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  • : Monique Oblin-Goalou
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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 19:11

Cette histoire se passe dans une ferme à l’époque où les petits garçons savaient encore parler aux animaux. Les bêtes comprenaient le discours des enfants et leurs histoires merveilleuses.

Les personnages : un fermier et sa femme, deux lapins jumeaux avec pour l’un des oreilles roses et pour l’autre des oreilles blanches, deux lapins dont un à pattes grises et l’autre à pattes brunes, un lapin noir, un cheval, une sauterelle, deux chats un tigré et un blanc,

Les décors : trois ou quatre cages ou une grosse cage, un jardin potager.

Le petit garçon : je ne sais pas où est passé le cheval Pâquerette.

La femme du jardinier, Anémone : Il me semble l’avoir vu autour du jardin potager. Si tu vas au jardin, pense à me rapporter des fleurs.

Le jardinier : J’espère qu’il n’est pas allé manger les salades. Que fais-tu là Pâquerette ?

Le cheval Pâquerette : J’essaie de défendre mes carottes. Depuis quelques jours, je n’ai plus rien à me mettre sous la dent.

Le jardinier : Nous verrons cela. En attendant rentre à l’écurie, j’ai mis de l’herbe dans ta mangeoire.

Pâquerette : Si je n’ai pas de carotte, je ne tirerai plus la charrette de pommes de terre au marché. Il ne suffit pas, comme pour un âne, de mettre une carotte devant mon nez pour que j’avance. Je veux pouvoir les manger !

La sauterelle : Vite quittons cette mangeoire dangereuse pour une sauterelle. Au secours le chat ! J’échappe aux dents du cheval et voilà celles du chat ! Bonjour Monsieur le chat.

Le chat Gros-Garfield: Viens ici petite sauterelle que je t’attrape pour que tu n’ailles pas grignoter les plantes du jardin. Tiens, des lapins ! Que faites-vous ici avec ces carottes ?

La sauterelle : Ces lapins arrivent à point. Profitons en pour fuir.

Un lapin oreilles roses: Nous venions replanter des carottes dans le jardin.

Le petit garçon : Comment cela ? Pourquoi auriez vous besoin de replanter des carottes dans le jardin ? A moins que vous ne les ayiez volées et qu’elles ne soient pas à votre goût.

Deuxième lapin oreilles blanches : Au contraire, elles sont très bonnes.

Le cheval sort de son boxe

Le cheval : Vous vous êtes trahis. Vous les avez donc goûtées ?

Les lapins jumeaux : Vite fuyons. Le gourmand jaloux pourrait décrocher des coups de sabots.

Le chat tigré : Ce trafic de carottes ne me plaît guère.

Le lapin noir : La sauterelle a mangé les anémones. Le jardinier ne pourra pas offrir de fleurs à sa femme.

Le petit chat blanc : Ne détourne pas la conversation. Je te propose, pour te faire pardonner, d’aller demander à tous les lapins d’attraper la grosse sauterelle qui mange les fleurs.

Le petit garçon : Qu’as-tu l’intention de faire ?

Le petit chat blanc : J’ai vendu la sauterelle aux lapins. Quand les lapins auront capturé la sauterelle, nous mettrons quelques carottes dans les cages et nous fermerons les cages. Tiens regarde ces deux lapins chargés de carottes.

Le cheval Margueritte : Que faites vous là messieurs ?

Le lapin aux pattes grises : Comme convenu, nous les lapins avons tué la sauterelle. Nous étions venus chercher des carottes pour nous réconforter.

Le petit garçon : Laissez ces deux là ici. Vous en trouverez de plus belles dans les cages là-bas.

Le lapin aux pattes brunes : Allons voir. Ah les cages se sont refermées sur nous, impossible de fuir !

Le jardinier : Quel est tout ce vacarme au jardin ?

Le lapin oreilles blanches : Nous sommes prisonniers. Le chat nous a demandé de tuer la sauterelle en échange de carottes.

Le petit garçon : Vous avez été dupés par les chats paresseux qui ne voulaient pas faire leur travail. Et résultat, vous êtes dans des cages et vous servirez de repas au maître de maison.

Le jardinier : Ces lapins sont magnifiques, jeunes et dodus. Je suis fier de toi mon garçon. Nous aurons de la viande de lapin pour l’hiver.

Le chat tigré : Et pour nous les chats, les restes des ragoûts et les abats feront des festins.

Le cheval : Et les carottes vous y pensez les chevaux ont besoin de carottes ? Les lapins les ont toutes mangées.

Le petit chat blanc : Tu es le seul à te plaindre. Qui se réjouirait d’un plat de carottes ? Tu pourrais te réjouir pour tous ceux qui passeront l’hiver sur des coussins au coin du feu dans les odeurs de cuisine.

Les lapins : Au secours !

Le cheval déçu se retourne contre les lapins.

Le cheval : Vous voilà punis pour votre gourmandise mais, plus encore, pour votre manque de jugement et votre ignorance. Vous m’avez privé de carottes sucrées et rafraichissantes.

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Pièce de théâtre
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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 09:10

L’étoile, la Vierge, la croix, la main de Fatima[1]

L’étoile, la Vierge, la croix,

Khamsa, la main de Fatima,

Les huit branches de la vertu…

Le yin et le yang, le Svastika[2]

Les signes des pratiquants

Les morts violentes et sacrements

Accompagnent ceux qui s’éteignent

Les croyants ainsi portent un signe

Accidents de la route et coma

Soldats tués, blessés au combat…

Les risques d’une mort violente

Un bijou marque l’appartenance.

Athées, chrétiens ou protestants

Les bouddhistes ou les musulmans…

Sont accompagnés dans la mort.

Choisissent les rituels du corps,

Réanimer les blessés mourants

Pour recevoir les sacrements,

Le prêtre, l’imam, le pasteur…

La liberté selon son cœur

Les signes et la libre conscience

Entendre l’ultime silence

Mourir avec sérénité

Sage Antigone et dignité

[1] Fatima,

[2] Svastika : signe religieux du jaïnisme. Religion datant environ du IXème siècle avant notre ère, la méditation et le jeûne permettent d’atteindre l’éveil et de suivre le chemin de la purification qui permet de sortir des cycles de la réincarnation, se libérer.

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Poésie
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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 09:59

Les enfants ont peint cette fresque à l'occasion de la fête de leur école! Elle a été préparée et inspirée par Monique Oblin-Goalou.

Fresque peinte lors de la fête de l'école Joil Bois
Fresque peinte lors de la fête de l'école Joil Bois
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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Divers
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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 09:43
La dispute des professeurs

Les professeurs de littérature, de mathématiques, d’anglais, d’histoire, de gymnastique, de musique et de dessin, le directeur discutent de l’importance de la matière qu’ils enseignent.

1Le directeur : les enfants ont beaucoup à apprendre. Y-a-t-il des matières qui sont à privilégier ? 1 Le professeur de musique : Ho là là ! Vous n’avez pas peur de soulever de grandes questions pour moi le professeur de musique !

1 Le professeur de mathématiques : Platon n’admettait dans son école que des géomètres. Un esprit rationnel est la base de toute pensée. Les nombres premiers, les PGDC et les PPMC, le triangle rectangle… les mesures comme le mètre, le gramme, le temps, la seconde et les minutes ne sont-elles pas des merveilles qui régissent notre existence et nos relations ?

1 Le professeur de physique : Moi, le professeur de physique, j’aime les chats car ils s’adaptent merveilleusement à leur environnement, choisissant avec soin les endroits les plus confortables. Est-ce que l’homme ne doit pas agir de même ?

1 Le professeur de Dessin : Dans les images de l’art se cache autre chose qu’une simple description. Vous les mathématiciens vous le savez parfaitement. Votre écriture est pleine de symboles comme « X » pour multiplier ou la croix plus pour additionner, les deux traits pour dire égale et les deux points pour dire diviser…

2 Le professeur de musique : L’harmonie permet de prendre conscience de notre humanité et de notre sensibilité. La musique parle à nos émotions. L’accord des sons peut changer nos humeurs, nous rendre tristes ou gais.

1 Le professeur de littérature : En littérature nous savons que les images et les métaphores de la poésie et des chansons sont des partages pour se connaître soi-même et prendre conscience que nos pensées existent aussi chez les autres. Nous avons tous les mêmes rêves. Blanche Neige souhaite rencontrer un prince charmant. Elle s’amuse avec l’écho du puits. Il précède et annonce la présence de son amoureux. Le prince des crapauds se transforme en jeune homme. La Belle au bois dormant est délivrée par le courage et la vertu d’un prince… Alice rêve d’une maison en pain d’épice et bonbons.

1 Le professeur d’histoire : Les hiéroglyphes de l’écriture sacrée des égyptiens se composent d’oiseaux, de clés, de petits personnages, d’yeux, de lions et bien d’autres choses. Ces signes s’inspirent du monde qui vit en Égypte.

3 Le professeur de musique : Les notes aussi sont des signes, comme les lettres de l’alphabet. Mais les notes ne ressemblent pas aux animaux ou aux objets qui nous entourent.

2 Le professeur d’histoire : En histoire, nous étudions les hiéroglyphes. Avec leurs images, ils ressemblent aussi à des rêves un peu comme dans les contes. On retrouve l’aigle et le lièvre, la vache, le scarabée ou le vautour… Les dessins de leur écriture sacrée rappellent des sons et ne désignent pas forcément les animaux dont ils ont la forme.

2 Le professeur de Dessin : Quand Magritte dessine une pipe, il écrit dessous que ce n’est pas une pipe. En effet le dessin d’une pipe n’est pas une pipe. Alors qu’est-ce que c’est ? Un portrait, qu’il soit photographique ou peint, n’est pas la personne mais un modeste reflet, un souvenir… presque rien.

3 Le professeur d’histoire : Mais si petit que soit ce souvenir, il permet de garder la mémoire de ceux qui nous ont précédés, nos glorieux ancêtres, hommes d’État et scientifiques, conteurs et écrivains… Leurs portraits animent nos livres d’histoire.

3Le professeur de dessin : En dessin, ce qui est visible est parfois aussi abstrait qu’une démonstration de mathématique et aussi concret qu’une division ou une addition. Les formes peintes ne disent pas ce qu’elles sont. La colombe de Picasso ne parle pas d’oiseau mais de paix. La paix est une chose concrète n’est-ce pas ? Le tableau est significatif.

2 Le directeur : Il n’y en a qu’un seul qui ne s’est pas exprimé, notre professeur de sport. Pourtant le sport est important pour la santé.

1 Le professeur de sport : Ajouter un mot ne ferait que compliquer la conversation.

2 Le professeur de mathématiques comment cela, vous pouvez ajouter quelque chose à cette conversation ?

1 Le professeur de sport : Mais bien sûr, nos jeux, ne sont-ils pas régis par des codes qui permettent d’en assurer la sécurité et la cohérence. Ainsi, à la patinoire, il serait dangereux de tourner dans le mauvais sens. Les règles de la pratique des sports collectifs sont aussi rigides que la grammaire, ne pas les respecter implique de se faire exclure de la partie ou de faire perdre des points à l’équipe. Les footballeurs ne touchent jamais le ballon avec les mains. Les figures de gymnastiques portent des noms d’oiseaux, d’animaux ou d’objets car, le symbolisme rêveur n’est pas exempt de nos disciplines. Ne vous est-il pas arrivé de faire une roue ou un poirier, n’avez-vous pas vu un « aigle royal » en patin à roulettes?

1 Le professeur d’Anglais : Au fond, chaque matière est un langage qui sert symboliquement à partager la vie ensemble. Nous avons besoin des langues pour parler aux autres peuples, des sciences naturelles pour découvrir les animaux et les plantes.

3 Le directeur : C’est vrai, nous ne représentons pas toutes les connaissances. Le professeur de sciences naturelles n’est pas là ! Y a-t-il des sémantiques plus faciles que d’autres ou plus vraies, plus proches de la vie ? Les langages complexes ou symboliques sont-ils réservés aux initiés ? Ils sont pourtant nécessaires à la description de nos technologies et savoirs, nécessaires au confort et aux facilités de nos communications avec des outils comme l’ordinateur, les centrales nucléaires, l’électricité, les hôpitaux, les trains et les avions…

Il est l’heure d’aller retrouver les élèves. Les professeurs se séparent.

Les enfants de l'Ecole Joli Bois jouent les pièces de théâtre écrites par Monique
Les enfants de l'Ecole Joli Bois jouent les pièces de théâtre écrites par Monique
Les enfants de l'Ecole Joli Bois jouent les pièces de théâtre écrites par Monique
Les enfants de l'Ecole Joli Bois jouent les pièces de théâtre écrites par Monique
Les enfants de l'Ecole Joli Bois jouent les pièces de théâtre écrites par Monique

Les enfants de l'Ecole Joli Bois jouent les pièces de théâtre écrites par Monique

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Pièce de théâtre
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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 09:25
Dragons et châteaux

(Des gardes, des dragons, des lecteurs, plus d’autres personnages et sauriens figurants)

Un écran en forme de château, un calque avec des châteaux et des dragons en papier, des lézards pour faire les ombres, des masques de dragons et de gardes, des papillons des nuages au bout des bambous.

Quand une ville était assiégée les habitants se réfugiaient dans le château. Quand les dragons venaient attaquer le château, ils étaient très dangereux car ils mangeaient les habitants, les bébés, les enfants. Mais surtout, il n’était pas facile de voir qu’ils étaient méchants.

Des dragons, un jour, se présentent à la porte d’un château.

PAUSE Les dragons masqués se placent devant l’écran ou sur les côtés

Voyant arriver de loin les dragons, les habitants s’étaient réfugiés à l’intérieur des murs.

PAUSE Les gardes masqués se placent derrière l’écran

Cette histoire met en scène les gardes Jeunot et Boncœur, Mainsévère

Les dragons Pattevive, Dentlongue et Dragon-aux-épines, Oeilméchant

Les animaux arrivent à la porte et sonnent « ding » « dong ». Le garde Jeunot ouvre une petite lucarne et demande : Que voulez-vous ? Je ne vous reconnais pas. Vous n’êtes pas du village.

1Le dragon Dentlongue : Je viens pour vous apporter ma protection.

1 Le garde Jeunot : Comment cela ?

2 Le dragon Dentlongue : Je suis fort avec mes griffes et mes dents. Et vous allez être attaqués par vos voisins qui habitent le village sur la montagne. J’ai entendu dire qu’ils vous vendaient très cher leurs herbes médicinales.

2 Le garde Jeunot : C’est vrai mais cette dispute ne relève pas de moi. Je vais en référer au mon supérieur qui est à côté.

1 Un deuxième dragon Oeilméchant qui s’était caché et qui s’était approché discrètement par la forêt l’arrête et lui dit : Ce n’est pas la peine de chercher votre collègue. Il sait déjà que nous devions venir.

3 Le garde Jeunot : Je ne suis pas naïf. Attendez !

Le garde disparaît un moment et revient avec un de ses collègues.

Le garde Boncœur regarde par la lucarne restée ouverte. Il voit les dragons hérissés de carapaces pointues et chamarrés de couleurs vives.

Le garde Boncœur : Vous voulez entrer ? Les raisons que vous invoquez sont politiques. Je ne pourrai vous laisser entrer. Mais je porterai votre requête en haut lieu. Revenez demain après-midi. Je vous donnerai une réponse.

Le garde Boncœur (au garde Jeunot) : Allons prévenir le roi que des dragons de plus en plus nombreux approchent du château.

4 Le garde Jeunot : Qui devrons-nous annoncer au roi ?

3 Le dragon Dentlongue : Je suis Dentlongue le dragon, le chef des Sauriens.

Les gardes se sont assemblés car d’autres dragons arrivent.

1 Un troisième garde, le garde Mainsévère : Êtes vous certains que ce nom n’inquiètera pas le roi ?

1 Troisième dragon, le Dragon-aux-épines : Mais si vous avez peur obéissez-nous. Nous ne vous ferons pas de mal.

2 Le garde Mainsévère : Vous mentez, vous les dragons, d’ailleurs le nom de votre peuple « les sauriens » suggère que vous êtes ignorants. Et l’ignorance s’accompagne d’erreurs et de fausseté.

2 Le Dragon-aux-épines : Tu n’y connais rien en sauriens. Les sauriens sont une famille de lézards. Dites à votre chef de nous laisser entrer pour discuter avec le roi.

3 Le garde Mainsévère : Je viens de recevoir un courrier. Le roi refuse de discuter avec des dragons.

Les gardes attaquent et tous les dragons pris de peur s’enfuient et se transforment en nuages.

PAUSE : faire apparaître des nuages en forme de dragon et des nuages au bout des bambous.

Certains deviennent tout petits et légers. Des ailes poussent pour faire des papillons.

PAUSE : Faire apparaître des dragons avec des ailes de papillons et des papillons au bout des bambous.

Leurs couleurs passent dans le paysage qui devient gai et joyeux.

PAUSE : Afficher sur l’écran la balançoire dans le jardin puis le village de Javier.

D’autres sauriens devenus petits se cachent dans les murs. Ils sont devenus de petits lézards qui se cachent dans les fentes des murs et chassent les insectes et araignées.

On construit un village à côté du château avec une école et des jardins plein de fleurs.

PAUSE : Sur l’écran, remplacer le jardin à la balançoire par les deux personnages avec des filets à papillons.

Depuis, tous les ans, les enfants vont à la chasse aux papillons qui consiste à attraper les petits insectes colorés pour admirer les motifs de leurs ailes puis à les relâcher.

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Pièce de théâtre
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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 18:45
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie
Les formes de l'âme dans la poésie

Le mercredi 9 décembre conférence: Les formes de l'âme dans la poésie

Au XIIIème siècle, suite aux premières traductions des penseurs grecs et de leurs commentateurs orientaux et méditerranéens, apparait le désir de reconnaître la conscience individuelle et sa place dans la société. Une famille se compose de gens libres[1]. Qu’est qu’une personne libre ?

(Comment toucher l’âme dans le discours ? L’objectif n’est pas l’éducation mais la connaissance de soi pour chercher à aimer et non pas à changer l’autre pour qu’il nous ressemble. Jean Tauler[2] écrit : « Tu ne doit pas seulement témoigner de la charité à ceux qui sont de ton état ou de ta manière de vivre ; cette charité exclusive est commandée par des sectes que la Sainte Église condamne sévèrement »[3]. )

La mystique rhénane, d’Albert Legrand à Maître Eckhart a permis une prise de conscience du peuple, de sa liberté de penser. Deux institutions sont à l’origine de l’épanouissement d’une mystique. Les béguinages abritent des communautés de femmes pieuses, à la foi religieuses et laïques qui ne sont pas engagées par des vœux monastiques. L’ordre monastique des dominicains jouissaient d’une grande liberté spirituelle et avaient une influence sur les béguines qu’ils accompagnaient spirituellement. La mystique consiste à reconnaître en chaque personne la présence de Dieu et la liberté de préserver cette présence. Au premier abord, cette conscience du discernement en chaque âme, semble porter atteinte à l’autorité politique ou religieuse. L'instruction et l’indépendance des femmes et de toute personne n’allaient pas sans heurts et craintes[4].

Cette rencontre décrit une étape de la formation des institutions modernes et le contexte de leur mise en place, l’importance de la morale. Je ne juge pas les institutions alors encore peu conscientes de leur place et de leurs rôles. Il n’est nullement question de remettre en cause l’Église. Cette réflexion a pour désire de témoigner des prémices de la reconnaissance de la conscience individuelle. Bien sûr les maladresses existent pour tous les acteurs dont je vais vous parler. Souvent, devant l’injustice, ils ne voyaient pas très bien les solutions qui viendront plus tard. L’importance du secret et de la réflexion, de laisser à chacun le loisir de réfléchir pour la formation de la conscience se perd dans l’accusation de quiétisme[5] et autres accusation d’hérésies…

Pour appuyer cette réflexion sur les formes de l’âme dans la poésie, je commencerai par présenter l’imaginal oriental, je ferai référence à un conte d’Avicenne[6], repris par le poète Jâmî, l’histoire d’Absâl et Salaman. L’imaginal est un terme inventé par Henry Corbin traducteur de Sohravardi et de textes orientaux d’Avicenne ou de Rûzbehân. Qu’est-ce que l’imaginal ? L’imaginal avec la figure de l’iconal désignent les métaphores des vertus du monde dont les faces s’éclairent quand elles sont tournées vers Dieu. L’imaginal correspond à la lumière de sagesse présente dans la nature les animaux et la matière. L’icônal correspond à la présence de Dieu dans l’humanité naturelle. Ces deux figures littéraires ouvrent les portes de la présence de Dieu en sagesse, de la joie en Dieu dans l’amour. L’imaginal et l’iconal sont des signes-reflets de la divinité présente à la matière. : « Il est en premier lieu l’apparent. Il est en second lieu l’intérieur, Il est en troisième lieu le signe (voici les cercles) ».[7]

Plan :

I Avicenne

A Le néoplatonisme oriental

A1 Des images de l’âme dans l’œuvre d’Avicenne

A2 Les oiseaux

A3 La chimère de Platon

A4 L ’Aphrodite Céleste

B Rûmî, le secret

II La Mystique Rhénane

A Le bienheureux maître Jean van Ruysbroeck

B La condamnation de Marguerite Porete

  • Présentation
  • Le secret exemple de personnes ayant prié dans le secret
  • Les hérésies
  • Les thèmes de Marguerite Porete développés dans son livre Le Mirouer des simples âmes anéanties

C Le cœur

D Maître Eckhart

  • présentation de Maître Eckhart
  • Le thème de la volonté dans l’œuvre de Maître Eckhart
  • La théorie de l’amour de Maître Eckhart
  • Une puissance de l’âme la femme

III Les intérêts politiques et le contexte politique de la mystique rhénane

IV L’influence du néoplatonisme oriental dans la pensée de l’idéalisme allemand

I LE NEOPLATONISME ORIENTAL

Gravure de Winckler (1915)

Je ne peux pas parler des multiples textes qui ont pu être traduits entre l’Orient et l’Occident. J’illustrerai cette approche orientale à partir d’un conte d’Avicenne qui concerne les relations entre les personnes. Qu’est-ce que la pensée orientale véhiculait ? Les écrits de Platon puis d’Aristote s’intéressaient à la science, l’ordre du monde et avec Platon la sagesse qui permettait aux habitants de la Cité d’avoir le discernement pour choisir ceux qui les dirigeraient et d’éviter la tyranie. Avicenne s’inspire de ces deux pensées et comme médecin, il se souci aussi de l’Esprit de ses patients et de leur indépendance de pensée. Il se soucie de la femme. Il montre dans le thème du mythe d’Absal et Salaman l’importance de ne pas se tromper dans l’amour ou dans l’amitié, de ne pas mélanger la sagesse de l’aimé avec la Sagesse. Dans Le conte des mille et une nuits, Shéhérazade garde la vie sauve par ses contes et sa sagesse. La femme apporte la sagesse mais faut-il s’arrêter là ? Faut-il laisser à la femme ou aux moines la prière comme le dit Errol Flynn dans Robin des Bois dans le film de 1938 de Michael Curtiz et William Keighley. Robin des Bois embauche frère Tuck pour éviter « l’ennui de prier » ! Sous prétexte de séparer les rôles, il est à la mode de ne pas développer certaines dimensions de la personnalité pourtant essentielles à la vie comme « manger » spirituellement.

A Avicenne

A1 Des images de l’âme dans l’œuvre d’Avicenne

L’œuvre d’Avicenne comprend trois récits peu connus mais repris par Henry Corbin dans son livre Avicenne et le récit visionnaire.

Fresque de l’aurige vainqueur, 150-160 après J.C. Maison des auriges, Ostie, Italie.

Ces trois récits en persan semblent constituer un tout évoquant chacun une étape d’un même parcours mystique. [8] Le Récit de Hayy Ibn Yaqzân, qui signifie "Vivant fils du veilleur" [9] décrit la rencontre avec un sage. Il lui enseigne les sciences et lui apprend à se séparer de le convoitise et de la colère symbolisés par deux personnages qui sont deux montagnes de l’âme à connaître et dominer ou éliminer. L’âme s’éveille et prend conscience que le sage est une partie d’elle-même. Le sage lui apprend que la vérité est à chercher au-delà des sens et de la matière dans une réalité spirituelle. Avec le Sage, il entre dans l’Orient de la sagesse et ce retour le met en présence des formes archangéliques de lumière qui sont l’origine de l’âme. Le voyage mystique n’est possible qu’après avoir dominé le corps et avoir dominé les deux compagnons la convoitise et la colère.

Dans le Récit de l’Oiseau (Risâlat al-Tayr), l’âme retourne vers l’Orient son origine. L’Ange qui l’accompagne lui permet de dépasser la montagne du Qâf (le corps). L’oiseau symbolise l’âme et surmonte pièges et tentations survolant de nombreux ciels. Quand elle se trouve en présence du Roi, il lui annonce la nécessité de retourner au monde sensible. "Nul ne peut dénouer le lien qui entrave vos pieds, hormis ceux-là mêmes qui l’y nouèrent. Voici donc que j’envoie vers eux un Messager qui leur imposera la tâche de vous satisfaire et d’écarter de vous l’entrave. Partez donc, heureux et satisfaits". [10] L’âme revient au monde terrestre et retrouve son corps. Elle existe dans sa dimension spirituelle et divine mais, elle vit aussi auprès de ses compagnons. Mais, ces rencontres spirituelles lui permettent d’avoir conscience de la présence à ses côtés de l’Ange messager du Roi.

L’ascension céleste du prophète Mohammad (mi’raj), Mohammad, Abraham et l’ange Gabriel, miniature turque, XIIIe siècle

Dans le troisième récit, Salâmân et Absâl reprennent le thème de la vocation de l’âme de retourner vers son origine spirituelle. Le récit décrit Salâmân, régnant sur un royaume, et Absâl, son jeune frère intelligent et beau. La femme de Salâmân amoureuse du jeune homme tente de le séduire mais, il ne cède pas à ses avances sa vie s’en trouve menacée. Absal meurt empoisonné par la femme. Salaman dans sa tristesse renonce à tous ses biens. Il mène une vie mystique et, dans sa prière, Dieu lui dévoile la vérité sur la mort de son frère. Il venge la mort de son frère en donnant à boire le poison à sa femme et ses complices.

Dans le Livre des Directives et des Remarques, Avicenne indique les rôles d’Absal et Salâmân, "Sache que Salâmân est une allégorie qui te représente toi-même, et qu’Absâl représente allégoriquement ton degré dans l’irfân, la science secrète, si tu es de ceux qui s’y adonnent"[8]. Salâmân et Absâl sont deux aspects de l’intellect : contemplatif dans son désir de rejoindre l’origine lumineuse de la sagesse qui est la véritable substance de l’âme. Ce désir est symbolisé par Absal. L’a pratique appartient à Salâmân qui incarne la volonté de dominer le monde de sensible et sous lunaire. La mort d’Absâl est symbolique de l’âme scellée qui par manque de prière à perdu la vie, son origine lumineuse c.a.d. sa sagesse. La vengeance de Salâmân correspond à la prise de conscience de la dimension spirituelle présente en lui, source qu’il trouvait chez son frère avant qu’il ne disparaisse, et la domination de ses désirs charnels et sensibles par l’intellect[9].

