Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Monique Oblin-Goalou
  • Monique Oblin-Goalou
  • : Mise en ligne de mes articles, sujets de réflexion et réalisations plastiques
  • Contact

Recherche

1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 13:18

Aux limites du langage, nous cherchons le rythme spectral de l’image. Elle représente un au-delà du sens et fait signe. Pour reprendre Roland Barthes, nous dirons qu’elle elle est une matière informationnelle. Nous l’identifions, l’interprétons et lui rendons sa légende. L’image démasque l’apparence, prend alors forme d’une apparition et d’une parole vivante qui s’adresse à nous, à nos profondeurs. Une identité visuelle permet de lire la structure morphologique d’un lieu. Nous pouvons nous le figurer et l’en-visager. Nous passons à la fois par une image médiatrice et visitons sa signalétique. Un pur signe graphique nous conduit à une figuration réaliste. L’iconicité se situe entre l’abstraction et un réalisme optimum. Le dessin fait irruption dans le réel pour en accroître le sens et la narration. Ainsi, par l’image religieuse, nous abordons un imaginaire commun et nous nous approprions l’espace, un contexte et une dynamique universelle. Le signe dénude une réalité, délie une présence qui s’accomplit comme un chant sous l’œil contemplatif. A ce titre, je cite Monique Goalou : « L’Un est inaccessible à l’expression, à la réalité. Ce vide crée un désir, une expression négative, imaginaire, un rêve. Mais pas n’importe quel rêve. Ce vide crée un rêve qui n’est pas impasse, fuite, éloigné du monde ; un rêve qui est synonyme de recherche de l’Un, d’unité, d’amour ; un rêve qui est une mystique. Par l’amour, ce rêve devient concret, charnel, Assemblée. » L’icône est empreinte de lumière et restitue les traces de l’invisible comme le Saint Suaire de Turin. Elle est éclairée de l’intérieur et en cela, l’icône révèle. En elle, le modèle est fétichisé dans une fable indéchiffrable. Celui qui la regarde est-il alors encore sujet ou totalement annexé par la plénitude et la béatitude ? Les traits de l’icône dessinent l’accès au divin par des lignes de force maîtrisées. Le peintre rassemble la diversité de notre humanité dans une épure sensible et révélatrice. La réalité immédiate devient intrinsèquement surnaturelle par un signe. L’image re-con-nue devient alors un paysage natal sur une échelle imaginaire verticale. Je cite Monique Goalou : « Cette icône a disparu, mais le geste symbolique de la caresse s’est répandu dans l’art de l’icône. Ces figures de l’iconal, gestes de tendresse, larmes, caresses sont des signes de l’humanité dans la divinité. » Gardienne du Mystère, l’icône répond aux questions que nous posons aux fées et son secret devient un reposoir. C’est une chair spirituelle qui fait irruption dans la matière. C’est une lumineuse éclosion des correspondances où le monde fait corps avec le signe qui l’émet. Dans cette écriture divine, nous partons dans une alphabétique aventure. Lorsque l’icône libère sa présence, nous possédons une éminente nomination. L’icône nous dévoile une face douée d’une brillante lucidité éprise du vivant et du visible. Le souffle divin cherche là sa propre résonnance dans une patience mûre. Le spectateur est face à l’icône dans une parenté de lumière, le mystère devient alors transparent et nous accédons à la douce lueur du secret qui nous regarde. Les larmes sont une figure de l’iconal. Elles retiennent la Lumière et nous redonnent une face d’homme. Nous sortons de nous-mêmes et de la sphère de la question pour entendre une réponse infinie et découvrir une civilisation verticale et sacrée. Nous éprouvons là notre propre essor. L’Enigme nous fonde dans sa parole et promesse originelle, nous habitons alors le Mystère qui nous enveloppe de silence. A travers l’icône, nous nous rendons à lui. La réalité devient celle de notre origine et la vérité s’immisce et dessine notre destinée. Devant l’icône, nous trouvons marque de notre initiation à l’existence et devons nommer notre nature véritable pour la rendre possible et vivante. Au prisme de l’icône, nous enracinons notre symbolisme le plus fertile et nous ouvrons aux voies divines. Je citerai cette phrase de Léo Hartong « Aimez le mystère au lieu de résoudre l’énigme ». Lorsque nous sommes éveillés à la rumeur de l’Enigme, nous pouvons accueillir le Mystère et laisser advenir sa poésie.

Anne de COMMINES

Repost 0
Published by Monique Oblin-Goalou - dans Témoignage
commenter cet article
10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 13:26

Introduction

Pour lutter contre l’extrémisme et les pensées binaires de notre époque, le rejet du corps, de la poésie, de l’image, du discours, des études et lutter pour éviter à l’intelligence d’être séparée de la vie, un outil philosophique se trouve à notre disposition : les écrits du shaykh al–Ishrâq (c.a.d. le maître des lumières), Shihâboddîn Yahya Sohravardî.

