie, les figures de style, la rhétorique, la logique mathématique… pour atteindre une surexistence, un état d’immanence. La littérature ne condamne pas le sensible mais le tourne vers d’autres plis de l’humanité. Les plis du cœur servent tous à la recherche de la Sagesse. Le renoncement à ces plis, au sensible, au cœur, à l’intelligence, n’est pas un abandon mais l’oubli de certains plaisirs pour d’autres plus grands. L’ordre du sensible peut-être symbolique, de l’ordre intelligible ou spirituel. Un symbole est comme un miroir, il est mode d’être, réalité de ce qu’il dévoile.

 

La vertu permet d’atteindre la mokâshafa ou actualisation d’une connaissance par l’âme. Quand les facultés représentatives cessent dans la contradiction, l’esprit saisit mentalement un monde autre. Ce monde prend vie dans l’esprit, comme dans la rencontre d’une personne. Ainsi, par exemple, au-delà de toute description sensible ou rationnelle ou encore d’amour, l’autre prend vie dans notre esprit même en son absence. Cette vie, terre spirituelle, Henry Corbin l’a nommée l’imaginal.

 

La vertu est une composante morale, culturelle ou de prière que l’intelligence s’impose. La vertu rend l’âme réfléchissante. La vertu est alors la porte d’une pleine présence au monde. La vertu, en mystique, est présence au monde dans la Lumière de la divinité.

 

La sagesse des Perses vient de leur ancien culte de la Lumière. Sohrawardi, par ses écrits et épopées, récits d’initiation, inspira un art fait de couleurs, d’enluminures, de motifs, car la lumière est de feu mais aussi rayonnement des yeux, sagesse, intelligence, Présence. L’art iranien, au travers de ses poètes et de l’enluminure, tourne le monde vers Dieu. Ce milieu sensible, intellectuel, poétique et artistique constitue le virtuel, chemin vers la sagesse, acceptation de l’humanité offerte à la présence de la divinité. L’âme éclairée est chemin de transcendance pour l’immanence. Dans le temps, le pas vers la sagesse passe par le chant, le sensible pour un ordre premier, celui du spirituel.

 

Dans ce contexte, le virtuel est la poésie ou la liturgie, ou encore l’icône, constructions de l’intelligence nécessaires à la progression de l’âme vers une existence entière. Le virtuel n’est pas seulement symbole ou miroir pour la liturgie, il est relation entre deux mondes, deux modes.

 

 

La deuxième partie de la thèse aborde des notions de philosophie générale. L’Orient ne pense pas dans l’ontologie. Mais, il définit l’existence en donnant de l’importance à la surface, à l’apparence, les irrationnels et la pensée pythagoricienne, le rassemblement, la différence.

 

Cette deuxième partie est un approfondissement de Platon et de l’influence pythagoricienne de son œuvre. Les chiffres avaient pour les pythagoriciens un rapport à la divinité, la vertu et à la sagesse. Les chiffres avant d’être une mesure étaient des unités. Entre la mesure et l’irrationnel, la matière déploie ses formes. Le plan de l’image mentale est le plan de l’âme. L’âme est participation aux perfections du divin.

 

La Forme se découpe dans la lumière. La Forme est image mentale, rencontre de l’infini de la divinité et de la finitude de l’humanité. Dans cette conception, les vertus participent de la Forme, non pas dans une séparation mais dans une présence d’unité au milieu des multiplicités.

 

Les vertus sont multiples ; elles sont l’objectivation de la Forme ; virtuel et prolifération de la perfection.

 

La différence engendre le désir, un désir amoureux pour les Lumières.

 

Peut-on se passer du virtuel, sachant que la présence à la vie se fait dans nos esprits ? Victor Segalen raconte le drame des immémoriaux qui ont laissé détruire leurs idoles. Qu’est-ce qui réunit les hommes ? Comment gardent-ils la mémoire de leurs ancêtres ? Au travers de l’œuvre de Geneviève Asse, de ses monochromes, ces questions se posent. L’art est le lieu de la vie spirituelle, des stèles, des bornes qui balisent le chemin vers la Présence. Quand Victor Segalen détruit les idoles, quand on vole la stèle d’une tombe, les esprits s’en vont, l’homme perd son humanité.

 

La poésie est méditation dans le quotidien. L’homme y tourne le quotidien vers le spirituel, la connaissance des richesses de son âme. La légèreté d’être, l’humour, les images mentales transformées en images peintes permettent d’accéder à une sagesse. La nature, les nécessités du quotidien font temple pour la Lumière. Le virtuel est, dans ce contexte, la poésie ou la liturgie, l’icône, intelligences nécessaires à la progression de l’âme vers une existence entière dans les plis de l’humanité.

 

 

Dans la troisième partie, les images mentales des sciences m’ont inspiré une réflexion sur la logique et l’épistémologie, la saisie contemporaine du monde.

 

Hubert Mortagne propose une peinture aux doigts, réalisée numériquement. Dans ce travail une part aléatoire est mise en œuvre au-delà de la structure logique imposée par le support.

 

Les langages, en probabilité, occupent une place importante dans les sciences. Cette approche qui accompagne la raison et la déduction implique une pensée qui dépasse un langage linéaire. L’infiniment petit ou l’infiniment grand ne se pensent pas comme le monde perceptible à notre échelle. Leurs logiques sont différentes. L’indiscernabilité, la relativité, les ordres non centrés se décrivent grâce à l’équation de Schrödinger. Une partie de cette équation prend en compte l’inconnu, une part d’ombre. La prise en compte de l’ombre dans la lumière des sciences statistiques fait de l’ombre une composante de la lumière rationnelle.