Ces trois récits incitent à se tourner vers la véritable identité de sagesse présente en nos âmes. Mais je vais encore reprendre ces textes pour y retravailler encore le sens spirituel en l’éclairant avec d’autres récits.

A2 Les oiseaux

Illustration du mantiq al-tahyr de Attâr, Iran XV° siècle ; Internet: 15 août 2012 Tradition orientales.

Le Sîmorgh est une figure symbolique de la littérature persane. L’Avesta lui donne le nom de Sanéa. Le Sanéa ressemble à un aigle, mais il est représenté avec deux têtes. Dans la littérature islamique persane, l’oiseau vit dans la montagne fabuleuse ou imaginale du Qâf[10], avec les péris et les démons. Cette place depuis le corps lui donne une double vue qui le fait le messager des dieux auprès des hommes. Le Sîmorgh peut échanger avec l’homme, mais si son langage est compréhensible des hommes. Il peut donc devenir le confident des mystiques. Il transporte sur ses ailes les héros des grandes épopées. À l’époque islamique, le sîmorgh symbolise le maître mystique, mais aussi les êtres de lumière de la divinité, ses manifestations aux hommes. Le Sîmorgh est le symbole du moi caché. Farîdun-Dîn ‘Attar, dans son Colloque des oiseaux, y fait référence. L’oiseau devient la recherche de soi. Les oiseaux, trente oiseaux, (sî morgh veut dire trente oiseaux) partent à la recherche d’un but transcendant. Quand ils arrivent à destination, ils constatent que le Sîmorgh est eux-mêmes.

Ancien chapiteau de la cathédrale d’Autun construite en 1120 pour accueillir les reliques de Saint Lazare et lieu de pèlerinage.

Dans le Récit de l’Oiseau, l’âme captive se réveille. Dans l’extase, elle voyage par-dessus les vallées et les montagnes, comme la montagne du Qâf. L’âme revient de l’extase, mais elle continue à progresser aux côtés de l’Ange.

A3 La chimère

Un des premiers textes à traiter de l’âme est le Phèdre de Platon. Le néoplatoniciens s’en inspirent. L’âme y est immortelle et inengendrée. Mais elle a une double nature. Le Phèdre a été l’objet de multiples interprétations pour dire que dans l’âme qui cherche à suivre le bien aimé, on trouve deux natures, l’une fougueuse, l’autre soumise. Le livre IX de la République décrit aussi l’âme. Les trois personnes qui constituent une personnalité y sont le lion et l’homme et celle de l’imaginaire et de ses possibles multiples.

Chimère sur un plat à figures rouges apulien, v. 350-340 av. J.-C.,musée du Louvre

« -Façonnons par la pensée une image de l’âme, pour que celui qui tient ces propos réalise ce qu’il dit.

-Quelle image ? demanda-t-il ?

-Une image, répondis-je, comme celles de ces natures antiques dont les mythes rapportent la genèse : La chimère, Scylla (monstre marin), Cerbère, et un certain nombre d’autre constituées d’un ensemble de formes naturelles multiples réunies en un seul être.

-C’est en effet ce que l’on raconte, dit-il.

-Façonne donc la forme unique d’un animal composite et polycéphale, possédant à la foi les têtes d’animaux paisibles et d’animaux féroces, disposées en cercle, et accorde lui le pouvoir de se transformer et de développer toutes ces formes par lui-même.

-Cet ouvrage sera l’œuvre d’un modeleur habile, dit-il, mais comme la pensée est plus malléable que la cire et les matériaux de ce genre, la voici modelée.

-Modèle à présent une autre forme, celle d’un lion, puis celle d’un homme, mais fait en sorte que le premier soit beaucoup plus grand, et que le second vienne en deuxième.

-voilà qui est plus facile, dit-il, c’est modelé.

-Attache maintenant ensemble ces trois formes, en les réunissant en une seule, de manière qu’elles s’ajustent naturellement les unes aux autres.

-Elles sont attachées ensemble.

-Façonne ensuite un recouvrement extérieur, l’image d’un être unique, celle d’un être humain, de telle sorte que quelqu’un qui ne pourrait voir les formes contenues à l’intérieur, mais ne pourrait que saisir l’apparence extérieure, croie voir un être vivant unique, un être humain ».

A partir de là deux attitudes s’offrent à l’homme être injuste et développer le Lion et la bête multiforme présents en nous ou, être juste et développer les plis paisibles comme un jardinier soigne ses plantes au détriment des mauvaises herbes. Cet homme intérieur fait alliance avec le naturel du Lion. Il prodiguera ses soins à tous en développant leur amitié mutuelle et avec lui-même »[11].

On retrouve ces trois personnages dans le mythe de l’attelage ailé du Phèdre (Platon, Phèdre, Le mythe de l’attelage ailé, 253 a, 246 a ). Le lion est remplacé par un cheval impulsif et l’homme par un cheval soumis. Le cocher est la troisième hypostase[12] de l’âme celle de la raison. L’imaginal sera de travailler dans son âme à n’entretenir que les plis de sagesse.

Nizami Ganjavi, Leila et Majnun[13], Une miniature de la version d’Amir Khusro; Walter Art Museum.

La tradition littéraire inspirera les motifs des métaphores de l’indiscible et de la recherche de la sagesse, de l’amour de Dieu. Les Légendes de Leila et Majnun ou l’épopée de Khoshrow et Shirin ont été rapportées au XIIe siècle par Nézami. Mais, elles appartenaient déjà à la tradition orale. L’amour pour Dieu prend les motifs amoureux littéraires des légendes populaires. Avicenne utilise la littérature pour décrire l’intellect dans le récit d’Absal et Salâman.

Prenons le récit de Salâman et Absal. La version avicennienne a en partie disparue, mais elle est rapportée par d’autres auteurs comme Nasîr et elle s’inspire du mythe hermétique d’Absal et de Salâmân[14]. L’explication, par Avicenne, du récit d’Absâl et Salâmaân[15] est la suivante: Absâl est l’intellect contemplatif sans lequel Salâmân ne peut diriger le royaume. Salâmân est l’Ange terrestre qui écrit. Il est l’intellect pratique. Salâmân et Absâl sont donc les deux faces de l’âme. En l’absence d’Absâl, Salâmân est désemparé et ses ennemis en profitent. Absâl le contemplatif peut seul conquérir l’Orient et l’Occident. C’est Absâl le contemplatif qui guerroie. Les conquêtes d’Absâl, en Orient et en Occident, sont celles du récit de Hayy ibn Yaqzân. La fiancée d’Absâl, selon H. Corbin, représente sa relation avec l’Orient. En effet, Absâl a aussi une épouse dans la version d’Avicenne. L’épouse de Salâmân est un démon (c.a.d. un pli de notre identité à dominer), quand celle d’Absâl serait un Ange céleste. On peut voir aussi, dans l’attirance de l’épouse de Salâmân pour Absâl, le lien qui unit les deux composantes de l’âme. La pensée d’Avicenne est celle d’une double personnalité dans l’homme, l’homme terrestre et l’homme céleste. On retrouve un fondement de l’Islam qui fait la différence, dans une personnalité, entre l’homme de lumière et l’homme terrestre. Mais, l’Islam ne se résume pas à un nestorianisme[16]. Ce double serait issu de la pensée hermétiste qui ne les séparait pas mais les considérait comme la doublure l’une de l’autre. Ces deux personnages deviennent les puissances d’une même âme. Ces puissances[17] sont elles-mêmes duelles, comme les chevaux de l’aurige du mythe du Phèdre. Ces deux personnages sont des figures « icônales » des plis de l’âme, de ses intellects et puissances.

Pour ne pas rigidifier ces analyses de l’âme des hommes, il est bon de dire que l’âme est une, mais elle comporte comme des plis et des replis[18]. Les personnages et les animaux de l’imaginal sont les métaphores de l’âme et ses capacités.

Reprenons l’exemple de Salâmâm et Absâl qui représente le couple des Anges[19] terrestres. Ces Anges sont les deux puissances de l’intelligence de l’âme. Ils sont la spéculation et la pratique qui permettent d’accéder à la connaissance. L’Ange qui écrit et agit est Salâmân, « l’intellect pratique ». Absâl est l’intelligence agente. Ils sont les deux faces de l’âme. Absâl est la partie de l’âme qui regarde vers le divin. Il est le représentant, la part virtuelle de l’âme humaine, et symbolise avec les anges du Coran. Dans l’âme se retrouvent, comme dans un miroir, les hiérarchies du « ciel », les dualités. Les anges virtuels de l’âme humaine symbolisent les archanges et les « Kérubim » ou les « Anges-Âmes »[20]. L’ange virtuel (le calame) est aussi l’ange terrestre qui est l’intellect contemplatif. Aliéner une des dimensions de l’homme, rejeter l’intellect pratique, ou l’intellect agent d’un individu, est une aliénation de la personnalité[21]. Je dis virtuel dans le sens de potentialité à ouvrir, encore en retrait et qui peut advenir par le travail et les anges célestes, prendre substance. Les anges célestes sont virtuels dans l’amour. Ils dirigent notre âme, la substance qu’ils apportent éclaire jusqu’aux derniers replis de notre humanité sensible. Entre Avicenne et Sohrawardi la différence vient de la sagesse divine qui existe et éclaire le monde sans séparation, selon Sohrawardi, entre le premier moteur et les derniers ciels de la création.

Semi de roses et phénix, mosaïque, Antioche, V° siècle. L’oiseau après avoir volé et cherché, trouvé l’aimé dans le partage amoureux, le trouve en lui. Il revient à lui-même pour donner une sagesse aux autres. L’oiseau est l’Emplumé. « Or donc, celui d’entre les suivants de Zeus duquel Amour s’est emparé, est capable de porter avec plus de fermeté le poids du Dieu qui a nom l’Emplumé »[22].

A4 L’Aphrodite céleste

Comparons le récit hermétique avec le récit d’Avicenne. Le récit hermétique raconte l’histoire de Salâmân éperdu d’amour pour Absâl. Cet amour ne lui permet pas de régner. Il a recours à un sage. Ce sage lui fait voir l’image qu’il porte en lui. Cette image est celle de l’Aphrodite céleste. Salâmân confondait son amour pour son ami Absâl avec celui de cette image intérieure. Salâmân reconnaît en lui les deux dimensions de son âme. Il n’a plus besoin de reporter son amour d’autrefois, sur une autre personne. Il le trouve en lui. « La dignité royale du grand arcane hermétiste : la conjonction du masculin-féminin ».[23] Le philosophe devient présence. La relation d’extériorité a disparu pour l’adoration de la Figure-archétype. La figure du Père, des lois, qu’il impose disparaît au profit de celle de l’Aphrodite céleste. La relation au monde devient une relation d’amour. La loi rend vertueux ouvrant les portes à la présence divine[24]. La mort d’Absal s’interprète comme la prise de conscience de notre sagesse. L’objet de l’amour présent en l’autre, la sagesse, passe dans le sujet[25]. Cette situation est rendue possible par un voyage intérieur au texte, une méditation incitée par le texte, auquel fait référence le voyage du Sîmorgh. Les obligations et relations sociales, les lois sont la répétition, les parts déterminées de la vie. L’amour permet de sortir du déterminisme paternel. Comme un livre d’heures les étapes de la vie se répètent et la participation progressive de tous les ciels se refait au quotidien tous les jours depuis le début. Le spirituel ne se contente pas d’une initiation qui change pour toujours l’existence. Le spirituel est une démarche qui se reconstruit chaque jour sur les bases de la vertu, la loi, la sagesse, l’amour et la lumière.

Dans le cycle de l’oiseau, il se fait comme une inversion du sujet. Le regard d’amour porté à l’aimée se transforme en prise de conscience d’une sagesse présente en nous. L’objet de l’amour présent en l’autre, la sagesse, passe dans le sujet. Cette situation n’est possible qu’au travers d’un itinéraire intérieur au texte auquel fait référence le voyage du Sîmorgh.

Le monde intermédiaire n’est pas du pur Platon, ni du pur Aristote. Le monde intermédiaire est le chemin qui passe par le sensible et l’intelligible. « L’erreur des dogmatiques est de faire comme s’il y avait un temps pour penser, temps solennel et un peu triste, et un temps pour aimer boire et danser.[26] » L’amour et la beauté sont le lieu d’une « transmutation ». Le symbolisme n’a pas seulement la prétention de représenter mais il retourne le sujet vers son Soi. C’est un thème que l’on retrouve dans les fidèles d’amour. « L’union qui conjoint l’intellect possible de l’âme humaine avec l’Intelligence active comme dator formarum, Ange de la Connaissance ou Sagesse-Sophia, est visualisée et vécue comme une union d’amour. »[27] Ce n’est pas dans une relation d’information que se fait le ta’wîd, mais dans une relation d’amour.

B Rûmî, le secret

Le secret, la caverne, la grotte se retrouvent aussi dans la mystique rhénane et orientale. Cet archétype spirituel, le secret, a des significations différentes suivant le contexte.

Le secret serait-il une influence de Jésus ? La souffrance incite à la prière. « Le corps est pareil à Marie, et chacun possède en lui un Jésus. Si nous éprouvons en nous cette douleur, notre Jésus naîtra ; mais si nous ne sentons aucune douleur, Jésus, par le chemin secret qu’il avait pris, s’en retourne à son origine, nous laissant privés de ses bienfaits »[28]. Jésus prend le sens ici du fond de l’âme, de la présence de Dieu en chacun, la part spirituelle de l’humanité. Cette spiritualité nait de la souffrance d’exister dans le corps qui provoque le désir de se tourner vers le spirituel. Cette conception montre Allah comme un Dieu qui souhaite le malheur des croyants. Elle est dangereuse car elle n’incite pas au progrès et à l’amélioration des conditions de vie.

Dieu a une dimension secrète. Il est indicible. « Si nous nous efforçons d’expliquer ce secret, même les saints unis à Dieu (awlya) perdront le fil du discours »[29]. « « Ce monde-ci est comme le rêve de celui qui dort ». Son interprétation, dans l’autre monde, sera différente, elle ne ressemblera pas au rêve. Il faut un interprète divin pour l’interpréter, car toutes choses lui sont dévoilées »[30]. Cette conception s’inspire de la Sourate 74 du secret caché. Dieu se rend visible par le Coran décrit alors comme son manteau : « o toi secret caché, apparais et préviens, célèbre ton Seigneur… ». « Que nul ne conçoive l’ambition d’obtenir la connaissance des secrets de ce livre sans revenir auprès de la personne (shakhs), du khalife qui possède la science du Livre »[31]. La recherche de Dieu se pratique individuellement avec le livre de la sagesse orientale de Sohravardî mais aussi en communauté avec l’imâm et le Livre du Coran.

La prière, en islam, dite secrète, désigne aussi le retrait de la personne qui prie : « l’homme intelligent et parfait est celui qui est reconnaissant malgré les épreuves, tant dans la présence que dans le secret »[32].

La Sourate de la Caverne dans le Coran raconte l’histoire d’enfants qui, pour fuir les persécutions, se cachèrent dans une grotte et en sortir vivant 307 ans plus tard dans une société à nouveau tournée vers Dieu. Les persécutions et l’amoralité ont obligé les enfants à se cacher. Ils se sont endormis. Les enfants sont les plis de la spiritualité qui se figent en attendant de pouvoir s’exprimer à nouveau.

Tom Pouce sur un papillon, illustration de L. Leslie Brooke, 1905

Pendant les croisades, les moines et les pèlerins qui se rendent en terre sainte retrouvent la sagesse grecque perdue à la chute d’Athènes qui commence au VIe siècle. Au VIIe siècle, le Parthénon devient une église ainsi que l’Érechthéion. Elle appartient à l’empire romain d’Occident. Au IX et Xème siècles, elle est envahie par les arabes. La fermeture de l’Académie de Platon[33] par Justinien en 529[34] amena de nombreux savants à s’exiler en Perse et l’enseignement grec qui s’y épanouit s’intégra pleinement à la pensée arabe. Sous l’administration des vizirs barmécides, Bagdad devint une grande capitale intellectuelle. Al-Mamun, calife de 813 à 833, avait réuni à Bagdad de nombreux savants. Il crée en 829, l’Observatoire de Bagdad. Pour la première fois après les chinois il est possible d’observer en permanence les étoiles. Les astrologues avaient traduit le Traité d’Astronomie et le Catalogue d’étoiles du grec Hipparque. Ce sont ces connaissances que les croisés rapportent d’Orient.

Quand au Moyen-âge, les premières traductions des pères grecs arrivent, l’Allemagne s’en trouvera influencée, d’abord religieusement sous les regards craintifs des pouvoirs politiques puis religieux en place. Avec ces nouvelles connaissances, le pouvoir religieux tentera de s’opposer à la tyrannie politique. Mais vite, l’inquisition d’abord opposée aux rois de l’Europe se retournera contre l’Église au service de la monarchie absolue. Les traductions de Platon, Aristote… se multiplient et la conscience populaire se met en place au travers de contes qui témoignent de ce désir de liberté.

Aristote sera interdit, censuré en 1210 pour les livres naturels. Mais, il continuera à être largement publié et diffusé. En 1215, la censure s’étend aux œuvres philosophiques d’Aristote et à ses interprètes païens Avicenne et Al-Farabî. L’Église détenait la connaissance et les universités. Elle agit sous la pression du pouvoir politique et royal.

L’influence orientale montre que l’un des premiers mouvements de libération de l’âme est religieux.

D Maître Eckhart (1260-1328)

La mystique rhénane est le résultat de la scolastique dominicaine allemande. La théologie rhénane est l’expression d’une liberté liée à l’indépendance des dominicains. Même si Maître Eckhart fut condamné, Albert Legrand a été l’initiateur dans sa province allemande d’une mystique du Verbe dans une tournure d’esprit néoplatonicienne dionysiaque et avicennienne. Le verbe est cette épée à double tranchant de celui qui sait voir Dieu dans la prière et dans la contemplation, dans le sens premier du texte et dans ses figures de style, parabole et autres lieux de méditation. Selon Albert Legrand, l’Un est ineffable et ne peut être exprimé que par une dialectique négative. Les puissances négatives du Verbe sont dyade[35], infini, mouvement, altérité, dissimilitudes, cycle de l’autre, devenir, matière. La prise de conscience du lieu secret de l’âme permet de penser la liberté individuelle. Ce lieu secret où Dieu parle à la personne n’est secret que dans le sens d’isolement quand Dieu demande de prier dans le secret de sa chambre, dans le calme d’une grotte et la discrétion. Ce lieu secret de l’âme est un des éléments de la liberté. Reconnaître à chacun une intimité avec Dieu, et toujours différente, participe de la conscience de l’ineffable. Le partage spirituel a donc besoin de passer par la voie négative pour laisser intacte la grotte de la Présence spirituelle. Quand Dieu s’est fait présence, il peut y avoir partage et formation d’un imaginaire commun dans le sens d’images mentales communes pour parler de Dieu. Les expériences partagées ouvrent la voie au discernement. Elles sont rarement semblables entre les personnes car Dieu a de multiples moyens de parler à sa créature.

By Reza Shah Kazemi
from the book The Spirit of Tolerance in Islam
(London: IB Tauris/IIS, 2012, pp.111-125)

A Présentation de maître Eckhart

Le pape Jean XXII émet une bulle condamnant certaines de ses thèses. Maître Eckhart ne le saura jamais, il s'est éteint peu avant, probablement en 1328. Mais, En 1992, le cardinal Ratzinger, Benoît XVI, a estimé que Maître Eckhart, n'ayant pas été condamné comme hérétique, n'avait nul besoin de réhabilitation, donc qu'il est "un bon théologien orthodoxe" (lettre du Vatican[36]). Mais ce n'est qu'à la suite d'un article de 2010 que cette information fut diffusée.

Maître Eckhart fait partie du courant moyenâgeux de la mystique rhénane et a contribué à son expansion.

Ce mouvement, basé sur le dialogue entre une âme et Dieu permettra d’initier la liberté individuelle dans la prise de conscience de l’âme personnelle de chacun, de la présence de Dieu en chacun. Certains points deviennent des spécificités de l’humanité du maître et de son époque et ses contradictions, sa dimension séculière (le séculier se définit comme appartenant au siècle, l’époque de l’auteur).

La mystique de Maître Eckhart est indispensable à la liberté de conscience nécessaire à la démocratie pour deux raisons :

Le souci de penser le monde dans l’unité de la divinité sans séparer les plis de l’humanité du monde spirituel

  • "L'être et la nature de Dieu sont miens", cette phrase résume sa vision profondément unitaire. Le divin est présent à la fois dans le monde extérieur et à l'intérieur de chaque individu ; si ce n'était pas le cas, le UN serait deux, ce qui est impossible.

Deuxième souci, se rendre disponible à la présence de Dieu en nous.

  • Seul le détachement peut vider l'âme pour qu'elle se remplisse de la grâce divine.

Ces deux principes semblent contradictoires mais en réalité le mouvement de se tourner vers Dieu se fait dans une connaissance de l’humanité où chaque pli se fait porte vers Dieu. La porte n’arrête pas l’esprit de celui qui la passe. La connaissance de ces portes à tourner vers Dieu, de ces miroirs à orienter permet de devenir rayonnant de la présence de Dieu.

La mystique de maître Eckhart se caractérise par des thèmes dont trois me semblent importants :

B La volonté

« les choses qui sont maintenant pour nous trop élevées, la raison les remarque pourtant. En revanche c’est la volonté seule qui peut toute choses, C’est ce dont témoigne Saint Paul quand il dit : « je peux toutes choses avec Dieu qui me fortifie. » »[37]

Il ne parle pas de plis de l’âme ou de facettes mais de puissances. La volonté va constituer les orientations du possible et déterminer librement l’existence dans l’amour.

La réflexion de Maître Eckhart sur la volonté s’inspire de Saint Augustin. « Ainsi, pour multiples et divers que soient les biens entre lesquels chacun choisit ce qu’il veut et le voyant et le faisant sien, le constitue en toute droiture et vérité en bien suprême, il se peut cependant que la lumière même de la sagesse dans laquelle nous pouvons voir et posséder ces biens soit une réalité unique commune à tous les sages »[38].

C L’amour, le coeur :

Les thèmes de la lumière, de l’intellect et de l’émanation forment la théorie de l’amour de Maître Eckhart où la lumière est la connaissance et mémoire, l’intellect la volonté, l’émanation les fruits d’un retour à soi.

Les personnes divines, dans un néoplatonisme, projettent leur image dans l’âme qui devient leur origine : « […] la volonté l’image du Saint-Esprit, le pouvoir de connaître celle du Fils, la mémoire celle du Père »[39].

« Un maître dit : Dieu est par la grâce porté et planté dans l’âme ; de là jaillit en elle une divine fontaine d’amour qui ramène l’âme en Dieu… »[40]. À cette phrase suit une description des moyens avec lesquels l’âme s’approprie le divin. Entre la voie négative et l’approche positive l’Esprit s’impose dans l’âme par la raison. Le divin entre alors dans la volonté. L’amour place le spirituel dans une surexistence par rapport à l’intellect, le raison, le sensible.

Le cœur du juste se fait miroir du cœur de Dieu. Maître Eckhart écrit : « Les justes, au contraire, n’ont absolument aucune volonté : ce que Dieu veut, cela leur est tout bien, quelque grands que soient les malheurs qui arrivent. Les hommes justes prennent la justice si à cœur que si Dieu n’était pas juste ils ne se soucieraient pas plus de lui que d’une guigne ! Ils sont si fermement établis sur la justice, si entièrement sortis de leur moi, qu’ils ne se soucient ni des peines de l’enfer, ni des joies du ciel, ni de quoi que ce soit d’autre. […] J’ai dit : le juste reste toujours égal à lui-même. Comment cela ? Eh bien, celui qu’une chose réjouit encore mais qu’une autre chose trouble, il n’est, précisément, pas encore « juste » ; bien davantage, celui qui est joyeux à un moment, mais à un autre l’est moins ou ne l’est pas du tout, il est encore loin de ce qui est juste »[41].

« la plus puissante prière, presque toute puissante, pour acquérir toutes choses, et aussi, parmi elles, l’œuvre le plus précieuse, est celle qui sort d’un cœur vide. Plus celui-ci est vide, plus puissante, précieuse, proche, louable et parfaite sont prière et œuvre. […] « Qu’est-ce qu’un cœur vide ? » - Un cœur qui n’étant pas chargé ni troublé par quoi que ce soit, ni attaché à rien, ne voit nulle part dans le monde son avantage, mais est plongé entièrement dans la plus chère volonté de Dieu, ayant renoncé à la sienne propre ! »[42]

Attention ! Ces deux phrases montrent que maître Eckhart ne propose pas le renoncement pour se soumettre à n’importe qui. Le renoncement ne se manifeste pas comme un esprit passif dans le monde. L’esprit s’offre à Dieu et aux hommes selon la volonté de Dieu seulement qui peut se manifester dans le partage spirituel mais pas dans le matérialisme et les intérêts charnels! Maître Eckhart s’adresse à des moniales ou des béguines qui ne vivent que pour Dieu, mais agir selon le cœur de Dieu s’adresse à tous.

D Une puissance de l’âme, la femme

Dans l’œuvre d’Eckhart l’âme reçoit le nom de femme. « Si quelqu’un n’était jamais que vierge il ne porterait jamais de fruit, pour devenir fécond il faut nécessairement être femme. « Femme » est le nom le plus noble que l’ont peut attribuer à l’âme, beaucoup plus noble que celui de « vierge ». »[43] La vertu caractérise la béguine mais elle cherche à aller plus loin. Elle cherche Dieu. La féminité est réceptivité, maternité, accueil et ces qualités sont les vertus qui permettent de se rendre disponible à Dieu. Aristote nomme cette capacité l’intellect patient. La femme est l’icône de l’intellect patient dans l’art de la rhétorique spirituelle.

Au travers de l’enseignement de son prédécesseur Thierry de Freiberg, Maître Eckhart garde l’idée que « l’intellect agent »[44] est l’image même de Dieu. L’âme est la grotte de Dieu. « le grand maître Origène présente une comparaison : l’image de Dieu, le Fils de Dieu est dans le fond de l’âme comme une source vive »[45].

Le fond secret de l’âme « l’abditum mentis »[46] constitue le thème de méditation de saint Augustin, le fond secret de l’âme. Le secret de l’âme est ce que Saint Augustin appelle « le lieu secret de Dieu » une retraite pour les âmes. « Mais peut-être les âmes, existant déjà dans quelque lieu secret de Dieu, sont-elles envoyées pour animer et régir le corps de chacun de ceux qui naissent un par un. »[47] « Car ce que l’on appelle sa pensée n’est pas l’âme, mais ce qui est le meilleur dans l’âme. »[48] La pensée est une image, imitation imparfaite de la trinité.

L’icône de Dieu réalise le monothéisme. Ce thème du fond secret de l’âme est inspiré de Proclus et de son concept d’hénade[49] qui permet de penser le multiple dans le monothéisme.

La relation à Dieu se réalise par l’intellect agent et l’intellect possible. Cette relation permet de passer de l’un au multiple, du tout au possible. « Ceci (intelliger) se produit de deux façons : d’une première façon, en puissance ou potentiellement, comme dans l’intellect possible qui [peut] « tout devenir », selon le Philosophe au livre III de De l’Âme, d’une autre façon en acte, comme dans l’intellect agent, qui [peut] « tout faire » »[50].