Une première problématique doit être relevée. Si Sohravardî reconnait comme preuve de foi en Dieu les expériences visions et apparitions son objectif est de fonder en raison la présence de Dieu au monde. Sohravardi, s’intéresse aux sciences et à tous ce qui fait les connaissances de son époque. La métaphore scientifique de son travail accompagne la métaphore naturelle, la métaphore littéraire mythique et poétique, la politique, l’outil philosophique, les anciennes sagesses religieuses, le Coran… Il fonde l’existence de l’homme en raison avec tous ses plis :

« …qu’il entreprenne à son tour les exercices spirituels et qu’il se mette à l’école des maîtres de la contemplation mystique… extase … de voir la Lumière qui effuse dans le monde Jabarût, et verra-t-il les anges du Malakût et les Lumières qu’ont contemplées Hermès et Platon, les flamboiements célestes, sources de la lumière de Gloire (khorra en avestique Xvarnah). C’est d’elle que nous informe Zoroastre. C’est vers elles qu’une extase entraîna le souverain véridique, le bienheureux Kay Khosraw, qui en eut alors la vision directe »[1].

La sagesse de Zoroastre[2] est la recherche de la bonne pensée, Lumière nécessaire pour que les lumières qui en découlent puissent s’éveiller : « Non, je voudrais par elles (les lumières) provoquer un réveil. Les témoignages qui nous viennent des livres et ceux que nous tenons des propos des Anciens Sages sont innombrables »[3].

Le mouvement régulier et mathématique des sphères implique d’être géomètre pour prendre le chemin des mages de l’Ancien Iran: « […] dans leurs mouvements, dans les proportions de leurs mouvements, dans les oppositions de leurs astres et de leurs rapports, imitent les proportions existant entre les réalités spirituelles et entre les rayonnements des Lumières archangéliques »[4]. Les sphères ont des mouvements qui sont le moulage des intelligences célestes : « […] les astres progressent, au cours de leurs périodes et de leur cycles, en obéissant aux relations entre les Intelligences archangéliques, à celles du moins qu’il leur est possible d’imiter. Puis ils recommencent »[5].

En cela Sohravardi suit le conseil de Platon quand il écrit dans La République : « Mais ce qu’il faut examiner, c’est l’ensemble de la géométrie, dont la portée est plus considérable, de manière à voir si elle peut de quelque manière tendre vers ce but supérieur : parvenir à faire distinguer plus facilement la forme du bien »[6].

La connaissance de la géométrie se trouve liée à la recherche du bien. Or la bonne pensée est un des principaux soucis de Zoroastre : «

Sohravardî comme musulman ne nie rien de l’humanité, il pense la résurrection mais la dernière sphère y participe comme miroir qui permet de tourner l’âme vers Dieu. Elle est l’origine à partir de laquelle vont se déployer les autres ciels pour exprimer le spirituel. Tout de suite, il me semble important de préciser que la recherche de la sagesse ne s’oppose pas à la hiérarchie religieuse. L’intelligence se déploie dans le respect du rôle de l’imam : « Que nul ne conçoive l’ambition d’obtenir la connaissance des secrets de ce livre sans revenir auprès de la personne (shakhs), du khalife qui possède la science du Livre. »[7] Le livre avec un L majuscule veut dire le Coran (puisque Sohravardî est musulman). Dans le respect du Coran et des savoirs, de l’autorité de la hiérarchie religieuse, les méditations de la sagesse orientale sont possibles.

Pourquoi le thème des étoiles accompagne Sohravardî ? Quand la lumière du soleil s’éteint apparaissent les étoiles. Le système de Sohravardî n’est pas centré et les sphères multiples se répètent. Les influences célestes ont autant de centres que d’étoiles qui sont comme des mères. Ce sont les anges et archanges des hiérarchies célestes. Les signes lumineux de ces forces apparaissent la nuit.

Dans l’œuvre de Sohravardî, l’existence au monde de l’homme entier se tourne vers la divinité. Pour cela, il crée une sagesse qui va constituer un existentialisme spirituel. Comment faire les liens entre les différents plis de notre humanité. Sohravardî offre des clés à la rhétorique, et des richesses pour la poésie, du pain pour la liturgie. Pour nous écrivains, rédacteurs, enseignants… ce sont des richesses qui permettent d’entrer dans la relation à l’autre, l’incitation à la réflexion en respectant ses origines.

Comme un miroir, l’intelligence a une dimension charnelle qui participe de la divinité, dans l’œuvre de Sohravardî. Les écrits de Sohravardi concernent entre autres la formation des imams et des princes mais elle s’adresse à tous. Les femmes, les enfants et les malades y sont associés. Sohravardi s’intéresse à la religion mazdéenne pour cultiver une certaine aura de la personne appelée à parler au peuple. La deuxième problématique de l’œuvre de Sohravardi montre comment vivre les relations humaines en poète dans le respect et la liberté de l’humanité. La rhétorique relationnelle a pour prétention de ne négliger aucun pli de l’existence. Deux problématiques se dégagent celle des rencontres avec le spirituel dans des visions et celle de l’existentialisme et de pensées liées à la vie. Les fantômes se manifestent peut-être mais l’observation du quotidien et l’intelligence sont les premières et vraies manifestations de Dieu selon Zoroastre. Au XIIe siècle, une contemporaine de Sohravardi, Hildegarde de Bingen, écrit inspirée de ses visions. Ses recettes médicales, la musique qu’elle compose et ses conceptions de l’univers, la morale qu’elle défend, donnent une place spirituelle à l’humanité et prouvent que l’intelligence de la nature ne se dissocie pas de l’existence en Dieu. Elle rejoint l’intelligence des contemplations de Sohravardi. Deux problématiques se dégagent. Les lumières ne s’opposent pas à la raison. Elles l’éclairent dans un existentialisme spirituel. Les textes de Zoroastre modèrent par leur sagesse le désir de Sohravardi de sortir de son corps, son recours aux privations pour accéder aux lumières. La présence spirituelle se réalise dans la vertu selon Zoroastre et non dans la magie.