 

Les sciences proposent des images mentales. Leur approche change la rationalité de notre vie.

 

Cette troisième partie met en place des notions comme l’aléatoire, la description, l’indiscernabilité, les rapports des différentes logiques entre elles, le déterminé et l’indéterminé.

 

Les logiques multiples, ternaires ou binaires, ne s’opposent plus. Le binaire comme gage d’éternité est contesté par Gilles Deleuze dans La logique du sens. La fixité du binaire et ses formes fermées sont critiquées par Gilles Deleuze. L’enjeu est de penser les différentes logiques ensemble comme le font depuis longtemps les sciences physiques. Le ternaire est cette capacité à s’étonner devant les signes de ce qui sera un ordre nouveau.

 

Le diagramme est bégaiement, maladresse. Il intègre les signes. Le code est digital, reflet de l’intelligence sur le monde.

 

Le virtuel, en sciences, est un objet de l’intelligence que l’on se donne pour expliquer la présence de l’indiscernable, de ce qui dépasse la finitude de nos systèmes.

 

Gaston Bachelard démontre l’importance des milieux intermédiaires. Selon le milieu, la goutte de cire réagira différemment à sa surface, quand, en profondeur, elle présentera un ordre aléatoire de ses cristaux. Entre deux milieux se forme une surface remarquable comportant un ordre. Le milieu, les conditions de l’expérience sont le virtuel qui suppose une certaine forme de déterminisme. Le milieu est l’indéterminé. Les réactions de surface sont le témoignage de ce milieu. Le virtuel provoque une objectivation de l’indétermination du milieu, une saisie, qui permet de constituer un certain déterminisme nécessaire à l’intelligence face au monde. On dira aussi que le milieu est virtuel. Le virtuel peut avoir le sens de l’objectivation de l’indéterminé dans une pensée qui se territorialise. Il peut également avoir le sens de cet indéterminé dans une pensée qui se déterritorialise.

 

Le virtuel comme nom donné aux nouvelles technologies trouve une justification en psychologie. Les plaisirs du stade du miroir permettent d’accéder à la sublimation, la symbolique qui fait vinculum dans le groupe social. « L’imago » de Lacan n’est pas imitation mais assimilation virtuelle par identification. Le lien social se crée dans un rapport d’identification.

 

 

En quatrième partie est abordée la différence entre réel, réalité, virtuel, principalement au travers d’une lecture deleuzienne de Leibniz.

 

Les univers du groupe Kolkoz sont faits d’images neutres, illusions sans crédibilité. Leurs images font écho aux voix de synthèse des aéroports. Elles sont d’aspect professionnel et paraissent uniquement attachées à la performance. La maigreur de leur chair n’empêche pas une force artistiques et esthétique. Les jeux vidéo sont pleins des détours et imprévus qui captent l’attention et laissent vides le corps et la réflexion. Les images du groupe Kolkoz, leur simplicité, parlent du monde et laissent liberté aux plis de l’âme pour une action personnelle de la pensée dans la réalité.

 

Le pli est important pour le virtuel. L’humanité est constituée de plis. Dans le rapport au monde de l’âme, le pli est une composante de la connaissance.

 

Gilles Deleuze appelle images mutuelles les images qui comportent des parts actuelles et des parts virtuelles. Le miroir permet des images mutuelles dans le kaléidoscope. Les images mutuelles sont aussi ces images où les souvenirs se mêlent au réel. Marcel Proust décrit des images temps mais aussi images mutuelles quand le passé vient vivre, indiscernable, dans le présent. Que ce soit la mémoire ou encore le reflet, les images mutuelles sont les signes d’une déterritorialisation, instant où les mondes se mélangent. Ce mélange permet l’apparition de la réalité, une part d’émotion, un signe d’une présence autre.

 

Le devenir n’existe pas sans virtuel, dans l’œuvre de Gilles Deleuze. Le virtuel est une composante de la pensée. Il s’allie à la linéarité du possible pour donner l’actuel et la réalité.

 

Mais comment le faire advenir ? La machine de guerre est mise en place par Gilles Deleuze, à la suite de Hobbes, entre l’approximation scientifique et la perfection présente en l’homme. Le désir naît de cette différence. Le modèle des sciences se retrouve dans la société. En situant l’indéterminé par rapport aux institutions, cette thèse ne dénonce pas les institutions mais cherche à montrer leur mode de vie. Leurs métamorphoses ne sont pas issues de leurs racines mais du changement du milieu. Le rhizome est cette présence sous les structures de la pensée.

 

G. W. Leibniz définit le mal comme une pensée sans pli. La disparition des plis implique la disparition du virtuel. La pensée tourne alors dans un mode unique rejetant tous les signes de l’incommensurabilité de la vie. L’âme se nourrit de tous ses plis. La surexistence est cette capacité de vivre de tous ses plis.

 

Le virtuel est « copossible », une vertu de l’icône. Dans le hiératisme de l’icône, les séries peuvent converger. Le personnage de la jeune fille, dans De l’esthétique de la violence de Geneviève Clancy, est ce lieu de convergence entre les rencontres heurtées d’immobilité, les pierres, et les dénouements de matins intérieurs. L’icône porte en elle ce virtuel, ces séries divergentes.

 

Les « incopossibles », pour reprendre un mot de Geneviève Clancy dans « De la virtualité poétique » Cahier de Poétique sont réunis dans l’iconal.

 

 

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