« Si le fond secret de l’âme, dont on a souvent parlé, qui est intellect par essence toujours en acte, était en réalité une certaine puissance selon le mode de l’accident dans le sujet âme, à la manière des vertus sensitives et de l’intellect possible, on pourrait efficacement s’opposer à ce qui a été dit, à savoir que l’âme n’est pas immortelle grâce à l’information par laquelle elle est informée par la raison éternelle ou à partir de l’existence de vérité immuables »[51].

« le fond secret de l’âme, qui est intellect par essence en raison de son émanation depuis Dieu et de son retour à Dieu comme à son principe, et en raison de sa relation à Dieu comme similitude de sa représentation, est au plus haute degré image de Dieu »[52].

Le fond secret de l’âme n’appartient peut-être pas dans sa totalité à l’âme. Elle peut-être une substance séparée dans le cas de relations avec les anges. « Ce sont les substances spirituelles que nous appelons ange…Ainsi, ces substances spirituelles procèdent depuis Dieu dans la ressemblance de la substance divine qui subsiste dans de telles perfections à sa manière, c’est-à-dire d’une manière divine et qui lui propre »[53]. L’intellect agent comme image de Dieu, ange de la face, participe de notre âme qui participe ainsi de la divinité. Cette approche de l’intellect agent s’inspire d’Avicenne, La métaphysique, IX, 7. Dietrich de Freiberg remarque qu’Avicenne comme Averroès considèrent l’intellect agent comme substance séparée[54]. « De plus, tu dois savoir que dans notre pur intellect, il n’y a en aucune manière multitude de formes ; lui-même est en effet le principe de toute forme émanant de lui dans l’âme. De plus, tu dois accepter de la même manière qu’il est une disposition purement séparée, du fait qu’ils intelligent certaines choses »[55]. Averroès écrit : « Et, en tant qu’elle est l’agent, de toutes les formes intelligibles, il faut nécessairement que l’Intelligence agente soit séparée et qu’elle ne soit ni mélangée, ni passible »[56].

Maître Eckhart sortira de cette impasse en déplaçant la réflexion comme adéquation de la chose à l’intellect vers celle des relations entre l’être du connu et celui du connaissant. La théorie de la vérité aristotélicienne par ses commentateurs s’en trouve modifiée. Julie Casteigt, dans Connaissance et vérité chez Maître Eckhart seul le juste connait la justice[57] page 35, décrit l’approche de maître Eckhart comme centrée sur l’engendrement. L’engendrement par et dans le connu s’inspire de Jean I, 18 : « Dieu nul ne l’a jamais vu, Le fils unique qui est dans le sein du Père Lui l’a manifesté ». « Les expositions du verset mentionnent non seulement qu’une connaissance n’est vraie mais surtout n’est possible que si le connaissant est dans ce qu’il connait »[58]. Maître Eckhart a recours pour développer sa thèse à deux figures iconales présentes dans ses textes : « Seul le Fils connait le père » Matthieu 11, 27 ; et « seul le juste connait la justice », parce qu’il est engendré par elle et en elle. Ces figures permettent de préciser la notion d’engendrement comme un rapport d’identité de nature et de distinction selon la relation entre un principe et son principié » Julie Casteight, Connaissance et vérité chez Maître Eckhart, p. 35. Jean 14, 26 -que le connaissant soit et soit dans le connu- avec l’engendrement du connaissant dans et par l’être du connu qui advient dans l’acte de connaître. « D’autre part, il élabore philosophiquement la notion d’engendrement présente en Jean 1, 18 et dans la question de la naissance du Verbe dans l’âme, au travers des sermons allemands, de telle sorte que la constitution du connaissant dans l’acte de connaître éclaire le rapport filial de l’homme à Dieu et soit réciproquement éclairé par lui » Julie Casteigt, Connaissance et vérité chez Maître Eckhart, Vrin, 2006, p. 35. Cette approche de Julie Casteight implique que la sagesse de Maître Eckhart soit soucieuse de la préparation des cœurs pour recevoir la divinité. Maître Eckhart centre sa réflexion sur l’intellect patient, le cœur de l’homme. Le cœur est le lieu de la volonté. Dietrich de Freiberg étudie l’intellect agent et ses rapports à l’âme. Il le conçoit comme extérieur à l’âme. La relation, la sagesse qui fait relation permet de penser l’existence dans l’unité, la présence de Dieu dans l’unité. La sagesse passe de l’intellect agent à l’intellect patient pour atteindre l’intellect possible.

Avicenne dans son texte, De la relation[59], traite de ce qui fait lien entre les relatifs l’aimant et l’aimé, le sujet et son objet, le père et le fils… Ce texte inspire maître Eckhart pour penser la relation de substance entre le père et le fils. Mais maître Eckhart ne va-t-il pas trop loin dans l’interprétation de saint Mathieu 16, 24 « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive » ? Son interprétation est hardie comme la souligne l’éditeur en note : « il faut qu’il se dépouille et se défasse de tout ce qui est croix et souffrance […] Quiconque aurait renoncé à lui-même et serait complètement sorti de soi, rien ne pourrait plus être pour lui une « croix » ou une souffrance : tout lui serait un ravissement, un délice, une joie du cœur. Un tel homme marcherait vraiment sur les traces de Dieu »[60]. Maître Eckhart supprime la souffrance ce qui à mon sens n’est pas la pensée de Jésus mais un contre sens car les quatre évangélistes rapportent les propos de Jésus qui présagent de sa terrible mort. Cette approche dangereuse du maître rejoint le rêve orgueilleux du surhomme[61], de l’homme parfait. L’extase n’est pas un perpétuel délice mais un temps de bonheur dans la contemplation de Dieu, le réconfort des anges[62] qui ne retire pas l’épreuve.

Se mettre dans la volonté de Dieu apporte le vrai bonheur. L’intelligence et la connaissance se servent le cœur de Dieu, dans l’œuvre d’Eckhart. « Et personne n’est où est le Fils qui est celui qui est « dans le sein et dans le cœur du Père » : Un dans l’Un c’est le lieu du Fils. « Je veux la conduire dans une calme retraite et là je parlerai à son cœur ! » C’est le Père qui le dit. Cœur à cœur, Un à Un, c’est ce qu’aime Dieu, »[63].

  • Le secret, des exemples de personnes ayant prié dans le secret et ayant partagé cette méditation

Le Libre esprit, selon l’inquisition, est un esprit libéré du superflu pour laisser la place toute entière à Dieu. Cette démarche est une pratique courante du monachisme. Elle rejoint la démarche hésychaste. Elle concerne aussi les laïcs en période de carême, et encore pour prier même sans engagement lié à des vœux. Son objectif consiste à trouver la paix en Jésus Christ en dehors du monde. L’inquisition condamnait cette démarche quand elle s’accompagnait d’un rejet de la hiérarchie religieuse. En fait cette condamnation repose sur une incompréhension. La démarche de prière demande de se mettre en présence de Dieu. Pour la prière individuelle, la présence de Dieu se réalise dans le silence de l’âme comme l’explique Matthieu : « Quand tu pries, retire toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret te le rendra »[64]. Bien sûr il y a différentes formes de prières. Les prières en assemblées, par exemple, la célébration de la messe dans l’arche de la liturgie… Ces prières ne sont pas secrètes mais publiques et participent de la formation du corps social spirituel. Ces dernières n’excluent pas la prière dans le secret. Cette prière de méditation permet de connaître sa conscience, de réfléchir sur sa vie.

icons from Sinai. — Los Angeles: Getty Publications, 2006. — Catalogue No. 13, pp. 152-153, ill. Annonciation, XIIe siècle.

La prière secrète individuelle ne signifie pas le renoncement au partage spirituel. L’annonciation est un exemple de ce type de prière. Marie n’a pas gardé pour elle l’annonce de l’ange. Elle ne cachera pas à sa cousine Elisabeth sa maternité spirituelle merveilleuse, ni au monde. Et pourtant, l’annonce de l’ange se réalise dans le secret de sa maison.

Livre d’heure en usage à Rome au XVe siècle, Sainte Marguerite d’Antioche, Bibliothèque de l’agglomération de valence Roman sud Rhône-Alpes.

De même Jeanne d’Arc reçoit les messages de saint Michel, de sainte Marguerite d’Antioche[65], et de sainte Catherine d’Alexandrie[66] quand elle est seule, et s’empresse de se faire connaître pour accomplir sa mission et témoigner au procès. Elle entend des voies mais dans le silence et le secret de sa prison. Elle les rapporte publiquement au procès. L’expression mettre au secret signifie mettre en prison, écarter la personne de toute relation sociale, s’écarter du monde. Ensuite y retourner. Comme l’oiseau dans le récit de l’oiseau d’Avicenne. Moïse rédige les tables de la loi, seul, sur le Mont Sinaï, après que Dieu se soit manifesté au travers du buisson ardent[67]. Cette retraite a permis de donner au peuple juif la Loi, le soutien paternel de Dieu premier ciel à vivre pour devenir fils et assurer la présence de dieu au monde : « Aaron et tous les israélites virent Moïse, et voici que la peau de son visage rayonnait, et ils avaient peur de l’approcher. Moïse les appela ; Aaron et tous es chefs de la communauté revinrent alors vers lui, et Moïse leur parla. Ensuite tous les israélites s’approchèrent, et il leur ordonna tout ce dont Yahvé avait parlé sur le mont Sinaï. […] les israélites voyaient le visage de Moïse rayonner. Puis Moïse remettait le voile sur son visage, jusqu’à ce qu’il entrât pour parler avec Lui »[68]. Dans l’Ancien testament, les hommes ont peur de la Lumière et de la Sagesse de Dieu. Ils la mêlent à leur quotidien par l’obéissance à la Loi, mais la Loi sert tous les hommes[69].

Bernin (Gian, Lorenzo Bernini), extase de sainte Thérèse, Église Santa Maria della Vittoria, Rome.

Sainte Thérèse du Bernin montre une extase de la Sainte en présence des lumières spirituelles. Un Ange à ses cotés tient une flèche pour lui transpercer le cœur.

Conclusion : La réflexion sur l’âme de maître Eckhart permet de reconnaître que chacun peu travailler à se mettre en présence de Dieu, elle implique la liberté de chacun de disposer de sa volonté et de juger par lui-même de la présence de la divinité comme source de ses engagements. Nul ne peut dicter à quelqu’un les orientations de son existence sauf Dieu. Le vœu d’obéissance à une communauté de ceux qui choisissent le monachisme est un choix qui n’engage pas l’ensemble des croyants. Mais dans le monachisme, l’étude de la liberté de conscience permet d’accéder à la connaissance de la conscience collective. La présence de Dieu dans le secret des âmes constitue l’arche de la communauté. Le monachisme peut ainsi être considéré comme une des origines de la connaissance du mouvement indépendant de chaque âme en Dieu. La personne morale de la communauté s’inspire de la prière dans le secret des âmes et du partage, de l’écoute de chacun. Ainsi, l’humble Bernadette a permis à l’Eglise, la personne morale de l’Eglise, de reconnaître l’immaculée conception. Selon Maître Eckhart, le renoncement au cœur n’est pas un renoncement à la volonté mais une volonté placée dans le cœur de Dieu.

Dieu s’adresse à toutes les consciences. Le rôle des hiérarchies religieuses n’est pas d’empêcher le dialogue des fidèles avec leur Dieu. Le rôle de la hiérarchie religieuse est de préparer les âmes à la sagesse ou vertu et la connaissance dans l’amour portes de la présence de Dieu dans les âmes. La présence de Dieu peut-être plus grande dans les âmes des humbles que dans celle des savants. Elle l’est certainement souvent. Mais cela doit être source de joie et non de jalousie pour les très aimés de Dieu. La richesse de cette multiplicité dans l’Un constitue l’un des fondements de la démocratie, la conscience de l’importance de chacun et de l’importance des consciences.

Ce texte est un raccourci pour le blog d’une réflexion plus importante. Mais j’ai choisi de rapporter le thème du secret car il a été l’objet de beaucoup de persécutions entre frères dans la croyance.

[1] Aristote écrivait : « Mais une famille achevée se compose d’esclaves et de gens libres » Les politiques, Paris : Flammarion, 1990, p. 94 (I, 3, 1253-b). L’esclavage ayant été aboli nous disons : une famille se compose de gens libres.

[2] Tauler (1300-1361) : moine dominicaine mystique Rhénan élève de maître Eckhart.

[3] Jean Tauler (disciple d’Eckart dont il fut l’élève) Sermon 31. Sermons de jean Tauler, trad. Hugueny-Tery, Paris, Éd. Du Cerf, 1991, p 236 et suivantes.

[4] Reconnaître une relation à Dieu possible à chacun relève de l’évangile : «

[5] Quiétisme : hérésie, doctrine mystique inspirée de l’Espagnol Michel Molinos (1628-1696), répandue en France à la fin du XVIIe siècle, suivant laquelle la perfection chrétienne réside dans la quiétude, c’est-à-dire « l’amour pur » et la contemplation de Dieu, en l’absence de toute activité propre de l’âme. Le quiétisme diffère du jansénisme. Ces mouvements déforment l’oraison dans leur théologie. Les uns dédaignent les œuvres, la mortification, la méditation conceptuelle, les autres exagèrent sur la piété pénitentielle et la fuite du monde. Ces deux piétés sont pourtant nécessaires et forment des plis de l’âme car une Marthe et une Marie existent dans chaque âme (in Albert Dufourcq, Bulletin Hispanique, 1923, Volume 25, n°25-3, p. 290 www.persee.fr site université de Lyon, ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche).

[6] Avicenne (980-1037) : Médecin et philosophe écrivain, scientifique persan. Il est connu pour ses écrits en astronomie, alchimie, chimie, psychologie.

[7] Halladj, Le livre des Tawassines, Le Jardin du savoir, Editions du rocher, 1994, p. 95-97. Halladj reconnait l’importance des signes. Pourtant Halladj dit ne pas croire aux intermédiaires. Il existe plusieurs chemins vers la divinité. La relation à Dieu sans intermédiaire est la plus puissante mais Dieu veut que nous vivions dans notre ciel en respectant les hiérarchies célestes. Ce thème est celui de la chute d’Iblis l’ange qui n’a pas voulu s’incliner devant l’homme. Halladj préfère mourir que de contempler les créatures. Mais Halladj ne sera-t-il pas sauvé pour avoir aimé la contemplation dans la négation. Il la cite comme ce qu’il n’est pas et par là la reconnait dans la différence.

[8] Avicenne, Kitâb al-Ishârât wa-l-tanbihât (Livre des directives et des remarques), traduction française d’Amélie-Marie Goichon, Edition Unesco-Vrin, 1951, p. 484-485. La science secrète se pratique dans l’isolement et correspond à la méditation. Il ne s’agit pas d’un secret mais de l’examen de conscience individuel que l’on pratique dans le secret d’une pièce silencieuse. Chacun est libre de partager ou pas ce que sa conscience lui dicte en fonction des nécessités de situation.

[9] Avicenne, Le Récit de l’Oiseau, traduction de Henry Corbin in Corbin, Henry, Avicenne et le récit visionnaire, Verdier, Islam spirituel, 1999, p. 253.

[10] Le Qâf est le corps.

[11] Platon, République, livre IX, 588C à 589C, pp. 474-476.

[12] Hypostase : étymologiquement signifie ce qui est placé en dessous. En art, soubassement d’un concept. Substantif en grammaire par exemple « le boire ». On parle d’hypostase pour les trois personnes divines de la Sainte Trinité des chrétiens qui croient en un Dieu Un et Trin.

[13] Nizami Ganjavi, Leila et Majnun, poème littéraire dont motifs inspirerons les soufis et la recherche de la sagesse.

[14] H. Corbin. Avicenne et le récit visionnaire, p ; 276. Il est important de préciser que la vision n’a pas le sens de vision du futur mais celui de sagesse pour la vie quotidienne.

[15] Avicenne et le récit visionnaire, Verdier, p. 288.

[16] Nestorianisme : Hérésie chrétienne qui soutient qu’en la personne de Jésus coexistent deux personnes l’une divine, l’autre humaine. Cette thèse est défendue à l’origine par Nestorius (381-451). En 431, le concile d’Ephèse condamne le nestorianisme.

[17] Le terme de puissance est défini dans Stéphane Leclerc. Gilles Deleuze, immanence, univocité, et transcendantal, Sils Maria, 2003, p. 179. L’idée de puissance y est opposée à l’idée de pouvoir. La tradition impose le pouvoir.

[18] Il est important de parler de doublure, de plis, pour toutes ces dimensions dans l’âme. C’est une alternative aux visions naïves d’Avicenne et Sohrawardi.

[19] Henry Corbin parle d’Ange pour les deux anima car, selon les commentaires d’Henry Corbin pour Avicenne les Anges existent vraiment ils sont plus que la Forme de l’Infigurable. Avec Avicenne, commence à être pris en compte l’importance du calame qui conduira au voile poétique.

[20] Expressions d’Henry Corbin, Avicenne et le récit visionnaire, Verdier, p. 61.

[21] « L’élimination de l’Anima caelestis en tant qu’Ange céleste, d’une condition inférieure à l’ordre des Kerubim, n’entrainera-t-elle pas celle de l’Anima humana comprise comme « Ange terrestre » ? » Henry Corbin, Avicenne et le récit visionnaire, Verdier, 1999, p. 93.

[22] Platon, Phèdre, 252c.

[23] Henry Corbin. Avicenne et le récit visionnaire, p. 275.

[24] Ici apparait la fonction normalisante de la loi. La loi détermine la vertu. Si elle ne s’appuie pas sur la sagesse des textes fondamentaux, elle peut avoir une paternité dangereuse sur la spiritualité et la formation d’une pensée adulte.

[25] Ce thème se retrouve dans l’œuvre de Novalis : « Je trouvai ce que je n’avais jamais espéré ; une illumination divine descendit en moi ; depuis le jour où je l’enterrai (sa femme très aimée) ici-même, une main céleste enleva toute peine de mon cœur » Novalis, Henri d’Ofterdingen, Paris, Flammarion, 1992, p. 153. Ce passage est inspiré de l’expérience personnelle de Novalis après la mort de Sophie.

[26] Christian Jambet. Le caché et l’apparent, L’Herne, 2003, p. 171.

[27] Henry Corbin. Avicenne et le récit visionnaire, Verdier, 1999, p. 330.

[28] Rûmî, Le livre du dedans, Actes sud, 1982, p. 45-46.

[29] Rûmî, Le livre du dedans, Actes sud, 1982, p. 135.

[30] Rûmî, Le livre du dedans, Actes sud, 1982, p. 136.

[31] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 232.

[32] Rûmî, Le livre du dedans, Actes sud, 1982, p. 227.

[33] Académie de Platon :

[34] La fermeture de l’Académie d’Athène, de pensée néoplatonicienne, intervient juste après que Denis (qui avait pris le nom de celui que Saint Paul avait converti sur l’Aréopage) ait exprimé en terme néoplatoniciens la tradition de la mystique nocturne inspirée du livre de L’Exode.

[35] Dyade : couple de deux sujets, de deux éléments en interaction. En philosophie, union de deux principes qui se complètent. Exemple : oxymore.

[36]En 1992, la réhabilitation de Maître Eckhart passe par une lettre brève du Vatican destinée au Maître de l’Ordre de l’époque, Timothy Radcliffe. Ce dernier résume cette lettre pour annoncer à la British Eckhart Society la levée de la censure sur Eckhart. Voici le résumé : « on nous a répondu qu’en réalité cela n’était pas nécessaire puisqu’il n’avait jamais été condamné nominalement, mais seulement certaines propositions qu’il était supposé avoir soutenues, et par conséquent nous sommes parfaitement libres de dire que c’est un bon théologien orthodoxe ».

[37] Maître Eckhart, Œuvre de Maître Eckhart, Gallimard, 1942, p. 69.

[38] Saint Augustin, Œuvres, Le libre arbitre, La Pléiade, Gallimard, 1998, tome I, p. 466.

[39] Maître Eckhart, Œuvre de Maître Eckhart, Gallimard, 1942, p. 72.

[40] Maître Eckhart, Œuvre de Maître Eckhart, Gallimard, 1942, p. 71.

[41] Maître Eckhart, Œuvre de Maître Eckhart, Gallimard, 1942, p. 106-107.

[42] Maître Eckhart, Œuvre de Maître Eckhart, Gallimard, 1942, p. 160-161.

[43] Maître Eckhart, Œuvre de Maître Eckhart, Gallimard, 1942, p. 269.

[44] Intellect agent : avec l’intellect patient, l’intellect agent est une des fonctions de l’âme. Elles ont été inventées par Aristote in De l’âme, III 5.

[45] Maître Eckhart, Les Traités, Éditions du Seuil, 1971, p.164.

[46]Dans la trinité de la mémoire, l’intelligence et la volonté la sagesse de la pensée se réalise mais jamais elle ne s’achève devant la sagesse de Dieu. Par la contemplation l’homme s’abreuve à la source pour nourrir les relations, la charité. « Seigneur, mon Dieu, mon seul espoir, exauce-moi de peur que, par lassitude, je renonce à te chercher, et fais que je cherche toujours ta face avec ardeur. » St Augustin, œuvres III, La Pléiade, Gallimard, 1998, p. 727, La Trinité, Livre XV, 51. Le secret incite à chercher. Dieu se cache pour que nous le cherchions.

[47] St Augustin, œuvres III, La pléiade, Gallimard, 1998, p. 534, Le libre arbitre, Livre III, 57.

[48] St Augustin, œuvres III, La pléiade, Gallimard, 1998, p. 672, La Trinité, Livre XV, 11.

[49] Participer de l’hénade permet d’être divinisé selon Proclus (Voir l’introduction note 6).

[50] Dietrich de Freiberg, Œuvres choisies, La vison béatifique, Paris : Vrin, 2012, Tome II, p. 117.

[51] Dietrich de Freiberg, Œuvres choisies, La vison béatifique, Paris : Vrin, 2012, Tome II, p. 135.

[52] Dietrich de Freiberg, Œuvres choisies, La vison béatifique, Paris : Vrin, 2012, Tome II, p. 161.

[53] Dietrich de Freiberg, Œuvres choisies, La vison béatifique, Paris : Vrin, 2012, Tome II, p. 147 et note 1.

[54] Dietrich de Freiberg, Œuvres choisies, La vison béatifique, Paris : Vrin, 2012, Tome II, p. 135.

[55] Avicenne cité in Dietrich de Freiberg, Œuvres choisies, La vison béatifique, Paris : Vrin, 2012, Tome II, p. 135 note

[56] Averroes cité in Dietrich de Freiberg, Œuvres choisies, La vison béatifique, Paris : Vrin, 2012, Tome II, p. 135.

[57] Julie Casteigt, Connaissance et vérité chez Maître Eckart, Vrin, 2006.

[58] Julie Casteigt, Connaissance et vérité chez Maître Eckart, Vrin, 2006, p. 35.

[59] Avicenne, La Métaphysique, Livre III, chap. 10, Paris : Vrin, tome I, pp. 200-205. La relation chez Avicenne est considérée comme accident. Il manquait certainement à Avicenne la relativité.

[60] Maître Eckhart, Sermons-traités, Paris : Gallimard, 1987, p. 223.

[61]« Goethe concevait un homme fort, hautement cultivé, habile à toutes choses de la vie physique, se tenant lui-même bien en main, ayant le respect de sa propre individualité, pouvant se risquer à jouir pleinement du naturel dans toute sa richesse et toute son étendue, assez fort pour la liberté ; homme tolérant, non par faiblesse, mais par force, parce qu’il sait encore tirer avantage de ce qui serait la perte des natures moyennes ; homme pour qui il n’y a plus rien de défendu, sauf du moins la faiblesse, qu’elle s’appelle vice ou vertu… » F. Nietzsche, Le crépuscule des idoles, Flâneries inactuelles, & 49.

[62] Le pain des anges, le réconfort des anges : « Alors lui apparut, venant du ciel, un ange qui le réconfortait » Luc 22, 43.

[63] Maître Eckhart, Sermons-traités, Paris :Gallimard, 1987, p. 223.

[64] Matthieu, 6 ; 6.

[65] Sainte Marguerite d’Antioche : son nom était Marine mais elle sera nommée Margueritte. Vierge converti au christianisme, elle refuse d’épouser le préfet Olybrius. Il la fait torturer. Elle a une vision du démon en un horrible dragon. mais une vision de la croix l’aide à garder sa foi et à prononcer une exhortation qui convertit une multitude d’assistants. Elle meurt décapitée.

[66]Sainte Catherine d’Alexandrie (III° et IV° siècle) : dite la Vierge argumentatrice. L’Empereur Maximin tenta de la torturer mais les instruments volèrent en éclat tuant autour d’eux. Elle tint de si beaux discours que l’assistance et les docteurs se convertissaient massivement. L’Empereur finit par la décapiter. Dans son enfance, elle eu une vision l’incitant à se faire baptiser.

[67] La rédaction des tables de la Loi est relatée dans le Livre de l’exode, chapitres 3, 19, 20, 24, 32, 34.

[68] Bible, Exode, 34, 30-35.

[69] Si des hommes se servent de la Loi pour faire tomber les enfants de Dieu, ils auront à en répondre devant Dieu : « Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clé de la science ! Vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés ! » Luc 11, 52 ; Matthieu 23, 13. « Seulement voici ce que je trouve : Dieu a fait l’homme tout droit, et lui cherche bien des calculs » Ecclésiaste, 7 :29.

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Conférence
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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 13:22

Bonsoir à tous ; Je vous remercie d’être là ce soir. Je suis heureuse aussi d’être parmi vous et je remercie Anne de Commines de m’accueillir pour ses rencontres de qualité autour de la poésie.

Iconal Rôles et Liberté

Je vais vous parler d’un sujet qui peut engendrer des polémiques, le monothéisme. Henry Corbin au travers de multiples livres a essayé d’aborder le « paradoxe du mothéisme ». Henry Corbin soulève de nombreuses contradictions. Je voudrais mettre en lumière quelques éléments sur ce sujet de manière à montrer que le monothéisme ne s’oppose pas à l’existence et au regard contemplatif sur la nature. Pourquoi parler du monothésisme sur le thème de l’icône ? Les icônes sont les portes des cultes monothéistes chrétiens. Elles évitent un monothéisme radical qui nie la création dans son ensemble. Henry Corbin est le traducteur de Sohravardi penseur Perse musulman au moyen-âge. Sohravardi s’appuie sur la pensée de Zoroastre pour transmettre une sagesse, un existentialisme spirituel. Il se rattache à l’épopée iranienne. Ses motifs littéraires et poétiques sont d’un grand intérêt pour npous qui nous réunissons grâce à Anne entre poètes.

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Angels bow down for newly created Adam, whereas Iblis (Satan, dark, right) refuses. Islamic Persian miniature from before the 19th century. Halladj comme Iblis refuse de reconnaitre la création. Les anges s’inclinent devant l’homme, mais Iblis reste à part. Il refuse la voie contemplative.

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La chute des anges rebelles, Pieter Bruegel le Vieux, Musée des arts anciens de Bruxelles, collection permanente. Tableau critique des gnostiques comment peut-il y avoir qu’un seul Dieu différent de l’humanité ? A cette question les gnostiques répondent que derrière l’épuisement des désirs de l’humanité se trouve Dieu.

Comment éviter la chute des anges et respecter le monde naturel qui nous entoure tout en pratiquant l’amour de Dieu ?