Les citations sont prises dans :

Le livre de Shihâboddine Yahyâ Sohravardî. L’archange empourpré, traduction d’Henry Corbin, Paris: Fayard, 1976.

Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, traduction Henry Corbin.

Hildegarde de Bingen, Scivias « Sache les voies » ou livre des visions, trad. Pierre Monat, Éditions du Cerf, 1996.

Jean Varenne, Zoroastre, Paris : Seghers, 1975.

I Le milieu intellectuel de la pensée de Sohrawardi

A La Sagesse orientale

1Quelques éléments de biographie de l’auteur, son projet philosophique :

Sohrawardi est né à Sohraward, en 549/1155[8], et il meurt à Alep, en 587/1191. Son nom est Sihab al-Din abul’-futuh Yahya B. Habas b. Amirak al-Suhrawardi. Il est parfois nommé al-Maqtul, en mémoire de sa mort violente par décapitation et pour dire en même temps qu’il n’est pas un témoin de la foi. Mais il est considéré rapidement comme un martyr. Certains se diront ses disciples et l’appelleront martyr. Ses commentateurs, comme Molla Sadra, le nommeront « Sahib al-Israq ». Et ce nom seul lui est resté.

Sohrawardi est célèbre pour ses discours en similitudes. Ses romans d’initiation permettent le dévoilement, accès à la connaissance, par des insinuations subtiles. Dans les Talwihat, l’allégorèse ne peut pas être systématique. L’interprétation est toujours à reprendre. L’intervention des motifs de l’épopée iranienne permet au « roman d’initiation » sohrawardien de se rattacher à une tradition littéraire. La mystique présente un autre motif qui sort de l’histoire et de la tradition et permet de prendre conscience de l’idée d’Orient et d’Occident spirituel dans l’œuvre d’Avicenne, des soufis[9] et de Sohravardi. Ce motif vient d’un poème d’Unsuri[10] (né en 441/1049). Ce motif est celui d’un « Archange couleur pourpre[11] » que l’on retrouve dans un récit de Sohrawardi[12]. Unsuri met deux couleurs, blanches et ténébreuses, aux deux ailes de Gabriel, rappelant le roman épopée d’amour mystique où la couleur rouge de l’Amant se joint à la couleur blanche de l’Aimé. L’Amant est l’Occident, ce qui nous rattache à la terre et au rouge (le sang de l’amant). Et la Lumière d’Orient est le blanc. Quand elle entre dans la terre, elle devient rouge. Le soleil se lève et le soleil se couche sur la terre, la fécondant chaque jour. De même, les archanges montent et descendent du ciel, sans fin. Ils sont la lumière qui nourrit la terre de nos âmes. Les anges conduisent nos âmes, sans fin, de l’Orient à l’Occident. Le terme d’Orient désigne les anges, « la lumière archangélique[13] ». La sagesse a donc un sens large qui désigne autant le cheminement vers le spirituel que le cheminement logique de raison et d’intelligence. L’Occident ne prend pas ici le sens de la raison, ni de l’intelligence, ni de la chair, mais celui du lieu de l’épiphanie. Et cette incarnation se fait dans tous les plis de l’humanité. Dans ce cas, le corps, la logique, autant que l’intuition, l’imagination… deviennent le lieu d’un ange. Or, au Moyen Âge, en Occident autant qu’en Orient, l’ange est le chemin qui nous conduit à la perfection. Il est comme lumière qui comble le lieu entre l’humanité et ses plis et la divinité. Ainsi, par les anges, les plis de la personne vont rayonner la présence de la Lumière comme une étoile. Il existe plusieurs courants gnostiques au deuxième siècle après J.C. Les textes de Sohravardi reprennent le thème gnostique[14] des âmes divines emprisonnées dans un corps matériel. Mais Sohravardi n’a pas pour fin d’épuiser le corps pour dévoiler l’âme mais au contraire de suggérer la vertu et le rayonnement de l’humanité pour qu’elle soit le miroir, conscience de la présence de Dieu au monde. La personne devient lumineuse comme l’étaient les prophètes ou sages mazdéens.

Sohravardî est né en 549/1155 dans une ville qui n’existe plus Sohravard. Elle se situait au nord-ouest de l’Iran près de la mer Caspienne. Les montagnes proches ont été des zones de résistance du mazdéisme. Après la conquête musulmane au IVe/Xe siècle le sentiment national iranien reste lié à la religion de Zoroastre.