Le monothéisme apparaît avec le mazdéisme. Zoroastre est un prêtre de la religion mazdéenne. Avant l’an 600 avant J. C. ses textes font passer la religion du polythéisme au monothéisme. Le corps est-il une « prison » pour reprendre une expression de Sohravardi pour désigner le corps? Faut-il l’épuiser en assouvissant toutes les pulsions ou, au contraire, à la façon des manichéens, le diaboliser ?

La solution serait-elle d’être ni gnostique, ni manichéen ?

Trois soucis apparaissent dans l’œuvre de Sohravardi : en premier celui de dominer le corps, le souci néoplatonicien de faire rayonner l’ensemble de la personne, souci de ne pas tomber dans un gnosticisme dangereux qui cherche Dieu dans l’épuisement des rôles de la personne.

Quand on cherche la Vérité on ne néglige aucune piste. Les deux problématiques apparaissent dans l’œuvre de Sohravardi. Mais s’ajoute un souci de modération du monothéisme dans l’œuvre de Sohravardi qui passe par la sagesse des anciens Perses zoroastriens. J’utiliserai des écrits de Zoroastre pour montrer cette influence. La sagesse des ancien Perses se soucie de bonne pensée, de modération, de santé… donc de morale.

Plan : Introduction

1 La sagesse dans l’œuvre de Sohravardi

I Qui est Sohravardi ? II Le zoroastrisme sans Soravardi, III Le Zoroastrisme de Sohravardi

2 L’influence des lumières du zoroastrisme dans la pensée orthodoxe et la pensée chrétienne.

Donc au départ j’émets l’hypothèse que le zoroastrisme a inspiré Sohravardi mais aussi le monde de l’icône.

Conclusion

1 Je m’intéresse dans la première partie à La sagesse perse dans l’œuvre de Sohrawardi

Au XII° siècle, Sohravardi a fait parvenir jusqu’à nous la pensée des anciens sages de la Perse et cette religion existe encore aujourd’hui. Les Parsi considèrent Sohravardi comme un témoin de leur foi.

I Qui est Sohravardi ?

A/ Biographie : Sohrawardi est né à Sohraward, en 549/1155 (1) , et il meurt à Alep, en 587/1191. Il est parfois nommé al-Maqtul, en mémoire de sa mort violente par décapitation et pour dire en même temps qu’il n’est pas un témoin de la foi. Mais il est considéré rapidement comme un martyr. Certains se diront ses disciples et l’appelleront martyr. Ses commentateurs, comme Molla Sadra, le nommeront « Sahib al-Israq », le maître des lumières. Et ce nom seul lui est resté.

B/Au sujet de l’œuvre de Sohravardi et des penseurs orientaux, Henry Corbin met en place l’idée d’Imaginal : Sohrawardi est célèbre pour ses discours en similitudes. Ses romans d’initiation permettent le dévoilement, accès à la connaissance, par des insinuations subtiles. Les insinuations incitent à la méditation car l’interprétation est toujours à reprendre et chacun y est libre. L’intervention des motifs de l’épopée iranienne permet au « roman d’initiation » sohrawardien de se rattacher à une tradition littéraire. Sa mystique présente un motif qui sort de l’histoire et de la tradition et permet de prendre conscience de l’idée d’Orient et d’Occident spirituel déjà présent dans l’œuvre d’Avicenne, des soufis (2) et de Sohravardi. Ce motif littéraire vient d’un poème d’Unsuri (3) (né en 441/1049). Ce motif est celui d’un « Archange couleur pourpre(4) » que l’on retrouve dans un récit de Sohrawardi (5) .

Les proto-religions témoignent de l’apparition du monothéisme et une sagesse, une connaissance du spirituel, se met en place progressivement. Les mondes spirituels ne perdent pas leurs splendeurs dans le monothéisme. Au contraire, à l’image du monde sensible, l’intelligence, l’imaginaire, le courage, la patience, l’affection toutes les vertus de la relation, de l’enseignement, l’heuristique… deviennent les occidents de la Sagesse dans l’épiphanie du spirituel.

Le traducteur des écrits de Sohravardi est Henry Corbin comme nous l’avons vu. L’imaginal est une forme littéraire qui s’inscrit dans les disciplines enseignées en Perse à l’époque de Sohravardi. Les disciplines des sciences arabes se divisent selon al-Fârâbî (339/950) en « six branches : la science de la langue, la science de la logique, la science mathématique (qui se divise en 4 disciplines classiques – arithmétique, géométrie, astronomie et musique – viennent s’ajouter la perspective et la science des poids et mesures, ainsi que l’algèbre et les mathématiques appliquées), la science naturelle ou physique, prolongée par la théologie naturelle ou métaphysique, et enfin la science morale et politique »(6) . L’enseignement de Sohravardi appartient à la théologie naturelle ou métaphysique et à la morale. Je n’attacherai pas d’importance à l’idée de métaphysique contrairement à ce qu’a fait Henry Corbin. Mais, je ferai plutôt un rapprochement entre la théologie naturelle et la rhétorique, le souci didactique plus exactement heuristique de la transmission des connaissances et la recherche de la Vérité. L’imaginal permet à partir de l’observation de réaliser des métaphores qui saisissent la dimension spirituelle de la sagesse et de la divinité. L’iconal est l’observation de l’intelligence de la sagesse dans l’humanité alors que l’imaginal est l’observation de la sagesse dans la nature. Pour l’iconal la « théologie naturelle » s’applique à l’homme.

C/ Sohravardi est un néoplatonicien : il utilise les connaissances de Platon et d’Aristote pour décrire les merveilles des anciens Perses. Les péripatéticiens associaient des divinités aux espèces. Cette philosophie est inspirée d’Aristote et de sa théorie de la définition.

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Artiste anonyme, Zodiaque du prince Iskandar-Sultan, Londres Wellcome library, London. Illustration du livre de Rarîd-ud Dîne Attar, Le cantique des oiseaux, éditions Diane de Selliers, 2014, site editionsdianedeselliers.com

Pour Sohravardi, les espèces sont l’ombre des mères appartenant au monde spirituel. Cela rejoint la théorie des Idées de Platon et les théories péripatéticiennes d’Aristote de la définition. Platon La République Livre VII « représente-toi des hommes dans une sorte d’habitation souterraine en forme de caverne » ; Platon République Livre X, il s’agit du texte sur la poésie et l’imitation, les trois espèces de lit (celui de Dieu, celui de l’artisan et celui du peintre) qui ont pour but de montrer que la finalité de l’éducation n’est pas d’être capable d’imiter mais de s’y connaître dans la matière étudiée (et d’en avoir l’expérience ? ) (600C) ; pour Aristote le Traité du ciel le chapitre 6 ; Aristote Le traité de catégories ; La physique : « Or, les étants sont multiples soit par la définition (par exemple l’être du blanc est autre que celui du cultivé, alors qu’une même chose peut-être l’un et l’autre, de sorte que l’un est multiple), soit par la division, comme le tout et les parties. Et là, désormais embarrassés, il reconnaissent que l’un est multiple… »(7) Physique, livre premier. « or sur le cercle il n’en est pas ainsi, mais le consécutif en est toujours le seul différent. Est donc infini ce dont, en le considérant selon la quantité, on peut toujours saisir quelque chose au-delà. Ce qui ne possède rien au-delà est achevé et est un tout, car c’est ainsi que nous définissons le tout : ce dont rien est absent, par exemple un homme ou un coffre est un tout. Et comme est la chose particulière, ainsi est aussi le sens propre, par exemple le tout est au-delà de quoi il n’y a rien, tandis que ce au-delà de quoi il y a un manque n’est pas un tout, quoi qu’il lui manque. Le tout et l’achevé sont d’une nature soit tout à fait la même soit très proche. Or rien est achevé sans avoir de fin, et la fin est une limite »(8) Nous tombons sur l’aporie du Parménide. Ce qu’il faut retenir ce sont les cercles qui encerclent le contemplatif de plus en plus larges vers la divinité. La divinité est au-delà de chacune de nos contemplations en sautant d’un cercle à l’autre, d’un ciel à l’autre. L’icône l’imaginal sont les clés de ces sauts non pas dans l’imitation mais dans la connaissance. On trouve une démarche péripatéticienne de la physique dans le travail de Sohravardi et elle est inspirée directement d’Aristote.

II Le Zoroastrisme sans Sohravardi

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Quelles sont ces ombres, ces mères, ces idées, ces formes pour reprendre Platon, qui habitent le mazdéisme? En lisant l’Avesta j’ai noté des points importants de sagesse.

A On trouve Les étoiles qui expriment par leur présence les perfections de la géométrie et de l’intelligence.

B Après les étoiles, la bonne santé qui est le fruit de la vertu et de lutte contre la sorcellerie. Le jeûne qui conduit aux visions et rêves peut-être dangereux et contraire à l’Avesta car contraire à la santé. Le jeûne s’il signifie de renoncer aux excès et de dominer les désirs de son corps est nécessaire pour une pensée spirituelle ou intellectuelle.

C Nous avons vu les étoiles et la bonne santé ce qui en découle ensuite est La vie simple: Vie simple sans les drogues, sans la magie qui prend le sens de sorcellerie, le simple comme source de sagesse. Dieu aime les âmes simples et la Vérité par opposition aux mauvais maîtres. (Deux sortes de magies : La magie comme divertissement, comme Montaigne l’explique par souci pédagogique et souci de respecter les rythme de la concentration de l’esprit, oui ; La magie pour tromper l’assemblée non).

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Page du Taccuinum Ibn Al Butlan le thème de la mandragore. Traité arabe de médecine écrit par Ibn Butlan.

Zoroastre, dans la Gâthâ (terme sanskrit qui signifie hymne, vers) dite de « la réforme de l’existence », Yasna (partie de l’avesta) 48, écrit : « Quand, ô Sage, les guerriers apprendront-ils le message ? Quand frapperas-tu cette ordure de liqueur, Grâce à laquelle les sacrificateurs méchamment, Et les mauvais maîtres des pays, Volontairement, exécutent leurs supercheries ? »(9)

La liqueur à laquelle fait référence Zoroastre Selon Jean Varenne, le soma (breuvage d’immortalité) serait le jus d’un champignon hallucinogène, l’amanite tue mouche présente alors dans les montagnes de Perse, remplacé plus tard par le chanvre. Le Veda (textes composés au XVe siècle avant notre ère. Terme venant du sanscrit qui signifie vision connaissance) a fait référence à la plante soma, qui a une tige, un chapeau, mais ni feuilles, ni fleurs. L’absorption donnerait une impression de vol, de voyage, de visions colorées et hallucinations auditives (10) .

D Après les étoiles et la bonne santé, La vie simple, la vertu se résume en bonne pensée. La bonne pensée se dit Vérité, Ahura Mazda (seigneur de la sagesse) en opposition avec son jumeau Ahriman (seigneur du mal). Ahura Mazda est le Dieu unique duquel découlent les lumières du zoroastrisme.

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Mohammad d’Alî de Golconde, poète dans un jardin (probablement Nezâmî), Boston. Ret S Michaud/ akg-images. La poésie comme vectrice de bonne pensée

Je cite l’Avesta (textes sacrés de la religion mazdéenne) : « 7. Celui qui vit sans reproche Reçoit Sagesse et Pouvoir, Bon Esprit et Pureté, Santé, Force et Longue vie. Qu'il les reçoive aujourd'hui, Constamment, en abondance! 8. Mais les autres recevront Le châtiment de leurs crimes! Que Ton Règne s'établisse En vertu du Bon Esprit, O Pouvoir divin suprême --- Parmi ceux qui ont vaincu. L'adversaire mensonger, En vivant la Vérité! » (11)

E Après la bonne pensée, Le sage parfait (par reprendre l’expression de Zoroastre) qui porte la lumière de gloire (Xvarna mot mazdéen qui apparaît en mazdéen dans les textes de Sohravardi), l’imâm (pour Sohravardi) donne une dimension institutionnelle à la religion. A l’époque il n’y avait pas de conscience des institutions. Elles existaient mais le pouvoir de l’état s’arrogeait parfois celui des institutions et particulièrement des institutions religieuses. Apparait avec le Shiisme la notion « d’imam caché ». Quand les pouvoirs politiques et religieux s’opposent à l’islam ou quand il y a des divisions dans la religion l’imâm est dit caché. L’imam caché permet de réfléchir à une religion non officielle. Je ne veux pas résoudre les difficultés. Mais la notion d’imam caché pose le problème des dérives dans les institutions sans hiérarchie pyramidale.

« En parlant de l’autorité du Sage parfait je n’entends pas l’exercice du pouvoir temporel triomphant. […] il arrive que l’Imâm investi de l’expérience mystique voit son autorité publiquement reconnue, il arrive qu’il reste caché. […] Lorsque le pouvoir est dans ses mains l’époque est une époque de Lumière. Mais lorsque l’époque est privée de toute régence divine, les Ténèbres sont alors triomphantes »(12) .

(Cette approche binaire ne prend pas encore en compte la notion d’institution. Il peut y avoir une institution religieuse officielle et des institutions religieuses non officielles. L’ensemble étant contrôlé par les pouvoirs politiques. Actuellement, en France, les évêques et archevêques sont choisis par l’Église en collaboration avec les pouvoirs publics ; au Maroc le Roi nomme les Imâms ; en Angleterre la Reine est la tête de l’Eglise anglicane posant la question de la fusion de l’institution gouvernementale et de l’institution religieuse. La question est, dans tous ces pays. Les autres religions indépendantes en dehors de la religion officielle, sont-elles en relation avec les pouvoirs publics ? Les sectes comment les gérer ? Les questions restent ouvertes.)

F Après les étoiles et la bonne santé, La vie simple, bonne pensée, le sage parfait, Les immortels bienfaisants

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L’ange de Tobie, du peintre Hossein Naqqâsh, École moghole, vers 1590, Musée Guimet, Paris. Tobie personnage de la Bible qui soigna son père avec le foi d’un poisson pêché par l’ange. Il chassa le démon qui empêchait son épouse de se marier.

Les immortels bienfaisants sont les anciens sages. La mémoire des anciens, de leur sagesse, de leur connaissance a besoin de ne pas être redémontrée à chaque génération afin que ne se pratique plus les sacrifices humains, des malversations au nom de Dieu. Ici, sur l’arbre de la mémoire se trouvent les fruits de nos ancêtres. Par exemple, Abraham est un immortel bienfaisant. Depuis ce patriarche, le sacrifice des enfants ne se pratique plus car, sur l’autel, Dieu a remplacé le jeune Isaac par un bélier.

La Yasna (partie de l’Avesta) 45 des Gathas est l’origine de la notion d’immortel bienfaisant : « Je vais discourir : Écoutez maintenant, et entendez, Vous qui de près ou de loin Venez vous instruire. Tous, faites de lui Votre sagesse, car il est manifeste. Puisse ne point détruire la seconde existence Le faux docteur Qui, pour son mauvais choix, A été classé, par la langue, Comme méchant ! Je vais discourir des deux esprits, Dont le plus saint, Au commencement de l’existence, A dit au destructeur : « Ni nos pensées, Ni nos doctrines Ni nos forces mentales ; Ni nos choix, Ni nos pâroles, ni nos actes ; Ni nos consciences, Ni nos âmes ne sont d’accord. » Je vais discourir Du commencement de cette existence, De ce que m’en a dit le Seigneur sage, Lui qui sait. Ceux d’entre vous Comme je vais la penser et la dire, Qui n’appliqueront pas la formule Pour ceux-là la fin De l’existence sera : « Hélas ! ». Je vais discourir De ce qu’il y a de meilleur En cette existence-ci. Celui qui m’a créé selon la Justice, Je le sais, Ô Sage, C’est le père de l’active Bonne Pensée ; Et celle-ci a pour fille La bienfaisante Dévotion. Il n’y a pas à tromper le Seigneur, Qui devine tout. Je vais discourir De la parole que le Seigneur Sage, Le Très-Saint, M’a dite la meilleure à entendre pour les hommes : « Ceux qui, pour moi, Prêteront à celui-ci obeissance Et attention Atteindront, par les actes de Bonnes Pensées, Intégrité et immortalité. » Je vais discourir, En le louant en tant que Justice, Du plus grand de tous, Qui veut du bien aux êtres. Que le Seigneur Sage entende, En temps qu’Esprit Saint, Lui que je louais Quand j’ai consulté la Bonne Pensée ! Que par ma force mentale Il m’enseigne le souverain bien ; Lui qui, à ceux qui sont vivants, L’ont été ou le seront, Donne le salut ou la perte : L’âme du juste gratifiée de l’immortalité, Les tortures à jamais pour le méchant. (De celles-ci aussi Le Seigneur Sage est créateur, Par son Empire.) « Tâche de nous le conquérir Par des louanges de révérence - Car j’ai maintenant contemplé cela de mon œil, Reconnaissant le Seigneur Sage À la justice de son Bon Esprit, De sa bonne action, De sa bonne parole –, Et puissions-nous lui offrir Des hymnes de louange Dans la maison du Chant ! Tâche de nous le propitier Avec la bonne Pensée, Lui qui, à volonté, Nous donne heur et malheur. Comme le Seigneur Sage, Par son Empire sur le village, Grâce à l’intimité de la Bonne Pensée Avec la Justice, Fasse prospérer nos bêtes et nos gens ! Tâche de nous les magnifier Par les hymnes de Dévotion, Lui qu’on perçoit dans l’âme Comme le seigneur Sage, Puisqu’il a promis, Avec sa Justice et sa Bonne Pensée, Intégrité et Immortalité, Vigueur et durée Dans sa maison ! » Quiconque par conséquent Sera malveillant désormais Envers les faux dieux Et envers les malveillants pour le sauveur (C'est-à-dire envers ceux Qui ne lui sont pas soumis), À celui-là, la sainte conscience Du sauveur à venir, Maître de sa maison, Tiendra lieu d’ami juré, De frère ou de père, Ô Seigneur Sage ! »(13)

Les anciens qui ont laissé leur sagesse sont immortels. Ils sont les immortels bienfaisants.

F Après les étoiles et la bonne santé, La vie simple, la vertu bonne pensée, Les immortels bienfaisants Les Anges font partie du monde spirituel.

Dans la théorie péripatéticienne, dans l’hermétisme, ou l’échelle de Jacob, à chaque fois, se tourner vers la divinité se fait dans la conscience des multiplicités spirituelles, les immortels mais aussi des anges, les mères qui dominent l’humanité et la nature.

L’ange permet de traverser les épreuves des 7 merveilles. Les Saints Immortels bienfaisants sont un peu comme les conseillers d’Ahura-Mazda. L’ornement poétique aurait transformé ces bienfaits en divinités esprits des mondes spirituels. Les croyances religieuses se transforment dans le temps. Mais les Zoroastriens sauront revenir au monothéisme en considérant les lumières spirituelles comme des anges prolongement de la sagesse de Dieu.

III Après avoir introduit qui était Sohravardi, après avoir expliqué quelques éléments importants du Zoroastrisme, je vais aborder Le Zoroastrisme de Sohravardi.

Les ombres sur la grotte de la caverne permettent de se tourner vers les lumières de l’existence. Elles sont les signes du spirituel. Comment sortir de la grotte ou de la prison su corps et du monde sensible ? L’approche manichéenne de Sohravardi en fait un docétiste (Le docétisme considère que le corps ne ressuscite pas et qu’en mourant l’âme rejoint la lumière divine). Sohravardi prône l’expérience de la séparation de l’âme et du corps pour accéder aux lumières spirituelles. Cela est contestable : « Je suis retenu prisonnier dans le pays d’Occident… J’ai sangloté, j’ai imploré, j’ai soupiré de regret sur cette séparation. »(14) « La plus magnifique des habitudes (malakât) est une habitude de mort par laquelle la Lumière régente se desquame pour ainsi dire des Ténèbres et, bien que l’attache avec le corps ne se laisse pas de subsister, elle transparaît au monde de la Lumière et devient comme suspendue au monde archangélique. »(15)

L’échelle de Jacob est accessible par l’intelligence. Les 7 noms inspirés des Gathas dans l’œuvre de Sohravardi sont 7 merveilles que l’ange lui dévoile, entre le jour et la nuit quand la Lune est rousse : Pour aujourd’hui je ne développerai qu’un petit texte en resituant dans le Coran les sept étoiles de la sagesse que Sohravardi développe dans ses écrits et en rappelant ses liens avec l’Avesta. Ces merveilles sont celles du monde spirituel. Elles modèrent le manichéisme de Sohravardi comme cette réflexion va le montrer. Sohravardi écrit en parlant de lui il dit moi et le sage est l’ange pourpre de sa vision. Cet extrait est tiré de l’Archange Empourpré: « Moi : Mais ici, quelle peut-être ton occupation ? Le Sage : Je suis un perpétuel pèlerin. Sans cesse je voyage autour du monde et j’en contemple les merveilles. Moi : Quelles sortes de merveilles as-tu observé dans le monde ? Le Sage : Sept merveilles en vérité : la première est la montagne du Qâf, notre patrie, à toi et à moi. La seconde : le Joyau qui illumine la nuit. La troisième : l’arbre Tûbâ. La quatrième : les douze ateliers. La cinquième : la cotte de mailles de David. La sixième : l’Épée. La septième : la Source de la Vie »(16) .

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Fresque de l’aurige vainqueur, 150-160 après J.C. Maison des auriges, Ostie, Italie.

La première merveille est la montagne du Qâf. Le premier nom dans les Gathas est le Vohu Manah « La bonne pensée » symbolisée par la vache. Les montagnes du Qâf sont constituées de deux montagnes de climat froid et de climat chaud. La connaissance de soi a deux montagnes passivité et irascibilité. Nous sommes dans l’éducation. La montagne du Qâf symbolise le pèlerinage, le détachement, le retour à l’origine spirituelle. (le Qâf est une lettre de l’alphabet arabe). Les deux montagnes sont comparables aux deux chevaux de l’aurige dans la métaphore de l’attelage ailé du Phèdre de Platon. Le Qâf correspond à la raison qui domine la nonchalance et l’irracibilité.

2 Les montagnes de l’initiation sont au nombre de 12 ! La deuxième étape de l’éducation consiste au Joyau qui illumine la nuit. Il est dans la troisième des 12 montagnes. Ce joyau se constitue de l’or de l’amant consumé par Allah. Selon Molla Sadra, quiconque s’attache à la fin dernière et la désire, Dieu le consumera de son feu et il deviendra de l’or pur dont on se réjouira. Le Joyau qui illumine la nuit représente la vérité. Le deuxième nom dans les 7 noms des Gathas est ASA la Vérité, l’amour pour les chrétiens mais aussi pour Al-Hakim al-Tirmidhi l’auteur du Livre de la profondeur des choses. Dans le Livre de la profondeur des choses

« par la lumière intérieure on voit à la foi l’intérieur et l’extérieur, tandis que par la lumière extérieure on ne voit que l’extérieur. […] Ils ont sorti leurs épées lumineuses des fourreaux qui les contenaient. Ces épées étaient trempées dans l’eau de l’amour, aiguisées par la connaissance, polies par la fidélité. »(17) Il s’ensuit un très beaux passage sur les lumières des épées et ses lumières rappellent la Sourate XXVI verset 35 : « La lampe est dans un verre et le verre est semblable à un astre brillant. Cette lampe est allumée à un arbre béni, l’olivier qui ne vient ni d’Orient, ni d’Occident » Coran Sourate XXIV verset 35. « De même que la lampe est suspendue en l’air avec une corde et de même que l’astre est suspendu au ciel, le cœur est suspendu au ciel, le ciel du Trône et sa corde est la foi, c'est-à-dire la proclamation de cette foi. »(18) (Al-Hakim al-Tirmidhi est l’un des plus anciens mystique du soufisme mort en 910). Le joyau qui illumine la nuit se trouve dans l’arbre Tûbâ.

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Semi de roses et phénix, mosaïque, Antioche, V° siècle.

L’arbre Tûbâ est l’arbre du paradis qui porte des fruits quand l’oiseau Sîmorgh rentre de ses voyages et revient des décentrements, de ses capacités à changer de point de vue. L’amour est la capacité à se décentrer sur l’autre. Il pourvoit aux bienfaits du monde. Il est cité dans la prière du pèlerin : « Toi qui contemples l’arbre Tûbâ et le Lotus de la limite […], Garant de Dieu pour les Célestes et les Terrestres, le salut soit sur toi, de ceux qui te reconnaissent tel que Dieu leur a fait te connaître, et qui te décernent quelques-unes des qualifications que tu mérites… »(19) . De même que l’huile de la lampe vient de l’arbre qui est l’olivier, de même, l’huile du cœur vient de l’arbre de l’Unité que Dieu a mentionné dans le Coran en le qualifiant d’excellent (tayyiba). Il l’a donc décrit en disant : « N’as-tu pas vu comment Allah propose en parabole une bonne parole pareille à un bel arbre dont la racine est ferme et la ramure s’élançant dans le ciel ? » Sourate XIV v. 24 qui se traduit aussi : « N’as-tu pas vu comment Allah propose en parabole une bonne parole pareille à un arbre excellent »

L’imaginaire, l’intelligence, la parabole, la métaphore et les figures de styles, l’heuristique, le rituel du prêtre sont l’arbre qui porte les fruits. Ce sont les Shakras de l’Avesta.

Dans la Bible l’arbre est le buisson ardent qui brûle sans se consumer.

4 La quatrième merveille correspond aux douze ateliers, la terre, la pensée adéquate, le tissage. Le travail, le tissage correspondent à la sagesse des relations sociales entre les hommes. La fabrication de ces relations et plus particulièrement le tissage de la cotte de maille. Qu’est-ce que la cotte de mailles ?

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Le livre d'heures de Jacques II de Châtillon BNF XV° siècle.

Deux sourates y font référence : « Et Nous asservîmes les montagnes à exalter Notre Gloire en compagnie de David. […] Nous lui (David) apprîmes la fabrication des cottes de mailles afin qu’elles vous protègent contre vos violences mutuelles (la guerre). En êtes-vous donc reconnaissants ? »(20) Coran 21 79-80

« Nous avons certes accordé une grâce à David de notre part. Ô montagnes et oiseaux, répétez avec lui (les louanges d’Allah). Et pour lui, Nous avons amolli le fer. (en lui disant) : « Fabrique des cottes de mailles complètes et mesure bien les mailles ». Et faites le bien. Je suis Clairvoyant sur ce que vous faites. »(21)

La cinquième merveille correspond à la fabrication des psaumes qui évitent la guerre. La cinquième merveille est dans l’Avesta l’eau, la santé, l’intégrité du corps.

6 La sixième merveille est l’épée. Elle correspond dans le Coran à la mise à mort des « associateurs ». Dans l’Avesta ce sont les plantes, l’immortalité. La sourate 9 est dite de l’épée mais dans le Coran le mot épée n’est jamais écrit. Les musulmans accompagnent la sourate 9 avec la sourate 2 plus modérée.

La sourate 9 a une raison spirituelle d’exister. Elle participe du renouvellement de la prière, de la sagesse de la composition des psaumes.

Sourate 9 29 : « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la Vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par leur propres mains, après s’être humiliés. » La capitation est un impôt.

Sourate 2 256 : « Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement. Donc, quiconque mécroit au rebelle tandis qu’il croit en Allah saisit l’anse la plus solide, qui ne peut se briser. »

Pour résister à la méchanceté des hommes la cotte de maille est le tissage des prières, du travail qui permettent de surmonter les coups d’épée, les violences mutuelles décrites par la sourate 21 79-80 et 9. La cotte de maille, le tissage ne fait-il pas référence aux écrits des sages pour la louange de Dieu d’où l’importance de la faire bien. Pour Sohravardi, le coup d’épée consiste à accepter les condamnations, la sagesse de l’homme du Livre, l’Imam(22) . Et de là, sort la Source de la Vie. Les reproches de l’imam et de la hiérarchie impliquent d’affiner la parole, la prière le discours intérieur et extérieur. Dans la relation avec la communauté se tisse une cotte de maille large et ample. La critique est le coup d’épée qui permet de renouveler l’inspiration. Il ne doit pas y avoir exclusion du psalmiste à la première critique autrement l’écrivain disparaît.

Le vêtement du croyant est la prière. Les prières sont les plantes les fleurs du jardin. Il y a crétion du jardin dans l’acceptation du coup d’épée.

La 7ème merveille est la source de vie

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Illustration du mantiq al-tahyr de Attâr, Iran XV° siècle ; Internet: 15 août 2012 Tradition orientales.

« Trouve la Source de la Vie. De cette Source fais couler l’eau à flots sur ta tête, jusqu’à ce que cette cotte de mailles (au lieu de t’enserrer à l’étroit) devienne un simple vêtement qui flotte avec souplesse autour de ta personne. Alors tu seras invulnérable au coup porté par cette Épée. C’est qu’en effet cette Eau assouplit la cotte de mailles (cf Qoran 34/10), et lorsque celle-ci a été parfaitement assouplie, le choc de l’Épée ne fait plus souffrir »(23) . La sourate 34 10 fait référence aux psaumes de David qui sont sa cotte de maille : «Nous avons certes accordé une grâce à David de Notre part. Ô montagnes et oiseaux, répétez avec lui (les louanges d’Allah). Et pour lui nous avons amolli le fer, « Fabrique des cottes de mailles complètes et mesure bien les mailles ». Et faites le bien. »(24) Il est nécessaire de méditer sans se décourager. Le paradis dans les Gathas ce sont les plantes (nom 6 des 7noms des immortels bienfaisants) du jardin qui poussent autour de la source de la Vie (Les eaux nom 5 des immortels bienfaisants des Gathas), les oiseaux et les montagnes. Les oiseaux et les montagnes font partie de la prière.

Le Zoroastrisme comme monothéisme aux plis multiples permet de penser les créations spirituelles et de ne pas rester dans le binaire de l’humanité et de la divinité. Les rayons de la Sagesse divine se prolongent sans interruption dans les multitudes de la divinité. Les images poétiques servent à décrire les lumières de la sagesse du Verbe de la prière. Les prières s’écrivent avec soin sous le regard de Dieu. L’écriture noire sur fond blanc prendra toute sa souplesse dans le partage. Les coups d’épées permettront de renaître telle la Simorgh (oiseau fabuleux qui renait dan le feu) toujours plus proche de Dieu.

2 L’influence des lumières du zoroastrisme dans la pensée orthodoxe et la pensée chrétienne.

La théologie naturelle est la science de la contemplation et elle était enseignée au Proche-Orient pour éviter de faire chuter les anges, pour continuer dans la tradition de David à composer des hymnes pour louer Dieu avec les oiseaux et les montagnes. La théologie naturelle permet d’accéder à la connaissance de Dieu comme image non faite de main d’homme au travers de la création de Dieu. Il est possible que les universités au XII° siécle n’accueillaient pas que des étudiants musulmans.

Dans l’humanité se retrouvent des reflets de la divinité. C’est-à-dire que l’intelligence de l’humanité, la spiritualité de l’humanité, l’imagination de l’humanité sont les reflets de la complexité des créations spirituelles et intellectuelles dans les mondes multiples qui unissent l’homme à la divinité.

Ces plis, ces habitudes sont des Occidents où l’Orient de la divinité se manifeste. Il n’y a pas imitation mais expression de la divinité, existence ou présence. Dans certains de ses gestes l’humanité arrête la lumière de la divinité. L’icône en reprend l’image et l’or s’accumule autour.

Quelles sont les merveilles présentes dans l’existence ? Certaines de ces merveilles rejoignent l’Avesta de Zoroastre ou les merveilles du Livre de la sagesse orientale de Sohravardi. Se retrouvent la majesté, les étoiles, les signes géométriques, les arbres comme la mémoire ou l’imagination, la rhétorique et la liturgie, la virginité synonyme de la bonne pensée, la remise en question de l’épée, la bonne santé, les immortels bienfaisants correspondent aux Vivants…

Au VII° siècle, L’Ecole d’Alexandrie, Edesse en Mésopotamie, Jundishapur en Perse où l’on inventa le système hospitalier montrent que le sage a une bonne formation scientifique avant d’accéder aux sciences humaines. Ainsi en était-il d’Avicenne (X° siècle) qui avant d’être Sage était médecin.

La vierge de tendresse

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Vierge de Vladimir, Galerie Trétiakov, Moscou.

Cette icône date de 1131. La Théotokos (qui signifie mère de Dieu) protège la Russie. Elle est fêtée le 3 juin.

Il existe des icônes de la Vierge Kyriotissa (celle qui règne en majesté), Hodiguitria (celle qui montre le chemin, dans un geste elle désigne l’enfant), Éléousa (Vierge de tendresse)… Toutes ces icônes ressemblent aux litanies que l’on récite lors des grandes fêtes de Marie.

La mère de Dieu « Pélagonitissa » XV° siècle monastère Saint-Catherine au Mont Sinaï : Image 13

Reproduction La Vierge tenant une montagne non taillée de main d’homme

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École des Stroganov, Montagne non taillée de main d’homme, fin du XVIe siècle Solvytchegodsk, musée d’histoire et d’Art. (Alfredo Tradigo, Icône et Saints d’Orient, Paris Hazan, 2005, p. 203).

La montagne non taillée de main d’homme : Sujet issu de l’interprétation, par le prophète Daniel, d’un songe du roi babylonien Nabuchodonosor (Daniel 2 :34) : la pierre qui se détacha de la montagne sans l’aide des mains de l’homme, frappa les pieds d’argile de la statue, et les mit en pièces – c’est le Christ, et son royaume qui doit remplacer les royaumes païens. La montagne de laquelle se détache la pierre – c’est la Mère de Dieu, la Vierge. Une autre interprétation : la montagne est le symbole de l’Eglise du Nouveau Testament. La montagne ne se cultive pas. Contrairement à la plaine, elle est vierge de la main de l’homme. La Reine du Ciel et le nouveau testament sont un tout unique.

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La Vierge du Signe, Cathédrale Basile le Bienheureux, Moscou, XVII° siècle.

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Adoration des mages, icône byzantine, Musée chrétien et byzantin d’Athène. La Vierge du signe (Isaïe 13, 7-14) « Écoutez donc, Maison de David !... Le Seigneur lui-même vous donnera un signe. Voici que la Vierge est enceinte et va enfanter un fils, et elle l’appellera Emmanuel (Dieu avec nous) ». Le cercle est un signe géométrique abstrait. Les signes font appel à l’intelligence du discernement. L’étoile, signe des mages, dirige dans l’intelligence ceux qui prennent le temps de méditer et d’observer. Les mouvements célestes des étoiles rappellent la géométrie, image intellectuelle de perfection, épiphanie. L’épiphanie se réalise dans la visite des mages à la crèche où la science et la sagesse rencontrent le spirituel. La perfection est une des épiphanies de la présence de l’Esprit Divin et il se manifeste dans l’intelligence des formes géométriques mathématiques.

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Milieu ou seconde moitié du XVIe siècle et 1630-1640 (revêtement) ; tempera sur bois, argent doré ; H. : 1,37 m ; l. : 1,02 cm ; prov. : iconostase de l’Eglise Saint-Cyrille du monastère Saint-Cyrille du lac blanc Kirillov, Musée national d'art et d'architecture de Saint-Cyrille-de-Beloozero, inv. ДЖ-312 / КП-1958 et ДМ-231 L’iconostase cache les célébrants au regard de l’assemblée pour présenter à leur place des icônes, portes vers le monde divin.

La Vierge porte l’Enfant à la manière d’une Hodighitira (qui montre le chemin) ; elle est entourée d’une série de symboles habituels dans l’hymnographie mariale comme l’échelle de Jacob, l’arbre de Jessé, le tabernacle des psaumes, la grotte de Daniel et le buisson ardent de Moïse. Le thème du Buisson ardent, embrasé mais non consumé, reconnu comme une préfiguration de la conception virginale fait référence à l’arbre de la rhétorique, des paraboles, des montagnes oiseaux et bergers des psaumes de David. Les plantes ne meurent pas dans la prière car elles alimentent un feu spirituel de louange. L’icône offre une des premières manifestations du thème où le buisson apparait dans le feu du vêtement de la Vierge. Le vêtement de la Vierge rejoint la cotte de mailles de la prière. Le feu est l’amour, le joyau qui illumine la nuit. La Vierge est le buisson qui ne se consume pas et donne la vie en gardant sa virginité. L’iconographie va de pair avec un style raffiné et une exécution magistrale qui se reflète dans l’association subtile d’éléments inédits, dans la maîtrise de dessins minutieux en camaïeu et dans le maniement habile des couleurs. Mais la Vierge est aussi la femme de l’Apocalypse, aux cheveux dénoués, entourés des évangélistes et de cercles d’anges de l’Apocalypse.

La Grotte : Le néoplatonisme des icônes symbolise les visions, les rêves inspirés par Dieu en une caverne(25) . La grotte de Daniel(26) sont les visions de Daniel et des rois qui lui étaient contemporains qui se projettent dans la caverne de l’imaginaire des pensées et des rêves. Daniel savait interpréter les rêves. La grotte de l’imaginal(27) devient la porte, Occident de la présence de Dieu. Dieu s’adresse aux rois dans les plis de leurs intelligences et de leur esprit. Les monstres que voient les rois les poussent à jeter Daniel dans la fosse aux lions. Mais, comme les bêtes des rêves des rois ne résistaient pas à l’interprétation de Daniel de même les lions ne faisaient pas de mal à Daniel.

De même, les bêtes de l’Apocalypse ne résistent pas à l’interprétation des justes. Et les méchancetés des puissants n’arrêtent pas les justes.

Rembrandt, Retour du fils prodigue, 1669, musée de l’Hermitage, Saint-Pétersbourg : Image 18

Dans les deux mains se distingue le pli maternel de l’humanité et le pli paternel de l’humanité.

L’épée :

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Angers, Tapisserie de l’Apocalypse, XIV° siècle, château d’Angers.

Tapisserie de l’Apocalypse d’Angers

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Inspiré du texte de Saint Jean l’Apocalypse. On peut penser que cette œuvre a été écrite par la Vierge Marie car la Christ sur la croix à dit à sa mère : « « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui. »(28) Il aurait pris, chez lui, la Vierge, non seulement matériellement, mais spirituellement. Sous la maison de son nom, il protégea le texte de Marie à une époque où la femme n’avait pas autorité pour écrire. L’épée dans l’Apocalypse symbolise la justice et la parole, le verbe qui tranche et juge : « Dans sa main droite il a sept étoiles, et de sa bouche sort une épée acérée, à double tranchant ; et son visage c’est comme le soleil qui brille de tout son éclat(29) » . L’épée à double tranchant correspond aux discours. Jésus parlait en paraboles. Ses discours avaient un double sens celui de la lettre et un sens ésotérique caché qui se dévoile dans la méditation et non dans la seule connaissance. L’agneau transpercé rappelle le mystère de la croix.

Au moment de l’annonciation l’ange salut la Vierge en lui souhaitant une bonne santé :

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Novgorod, milieu du XVIe siècle ; tempera sur bois H. : 1,46 m ; l. : 1,13 m ; prov. : abbatiale de la Transfiguration du monastère de Solovki Moscou, Musées du Kremlin, inv. Ж-800

Saint Luc Chapitre 1 verset 28 : « Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de Marie. Et, en entrant chez elle, il dit : « Salut, comblée de grâce ! le Seigneur est avec toi. » A cette parole elle fut toute troublée, elle se demandait ce que pouvait être cette salutation »(30).

Salut vient du du latin "saluto", "salutavi", "salutare" : garder sain et sauf, préserver. L’ange apparaît et souhaite une bonne santé à Marie. L’apparition ne demande pas une fragilisation du corps. Mais dans la souffrance et l’inquiétude Dieu apporte des consolations qui peuvent-être des apparitions. La force d’âme des malades leur permet de voir des apparitions. Le jeune et les privations n’ont pas pour fin de voir des apparitions mais de garder le contrôle de soi, de dominer son corps pour pouvoir être vertueux et rester vierge, glorifier son corps.

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Nativité de Dieu, Icône d’Andrei Rublev (1405) Cathédrale de l’annonciation, Moscou, Kremlin. Andrei Rublev (1360-1430) est un moine iconographe Russe. L’épiphanie, la visite des mages (les mages de la crèches ne sont pas des magiciens mais des sages et savant qui ont l’habitude d’observer le ciel) à la crèche guidés par l’étoile. Les savants sont des contemplatifs. Leur science de l’observation a permis de trouver la crèche. Ils sont arrivés moins vite que les bergers mais, ils venaient de plus loin. Les savants se rapprochent des immortels bienfaisants. Ils avaient participé d’un grand nombre de talents de la création (évangile des talents). Ils sont aimés de Dieu pour cela.

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Sainte Catherine d’Alexandrie, musée d’Athènes, exemple d’immortel bienfaisant appelé dans le nouveau testament Vivant.

Sainte Catherine d’Alexandrie a vécu vers 290 après J.C. Elle est la fille du roi Costus et fut instruite de tous les arts libéraux. Lors d’une séance d’apostasie de chrétiens, elle argumenta avec l’empereur Maxence. Elle utilisa la métonymie, l’allégorie, les syllogismes en parlant de claire et de mystique façon. Après un deuxième entretient où elle tente de convaincre l’empereur de l’existence du Dieu unique des chrétiens, l’empereur convoque une assemblée de 50 doctes grammairiens pour venir à bout de la vierge argumentatrice. Elle convertit les doctes de l’empereur qui les fait brûler sur la place publique. Elle meurt décapitée.

Ceux dont on se souvient sont immortels (Victor Segalen nomme immortels les ancêtres des Mahoris qui récitent leurs noms dans la prière). Ils ressusciteront, mais surtout ils accompagnent les hommes dans leur existence terrestre, et certains, comme Saint Jean jusqu’à la fin des temps. Ce sont les Vivants. Les quatre évangélistes sont quatre Vivants. Leurs écrits nous accompagnent jusqu’à la fin des temps. Sainte Catherine d’Alexandrie accompagne Jeanne d’Arc. Elle est un Vivant tel que le définit saint Paul 1 Thessaloniciens 4 13 : « Nous, les vivants, nous qui seront encore là pour l’Avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui seront endormis ». Ou encore, à propos de Jean, Jésus dit à saint Pierre : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. »(31) Saint Jean est un Vivant dans le sens de Saint Paul. Les Vivants ressusciteront en dernier car les premiers seront les derniers. Ils ne devanceront pas ceux qui sont endormis. Les Vivants sont ceux qui participent du verbe comme les quatre évangélistes.

Le verbe participe de tous les plis de l’humanité. Il comporte un sens apparent et un sens caché à dévoiler en méditant. Cette connaissance sert nos rapports à la divinité, la théologie naturelle. Mais cette connaissance sert aussi la recherche de la vérité, l’observation et la transmission des savoirs.

Conclusion

Cette réflexion portait sur l’art du partage spirituel, la théologie de la nature, la liturgie et le discours ou les écrits, la recherche de la vérité dans l’intelligence, la rhétorique. L’amour de Dieu, la présence de Dieu peut se manifester dans les merveilleux des apparitions, mais aussi dans la simplicité d’une présence immédiate, comme celle des bergers de la crèche, ou comme celle que défend Halladj. Peut-être que chacun de nous peut prétendre à l’ensemble de ces chemins. Dans chaque personne se trouvent le pli du sage et le pli du berger. Les apparitions ne sont pas réservées aux rois, aux moines, à ceux qui pratiquent les privations. Les anges et les saints apparaissent quand Dieu le souhaite. Le souci de chacun reste de tourner ses vertus vers la Sagesse et la Vérité, parfois par l’abstinence. Les expériences de mort sont à proscrire car dangereuses pour la santé. Chacun est libre de faire des rapprochements entre les différentes sagesses de vivre librement dans la symbolique. J’ai apporté des interprétations à certaines métaphores dans le désir de rapprocher les sagesses pour en démontrer une éventuelle origine commune. Cette origine n’est peut-être pas le zoroastrisme. Une remarque s’impose, le monothéisme depuis ses origines trouve des réponses dans la contemplation et l’observation du monde. Cette sagesse inspire l’écriture de la prière la rédaction des textes spirituels. La reconnaissance de la divinité existe dans le souci de justice pour que l’agneau ne soit plus transpercé par l’épée, dans la majesté, auprès la Vierge enceinte en toute femme qui attend un enfant, dans les étoiles, dans le souhait de bonne santé…etc. Cela implique l’importance, dans nos rapports humains, de ne négliger et de ne mépriser aucune lumière de la sagesse présente en l’humanité et de reconnaître nos voisins proches ou lointains dans leur totalité et dans la liberté de vivre leur humanité. Le discours doit-être mesuré, chaque maille est mesurée, modérée, emprunte de sagesse, et témoigne que l’aurige conduit son attelage avec raison.

 

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(1) Les dates sont en calendrier hégirien et en calendrier grégorien. Le calendrier hégirien des musulmans se fonde sur les douze mois lunaires. Il compte 354 ou 355 jours pour une année. L’année solaire, par comparaison, compte environ 11 jours de plus. Il commence le 16/07/622 le jour où Mahomet et ses compagnons quittent la Mecque pour l’oasis de Yathrib ancien nom de Médine. Le calendrier grégorien se réfère à l’année solaire et commence avec la naissance de Jésus Christ.

(2) Le monachisme n’existe pas en islam. Mais il existe des soufis qui font vœu de pauvreté et consacrent leur vie à la prière selon le principe du Coran : « Fais preuve de patience en [ restant ] avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir… » Coran sourate XVIII de la caverne, verset 28. Ceux qui consacrent leur vie à Dieu ont un rôle de soutien dans la prière pour l’humanité. Ils encouragent, par leur exemple, à la fidélité à la prière. Mais tous les musulmans qui méditent la sagesse du prophète n’ont pas à vivre comme des soufis. Une vie de privations ne convient pas aux familles, aux travailleurs, aux étudiants, aux princes et rois ou chefs d’état… L’œuvre de Sohravardi s’adresse aux soufis mais aussi aux princes, aux imâms, aux femmes, aux enfants, aux malades et dans le respect de la place et des engagements de chacun.

(3) Abdul Qasim Hasan Unsuri Balkhi entre le 10° et le 11° siècle (mort en 1039 environ) poète perse qui serait né à Balkh aujourd’hui en Afghanistan. Il vivait à la cours du sultan Mahmud Ghaznavi.

(4) H. Corbin. Shihaboddin Yahya Sohravardî œuvres philosophiques et Mystiques, Traduction Henry Corbin Tome I, Prolégomènes p. IV.

(5) Sihabodine Sohravardi, L’archange empourpré, p 202-203.

(6) Jacques Verger, Les sciences arabes en Occident au Moyen-Âge in Dominique Barthélémy & Michel Sot, colloque : L’islam au carrefour des civilisations médiévales, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2012, p. 188.

(7) Aristote, Physique, Trad. Steven, Paris : Vrin, 1999, Livre premier, 185 b 1 30, p. 73.

(8) Aristote, Physique, Trad. Steven, Paris : Vrin, 1999, Livre trois, 207 a 5, p. 145.

(9) Jean Varenne. Zoroastre, Paris : Seghers, 1975, p 70.

(10) Ibid, p 25.

(11) GATHA AHOUNAVAÏTI, trad. Carlos Bungé, Paris : Les éditions mazdéennes, 1933, XXX, strophes 7 et 8.

(12) Sohravardi, in le Livre de la sagesse orientale, p. 91.

(13) Jean Varenne, Zoroastre, Paris : Éditions Seghers, 1975, pp. 161-164.

(14) Sohravardî. Le récit de l’exil occidental, L’archange empourpré, Fayard, p. 279.

(15)  Sohravardi, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 239.

(16) Soravardi, L’Archange empourpré, p. 203.

(17) Al-Hakim al-Tirmidhi, Le livre de la profondeur des choses, publié par Geneviève Gobillot, pp. 246-247.

(18) Al-Hakim al-Tirmidhi, Le livre de la profondeur des choses, publié par Geneviève Gobillot, p. 249.

(19) Prière du pèlerin in H. Corbin, En islam iranien, Gallimard, 1972, t 4, pp. 458-459.

(20) Coran, 21, 79-80.

(21) Coran, 34, 10-11.

(22) « Que nul ne conçoive l’ambition d’obtenir la science des secrets de ce livre sans revenir auprès de la personne du khalife qui possède la science du Livre » Sohravardi, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 232.

(23)Sohravardi, L’Archange empourpré, p. 211.

(24) Coran, 34 ; 10,11.

(25) Platon, La République, mythe de la caverne, chapitre VII.

(26) Daniel

(27)Imaginal :

(28) Jean, 19 : 26-27.

(29) Jean, 1 : 19.

(30) Luc, 1 : 26-30.

(31) Jean, 21 : 22.

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Conférence
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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 13:18

Aux limites du langage, nous cherchons le rythme spectral de l’image. Elle représente un au-delà du sens et fait signe. Pour reprendre Roland Barthes, nous dirons qu’elle elle est une matière informationnelle. Nous l’identifions, l’interprétons et lui rendons sa légende. L’image démasque l’apparence, prend alors forme d’une apparition et d’une parole vivante qui s’adresse à nous, à nos profondeurs. Une identité visuelle permet de lire la structure morphologique d’un lieu. Nous pouvons nous le figurer et l’en-visager. Nous passons à la fois par une image médiatrice et visitons sa signalétique. Un pur signe graphique nous conduit à une figuration réaliste. L’iconicité se situe entre l’abstraction et un réalisme optimum. Le dessin fait irruption dans le réel pour en accroître le sens et la narration. Ainsi, par l’image religieuse, nous abordons un imaginaire commun et nous nous approprions l’espace, un contexte et une dynamique universelle. Le signe dénude une réalité, délie une présence qui s’accomplit comme un chant sous l’œil contemplatif. A ce titre, je cite Monique Goalou : « L’Un est inaccessible à l’expression, à la réalité. Ce vide crée un désir, une expression négative, imaginaire, un rêve. Mais pas n’importe quel rêve. Ce vide crée un rêve qui n’est pas impasse, fuite, éloigné du monde ; un rêve qui est synonyme de recherche de l’Un, d’unité, d’amour ; un rêve qui est une mystique. Par l’amour, ce rêve devient concret, charnel, Assemblée. » L’icône est empreinte de lumière et restitue les traces de l’invisible comme le Saint Suaire de Turin. Elle est éclairée de l’intérieur et en cela, l’icône révèle. En elle, le modèle est fétichisé dans une fable indéchiffrable. Celui qui la regarde est-il alors encore sujet ou totalement annexé par la plénitude et la béatitude ? Les traits de l’icône dessinent l’accès au divin par des lignes de force maîtrisées. Le peintre rassemble la diversité de notre humanité dans une épure sensible et révélatrice. La réalité immédiate devient intrinsèquement surnaturelle par un signe. L’image re-con-nue devient alors un paysage natal sur une échelle imaginaire verticale. Je cite Monique Goalou : « Cette icône a disparu, mais le geste symbolique de la caresse s’est répandu dans l’art de l’icône. Ces figures de l’iconal, gestes de tendresse, larmes, caresses sont des signes de l’humanité dans la divinité. » Gardienne du Mystère, l’icône répond aux questions que nous posons aux fées et son secret devient un reposoir. C’est une chair spirituelle qui fait irruption dans la matière. C’est une lumineuse éclosion des correspondances où le monde fait corps avec le signe qui l’émet. Dans cette écriture divine, nous partons dans une alphabétique aventure. Lorsque l’icône libère sa présence, nous possédons une éminente nomination. L’icône nous dévoile une face douée d’une brillante lucidité éprise du vivant et du visible. Le souffle divin cherche là sa propre résonnance dans une patience mûre. Le spectateur est face à l’icône dans une parenté de lumière, le mystère devient alors transparent et nous accédons à la douce lueur du secret qui nous regarde. Les larmes sont une figure de l’iconal. Elles retiennent la Lumière et nous redonnent une face d’homme. Nous sortons de nous-mêmes et de la sphère de la question pour entendre une réponse infinie et découvrir une civilisation verticale et sacrée. Nous éprouvons là notre propre essor. L’Enigme nous fonde dans sa parole et promesse originelle, nous habitons alors le Mystère qui nous enveloppe de silence. A travers l’icône, nous nous rendons à lui. La réalité devient celle de notre origine et la vérité s’immisce et dessine notre destinée. Devant l’icône, nous trouvons marque de notre initiation à l’existence et devons nommer notre nature véritable pour la rendre possible et vivante. Au prisme de l’icône, nous enracinons notre symbolisme le plus fertile et nous ouvrons aux voies divines. Je citerai cette phrase de Léo Hartong « Aimez le mystère au lieu de résoudre l’énigme ». Lorsque nous sommes éveillés à la rumeur de l’Enigme, nous pouvons accueillir le Mystère et laisser advenir sa poésie.

Anne de COMMINES

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 13:26

Introduction

Pour lutter contre l’extrémisme et les pensées binaires de notre époque, le rejet du corps, de la poésie, de l’image, du discours, des études et lutter pour éviter à l’intelligence d’être séparée de la vie, un outil philosophique se trouve à notre disposition : les écrits du shaykh al–Ishrâq (c.a.d. le maître des lumières), Shihâboddîn Yahya Sohravardî.

Une première problématique doit être relevée. Si Sohravardî reconnait comme preuve de foi en Dieu les expériences visions et apparitions son objectif est de fonder en raison la présence de Dieu au monde. Sohravardi, s’intéresse aux sciences et à tous ce qui fait les connaissances de son époque. La métaphore scientifique de son travail accompagne la métaphore naturelle, la métaphore littéraire mythique et poétique, la politique, l’outil philosophique, les anciennes sagesses religieuses, le Coran… Il fonde l’existence de l’homme en raison avec tous ses plis :

« …qu’il entreprenne à son tour les exercices spirituels et qu’il se mette à l’école des maîtres de la contemplation mystique… extase … de voir la Lumière qui effuse dans le monde Jabarût, et verra-t-il les anges du Malakût et les Lumières qu’ont contemplées Hermès et Platon, les flamboiements célestes, sources de la lumière de Gloire (khorra en avestique Xvarnah). C’est d’elle que nous informe Zoroastre. C’est vers elles qu’une extase entraîna le souverain véridique, le bienheureux Kay Khosraw, qui en eut alors la vision directe »[1].

La sagesse de Zoroastre[2] est la recherche de la bonne pensée, Lumière nécessaire pour que les lumières qui en découlent puissent s’éveiller : « Non, je voudrais par elles (les lumières) provoquer un réveil. Les témoignages qui nous viennent des livres et ceux que nous tenons des propos des Anciens Sages sont innombrables »[3].