Le Mazdéisme, religion iranienne doit son nom à son dieu principal Ahura-Mazda. Le livre sacré du mazdéisme est l ’Avesta. Le zoroastrisme est une réforme du mazdéisme et reste actuellement une religion pratiquée. Pour cette religion très ancienne peu de textes ont réussi à traverser les millénaires. Sohravardî en faisant référence aux noms des anciens anges qui l’animaient protège la mémoire de ces anciennes connaissances spirituelles qui constituent une part importante de sagesse et qui hélas sont persécutés et massacrés aujourd’hui encore. Les Yézidis font l’objet d’articles de Christophe Lamphalussy dans le journal La libre le 12 septembre 2014 par exemple ou plus poignant encore dans La Libre du 14 10 2014 L’Etat Islamique avoue livrer les jeunes Yézidies à l’esclavage. La religion zoroastriste porte le nom du réformateur Zoroastre. Zoroastre va faire passer le mazdéisme à une religion monothéiste. La sagesse du monothéisme intéresse Sohravardi. Les divinités secondaires deviennent des ciels entre le premier moteur qui enveloppe tout et l’homme. La beauté et la grandeur de Dieu, ses multiplicités, se réfléchissent et se transmettent dans l’espace tridimensionnel de l’esprit de Sohravardi.

2 L’influence manichéenne existait encore au XIIè siècle. Le Dênkart[15], le Skand Gumânîk Vicâr[16] paraissent pour s’opposer au manichéisme. Au début du IV/X siècle la littérature et le prosélytisme manichéen sont persécutés et l’Eglise de Mani abandonne Bagdad pour Samarkand. Les luttes entre mazdéisme et manichéisme avaient quitté la réfutation intellectuelle pour les armes et le sang. Le nombre de réfutations entre mazdéisme et manichéisme baissent au IVe siècle.

(Voici l’exemple d’une réfutation : "(Les chrétiens) disent que le Père, le Fils et l'Esprit sont trois "noms" qui ne sont ni séparés l'un de l'autre, ni antérieurs l'un par rapport à l'autre. Mais alors, si le Fils n'est pas moindre que le Père, étant en toute chose égal au Père, pourquoi leur donne-t-on des noms distincts ? Si c'est chose possible que trois égale un, il est certainement tout aussi possible que trois égale neuf et neuf égale trois, et on peut dire autant indéfiniment des autres nombres. En outre, si le Fils n'est pas moindre que le Père, c'est que le Père n'est pas plus que le Fils ; dans ces conditions doit-on dire que le Père procède du Fils ou que le Fils ne procède pas du Père ? Il est bien certain que tout ce qui procède d'un autre, qui est sa matière séminale, doit être moindre que celui-ci, qu'il s'agisse d'une relation dans le temps, ou d'une relation à l'origine. Si le Fils n'est pas moindre que le Père, c'est que la cause n'est ni antérieure, ni supérieure à l'effet ; on pourra dire que l'une et l'autre sont des Principes, que la créature n'est pas moindre que le créateur, et le créateur n'est pas plus que la créature : ce qui n'est pas tenir compte des définitions. En outre : si le Fils est, en toute chose, semblable au Père, c'est que le Père est aussi ignorant que le Fils, lequel ne connaissait pas l'heure de sa mort et de sa crucifixion avant qu'on ne l'eût pris pour le frapper de male mort, d'opprobre et d'horreur. Quand on lui demanda : "Quand sera le jour de la résurrection ?", il n'en savait rien et il répondit : "Cela nul ne le sait, sinon le Père" (Mt 24,36 ; Mc 13,32)".

Extrait de Skand Gumânîk Vicâr, la solution décisive des doutes, par P.J. de Menasce, Fribourg, 1945, pp 213-215) Je note cette réfutation mazdéenne du christianisme car les arguments sont maladroits : aucun langage ne peut saisir Dieu, comme toute personne ; la trinité ne s’inscrit pas dans le nominalisme ni dans un raisonnement analytique ; la paternité s’inscrit dans le progrès, dans l’effort pour avoir des enfants plus grands que soi ; Dieu ne s’inscrit pas dans le temps mais dans la liberté de l’amour. Cette critique permet de ressentir l’immensité de la responsabilité de nos actes envers nos enfants)