Le mouvement régulier et mathématique des sphères implique d’être géomètre pour prendre le chemin des mages de l’Ancien Iran: « […] dans leurs mouvements, dans les proportions de leurs mouvements, dans les oppositions de leurs astres et de leurs rapports, imitent les proportions existant entre les réalités spirituelles et entre les rayonnements des Lumières archangéliques »[4]. Les sphères ont des mouvements qui sont le moulage des intelligences célestes : « […] les astres progressent, au cours de leurs périodes et de leur cycles, en obéissant aux relations entre les Intelligences archangéliques, à celles du moins qu’il leur est possible d’imiter. Puis ils recommencent »[5].

En cela Sohravardi suit le conseil de Platon quand il écrit dans La République : « Mais ce qu’il faut examiner, c’est l’ensemble de la géométrie, dont la portée est plus considérable, de manière à voir si elle peut de quelque manière tendre vers ce but supérieur : parvenir à faire distinguer plus facilement la forme du bien »[6].

La connaissance de la géométrie se trouve liée à la recherche du bien. Or la bonne pensée est un des principaux soucis de Zoroastre : «

Sohravardî comme musulman ne nie rien de l’humanité, il pense la résurrection mais la dernière sphère y participe comme miroir qui permet de tourner l’âme vers Dieu. Elle est l’origine à partir de laquelle vont se déployer les autres ciels pour exprimer le spirituel. Tout de suite, il me semble important de préciser que la recherche de la sagesse ne s’oppose pas à la hiérarchie religieuse. L’intelligence se déploie dans le respect du rôle de l’imam : « Que nul ne conçoive l’ambition d’obtenir la connaissance des secrets de ce livre sans revenir auprès de la personne (shakhs), du khalife qui possède la science du Livre. »[7] Le livre avec un L majuscule veut dire le Coran (puisque Sohravardî est musulman). Dans le respect du Coran et des savoirs, de l’autorité de la hiérarchie religieuse, les méditations de la sagesse orientale sont possibles.

Pourquoi le thème des étoiles accompagne Sohravardî ? Quand la lumière du soleil s’éteint apparaissent les étoiles. Le système de Sohravardî n’est pas centré et les sphères multiples se répètent. Les influences célestes ont autant de centres que d’étoiles qui sont comme des mères. Ce sont les anges et archanges des hiérarchies célestes. Les signes lumineux de ces forces apparaissent la nuit.

Dans l’œuvre de Sohravardî, l’existence au monde de l’homme entier se tourne vers la divinité. Pour cela, il crée une sagesse qui va constituer un existentialisme spirituel. Comment faire les liens entre les différents plis de notre humanité. Sohravardî offre des clés à la rhétorique, et des richesses pour la poésie, du pain pour la liturgie. Pour nous écrivains, rédacteurs, enseignants… ce sont des richesses qui permettent d’entrer dans la relation à l’autre, l’incitation à la réflexion en respectant ses origines.

Comme un miroir, l’intelligence a une dimension charnelle qui participe de la divinité, dans l’œuvre de Sohravardî. Les écrits de Sohravardi concernent entre autres la formation des imams et des princes mais elle s’adresse à tous. Les femmes, les enfants et les malades y sont associés. Sohravardi s’intéresse à la religion mazdéenne pour cultiver une certaine aura de la personne appelée à parler au peuple. La deuxième problématique de l’œuvre de Sohravardi montre comment vivre les relations humaines en poète dans le respect et la liberté de l’humanité. La rhétorique relationnelle a pour prétention de ne négliger aucun pli de l’existence. Deux problématiques se dégagent celle des rencontres avec le spirituel dans des visions et celle de l’existentialisme et de pensées liées à la vie. Les fantômes se manifestent peut-être mais l’observation du quotidien et l’intelligence sont les premières et vraies manifestations de Dieu selon Zoroastre. Au XIIe siècle, une contemporaine de Sohravardi, Hildegarde de Bingen, écrit inspirée de ses visions. Ses recettes médicales, la musique qu’elle compose et ses conceptions de l’univers, la morale qu’elle défend, donnent une place spirituelle à l’humanité et prouvent que l’intelligence de la nature ne se dissocie pas de l’existence en Dieu. Elle rejoint l’intelligence des contemplations de Sohravardi. Deux problématiques se dégagent. Les lumières ne s’opposent pas à la raison. Elles l’éclairent dans un existentialisme spirituel. Les textes de Zoroastre modèrent par leur sagesse le désir de Sohravardi de sortir de son corps, son recours aux privations pour accéder aux lumières. La présence spirituelle se réalise dans la vertu selon Zoroastre et non dans la magie.

Les citations sont prises dans :

Le livre de Shihâboddine Yahyâ Sohravardî. L’archange empourpré, traduction d’Henry Corbin, Paris: Fayard, 1976.

Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, traduction Henry Corbin.

Hildegarde de Bingen, Scivias « Sache les voies » ou livre des visions, trad. Pierre Monat, Éditions du Cerf, 1996.

Jean Varenne, Zoroastre, Paris : Seghers, 1975.

I Le milieu intellectuel de la pensée de Sohrawardi

A La Sagesse orientale

1Quelques éléments de biographie de l’auteur, son projet philosophique :

Sohrawardi est né à Sohraward, en 549/1155[8], et il meurt à Alep, en 587/1191. Son nom est Sihab al-Din abul’-futuh Yahya B. Habas b. Amirak al-Suhrawardi. Il est parfois nommé al-Maqtul, en mémoire de sa mort violente par décapitation et pour dire en même temps qu’il n’est pas un témoin de la foi. Mais il est considéré rapidement comme un martyr. Certains se diront ses disciples et l’appelleront martyr. Ses commentateurs, comme Molla Sadra, le nommeront « Sahib al-Israq ». Et ce nom seul lui est resté.

Sohrawardi est célèbre pour ses discours en similitudes. Ses romans d’initiation permettent le dévoilement, accès à la connaissance, par des insinuations subtiles. Dans les Talwihat, l’allégorèse ne peut pas être systématique. L’interprétation est toujours à reprendre. L’intervention des motifs de l’épopée iranienne permet au « roman d’initiation » sohrawardien de se rattacher à une tradition littéraire. La mystique présente un autre motif qui sort de l’histoire et de la tradition et permet de prendre conscience de l’idée d’Orient et d’Occident spirituel dans l’œuvre d’Avicenne, des soufis[9] et de Sohravardi. Ce motif vient d’un poème d’Unsuri[10] (né en 441/1049). Ce motif est celui d’un « Archange couleur pourpre[11] » que l’on retrouve dans un récit de Sohrawardi[12]. Unsuri met deux couleurs, blanches et ténébreuses, aux deux ailes de Gabriel, rappelant le roman épopée d’amour mystique où la couleur rouge de l’Amant se joint à la couleur blanche de l’Aimé. L’Amant est l’Occident, ce qui nous rattache à la terre et au rouge (le sang de l’amant). Et la Lumière d’Orient est le blanc. Quand elle entre dans la terre, elle devient rouge. Le soleil se lève et le soleil se couche sur la terre, la fécondant chaque jour. De même, les archanges montent et descendent du ciel, sans fin. Ils sont la lumière qui nourrit la terre de nos âmes. Les anges conduisent nos âmes, sans fin, de l’Orient à l’Occident. Le terme d’Orient désigne les anges, « la lumière archangélique[13] ». La sagesse a donc un sens large qui désigne autant le cheminement vers le spirituel que le cheminement logique de raison et d’intelligence. L’Occident ne prend pas ici le sens de la raison, ni de l’intelligence, ni de la chair, mais celui du lieu de l’épiphanie. Et cette incarnation se fait dans tous les plis de l’humanité. Dans ce cas, le corps, la logique, autant que l’intuition, l’imagination… deviennent le lieu d’un ange. Or, au Moyen Âge, en Occident autant qu’en Orient, l’ange est le chemin qui nous conduit à la perfection. Il est comme lumière qui comble le lieu entre l’humanité et ses plis et la divinité. Ainsi, par les anges, les plis de la personne vont rayonner la présence de la Lumière comme une étoile. Il existe plusieurs courants gnostiques au deuxième siècle après J.C. Les textes de Sohravardi reprennent le thème gnostique[14] des âmes divines emprisonnées dans un corps matériel. Mais Sohravardi n’a pas pour fin d’épuiser le corps pour dévoiler l’âme mais au contraire de suggérer la vertu et le rayonnement de l’humanité pour qu’elle soit le miroir, conscience de la présence de Dieu au monde. La personne devient lumineuse comme l’étaient les prophètes ou sages mazdéens.

Sohravardî est né en 549/1155 dans une ville qui n’existe plus Sohravard. Elle se situait au nord-ouest de l’Iran près de la mer Caspienne. Les montagnes proches ont été des zones de résistance du mazdéisme. Après la conquête musulmane au IVe/Xe siècle le sentiment national iranien reste lié à la religion de Zoroastre.

Le Mazdéisme, religion iranienne doit son nom à son dieu principal Ahura-Mazda. Le livre sacré du mazdéisme est l ’Avesta. Le zoroastrisme est une réforme du mazdéisme et reste actuellement une religion pratiquée. Pour cette religion très ancienne peu de textes ont réussi à traverser les millénaires. Sohravardî en faisant référence aux noms des anciens anges qui l’animaient protège la mémoire de ces anciennes connaissances spirituelles qui constituent une part importante de sagesse et qui hélas sont persécutés et massacrés aujourd’hui encore. Les Yézidis font l’objet d’articles de Christophe Lamphalussy dans le journal La libre le 12 septembre 2014 par exemple ou plus poignant encore dans La Libre du 14 10 2014 L’Etat Islamique avoue livrer les jeunes Yézidies à l’esclavage. La religion zoroastriste porte le nom du réformateur Zoroastre. Zoroastre va faire passer le mazdéisme à une religion monothéiste. La sagesse du monothéisme intéresse Sohravardi. Les divinités secondaires deviennent des ciels entre le premier moteur qui enveloppe tout et l’homme. La beauté et la grandeur de Dieu, ses multiplicités, se réfléchissent et se transmettent dans l’espace tridimensionnel de l’esprit de Sohravardi.

2 L’influence manichéenne existait encore au XIIè siècle. Le Dênkart[15], le Skand Gumânîk Vicâr[16] paraissent pour s’opposer au manichéisme. Au début du IV/X siècle la littérature et le prosélytisme manichéen sont persécutés et l’Eglise de Mani abandonne Bagdad pour Samarkand. Les luttes entre mazdéisme et manichéisme avaient quitté la réfutation intellectuelle pour les armes et le sang. Le nombre de réfutations entre mazdéisme et manichéisme baissent au IVe siècle.

(Voici l’exemple d’une réfutation : "(Les chrétiens) disent que le Père, le Fils et l'Esprit sont trois "noms" qui ne sont ni séparés l'un de l'autre, ni antérieurs l'un par rapport à l'autre. Mais alors, si le Fils n'est pas moindre que le Père, étant en toute chose égal au Père, pourquoi leur donne-t-on des noms distincts ? Si c'est chose possible que trois égale un, il est certainement tout aussi possible que trois égale neuf et neuf égale trois, et on peut dire autant indéfiniment des autres nombres. En outre, si le Fils n'est pas moindre que le Père, c'est que le Père n'est pas plus que le Fils ; dans ces conditions doit-on dire que le Père procède du Fils ou que le Fils ne procède pas du Père ? Il est bien certain que tout ce qui procède d'un autre, qui est sa matière séminale, doit être moindre que celui-ci, qu'il s'agisse d'une relation dans le temps, ou d'une relation à l'origine. Si le Fils n'est pas moindre que le Père, c'est que la cause n'est ni antérieure, ni supérieure à l'effet ; on pourra dire que l'une et l'autre sont des Principes, que la créature n'est pas moindre que le créateur, et le créateur n'est pas plus que la créature : ce qui n'est pas tenir compte des définitions. En outre : si le Fils est, en toute chose, semblable au Père, c'est que le Père est aussi ignorant que le Fils, lequel ne connaissait pas l'heure de sa mort et de sa crucifixion avant qu'on ne l'eût pris pour le frapper de male mort, d'opprobre et d'horreur. Quand on lui demanda : "Quand sera le jour de la résurrection ?", il n'en savait rien et il répondit : "Cela nul ne le sait, sinon le Père" (Mt 24,36 ; Mc 13,32)".

Extrait de Skand Gumânîk Vicâr, la solution décisive des doutes, par P.J. de Menasce, Fribourg, 1945, pp 213-215) Je note cette réfutation mazdéenne du christianisme car les arguments sont maladroits : aucun langage ne peut saisir Dieu, comme toute personne ; la trinité ne s’inscrit pas dans le nominalisme ni dans un raisonnement analytique ; la paternité s’inscrit dans le progrès, dans l’effort pour avoir des enfants plus grands que soi ; Dieu ne s’inscrit pas dans le temps mais dans la liberté de l’amour. Cette critique permet de ressentir l’immensité de la responsabilité de nos actes envers nos enfants)

3 Le projet de Sohravardî est de « ressusciter les anges de l’ancienne Perse ». Il ne le fait pas dans le but de relancer le mazdéisme ; mais de voir dans la physique et dans l’étude des corps des émanations des anges célestes. Ce n’est que depuis l’époque classique du XVIII siècle que l’Occident pense la physique comme une science séparée. Le dévoilement spirituel passe par l’étude des arbres des palmiers[17]… Et les reflets sur les surfaces brillantes favorisent la rêverie et la méditation, le chant des oiseaux aux saisons de la reproduction symbolise la relation aux autres dans l’amour qui passe par le langage. Car l’amour ne concerne pas avant tout la sexualité mais toutes les nécessités de la vie associative, toute cette sagesse qui permet de vivre ensemble. Les modèles scientifiques deviennent des anges, des lieux d’intelligence. Les disciplines des sciences arabes se divisent selon al-Fârâbî (339/950) en « six branches : la science de la langue, la science de la logique, la science mathématique (où aux quatre disciplines classiques du quadrivium – arithmétique, géométrie, astronomie et musique – viennent s’ajouter la perspective et la science des poids et mesures, ainsi que l’algèbre et les mathématiques appliquées), la science naturelle ou physique, prolongée par la théologie naturelle ou métaphysique, et enfin la science morale et politique »[18]. L’enseignement de Sohravardi appartient à la théologie naturelle ou métaphysique. Henry Corbin emploiera le mot métaphysique et sera mal compris. Ce mot laisse entendre qu’il existe deux mondes. Or l’onthologie de Soravardi ne conçoit pas de séparation. Le monde matériel dévoile l’intelligence de la sagesse de Dieu qui se prolonge sans discontinuité dans toutes les sphères et ciels retenue parfois dans des formes en suspens. Les citadelles en suspens se réfléchissent dans les miroirs de l’intelligence, l’imagination. La « théologie naturelle » permet la connaissance de soi et des autres, de la nature qui sont les trois ensembles de signes de la divinité et ouvre les portes de la relation. Cette science peut se rapporter à la rhétorique, l’art du discours et a pour fin la politique et la morale nécessaires aux institutions humaines.

B Les modèles de Sohravardî

1 Les Récits

Artiste anonyme, Zodiaque du prince Iskandar-Sultan, Londres Wellcome library, London. Illustration du livre de Rarîd-ud Dîne Attar, Le cantique des oiseaux, éditions Diane de Selliers, 2014, site editionsdianedeselliers.com.

Le livre de l’Archange empourpré se présente sous forme de récits. Ces récits véhiculent une sagesse. La forme poétique du récit existe au Proche Orient avant Sohravardi et notamment chez Avicenne (X° siècle) Avicenne influence Sohravardî (XII°) sur l’importance de la connaissance de l’intelligence de soi et des autres.

L’ange de Tobie, du peintre Hossein Naqqâsh, École moghole, vers 1590, Musée Guimet, Paris.

L’éducation des princes comportait des récits qui permettaient de suivre les itinéraires nécessaires à la sagesse, et une pensée indépendante ayant son autonomie intellectuelle et spirituelle. La connaissance des points communs de la pensée, les « rêveries de la forge » selon l’expression de Gaston Bachelard, se faisait dans des contes symboliques. Pour Sohravardi les images ne sont pas communes anatomiquement mais appartenant aux sphères qui unissent la divinité à l’humanité. L’attraction entre les personnes se compare avec les forces qui régissent les astres, elle passe par la prise de conscience du spirituel. Ces modèles stellaires se reproduisent dans les relations car ils participent tous d’une même intelligence, celle de Dieu.

2 Intermédiaires et proximité

« Bien que les êtres intermédiaires soient plus proches de nous quant à leur causalité et par leurs positions médiatrices, cependant les plus éloignés de nous dans l’ordre de la causalité sont aussi les plus proches, à cause de la puissance de leur épiphanie (zohûr), si bien que le plus proche de tous est la Lumière des lumières. Ne vois-tu pas que s’il y a du noir et du blanc sur une même surface, la blancheur parait plus proche de nous, parce qu’elle est assortie à la manifestation ? Ainsi le Premier Être est à la fois en la plus haute des hauteurs et en la proximité la plus proche. Gloire soit à celui qui est le plus lointain de tous les lointains en raison de la hauteur de son rang, et le plus proche de tous les proches en raison de sa Lumière omniprésente et d’une puissance infinie »[19].

La démarche de Sohravardi se différencie de celle d’Avicenne dans son souci de prise de conscience du spirituel. Il n’y a pas de discontinuité entre les Intellect agent, l’intellect et la divinité dans l’œuvre de Sohravardî. Dans l’emboitement des ciels et leurs interférences sur l’existence quotidienne, Dieu prolonge sa présence jusque dans les plus humbles parties de la vie, comme la lumière ondule entre lumière et nuit sagesse et beauté. Entre les tours de nos constructions intellectuelles, la sagesse de Dieu descend jusqu’au sol[20]. Même sans instruction, la sagesse éclaire le cœur. Les liaisons les plus longues sont les plus riches en énergie comme dans la théorie des cordes, comme dans l’hermétisme. L’idée de la proximité de Dieu, de sa relation à l’homme la plus intense se fait sans intermédiaires. Le plus lointain comme premier Être est aussi le plus proche en raison de l’intensité de sa lumière comme le blanc est la plus lumineuse des couleurs en raison de la richesse des longueurs d’onde qui la compose.

3 Le modèle des ciels

Sohravardi reprend les ciels multiples d’Aristote de la tradition des péripatéticiens[21] que l’on retrouve avant lui dans l’œuvre d’Avicenne.

« Il était une fois un lapidaire qui possédait une pierre précieuse. Il voulut exercer sur elle son art. De ce joyau, il fit un bol, quelque chose comme une sphère. Du surplus qu’il avait extrait de la pierre précieuse pour tailler le premier bol, il fit de même, à l’intérieur du premier bol, un autre bol. A son tour, du surplus qu’il avait extrait pour tailler le second bol, il fit un troisième, ainsi de suite jusqu’à neuf bols. Après cela, des copeaux de ces bols (successivement taillés) il fit un joyau et l’inséra entre deux robes. De l’étoffe de ces deux robes, une pièce n’avait aucune couleur tandis qu’une autre inclinait quelque peu vers la blancheur. Il fixa ce joyau au milieu du bol. Puis il donna de l’éclat au premier bol. Sur le second bol il peignit un grand nombre d’oranges et disposa sur celles-ci de l’or. Sur le troisième et le quatrième bol et ainsi de suite jusqu’au neuvième, il peignit sur chacun une orange. Après cela il jeta ce bol orné au tournage ; le bol tournait de gauche vers la droite, tandis que les oranges qui étaient sur chaque bol tournaient de la droite vers la gauche, de sorte que si quelqu’un regardait par le milieu du neuvième bol pour voir le premier bol, il penserait qu’il s’agit d’un seul et même bol, et que toutes les oranges ont été peintes sur un seul et même bol. »[22]

Les bols sont transparents et ils seraient appelés de nos jours orbites. Ils sont donc invisibles comme les orbites stellaires. Le bijou qu’il insère entre deux robes correspond à l’homme vêtu d’esprit(les ciels) et de chair. Les neuf bols sont les sept planètes du système solaire et leur ciel qui correspond en astronomie contemporaine à l’orbite, plus l’orbite de l’étoile Soleil et le neuvième bol est la voute céleste de l’ensemble des galaxies qui ne tournent pas dans le même sens, les signes du zodiac.

Les voiles sur lesquels se projettent la divinité (les bols peints) constituent les preuves de cette présence. Les éons d’or viennent éclairer l’ombre en corpuscules et en divinités présences au milieu du monde. Le modèle d’une création non centrée de l’Univers chez Sohravardî s’oppose au modèle centré des ciels multiples tel que le décrivent Aristote et Avicenne. Les écrits de Sohravardî décrivent de multiples mères qui sont autant d’étoiles et influencent l’existence. Alors que la voute céleste du monde sensible s’arrêtait à la Lune pour Aristote et Avicenne, chez Sohravardî le monde de la matière va jusqu’au 9° ciel sur lequel se projette la pensée spirituelle.

« Les péripatéticiens ne reconnaissent pas les illuminations comme la cause de la multiplicité des proportions lumineuses. La vérité est que les mouvements des astres, vue la multiplicité de leurs états, n’existent que répondant aux proportions d’irradiations et de lumières qui préexistent dans les Aimés… »[23]. La découverte des lois de l’attraction, de la gravité, des forces qui régissent les masses dans le vide n’ont pas encore été posées mais Sohravardi en a l’intuition. Il fait de l’attraction gravitationnelle l’amour en vérité et en métaphore. L’amour se fait donc domination comme dans le mouvement des planètes autour des étoiles.

Le mouvement des astres ne décrit pas un cercle dans la mesure où il subit l’influence de planètes ou d’autres astres. Il décrit des ellipses. D’où la présence de plusieurs centres de gravité. Les ciels se limitent au nombre de dix dans l’œuvre d’Avicenne comme si les lumières étaient moins complexes que le monde sensible.

Sohravardi décrit l’intelligence avec les sphères multiples d’Aristote[24] et le modèle des ombres dans la grotte de Platon.

« Cependant la secte des Péripatéticiens reconnait les merveilles de l’ordonnance dans les barzakhs. Et pourtant, ils limitent le nombre des intelligences à dix […] Mais, tout cela est faux. […] les merveilles des relations [intellectives], se présentent avec une complexité qui dépasse ce qu’elle est dans le monde des Ténèbres ; celui-ci, plutôt, en est l’ombre »[25].

Cette phrase est intéressante car le monde physique devient une projection une ombre. Il a perdu ses n dimensions pour n’être plus qu’à trois dimensions. Nous sommes dans la fameuse grotte de Platon, la grotte étoilée où les choses se projettent sur la paroi de la grotte de trois on passe à deux. Mais Platon, comme nous, ne considère pas le nb de dimensions mais la projection. La projection constitue l’interface entre l’âme et l’existence dans un prolongement un peu comme un vêtement fait partie de nous. L’âme se conçoit comme une enveloppe extérieure.

« il faut donc que ce corps qui entoure, qui est indivisible, simple, homogène, soit quelque chose dont on peut supposer les parties que par la pensée, et dont il ne peut… Tout ce qui s’en trouve proche, cela sera le haut. Inversement, ce qui est le plus en bas n’est ailleurs qu’à la limite extrême de l’éloignement par rapport à elle, c'est-à-dire le centre. Voilà donc ce qu’il en est du corps enveloppant »[26] Sohravardi prend un objet de la raison, l’enveloppe, comme modèle pour exposer sa pensée.

Description figure 4

Hildegarde de Bingen, Liber divinorumoperum, Codex latinus 1942(vers 1230), Lucques, Bibliothèque d’Etat (vision 4, fol. 38).

Au Moyen-Âge la terre était considérée comme ronde.

4 L’influence manichéenne, modèle du jour et de la nuit :

Les manichéens pensent le monde comme Lumière et ombres. Ils sont une influence de Sohravardi.

Éon, terme manichéen issu du mazdéisme, désigne la sagesse et la perfection, les saints. Pour les Mazdéens, l’éon sert à désigner l’atome spirituel par similitude avec l’atome de la matière. Les Éons constituent l’émanation du bon présent dans chaque atome de matière. Le sens manichéen ne s’oppose pas au sens mazdéen d’émanation primitive de la lumière

Notre capacité logique, notre capacité inventive ou d’intelligence… construisent des ombres projetées sur la grotte de notre humanité entre ces ombres passe la lumière amoureuse de Dieu les éons qui découpent l’ombre. L’objectif consiste à sortir de la grotte et de la projection. Mais la prise de conscience passe par les projections. La silhouette de nos villes spirituelles se détache entre la lumière des éons :

Éons

Parcelles de lumière

Pluie de lumière

Éons, atomes

Présence dans les rayons solaire

Les mouvements d’énergie dansent,

S’accrochent à la matière

Subtile qui souffre et qui pense

Infime, vole dans l’éther.

De ma lumière, je me souviens.

Sur l’astre éteint éclipsé

La lumière repart et revient.

Larmes et Désirs, sombre Gypse

La matière géométrise l’ombre.

Âme oubliée, enfant perdu

Bancs de sable côtoient l’archonte[27]

Le chant aux rythmes ardus.

Intelligence aux larmes luminaires,

Transpercée, gouttes douloureuses

Chérubins gouttes numineuses

Larmes reflets de terre et d’air.

Étincelles portes du ciel, présence des éons

Détourné du chagrin pour la connaissance

Regard vers le jardin parcelle de faïence,

Éons lucioles dans l’azur en tourbillon.

5 Le lien entre le système géo centré et l’intuition de la relativité de Sohravardi

Avant la prise de conscience des référentiels par Galilée, l’interprétation occidentale d’Aristote fait de Dieu le premier moteur des dix ciels qui éloignent l’homme de la divinité.

Fig. 1 Système de Ptolémée la terre est au centre. La connaissance de Dieu passe par l’étude des différents ciels du monde physique, des étoiles et par analogie de l’intelligence. Les anges sont comme les étoiles et peut-être sont-ils assimilables aux étoiles. Le repaire serait le lieu de l’observation.

Fig 2 Cette analogie est-elle possible avec le système de Nicolas de Cuse (1401-1464) tel qu’il a été interprété ? Pour Nicolas de Cues le centre du monde est partout. Dieu est partout. Le soleil avait mis du désordre dans notre perception du monde. Le soleil n’est pas Dieu. L’erreur des Égyptiens d’avoir eu une vision du monde avec pour origine le soleil. Le monde Égyptien n’est pas centré sur l’observateur. Cela n’est pas une erreur à condition de ne pas faire du soleil l’origine de la divinité mais seulement l’origine de la réflexion sur la nature. Cette erreur a conduit à l’animisme Égyptien. Or L’occident avec le système non géo centré de N. de Cuse (Nicolas Krebs, 1401-1464)[28] ouvre la voie scientifique au système de Nicolas Copernic (1473-1543) qui est une dérive malheureuse de l’intuition de Nicolas de Cuse, l’héliocentrisme. Galilée ou Galiléo Galilei (1564-1642) de son vrai nom adopte l’héliocentrisme. Apparait la notion d’espace galiléen en hommage à Galilée. L’espace galiléen est animé d’un mouvement rectiligne uniforme. Il est homogène et isotrope structure et homogénéité restent les même quelque soit l’orientation observée. Un système non homogène, par exemple les variations d’indice de l’eau pour la lumière comme pour le son, implique la prise en compte de points et lignes remarquables ou surfaces limites remarquables où la propagation change, où des phénomènes de réflexion entrent en jeux. Alors le système n’est plus galiléen.

La courbure non sphérique des orbites des astres que Sohravardi appelle ciels va lui suggérer l’influence d’autres mondes sur les hommes. La pensée de Sohravardi observe le système géo centré dans la mesure où il sert de modèle au rapport des hommes dans l’univers. C’est à partir de l’homme qu’il pense le monde. Et pour l’observateur aujourd’hui encore l’univers nous est accessible depuis la terre. L’outil de Ptolémée et les systèmes géo centrés ne sont pas obsolètes depuis l’invention de la relativité. Les décentrements que l’intelligence opère pour décrire les objets du monde permettent ensuite de revenir à l’humanité plus riche de savoirs. Cette démarche correspond au voyage des oiseaux : la capacité de se déplacer en esprit, de se mettre à la place des autres ou de penser le monde depuis d’autres points de vue pour ensuite revenir à soi plus riche. Voir le monde depuis le ciel, comme un oiseau, de plus loin, de plus haut…

La notion de relativité existait au Moyen-âge dans les écrits de Sohravardi : dans Un jour avec un groupe de soufis[29], il prend l’image de la variation du référentiel pour expliquer les différentes positions des observateurs. Le ciel est fait de la conjonction de plusieurs mouvements. Il prend un mobile, comme une boule, et un milieu mouvant, la planche que l’on tire. La boule a un mouvement inverse à celui de la planche. Et suivant la place d’observation, suivant le référentiel l’observation ne sera pas la même.

6 Le modèle de l’hermétisme

L’ange

L’hermétisme[30] ne se veut pas abscond mais messager. Hermès, comme messager des dieux, apporte la sagesse dans l’existence poétique. Vivre en poète permet tout simplement de vivre sans que les dieux ne soient séparés des hommes.

« On suspendait à un astre toute une hiérarchie d’êtres, depuis l’ange jusqu’au minéral, dont les propriétés étaient censées en rapport, en sympathie avec cet astre. Le savant qui connaissait ces séries était évidement le maître de la nature. »[31]

La théorie des cordes semble s’inspirer de l’hermétisme. Ce qui n’est certainement pas vrai mais montre que l’observation en sciences humaine rejoint l’observation et les modèle scientifiques.

Le barzakh

Pour simplifier, on peut considérer deux formes de l’hermétisme, l’hermétisme savant optimiste, l’hermétisme savant pessimiste. L’optimiste montre un dieu démiurge du monde, le monde est un ordre qui conduit à l’adoration d’un Dieu démiurge. L’hermétisme pessimiste voit le monde comme mauvais en désordre. Dieu n’en est pas le démiurge. Dieu sera au dessus du monde hypercosmique. Il est donc important de fuir la matière. Sohravardi n’est pas hermétiste mais sa pensée s’en inspire. On trouve les deux tendances dans l’œuvre de Sohravardî : d’une part un retour à l’animisme qui ne sépare pas Dieu du monde, un éloignement de Dieu mais avec les anges comme intermédiaires et mères des choses. Sohravardî trouve dans l’ordre du monde et des étoiles des reflets de la face de Dieu ce sont les barzakhs. La contemplation du monde conduit à Dieu. Ses propos pessimistes sur le corps et la matière permettent à l’intelligence de dominer l’esprit et en être les « vertus ». Le corps est une prison pour Sohravardi :

« Je suis retenu prisonnier dans le pays d’Occident… J’ai sangloté, j’ai imploré, j’ai soupiré de regret sur cette séparation. »[32]

Poème Barzakhs :

L’existence s’agrandit en se tournant vers la lumière

Les lumières enveloppent et se répondent

Tournées vers l’Un, croisées vers l’Autre.

Les beautés de sagesse sont figées dans les ciels.

Elles sont toutes dépendantes de la première Sagesse

Mais, dans leur ciel, indépendantes

Depuis l’Un, elles sont lumineuses planètes car l’Un les éclaire

Depuis les lumières plus éloignées, elles sont sombres.

Bancs de sables entre deux milieux la mer profonde et la terre

Elles annoncent la terre et le retour espéré

Rencontre dans la lumière parfaite de l’Un.

Ces présences d’ombre balisent le chemin de la sagesse

Et Sohravardi les appelle des barzakhs en imaginal d’étoiles.

Les barzakhs forment une échelle qui permet de se mettre en présence de Dieu, de la Vérité. Cette échelle intensifie l’existence, l’éclaire progressivement.

L’imaginal

Qu’est-ce que l’imaginal : l’imaginal avec la figure de « l’iconal » montrent les vertus du monde dont la face s’éclaire quand elles sont tournées vers Dieu. L’imaginal correspond à la lumière de la nature et de la matière. L’icônal montre à la présence de Dieu dans l’humanité. Ces deux figures littéraires ouvrent les portes de la présence de Dieu en sagesse, de la joie en Dieu en amour. L’imaginal et l’iconal sont des signes-reflets de la divinité dans la matière : « Il est en premier lieu l’apparent. Il est en second lieu l’intérieur, Il est en troisième lieu le signe. (voici les cercles) »[33]. L’apparent conduit à l’Indicible.

C Nous allons faire un peu de philosophie :

Philosophie et sagesse passent par la poésie dans la pensée orientale et iranienne. La sagesse ne se conçoit que dans le quotidien de l’existence. La discipline de « théologie naturelle »[34] fait référence à la vie. L’intelligence et la vie se rencontrent dans le regard du poète qui sait voir le merveilleux et la souffrance. La « théologie naturelle » ne se conçoit pas dans une ontologie mais dans l’ontique[35]. La poésie investit l’existence dans le devenir pensant de Martin Heidegger. La poésie ne se constitue pas d’attributs mais d’actes d’existence dans l’usage du verbe « ser » portugais qui pourrait se traduire par exister. Le verbe « estar » désigne l’essence. L’existence, le travail permettent d’élargir les limites des matières de l’existence.

Les ponts aux ânes sont des méthodes expérimentales qui permettent d’éviter les langages et leurs formalismes. La philosophie et la poésie peuvent servir d’outil pour entrer dans le mode de penser oriental sans en connaître la langue. L’être humain ne peut pas connaître toutes les langues de la terre. Donc monter sur le dos d’un âne évite bien des fatigues. Le pont aux ânes de la philosophie est aussi un moyen de penser la science sans entrer dans des langages mathématiques lourds. Le triangle isocèle est connu dans Le livre des éléments d’Euclide comme un pont aux ânes pour relever des mesures :

Le Pont-aux-ânes

Sur le portrait de Fra Luca Pacioli[36]

Par Jacopo de Barbari, le moine lit

Le livre des éléments d’Euclide

Qui de l’enseignement se fait guide

Sur l’ardoise un triangle isocèle[37]

Le pont-aux-âne le secret qu’il recèle

N’a pas besoin d’explications

Mais de juste une description

La définition énonce une idée maligne

Le triangle qui a deux jambes égales

A donc un axe de symétrie autour de la ligne.

La bissectrice coupe la base en semblables.

Sans instrument de mesure,

Sans savoir lire les chiffres bien sûr,

Avec un compas à pointes en finesse,

Il est possible de reporter les distances

Et de déterminer les deux points,

Par lesquels faire passer avec soin,

La ligne perpendiculaire au segment

Le croisant en son milieu précisément.

L’énoncé d’Euclide montre ainsi,

Que sans savoir lire ou compter,

Pour trouver le milieu d’un segment,

Les ânes passent l’obstacle facilement.

Le pont aux ânes permet à la pensée,

Dans certaines exceptions,

Et situations de complexité, de se passer

De l’écriture, et de vivre d’intuition

Mais cette nourriture vite, ne suffit plus

Pour calculer et construire des temples,

Des langages, pour décrire l’objet élu

Pour le partage de ce que l’on contemple…

A dos d’âne, le possible

Rend les partages accessibles

Avec la reconnaissance

De toutes intelligences.

La philosophie permet ainsi d’entrer

Dans les pensées des peuples avec leurs bagages.

Et leurs motifs, sans connaître leurs langages

Sagesse et devenirs se trouvent éclairés

Les nombreux modèles ainsi découverts

Sont des outils pour ouvrir l’univers.

Ils servent les rencontres de hasard,

Évitent dragons, Léviathans bizarres.

Après cet aparté sur le pont aux ânes, revenons à la pensée orientale.

La pensée orientale fait de l’existence une phénoménologie de la divinité (la divinité de l’humanité). La divinité est le premier moteur mais le tout et les choses forment l’Être en général les sphères de la surexistence ou de l’ex-sistéré (se tenir debout). C’est-à-dire que Dieu se compare à une enveloppe. « Il n’est rien qui puisse provenir du réel, si n’existe à fortiori l’être plus éminent immédiatement supérieur »[38].

Le devenir s’inscrit à même la pensée de l’être dans la pensée orientale de Sohravardi. L’existentialisme oriental montre le dévoilement de l’Origine dans le sens de première Intelligence. La première Intelligence se répand dans les sphères sans discontinuité. Par le regard de l’homme, la contemplation, l’intelligence de l’homme participe de toutes les sphères du plérome archangélique jusqu’à la divinité dans ce qu’elle se fait appeler première. Le regard de l’homme permet un dévoilement.

Le devenir dans l’instant présent constitue alors la dynamique originelle de la présence de Dieu.

La relation passe par la Lettre. La Lettre, point remarquable de la relation, sème des graines en nous en un acte incitatif. La figure poétique va travailler et exister en nous. La notion d’existence (Al-Wojûd) va jusqu’à se faire présence (hodûr). L’acte d’être, l’acte d’exister, explique Henry Corbin, n’est pas substantif (ens), ni non plus la forme infinitive être (latin esse). L’acte d’être est à chercher dans la forme impérative « Soit » (esto en latin et non pas fiat). Pour Mollâ Sadrâ Shîrâzî, le « Verbe Esprit » éclot perpétuellement dans le phénomène du Livre saint révélé. Viennent alors la lettre comme apparence, la lettre énoncée et, le sens vrai spirituel. Le « Soit » jaillit dans la lecture de la Lettre. Cette problématique est celle du prophétisme dans la philosophie shî’ite.

Au cœur de la substance de l’organe, la volonté du « soit » donne existence et les efface tous deux (la substance et l’organe). La substance n’est pas détruite mais voilée, en retrait. Les fourmis se retirent devant le char de Salomon. « Que les fourmis qui sont les sens externes et les sens internes, se maintiennent fermement chacune à sa place ; elles demeureront saines et sauves sous l’assaut de l’armée de l’Amour et aucun désordre n’atteindra le cerveau. »[39]

L’Esprit domine la chair et la sensibilité, l’intelligence, l’imagination…

L’enjeu dévoile la présence de l’Être dans ses renaissances cycliques, ses « palingénésies[40] ».

Entre « Al-wojûd » l’essence et « mawjûd » l’action ou l’existence se trouve un rapport de dévoilement, une possibilité, qui n’est pas un retour, de reconnaitre la présence de l’Origine c.a.d. le premier Ciel pour reprendre le modèle Aristotélicien des ciels[41]. Il ne s’agit pas d’un retour mais de travailler à montrer la vérité, la lumière, la sagesse, la connaissance la présence du premier ciel…

Le retour à l’Origine agit comme entrée dans la Lumière. L’essence se trouve dans les limites de la grotte. Sur le mur de la grotte se découpent les signes qui annoncent les matières de la substance où repousser les limites de la connaissance.

Conclusion :

Les relations humaines se vivent en poète dans le respect et la liberté de l’humanité. La rhétorique relationnelle a pour prétention de ne négliger aucun pli de l’existence. L’œuvre de Sohravardi propose un existentialisme, l’existentialisme oriental. Ce n’est pas un épuisement gnostique mais, le souci de développer les relations humaines dans toutes leurs richesses et libertés.

Sohravardî reconnait les visions témoins de la présence de Dieu mais il démontre l’importance de reconnaitre Dieu en raison. Sohravardi, les connaissances de son époque viennent enrichir l’heuristique de ses discours. Il reconnait l’importance d’avoir une rhétorique inspirée du monde sensible et vivant. La métaphore scientifique, mythique, naturelle en sont les instruments … La connaissance de l’autre, la relation passent par la louange et la joie de vivre.

La lumière blanche en se mélangeant à la terre devient rouge. L’Orient se décompose en multiplicités, autant de liens entre le spirituel et le sensible reproduisant l’image de l’échelle de Jacob. La conscience entre spirituel et présences ne néglige aucune dimension de l’humanité. Le terme d’Orient désigne les anges, « la lumière archangélique[42] ». L’Orient comme Sagesse, Amour, Lumière entre dans l’humanité. L’Occident accueille en raison, intelligence, imagination…la sagesse. Cette épiphanie se réalise dans tous les plis e l’humanité. Dans ce cas, la logique, autant que l’intuition, l’imagination ou autres deviennent le lieu d’un ange. L’ange, au Moyen-âge a le sens de perfection, de vocation. Il indique le chemin où Dieu veut nous placer. Le respect de la lumière ou Xavarna de ceux qui nous entourent reconnait leur liberté et la présence de la divinité en eux.

La proximité de Dieu : « Le plus lointain de tous les lointains comme premier Être est celui aussi le plus proche en raison de sa Lumière omniprésente et d’une puissance infinie »[43]. La présence de Dieu dans le travail, les relations humaines, la rhétorique, l’heuristique… ne s’oppose pas à la simplicité de la présence de Dieu.

Les ciels multiples s’emboitent n’oubliant aucune partie de la création dans la sagesse. Mais, entre nos constructions intellectuelles, la sagesse de Dieu descend jusqu’au sol[44]. L’instruction et la connaissance, l’expérience douloureuse ne sont pas nécessaires. Les liaisons les plus longues sont les plus riches en énergie, comme dans la théorie des cordes, comme dans l’hermétisme. Dieu est présent à chacun au-delà de sa capacité existentielle même s’il est important de développer ses dons, de mettre de l’huile dans sa lampe. Imposer des souffrances à ses frères pour les faire grandir provoque la colère de Dieu : « Malheur à vous, docteurs de la loi parce que vous avez enlevé la clef de la connaissance ; vous n’êtes pas entrés vous-mêmes ; et vous avez empêché d’entrer ceux qui le voulaient. » Luc 11 52. La simplicité de l’Avesta de Zoroastre permet de retrouver cet esprit d’un Dieu pour tous.

Il existe deux relations dans le spirituel. La présence de la divinité dans l’amour et la contemplation des lumières de notre humanité à tourner vers l’origine pour en recevoir la sagesse et permettre son épiphanie.

[1] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 153.

[2] Zoroastre : prophète fondateur du zoroastrisme, né dans l’actuel Iran. La période de sa vie est inconnue. Il aurait existé au VI° ou VIIe siècle avant J.C. Mais, actuellement on estime ces dates entre le XIe et le XVe siècle !

[3] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 155-156.

[4] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 167.

[5] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 168.

[6] Platon, La République, Paris : Flammarion, 2002, VII, 526 d, 526 e, p. 377.

[7] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 232.

[8] Les dates sont en calendrier hégirien et en calendrier grégorien. Le calendrier hégirien des musulmans se fonde sur les douze mois lunaires. Il compte 354 ou 355 jours pour une année. L’année solaire, par comparaison, compte environ 11 jours de plus. Le calendrier grégorien se réfère à l’année solaire.

[9] Le monachisme n’existe pas en islam. Mais il existe des soufis qui font vœu de pauvreté et consacrent leur vie à la prière selon le principe du Coran : « Fais preuve de patience en [ restant ] avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir… » Coran sourate XVIII de la caverne, verset 28. Ceux qui consacrent leur vie à Dieu ont un rôle de soutien dans la prière pour l’humanité. Ils encouragent, par leur exemple, à la fidélité à la prière. Mais tous les musulmans qui méditent la sagesse du prophète n’ont pas à vivre comme des soufis. Une vie de privations ne convient pas aux familles, aux travailleurs, aux étudiants, aux princes et rois ou chefs d’état… L’œuvre de Sohravardi s’adresse aux soufis mais aussi aux princes, aux imâms, aux femmes, aux enfants, aux malades et dans le respect de la place et des engagements de chacun.

[10] Abdul Qasim Hasan Unsuri Balkhi entre le 10° et le 11° siècle (mort en 1039 environ) poète perse qui serait né à Balkh aujourd’hui en Afghanistan. Il vivait à la cours du sultan Mahmud Ghaznavi.

[11] H. Corbin. Shihaboddin Yahya Sohravardî œuvres philosophiques et Mystiques, Traduction Henry Corbin Tome I, Prolégomènes p. IV.

[12] Sihabodine Sohravardi, L’archange empourpré, p 202-203.

[13] H. Corbin pour traduire Sohravardî qui lui aussi dans L’archange empourpré décrit les « puissances archangéliques » avec deux ailes : une aile pourpre et une aile lumineuse.

[14] Gnostique : Mouvement spirituel qui va influencer le manichéisme, le mandéisme, la Kabbale et l’hermétisme. Au deuxième siècle après Jésus Christ, il connait son apogée. dans les Ennéades II 9, Plotin écrit que les gnostiques sont « ceux qui disent que le démiurge de ce monde est mauvais et que le Cosmos est mauvais ». Plotin s’oppose aux gnostiques. Mais il partage avec eux beaucoup de leurs conseptions.

[15] Dênkart : signifie « actes de Religion » recueil de texte du zoroastrisme du X° siècle. Constitué de neuf livres. Les deux premiers ont disparus et une partie du troisième. Ces livres sont religieux et nationalistes. L’espérance d’un retour à l’Ancien Iran y est traduite. On trouve également une légende de Zoroastre. Les dialogues de Zoroastre avec Ohrmuzd ; l’Amesha Spenta Bahman : la bonne pensée dans l’Avesta Vohu Manah ; Le Khwarrah, dans l’Avesta Kavahem khareno (gloire divine ou royale) ; Les miracles qui ont suivi la mort de Zoroastre… Ce texte est écrit au moment où l’islam est en plein essor. Il tente d’assurer la défense du mazdéisme classique d’Ormazd et Ahriman. Ces textes influenceront Avicenne et Sohravardi.

[16] Skand Gumânîk Vicâr (X° siècle) : traduction, la solution décisive des doutes. Grand traité de la dernière période du mazdéisme. L’auteur démontre la supériorité du mazdéisme sur les autres religions. Les chapitres 11 et 12 attaquent le Coran, les chapitres 13 et 14 critiquent le judaïsme ; le 15 attaque le christianisme ; le 16 la manichéisme.

[17] La symbolique du palmier apparait dans le Coran 50 ; 9-11 / Coran ; 19 16-26 à propos de la Vierge Marie …

[18] Jacques Verger, Les sciences arabes en Occident au Moyen-Âge in Dominique Barthélémy & Michel Sot, colloque : L’islam au carrefour des civilisations médiévales, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2012, p. 188.

[19] Sohravardi, L’Archange empourpré, p. 52.

[20] Sohravardî, L’Archange Empourpré, Le livre des temples de lumière, p. 52

[21] Péripatéticiens : philosophes qui s’appuient sur la théorie des espèces inspirée d’Aristote. Les espèces sont des mères qui permettent d’expliquer le monde. Dans le cas de Sohravardi les espèces sont des anges qui projettent leurs ombres sur la grotte de notre humanité et ses plis, ses habitudes mémoires des actes issus de nos pensées.

[22] Shihâboddine Yahyâ Sohravardî. L’archange empourpré, traduction d’Henry Corbin, Paris: Fayard, 1976, 549 p, p. 370.

[23] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 168.

[24] Aristote, Traité du ciel, II 12 et 13 ligne 15, Paris : Flammarion, 2004, p. 267 : « […] le milieu est ce qui est borné. Or l’enveloppant, c'est-à-dire la limite, est plus noble que ce qui est limité, car ce dernier est une matière, alors que l’autre est l’essence de la constitution ».

[25] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 150.

[26] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 123.

[27] Archontes : magistrats grecs qui dirigeaient la République. A prendre ici au sens des arcanes, des vertus qui soutiennent la liberté de la personne qu’elle soit morale ou physique.

[28] Nicolas de Cusa : influencé par la philosophie des sciences, Giordano Bruno et Descartes il a pour ami le Pape Pie II. Nicolas de Cues rompt avec le modèle aristotélicien de monde supra-lunaire et sub-lunaire. Le centre du monde est partout et la circonférence nulle part. Pour lui la huitième sphère n’est pas un maximum.

[29] Shihâboddine Yahyâ Sohravardî, L’archange empourpré, trad. Henry Corbin, Paris: Fayard, 1976, 549 p., p.368.

[30] Hermétisme : le dieu Hermès correspond au dieu Thot égyptien qui inventa l’écriture.

[31] A-J Festugière, Hermétisme et mystique païenne, p. 43.

[32] Sohravardî. Le récit de l’exil occidental, L’archange empourpré, Fayard, p. 279.

[33] Halladj, Le livre des Tawassines, Le Jardin du savoir, Editions du rocher, 1994, p. 95-97. Halladj reconnait l’importance des signes. Pourtant Halladj dit ne pas croire aux intermédiaires. Il existe plusieurs chemins vers la divinité. La relation à Dieu sans intermédiaire est la plus puissante mais Dieu veut que nous vivions dans notre ciel en respectant les hiérarchies célestes. Ce thème est celui de la chute d’Iblis l’ange qui n’a pas voulu s’incliner devant l’homme. Halladj préfère mourir que de contempler les créatures.

[34] « Théologie naturelle » : présentée dans le paragraphe A la sagesse orientale n° 3, ressusciter les sages de l’ancienne Perse.

[35] Ontique : désigne l’étant, l’acte d’exister. L’ontologie est la science de l’être.

[36] Jacopo de Barbari, Portrait de Fra Luca Pacioli, musée de Capodimonte, Naples.

[37] La définition du triangle isocèle appartient au premier livre des Éléments d’Euclide, définition numéro 25 : « Le triangle isocèle, celle qui a seulement deux cotés égaux. »

[38] Christian Jambet in henry Corbin traducteur de Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Paris : verdier, 1986, préface, p. 41-42.

[39] Sohravardî, L’archange empourpré, Henry Corbin, Paris : Fayard, p. 313.

[40] Henry Corbin. Philosophie prophétique et métaphysique de l’être, Actes du XIIIème congrès de Genève, 1966. Palingénésie : chez les stoïciens, retour périodique éternel des mêmes événements ; en didactique, renaissance des sociétés conçue comme source d’évolution et de perfectionnement. Ces retours sont des résurrections.

[41] L’équivocité du mot être en français a provoqué un mélange entre l’existence et l’essence.

[42] H. Corbin pour traduire Sohravardî qui lui aussi dans L’archange empourpré décrit les « puissances archangéliques » avec deux ailes : une aile pourpre et une aile lumineuse.

[43] Sohravardi, L’Archange Empourpré, Le livre des temples de lumière, p. 52.

[44] Sohravardî, L’Archange Empourpré, Le livre des temples de lumière, p. 52.

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Published by Monique Oblin-Goalou
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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 16:12

Depuis quelques années, les invertis occupent le devant de la scène. Force est de constater que leur présence s’affiche de plus en plus ouvertement. Il en résulte que la sexualité naturelle devient difficile. L’inversion touche beaucoup de personnes et sous des formes diverses, mais beaucoup choisissent de ne pas vivre leur sexualité. Ils transposent leur énergie, leur imagination, sur la dimension sociale de la relation, le travail… Les invertis sont rejetés et souffrent de cette discrimination. Mais il serait dangereux de les promouvoir ou de promouvoir leur comportement sexuel. L’inversion a une place comme maladie dans le système législatif qui constitue une normalisation éducative des relations humaines(1) . L’inversion a des causes et des manifestations multiples. Il existe une incompréhension entre la culture grecque et la culture hébraïque. Les religions du livre ont des origines dans la Bible. Voici quelques éléments de réflexion sur les relations avec les invertis.

1. Les lieux de spectacle comme Chez Michou, les films comme La cage aux folles font rire de nos fragilités. L’art permet la reconnaissance de nos fragilités. Cette démarche s’accompagne du respect des normes éducatives et légales, et d’une certaine discrétion. Le jeu, l’imitation, la répétition symbolique n’impliquent pas la pratique sexuelle s’ils ne sont pas exhibitionnistes. Être inverti est peut-être difficile mais n’exclut pas de la société, sauf si l’on pratique une sexualité inspirée par cette inversion.

2. L’homosexualité fait peur. La relation charnelle amoureuse est-elle à encourager entre individus de même sexe ? Les dangers de tels gestes concernent les individus, mais aussi le groupe. Ceux qui les pratiquent donnent accès à la prolifération de virus dans leur espèce(2). L’inoculation et la prolifération des virus dans une espèce , lui ouvrent les possibilités de leur adaptation. La peur constitue donc une barrière de protection. Ce souci sanitaire concerne l’acte sexuel qui ne passe pas par les voies vaginales et l’excision.

3. La sexualité des invertis est faible car sans descendance, donc sans légitimité ; elle se lie à une identification à l’iconicité de la mère(3) , pour la femme comme pour l’homme.

4. L’autre sexe existe en chacun. Un pli caché non exprimé, la sexualité que la nature ne nous a pas donnée. Ce devenir présent permet d’assumer des rôles multiples, d’assurer liberté et espace de vie et de rencontre. Il serait grave de le mélanger avec les tendances inverties.

5. Dans l’identique en miroir se reflète l’amitié. Les invertis font de l’ombre à l’amitié si, en miroir, ils tombent dans la sexualité sans imagination avec leurs relations amicales.

6. Les dérives sexuelles obéissent à une loi d’amplification qui passe par l’exhibitionnisme. Certaines formes d’homosexualité sont vécues comme normales et se joignent à un désir d’être reconnu : « Les uns assument l’inversion comme quelque chose qui va de soi, à l’instar de l’individu normal pour l’orientation de sa libido, et défendent avec ardeur le droit pour l’inversion d’être mise sur le même plan que la sexualité normale »(4)

7. Les invertis se manifestent de façon plus ouverte dans les sociétés démoralisées par des crises, le chômage, les persécutions religieuses, raciales, culturelles liées aux nouvelles coexistences des relations contemporaines. Le principe d’une dérive sexuelle, comme d’un film pornographique, revient à s’imposer progressivement. Les barrières sociales de la morale qui permettent d’éviter les blessures psychologiques sont progressivement abaissées, une à une dans un engrenage sans limites et lent.

8. Or, nous avons des outils et des connaissances qui nous permettent de stopper les maladresses. Les études de Sigmund Freud existent pour éviter que les images mentales de la prostitution, des atteintes à la pudeur ne prennent le biais de la justice pour se diffuser. Elles permettent de ne pas transmettre les images mentales dans les accusations d’exhibitionnisme. En cela, le travail de Sigmund Freud(5) constitue un outil juridique. Les maladies sexuelles peuvent être transmissibles par la pensée. En général, une exacerbation de la sexualité bloque la créativité. Jacques Lacan explique le passage au stade du miroir où le désir de l’autre passe par les relations sociales. La prise de conscience du mur(6) transparent que nous partageons avec l’autre dans le langage et ses plaisirs peut passer par l’art courtois, mais aussi par le partage professionnel ou les loisirs, comme le prône Vermeer dans La leçon de piano.