3 Le projet de Sohravardî est de « ressusciter les anges de l’ancienne Perse ». Il ne le fait pas dans le but de relancer le mazdéisme ; mais de voir dans la physique et dans l’étude des corps des émanations des anges célestes. Ce n’est que depuis l’époque classique du XVIII siècle que l’Occident pense la physique comme une science séparée. Le dévoilement spirituel passe par l’étude des arbres des palmiers[17]… Et les reflets sur les surfaces brillantes favorisent la rêverie et la méditation, le chant des oiseaux aux saisons de la reproduction symbolise la relation aux autres dans l’amour qui passe par le langage. Car l’amour ne concerne pas avant tout la sexualité mais toutes les nécessités de la vie associative, toute cette sagesse qui permet de vivre ensemble. Les modèles scientifiques deviennent des anges, des lieux d’intelligence. Les disciplines des sciences arabes se divisent selon al-Fârâbî (339/950) en « six branches : la science de la langue, la science de la logique, la science mathématique (où aux quatre disciplines classiques du quadrivium – arithmétique, géométrie, astronomie et musique – viennent s’ajouter la perspective et la science des poids et mesures, ainsi que l’algèbre et les mathématiques appliquées), la science naturelle ou physique, prolongée par la théologie naturelle ou métaphysique, et enfin la science morale et politique »[18]. L’enseignement de Sohravardi appartient à la théologie naturelle ou métaphysique. Henry Corbin emploiera le mot métaphysique et sera mal compris. Ce mot laisse entendre qu’il existe deux mondes. Or l’onthologie de Soravardi ne conçoit pas de séparation. Le monde matériel dévoile l’intelligence de la sagesse de Dieu qui se prolonge sans discontinuité dans toutes les sphères et ciels retenue parfois dans des formes en suspens. Les citadelles en suspens se réfléchissent dans les miroirs de l’intelligence, l’imagination. La « théologie naturelle » permet la connaissance de soi et des autres, de la nature qui sont les trois ensembles de signes de la divinité et ouvre les portes de la relation. Cette science peut se rapporter à la rhétorique, l’art du discours et a pour fin la politique et la morale nécessaires aux institutions humaines.

B Les modèles de Sohravardî

1 Les Récits

Artiste anonyme, Zodiaque du prince Iskandar-Sultan, Londres Wellcome library, London. Illustration du livre de Rarîd-ud Dîne Attar, Le cantique des oiseaux, éditions Diane de Selliers, 2014, site editionsdianedeselliers.com.

Le livre de l’Archange empourpré se présente sous forme de récits. Ces récits véhiculent une sagesse. La forme poétique du récit existe au Proche Orient avant Sohravardi et notamment chez Avicenne (X° siècle) Avicenne influence Sohravardî (XII°) sur l’importance de la connaissance de l’intelligence de soi et des autres.

L’ange de Tobie, du peintre Hossein Naqqâsh, École moghole, vers 1590, Musée Guimet, Paris.

L’éducation des princes comportait des récits qui permettaient de suivre les itinéraires nécessaires à la sagesse, et une pensée indépendante ayant son autonomie intellectuelle et spirituelle. La connaissance des points communs de la pensée, les « rêveries de la forge » selon l’expression de Gaston Bachelard, se faisait dans des contes symboliques. Pour Sohravardi les images ne sont pas communes anatomiquement mais appartenant aux sphères qui unissent la divinité à l’humanité. L’attraction entre les personnes se compare avec les forces qui régissent les astres, elle passe par la prise de conscience du spirituel. Ces modèles stellaires se reproduisent dans les relations car ils participent tous d’une même intelligence, celle de Dieu.

2 Intermédiaires et proximité

« Bien que les êtres intermédiaires soient plus proches de nous quant à leur causalité et par leurs positions médiatrices, cependant les plus éloignés de nous dans l’ordre de la causalité sont aussi les plus proches, à cause de la puissance de leur épiphanie (zohûr), si bien que le plus proche de tous est la Lumière des lumières. Ne vois-tu pas que s’il y a du noir et du blanc sur une même surface, la blancheur parait plus proche de nous, parce qu’elle est assortie à la manifestation ? Ainsi le Premier Être est à la fois en la plus haute des hauteurs et en la proximité la plus proche. Gloire soit à celui qui est le plus lointain de tous les lointains en raison de la hauteur de son rang, et le plus proche de tous les proches en raison de sa Lumière omniprésente et d’une puissance infinie »[19].

La démarche de Sohravardi se différencie de celle d’Avicenne dans son souci de prise de conscience du spirituel. Il n’y a pas de discontinuité entre les Intellect agent, l’intellect et la divinité dans l’œuvre de Sohravardî. Dans l’emboitement des ciels et leurs interférences sur l’existence quotidienne, Dieu prolonge sa présence jusque dans les plus humbles parties de la vie, comme la lumière ondule entre lumière et nuit sagesse et beauté. Entre les tours de nos constructions intellectuelles, la sagesse de Dieu descend jusqu’au sol[20]. Même sans instruction, la sagesse éclaire le cœur. Les liaisons les plus longues sont les plus riches en énergie comme dans la théorie des cordes, comme dans l’hermétisme. L’idée de la proximité de Dieu, de sa relation à l’homme la plus intense se fait sans intermédiaires. Le plus lointain comme premier Être est aussi le plus proche en raison de l’intensité de sa lumière comme le blanc est la plus lumineuse des couleurs en raison de la richesse des longueurs d’onde qui la compose.

3 Le modèle des ciels

Sohravardi reprend les ciels multiples d’Aristote de la tradition des péripatéticiens[21] que l’on retrouve avant lui dans l’œuvre d’Avicenne.