9. Une généralisation de l’objet sexuel féminin joué par des hommes implique un rejet de la femme. Les rôles iconals de la femme ont donc été bafoués : l’enfance est laissée sans protection, les trisomiques, et les infirmes de maladies génétiques meurent par l’avortement. Toute personne qui tente de prendre la défense des trisomiques se trouve confrontée à l’homosexualité par souci des invertis d’être eux aussi mieux reconnus dans leur souffrance. Mais le silence des trisomiques vient du fait qu’ils ont déjà perdu car ils sont morts quand les invertis sont vivants pour s’exprimer. Il est triste d’étouffer la voix de ceux qui désirent prendre la défense des trisomiques dans l’éternel problème de nos sexualités imparfaites et des infidélités.

10. II existe des dangers de confondre humilité et masochisme, autorité et sadisme, de condamner ainsi l’existence sociale.

Sigmund Freud signale les invertis et il développe rapidement les différents types d’inversions(7) . Il prend l’exemple de la société grecque : « chez les Grecs, où les hommes les plus virils se rencontraient parmi les invertis, il est clair que ce qui enflammait l’amour de l’homme n’était pas le caractère viril du garçon, mais la ressemblance physique avec la femme… Dès que le garçon devenait un homme, il cessait d’être un objet sexuel… »(8) . Cette phrase montre que l’inversion a parfois des tendances pédophiles dans un milieu masculin. La dérive des milieux masculins n’est donc pas à prendre à la légère. Dans des situations où les femmes sont presque totalement absentes, cette forme d’inversion se rencontre. Comme partout, la société grecque comptait des invertis. Sigmund Freud pensait-il à Alexandre comme un inverti ? Peu de documents prouvent qu’il l’ait été : « Les sources qui nous parlent d’Alexandre, du point de vue érotique, sont contradictoires ; mais ce sont celles qui nous le présentent comme une nature plutôt froide qui doivent être dans le vrai. En tout cas, l’amour des femmes n’a pas joué un rôle important dans la vie d’Alexandre »(9) , contrairement à son père Philippe qui eut à en souffrir. Alexandre (356-323) a eu Aristote (384-322 av. J.C.) comme précepteur. Alexandre le Grand permit le renouveau du royaume de Macédoine. La République d’Athènes touche à sa fin. Socrate (470-399), Platon (428-348 av. J.C.) en étaient les garants. Ils dénonçaient la corruption(10) . Les critiques de la République par Socrate ne la remettent pas en cause mais luttent et dénoncent ses fragilités. À Aristote, il manquait la poésie et son pendant religieux, la prière, qui rendent vivante la réflexion autour de la loi, le miroir commun où s’ouvrent la forme fermée de la loi, le pacte fondamental, la liberté(11) . Mais il apporte une intéressante description des modèles politiques démocratiques et aristocratiques qui, à partir du XIII° siècle, auront une influence sur les institutions occidentales d’Europe. « La discussion se déplace de l’origine à la valeur intrinsèque des lois : un code donné par un Dieu doit être parfaitement bon »(12) . Aristote montre que les lois ne sont pas parfaites. Elles ont besoin d’évoluer et ne viennent pas des dieux mais des hommes(13) inspirés par les dieux. Platon, Socrate et Aristote ont eu des lecteurs plus ou moins honnêtes en fonction des situations politiques. Certains leur attribuent des affinités monarchistes pour pouvoir concilier la sagesse de la philosophie avec leur époque. « Les récupérations circonstanciées de la pensée aristotélicienne ont montré tous leurs dangers : Fénelon faisait du Stagirite un partisan de l’« État monarchique » alors que le citoyen Champagne, en l’an V, y voyait un notable centriste, partisan d’une république censitaire. « Mieux vaut se rendre à l’évidence du pénible destin de la philosophie politique d’Aristote : si elle n’a jamais été inconnue, elle a pourtant longtemps été méconnue, avant d’être, à partir du XIIe siècle, déformée en même temps qu’elle était reconnue. »»(14) .

Dans quel contexte Sigmund Freud fait-il référence à la Grèce, à propos des invertis? Avec la chute progressive de l’Empire Austro-Hongrois, plus précisément à la mort du prince héritier Rodolphe, le peuple juif perdait un protecteur(15) en la personne de l’empereur. Et l’on sait combien cela a eu des conséquences dramatiques pour le peuple juif(16) . Dans son amertume, Sigmund Freud associe la jeune démocratie(17) à un pouvoir faible. Comment reprocher à Sigmund Freud d’avoir détesté la constitution de Weimar (1919-1933) discréditée par des méthodes électorales peu scrupuleuses de Karl Lueger(18) ? Elle a manqué de vertu car elle n’a pas respecté les pactes fondamentaux de la Déclaration des Droits de L’Homme ou des Dix Commandements. Selon Platon, la République trouve ses forces dans la vertu(19) . Le citoyen ne renonce pas à sa vertu, il la défend dans l’épreuve. Je propose de considérer que la critique de la morale grecque par Sigmund Freud est un poncif lié au contexte historique du début du XX° siècle. La philosophie, qui est l’accès à la sagesse dans la recherche de la Vérité, a son origine en Dieu et dans les valeurs. Les valeurs de tyrannies(20) , de l’empire Romain ou celles des monarchies ne s’adaptent pas aux philosophies de Socrate et Aristote qui œuvrent pour une prise de conscience des citoyens. Le gouvernement constitutionnel ou la cité grecque ont besoin de citoyens conscients de leurs responsabilités. Cette conscience est possible par la phénoménologie philosophique de l’esprit. Les valeurs sont séculières. Les philosophies de Socrate et d’Aristote ont donc une modernité politique que n’a pas celle de Leibniz(21), par exemple, fataliste et royaliste. Astérios(22), amoureux d’Europe mystique, aura toujours raison devant Homère qui associe la mort aux enfers. Il aura un fils né de l’amour d’Europe pour Zeus, Minos(23). Les dieux ne font pas la guerre, seuls les hommes et les fourmis guerroient(24). Dans la sagesse, qui a pour origine Dieu, se trouve la paix des peuples. Mais cette origine n’appartient pas au début d’un temps. Ou bien ce serait mélanger les ordres. L’origine s’identifie au spirituel et accompagne le temporel pour tous en démocratie, la capacité d’accéder aux deux connaissances, les voix des hommes et celles de Dieu. L’origine se manifeste dans la présence de Dieu au milieu des hommes et des valeurs. La conscience spirituelle correspond à cette capacité à la voir et à exister dans ces devenirs. Il n’y a pas opposition dans une ironie mais oxymore que Jacques Lacan décrit avec précision à propos de l’œuvre de Xavier Bichat ou de Sigmund Freud pour ce qui est respectivement, la définition de la vie en biologie : « l’ensemble des forces qui résistent à la mort »(25), « l’instinct de mort » oxymore pour décrire l’équilibre d’un système.

 

Le fidèle d’amour de la pensée orientale vit la sagesse d’un amour sans idolâtrie. Sa démarche est décrite par Attar dans Le langage des oiseaux. L’idolâtrie conduit à la soumission au sensible. Dans le Coran inspiré par la Bible, l’idolâtrie est traitée dans la sourate sept(26) avec les désirs charnels entre hommes. Ne pas voir dans les formes la sagesse de Dieu, ses bienfaits conduit à des dérives. Les portes de la sagesse et de la disparition dans la lumière de Dieu passent aussi par la beauté ou par l’amour. La porte de la beauté conduit à la lumière : « Ô mon Dieu et mon roi ! Ton serviteur te sollicite ; il est amoureux et il consent à ce que tu le fasses périr dans la voie de l’amour. Je suis cordialement attaché à cette porte, je suis un véritable amant bien loin d’être infidèle »(27). La rencontre avec Dieu ne s’arrête pas à la porte ou ce serait une idolâtrie.

La Genèse(28) décrit la destruction de Sodome. Lot était un homme juste et plutôt que de laisser les anges être abusés par les sodomites, il propose ses filles ! L’amoralité était donc si grande dans Sodome que le déshonneur des femmes semblait une leçon et faire jugement ! Pourquoi, autrement, les sodomites lui diraient-ils : « En voilà un (Lot) qui est venu en étranger, et il fait le juge ! »(29). Ce refus, devant tant de concessions, provoque la colère de Dieu.

Ézéchiel dit que Sodome fut coupable d’« orgueil, voracité et insouciance tranquille, telles furent ses fautes et celles de ses filles ; elles n’ont pas secouru le pauvre et la malheureux, elles se sont enorgueillies et ont commis l’abomination devant moi… »(30). Cela veut dire que Sodome n’a pas su accueillir l’étranger. L’acte de dépouillement et de mise à nu marque la soumission(31), comme le fait Jonathan, le fils du roi Saül devant David. Tout dévoiler de la sagesse de Dieu est considéré dans la Bible comme une prostitution. L’humiliation ou la profanation demandée pour les anges envoyés de Dieu provoque Sa colère. Sodome disparaît mais sera rétablie quand elle aura changé son cœur, bien sûr, car le nouveau testament n’abolit pas l’ancien mais le renouvelle(32), au-delà de la Loi, dans la force de l’amour. Et Jérusalem aussi, même si elle fit autant de mal et bien qu’elle ait violé une alliance(33) sera rétablie, cela pour sa honte aux yeux du monde. L’idolâtrie se détruit dans la mort du Christ dépouillé de ses vêtements, crucifié et transpercé d’un coup de lance. La crucifixion de Jésus ne se médite pas avec le corps mais avec le vêtement de l’Esprit qui domine celui du corps. « Nous savons en effet que si cette tente – notre maison terrestre – vient à être détruite, nous avons un édifice qui est l’œuvre de Dieu, une maison éternelle qui n’est pas faite de main d’homme, dans les cieux. Aussi gémissons-nous dans cet état, ardemment désireux de revêtir par-dessus l’autre notre habitation céleste, si toutefois nous devons être trouvés vêtus et non pas nus. […] nous ne voudrions pas en effet nous dévêtir, mais nous revêtir par-dessus, afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie. Et Celui qui nous a fait pour cela même, c’est Dieu, qui nous a donné les arrhes de l’Esprit »(34).

Le vêtement spirituel se tisse en Dieu. Et Dieu seul pourvoit à le vêtir celui qui vient à lui. Ce vêtement a été tissé en substance dans l’Amour. Il transfigure la Loi : « vous avez revêtu le Christ : il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus »(35).

« Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination. […] Oui, quiconque commet l’une de ces abominations, quelle qu’elle soit, tous les êtres qui les commettent, ceux-là seront retranchés de leurs peuples »(36). La liste des prescriptions ne concerne pas seulement les religieux mais toute personne appartenant au monde séculier. Leur bannissement du milieu du peuple signifie qu’ils n’appartiennent plus à la vie de l’époque, du siècle. Pour ces actes, ils dépendent du pouvoir séculier(37), celui du peuple, puisque c’est du peuple qu’ils sont condamnés à être retranchés, dans le cas où les pouvoirs sont séparés.

« L’homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme : c’est une abomination qu’ils ont tous deux commises, ils devront mourir, leur sang retombera sur eux.»(38) Ce texte ne fait pas de différence entre le pouvoir séculier et le pouvoir religieux. Il ne s’adapte pas vraiment à nos connaissances contemporaines en science et en psychologie qui permettent de remédier à certaines fragilités, et imperfections de la nature. La Bible raconte l’histoire d’une pédagogie progressive pour son peuple. Le lévitique se situe au début de l’histoire des hébreux.

L’Eglise demande de se conformer à la Bible et de remettre certains actes au pouvoir séculier : « si quelqu’un a commis le crime abominable contre nature, pour lequel la colère divine vient sur les fils de la défiance, qu’il soit livré à la Cour séculière pour être puni et s’il était clerc, qu’il soit soumis à la même peine après avoir été dégradé de tous les ordres »(39).

En effet, quand il existe des juges, la Bible demande que ceux qui se comportent mal soient remis au pouvoir de ces juges : « Tu établiras des juges et des scribes en chacune des villes que Yahvé ton Dieu te donne… »(40)

« Mais en quelque ville que vous entriez, si l’on ne vous accueille pas, […] Je vous dis que pour Sodome, en ce jour là, il y aura moins de rigueur que pour cette ville là »(41). Selon ce texte, Dieu connait nos fragilités et pardonne à ceux qui l’aiment et désirent changer. Il est fait usage du pronom personnel « Elle » pour désigner la cité qui accepte ou refuse la présence des apôtres et des saints. « Elle » se fait alors conscience collective.

La conscience collective, en se soumettant aux images, en portant son adoration sur les représentations, se corrompt. Saint Paul écrit des païens : « dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous et ils ont changé la gloire de Dieu incorruptible contre une représentation, simple image d’homme corruptibles, d’oiseaux, de quadrupèdes, de reptiles. […] Aussi Dieu les a-t-il livrés selon les convoitises de leur cœur à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps ; […] car leurs femmes ont changé les rapports naturels pour des rapports contre nature… »(42). Les idoles sont condamnées par la Bible comme le mensonge et elles conduisent l’homme et la femme à la dépravation. « Pourquoi m’ont-ils irrité par leurs idoles, par ces vanités venues de l’étranger ? »(43) La vérité seule plaît à Dieu : « Dieu de vérité, tu détestes les servants de vaines idoles »(44). Les avilissements et impuretés sont le signe des tyrans menteurs qui abusent les peuples.

 

En conclusion :

Pour tous, une retenue sexuelle permet de trouver d’autres chemins pour canaliser l’énergie et demande de travailler ses images mentales, de veiller à les orienter. Il est donc important de poser la question des origines qui déterminent les orientations de la pensée. Ces origines sont comme les graines d’un jardin. Ces virtualités sont choisies pour être les germes de plantes qui fleurissent avec de belles couleurs et des parfums odorants. La sexualité peut devenir une plante invasive chez l’individu ou dans la société. Ce malheur est aussi vieux que l’expression populaire de « couillon ». À l’adolescence l’énergie quitte le pli sexuel pour entrer dans le miroir des relations sociales, même s’il comporte des déceptions. Dépasser la sexualité, tout en la gardant à sa place. La sexualité ne peut guider les décisions médicales, sociales, internationales, de recherches et politiques, encore moins de religion.

Dans le respect de la personne et de la discrétion, dans le souci de ses ressources, il importe de reconnaître le célibat. Chacun choisit librement de garder pour lui ou pas les raisons de son célibat. Mais en matière d’homosexualité l’exhibitionnisme ne peut être admis.

L’acte sexuel que l’on dit sodomite, pour lequel la Bible utilise le verbe « coucher » dans le Lévitique, relève du pouvoir séculier et non du pouvoir religieux. Il met en danger la population entre hommes, comme entre homme et femme. Il favorise les maladies transmissibles et les désordres sexuels, mais également psychologiques.

Le souci de vérité de la Grèce antique se heurte à la nudité vue comme marque de soumission dans le monde sémite.

Il existe une grande différence entre l’esthétique grecque qui fait de la nudité un souci de la Vérité et l’esthétique sémite du voilé, de la séparation et de la crainte où la nudité s’associe à l’esclavage et à la soumission, et cela aussi en esprit. Dévoiler ses affinités avec Dieu, les anges venus à Sodome pour voir Lot, comporte le risque de dévoyer la pensée sainte, de la mettre à égalité avec des faux dieux.

Dans la Grèce antique, la direction de la cité demande d’être honnête, probe, d’être méritant et non pas tyrannique : « […] le juge devra, lui aussi, avoir été mis à nu et être un mort, qui, avec sa seule âme, est spectateur d’une âme pareillement seule, celle de chacun, à l’instant où il vient de mourir : un mort qui est isolé de toute sa parenté et qui a laissé sur la terre tout ce dont il se parait ; condition indispensable à la justice de sa décision »(45). Le pli du juge dans l’humanité correspond à la nudité. Cette définition de la conscience, mot qui n’existe encore pas au temps de Platon, montre l’importance d’avoir une conscience qui ne soit pas soumise aux influences d’intérêts sous-lunaires, de la caverne.

Ces deux usages de la symbolique de la nudité n’ont pas le même objet. L’un relève de la relation à Dieu, l’autre de la gestion de la cité et du discernement. Mais un point commun touche à ces deux plis des relations humaines. Dans l’histoire de Lot, comment préserver les justes qui sont les anges, portes de la présence de Dieu ?

La personne de Jésus permet de sortir de cette opposition. Le peuple de Dieu commence par se préserver et construire une histoire des justes, de ceux qui ont fait ce qui plaît à Dieu et qui constituent l’arbre de Jessé(46) d’où sortira Jésus. Le souci des rapports de domination par la force n’existe plus, au profit de la conscience. Pilate s’inquiète de crucifier un homme juste(47). Jésus est exclu de la communauté juive par sa mort(48) et les apôtres parlent en langues à tous les hommes de la terre. Les rapports de force s’effacent pour le souci de la justice. Les secrets de Dieu sont dévoilés. Le fils prodigue est accueilli dans la maison du père. L’évangile annonce la vérité à tous au risque d’être profané. Les prophètes de l’amour ne montrent pas une faiblesse, mais le souci de préserver les justes, en conscience, dans le souci de l’humanité et de sa divinité. Le juste ayant été pendu, l’homme devant Dieu dépasse la Loi. De là, naît une justice qui dépasse la loi dans le respect du spirituel lié à la foi. Les instituions dépendent de la loi et des pactes fondamentaux liés aux religions et au respect de l’humanité et de la Vérité.

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1. Jean-Charles Jobart, La notion de Constitution chez Aristote, in Revue française de droit constitutionnel, 2006/1 (n°65), PUF. Internet : cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE. « […] des politeiai idéales se sont multipliées chez les théoriciens grecs : les modérés ou conservateurs, tel Platon ont pour but de diminuer la licence populaire ; d’autres au contraire, tel Démosthène, veulent lutter contre la tyrannie et l’autorité personnelle. Mais au-delà de cette dimension politique et polémique, Aristote fait de la Constitution plus qu’un enjeu : un véritable concept. » ; « Le Stagirite (Aristote) affirme la Constitution « comme norme »et en déduit une hiérarchie des règles juridiques dans la continuité de la pensée grecque : les lois doivent obéir à la Constitution quant à leur édiction et leur contenu » permettant ainsi de préserver l’ordre dans la cité.

2. Edward Hooper, un correspondant de la BBC, avance une théorie des origines des virus HIV et AIDS : « The contamineted polio vaccine ». Dans son livre de recherche, The river, E. Hooper avance que le virus HIV1 résulte d’une mutation du virus SIV (Simian Immunideficiency Virus). Le docteur Hilary Koprowski travaillait pour le Philadelphia’s Wistar Research Institut. Entre 1957 et 1959, au laboratoire de recherche de Stanleyville, il utilisait des cultures de reins, de sang de chimpanzé comme médiums pour ses vaccins contre la polio. Ce vaccin administré à des millions d’habitants du Congo Belge était contaminé par le SIV. Si les études d’Edward Hooper sont justes, les prélèvements sur animaux ne peuvent servir à faire des vaccins. L’acte sexuel se pratique par voie vaginale. Il est dangereux pour toutes les autres muqueuses ou si la femme a été excisée.

3. Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle, Gallimard, 1987, p. 50 note.

4. S. Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle, Paris : Gallimard, 1987, p. 40.

5. S. Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle, Paris : Gallimard, 1987.

6. Jacques Lacan, Ecrits I, Éditions de Seuil, 1999, p. 314.

7. Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie de la sexualité, Paris : Éditions Gallimard, 1987, pp. 39-54.

8. Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie de la sexualité, Paris : Éditions Gallimard, 1987, p. 50.

9. Ulrich Wilcken, Alexandre Le Grand, trad. Robert Bouvier, 1933, Paris : Payot, p. 62.

10. Monique Oblin-Goalou, L’aurige ou la sagesse de l’accident, § Le message du Gorgias, moniqueoblingoalou.over-blog.com.

11. La description de l’esclavage par Aristote plonge au cœur même de son époque où la force dominait tout en possédant déjà les idées encore virtuelles de juste. À propos de l’esclavage, il exprime un fatalisme : les hommes sont naturellement aptes à commander ou à servir (Aristote, Les politiques, chapitres 2 à 7). Il ne prend pas en compte le souci d’acquérir un esprit indépendant pour l’esclave.

12. Jean-Charles Jobart, article : La notion de constitution chez Aristote, La Constitution comme œuvre humaine, I La désacralisation du droit, Internet : http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=RFDC_065_0097; Revue française de droit constitutionnel, 2006/1 n° 65.

13. Aristote décrit le rôle de chacun dans la cité les défauts et les avantages des différentes constitutions crétoises, spartiates, carthaginoises Les politiques, II, 9 et 11, Pierre Pellegrin, Paris, Flammarion, pp. 179-197.

14. Jean-Charles Jobart, La notion de Constitution chez Aristote, in Revue française de droit constitutionnel, 2006/1 (n°65), PUF. Internet : cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE, introduction.

15. En Autriche, de 1860 à 1897, les juifs bénéficient d’une totale égalité avec les autres confessions. Le nationaliste Karl Lueger lutte à Vienne pour un antisémitisme intransigeant. Mais le gouvernement de François Joseph protège encore pour quelques années l’intelligentsia juive. Les juifs assimilés ont perdu leur religion pour la plupart et ont des difficultés relationnelles avec les juifs non assimilés. Ils ne se soutiennent pas mutuellement. Ce phénomène se retrouve dans toutes les communautés du Livre. Les pratiquants méprisent, avec force jalousie, ceux qui sont dans le monde voulant les juger comme étant du monde, Sigmund Freud, Zweig, Mahler (baptisé à 27 ans), Schönberg (converti au protestantisme), Théodore Herzl, Nathan Birnbaum, Arthur Schnitzler (Jacques Le Rider, Les juifs viennois à la Belle Époque, Albin Michel, 2013). « Comme tu m’as envoyé dans le monde je les ai aussi envoyés dans le monde » Jean 17-18. Les croyants fidèles à la Bible relèvent d’une pensée sémite qui associe nudité et esclavage, domination.

16. En s’identifiant ironiquement à Rodolphe, prince héritier d’Autriche, et à son lâche suicide, Bruno Schulz raconte toutes les démissions envers son peuple d’Isabelle d’Espagne, de Rodolphe prince héritier d’Autriche, des tsars, des états policiers russes ou allemands. Au XIX° siècle, la maison d’Autriche protégeait les juifs de 1865 à 1880 comme le roi Assuérus par l’intercession de la reine Esther (Esther, 8 : 12-17).

17. Le mot démocratie dans son sens moderne représente le pouvoir du peuple qui n’est pas dissociable du souci du bien commun. Chaque citoyen étant égal devant la loi, le souci du bien commun...

18. Karl Lueger : le parti chrétien social remporte les élections municipales à Vienne en 1895. L’empereur François-Joseph s’oppose trois fois à cette élection et finit par céder. Lueger devient maire de Vienne en 1897. Il est réélu en 1903 et en 1909. Il administrait si bien la ville qu’il réussit à éradiquer l’insalubrité et augmenter l’espérance de vie des plus pauvres. Il n’était pas anti judaïque mais son approche populiste et démagogue des élections l’incite à faire des discours violemment antisémites. Ces méthodes inspireront A. Hitler qui le citera dans Mein Kampf, chapitre : je deviens antisémite.

19. Ce thème de la vertu et de la sagesse est développé dans L’Aurige in moniqueoblingoalou.over-blog.com.

20. Aristote et Alexandre ne s’entendront pas politiquement dans la mesure où Aristote était pour un régime despotique en ce qui concerne les barbares que la Grèce avait soumis : « Alexandre […] ne suivit pas Aristote qui était pour un régime despotique. Sur ce point, nous le voyons se conformer […] à Isocrate son Philippe : il faudrait affranchir les Barbares du régime despotique qui leur est propre et les faire bénéficier de la tutelle hellénique » Ulrich Wilcken, Alexandre Le Grand, 1933, Paris : Payot, p. 65. Cela peut expliquer la précision avec laquelle Aristote décrit le pouvoir tyrannique.

21. Leibniz : philosophe contemporain des baroques dont les inspirations scientifiques éclairent la pensée actuelle de l’intelligence et de l’intelligence artificielle, du multiple…

22. Astérios : mythologie grecque, roi de Crète et époux d’Europe.

23. Minos : mythologie grecque, fils de Zeus et d’Europe. Il règne sur la Crète après Astérios. Minos contrôlera et protègera le commerce en méditerranée.

24. Bernard Werber, Les fourmis, Albin Michel, 1991.

25. Jacques Lacan, à propos de la poétique, Écrits I, Éditions du Seuil, 199, pp. 315-320. L’utilisation de deux termes de sens opposés n’est pas une ironie, comme le dit Jacques Lacan, mais une figure de style qui a un nom, l’oxymore. Merci à Jacques Lacan de nous « rappeler l’a, b, c, méconnu de la structure du langage, et vous faire épeler à nouveau le b-a, ba, oublié, de la parole » Écrits I, p. 320. Cette réponse aux critiques de l’œuvre de S. Freud montre la médiocrité de nos formations rhétoriques.

26. Sourate 7 : 80-81.

27. Attar, Le langage des oiseaux, Albin Michel, 1996, p. 285.

28. Genèse, 19.

29. Genèse, 19 : 9.

30. Ézéchiel, 16 : 49-53.

31. « Jonathan conclut un pacte avec David, car il l’aimait comme lui-même : Jonathan se dépouilla du manteau qu’il avait sur lui et le donna à David, ainsi que sa tenue, jusqu’à son épée, son arc et son ceinturon. » I Samuel, 18 : 1-4.Le roi Jonathan par cet acte fait soumission à David.

32. Matthieu, 5 : 17-20 : « N’allez point croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir mais accomplir ».

33. Ézéchiel, 16 : 53-55 ; 16 : 59.

34. Deuxième épître aux Corinthiens, 5 : 1-5.

35. Galates, 3 : 27-28.

36. Lévitique, 18 : 22 et 29.

37. Séculier étymologie : mot qui dérive de « saeculum », en latin siècle.

38. Lévitique, Fautes contre la famille, 20 : 13.

39. Laertio Cherubini, André Chevallier, Magnum bullarium romanum, Luxembourg, Henri-Albert Gosse, 1744, p. 180. Constitution complète en ligne, PDF, page 3 (http://www.documentacatholicaomnia.eu/01p/1566-1572,_SS_Pius_Bullarium_(Cherubini_vol_2_ff_176-361),_LT.pdf).

40. Deutéronome, les juges, 16 : 18.

41. Luc, 10 : 10-13.

42. Romains, 1 : 22-29.

43. Jérémie, 8 : 19 ;

44. Psaumes, 31 : 6-7.

45. Platon, Œuvres complètes, Gallimard, 1950, tome I, 523d, p. 484.

46. Jessé : père du roi David, I Samuel, 20 : 27.

47. Matthieu, 27 :19 « Or, tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle point de l’affaire de ce juste ; car aujourd’hui j’ai été très affectée dans un songe à cause de lui. »

48. Les chefs des prêtres ont condamné Jésus à mourir en croix ce qui l’exclut de par la Loi, le rend impur. « Si un homme, coupable d’un crime capital, a été mis à mort et que tu l’aies pendu à un arbre, son cadavre ne pourra être laissé la nuit sur l’arbre ; […] car un pendu est une malédiction de Dieu, et tu ne rendras pas impur le sol que Yahvé ton Dieu te donne en héritage. » Deutéronome, 21 :22-23.
 

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Published by Monique Oblin-Goalou
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