« Il était une fois un lapidaire qui possédait une pierre précieuse. Il voulut exercer sur elle son art. De ce joyau, il fit un bol, quelque chose comme une sphère. Du surplus qu’il avait extrait de la pierre précieuse pour tailler le premier bol, il fit de même, à l’intérieur du premier bol, un autre bol. A son tour, du surplus qu’il avait extrait pour tailler le second bol, il fit un troisième, ainsi de suite jusqu’à neuf bols. Après cela, des copeaux de ces bols (successivement taillés) il fit un joyau et l’inséra entre deux robes. De l’étoffe de ces deux robes, une pièce n’avait aucune couleur tandis qu’une autre inclinait quelque peu vers la blancheur. Il fixa ce joyau au milieu du bol. Puis il donna de l’éclat au premier bol. Sur le second bol il peignit un grand nombre d’oranges et disposa sur celles-ci de l’or. Sur le troisième et le quatrième bol et ainsi de suite jusqu’au neuvième, il peignit sur chacun une orange. Après cela il jeta ce bol orné au tournage ; le bol tournait de gauche vers la droite, tandis que les oranges qui étaient sur chaque bol tournaient de la droite vers la gauche, de sorte que si quelqu’un regardait par le milieu du neuvième bol pour voir le premier bol, il penserait qu’il s’agit d’un seul et même bol, et que toutes les oranges ont été peintes sur un seul et même bol. »[22]

Les bols sont transparents et ils seraient appelés de nos jours orbites. Ils sont donc invisibles comme les orbites stellaires. Le bijou qu’il insère entre deux robes correspond à l’homme vêtu d’esprit(les ciels) et de chair. Les neuf bols sont les sept planètes du système solaire et leur ciel qui correspond en astronomie contemporaine à l’orbite, plus l’orbite de l’étoile Soleil et le neuvième bol est la voute céleste de l’ensemble des galaxies qui ne tournent pas dans le même sens, les signes du zodiac.

Les voiles sur lesquels se projettent la divinité (les bols peints) constituent les preuves de cette présence. Les éons d’or viennent éclairer l’ombre en corpuscules et en divinités présences au milieu du monde. Le modèle d’une création non centrée de l’Univers chez Sohravardî s’oppose au modèle centré des ciels multiples tel que le décrivent Aristote et Avicenne. Les écrits de Sohravardî décrivent de multiples mères qui sont autant d’étoiles et influencent l’existence. Alors que la voute céleste du monde sensible s’arrêtait à la Lune pour Aristote et Avicenne, chez Sohravardî le monde de la matière va jusqu’au 9° ciel sur lequel se projette la pensée spirituelle.

« Les péripatéticiens ne reconnaissent pas les illuminations comme la cause de la multiplicité des proportions lumineuses. La vérité est que les mouvements des astres, vue la multiplicité de leurs états, n’existent que répondant aux proportions d’irradiations et de lumières qui préexistent dans les Aimés… »[23]. La découverte des lois de l’attraction, de la gravité, des forces qui régissent les masses dans le vide n’ont pas encore été posées mais Sohravardi en a l’intuition. Il fait de l’attraction gravitationnelle l’amour en vérité et en métaphore. L’amour se fait donc domination comme dans le mouvement des planètes autour des étoiles.

Le mouvement des astres ne décrit pas un cercle dans la mesure où il subit l’influence de planètes ou d’autres astres. Il décrit des ellipses. D’où la présence de plusieurs centres de gravité. Les ciels se limitent au nombre de dix dans l’œuvre d’Avicenne comme si les lumières étaient moins complexes que le monde sensible.

Sohravardi décrit l’intelligence avec les sphères multiples d’Aristote[24] et le modèle des ombres dans la grotte de Platon.

« Cependant la secte des Péripatéticiens reconnait les merveilles de l’ordonnance dans les barzakhs. Et pourtant, ils limitent le nombre des intelligences à dix […] Mais, tout cela est faux. […] les merveilles des relations [intellectives], se présentent avec une complexité qui dépasse ce qu’elle est dans le monde des Ténèbres ; celui-ci, plutôt, en est l’ombre »[25].

Cette phrase est intéressante car le monde physique devient une projection une ombre. Il a perdu ses n dimensions pour n’être plus qu’à trois dimensions. Nous sommes dans la fameuse grotte de Platon, la grotte étoilée où les choses se projettent sur la paroi de la grotte de trois on passe à deux. Mais Platon, comme nous, ne considère pas le nb de dimensions mais la projection. La projection constitue l’interface entre l’âme et l’existence dans un prolongement un peu comme un vêtement fait partie de nous. L’âme se conçoit comme une enveloppe extérieure.

« il faut donc que ce corps qui entoure, qui est indivisible, simple, homogène, soit quelque chose dont on peut supposer les parties que par la pensée, et dont il ne peut… Tout ce qui s’en trouve proche, cela sera le haut. Inversement, ce qui est le plus en bas n’est ailleurs qu’à la limite extrême de l’éloignement par rapport à elle, c'est-à-dire le centre. Voilà donc ce qu’il en est du corps enveloppant »[26] Sohravardi prend un objet de la raison, l’enveloppe, comme modèle pour exposer sa pensée.

Description figure 4

Hildegarde de Bingen, Liber divinorumoperum, Codex latinus 1942(vers 1230), Lucques, Bibliothèque d’Etat (vision 4, fol. 38).

Au Moyen-Âge la terre était considérée comme ronde.

4 L’influence manichéenne, modèle du jour et de la nuit :

Les manichéens pensent le monde comme Lumière et ombres. Ils sont une influence de Sohravardi.

Éon, terme manichéen issu du mazdéisme, désigne la sagesse et la perfection, les saints. Pour les Mazdéens, l’éon sert à désigner l’atome spirituel par similitude avec l’atome de la matière. Les Éons constituent l’émanation du bon présent dans chaque atome de matière. Le sens manichéen ne s’oppose pas au sens mazdéen d’émanation primitive de la lumière

Notre capacité logique, notre capacité inventive ou d’intelligence… construisent des ombres projetées sur la grotte de notre humanité entre ces ombres passe la lumière amoureuse de Dieu les éons qui découpent l’ombre. L’objectif consiste à sortir de la grotte et de la projection. Mais la prise de conscience passe par les projections. La silhouette de nos villes spirituelles se détache entre la lumière des éons :

Éons

Parcelles de lumière

Pluie de lumière

Éons, atomes

Présence dans les rayons solaire

Les mouvements d’énergie dansent,

S’accrochent à la matière

Subtile qui souffre et qui pense

Infime, vole dans l’éther.

De ma lumière, je me souviens.

Sur l’astre éteint éclipsé

La lumière repart et revient.

Larmes et Désirs, sombre Gypse

La matière géométrise l’ombre.

Âme oubliée, enfant perdu

Bancs de sable côtoient l’archonte[27]

Le chant aux rythmes ardus.

Intelligence aux larmes luminaires,

Transpercée, gouttes douloureuses

Chérubins gouttes numineuses

Larmes reflets de terre et d’air.

Étincelles portes du ciel, présence des éons

Détourné du chagrin pour la connaissance

Regard vers le jardin parcelle de faïence,

Éons lucioles dans l’azur en tourbillon.

5 Le lien entre le système géo centré et l’intuition de la relativité de Sohravardi

Avant la prise de conscience des référentiels par Galilée, l’interprétation occidentale d’Aristote fait de Dieu le premier moteur des dix ciels qui éloignent l’homme de la divinité.

Fig. 1 Système de Ptolémée la terre est au centre. La connaissance de Dieu passe par l’étude des différents ciels du monde physique, des étoiles et par analogie de l’intelligence. Les anges sont comme les étoiles et peut-être sont-ils assimilables aux étoiles. Le repaire serait le lieu de l’observation.

Fig 2 Cette analogie est-elle possible avec le système de Nicolas de Cuse (1401-1464) tel qu’il a été interprété ? Pour Nicolas de Cues le centre du monde est partout. Dieu est partout. Le soleil avait mis du désordre dans notre perception du monde. Le soleil n’est pas Dieu. L’erreur des Égyptiens d’avoir eu une vision du monde avec pour origine le soleil. Le monde Égyptien n’est pas centré sur l’observateur. Cela n’est pas une erreur à condition de ne pas faire du soleil l’origine de la divinité mais seulement l’origine de la réflexion sur la nature. Cette erreur a conduit à l’animisme Égyptien. Or L’occident avec le système non géo centré de N. de Cuse (Nicolas Krebs, 1401-1464)[28] ouvre la voie scientifique au système de Nicolas Copernic (1473-1543) qui est une dérive malheureuse de l’intuition de Nicolas de Cuse, l’héliocentrisme. Galilée ou Galiléo Galilei (1564-1642) de son vrai nom adopte l’héliocentrisme. Apparait la notion d’espace galiléen en hommage à Galilée. L’espace galiléen est animé d’un mouvement rectiligne uniforme. Il est homogène et isotrope structure et homogénéité restent les même quelque soit l’orientation observée. Un système non homogène, par exemple les variations d’indice de l’eau pour la lumière comme pour le son, implique la prise en compte de points et lignes remarquables ou surfaces limites remarquables où la propagation change, où des phénomènes de réflexion entrent en jeux. Alors le système n’est plus galiléen.

La courbure non sphérique des orbites des astres que Sohravardi appelle ciels va lui suggérer l’influence d’autres mondes sur les hommes. La pensée de Sohravardi observe le système géo centré dans la mesure où il sert de modèle au rapport des hommes dans l’univers. C’est à partir de l’homme qu’il pense le monde. Et pour l’observateur aujourd’hui encore l’univers nous est accessible depuis la terre. L’outil de Ptolémée et les systèmes géo centrés ne sont pas obsolètes depuis l’invention de la relativité. Les décentrements que l’intelligence opère pour décrire les objets du monde permettent ensuite de revenir à l’humanité plus riche de savoirs. Cette démarche correspond au voyage des oiseaux : la capacité de se déplacer en esprit, de se mettre à la place des autres ou de penser le monde depuis d’autres points de vue pour ensuite revenir à soi plus riche. Voir le monde depuis le ciel, comme un oiseau, de plus loin, de plus haut…

La notion de relativité existait au Moyen-âge dans les écrits de Sohravardi : dans Un jour avec un groupe de soufis[29], il prend l’image de la variation du référentiel pour expliquer les différentes positions des observateurs. Le ciel est fait de la conjonction de plusieurs mouvements. Il prend un mobile, comme une boule, et un milieu mouvant, la planche que l’on tire. La boule a un mouvement inverse à celui de la planche. Et suivant la place d’observation, suivant le référentiel l’observation ne sera pas la même.

6 Le modèle de l’hermétisme

L’ange

L’hermétisme[30] ne se veut pas abscond mais messager. Hermès, comme messager des dieux, apporte la sagesse dans l’existence poétique. Vivre en poète permet tout simplement de vivre sans que les dieux ne soient séparés des hommes.

« On suspendait à un astre toute une hiérarchie d’êtres, depuis l’ange jusqu’au minéral, dont les propriétés étaient censées en rapport, en sympathie avec cet astre. Le savant qui connaissait ces séries était évidement le maître de la nature. »[31]

La théorie des cordes semble s’inspirer de l’hermétisme. Ce qui n’est certainement pas vrai mais montre que l’observation en sciences humaine rejoint l’observation et les modèle scientifiques.

Le barzakh

Pour simplifier, on peut considérer deux formes de l’hermétisme, l’hermétisme savant optimiste, l’hermétisme savant pessimiste. L’optimiste montre un dieu démiurge du monde, le monde est un ordre qui conduit à l’adoration d’un Dieu démiurge. L’hermétisme pessimiste voit le monde comme mauvais en désordre. Dieu n’en est pas le démiurge. Dieu sera au dessus du monde hypercosmique. Il est donc important de fuir la matière. Sohravardi n’est pas hermétiste mais sa pensée s’en inspire. On trouve les deux tendances dans l’œuvre de Sohravardî : d’une part un retour à l’animisme qui ne sépare pas Dieu du monde, un éloignement de Dieu mais avec les anges comme intermédiaires et mères des choses. Sohravardî trouve dans l’ordre du monde et des étoiles des reflets de la face de Dieu ce sont les barzakhs. La contemplation du monde conduit à Dieu. Ses propos pessimistes sur le corps et la matière permettent à l’intelligence de dominer l’esprit et en être les « vertus ». Le corps est une prison pour Sohravardi :

« Je suis retenu prisonnier dans le pays d’Occident… J’ai sangloté, j’ai imploré, j’ai soupiré de regret sur cette séparation. »[32]

Poème Barzakhs :

L’existence s’agrandit en se tournant vers la lumière

Les lumières enveloppent et se répondent

Tournées vers l’Un, croisées vers l’Autre.

Les beautés de sagesse sont figées dans les ciels.

Elles sont toutes dépendantes de la première Sagesse

Mais, dans leur ciel, indépendantes

Depuis l’Un, elles sont lumineuses planètes car l’Un les éclaire

Depuis les lumières plus éloignées, elles sont sombres.

Bancs de sables entre deux milieux la mer profonde et la terre

Elles annoncent la terre et le retour espéré

Rencontre dans la lumière parfaite de l’Un.

Ces présences d’ombre balisent le chemin de la sagesse

Et Sohravardi les appelle des barzakhs en imaginal d’étoiles.

Les barzakhs forment une échelle qui permet de se mettre en présence de Dieu, de la Vérité. Cette échelle intensifie l’existence, l’éclaire progressivement.

L’imaginal

Qu’est-ce que l’imaginal : l’imaginal avec la figure de « l’iconal » montrent les vertus du monde dont la face s’éclaire quand elles sont tournées vers Dieu. L’imaginal correspond à la lumière de la nature et de la matière. L’icônal montre à la présence de Dieu dans l’humanité. Ces deux figures littéraires ouvrent les portes de la présence de Dieu en sagesse, de la joie en Dieu en amour. L’imaginal et l’iconal sont des signes-reflets de la divinité dans la matière : « Il est en premier lieu l’apparent. Il est en second lieu l’intérieur, Il est en troisième lieu le signe. (voici les cercles) »[33]. L’apparent conduit à l’Indicible.

C Nous allons faire un peu de philosophie :

Philosophie et sagesse passent par la poésie dans la pensée orientale et iranienne. La sagesse ne se conçoit que dans le quotidien de l’existence. La discipline de « théologie naturelle »[34] fait référence à la vie. L’intelligence et la vie se rencontrent dans le regard du poète qui sait voir le merveilleux et la souffrance. La « théologie naturelle » ne se conçoit pas dans une ontologie mais dans l’ontique[35]. La poésie investit l’existence dans le devenir pensant de Martin Heidegger. La poésie ne se constitue pas d’attributs mais d’actes d’existence dans l’usage du verbe « ser » portugais qui pourrait se traduire par exister. Le verbe « estar » désigne l’essence. L’existence, le travail permettent d’élargir les limites des matières de l’existence.

Les ponts aux ânes sont des méthodes expérimentales qui permettent d’éviter les langages et leurs formalismes. La philosophie et la poésie peuvent servir d’outil pour entrer dans le mode de penser oriental sans en connaître la langue. L’être humain ne peut pas connaître toutes les langues de la terre. Donc monter sur le dos d’un âne évite bien des fatigues. Le pont aux ânes de la philosophie est aussi un moyen de penser la science sans entrer dans des langages mathématiques lourds. Le triangle isocèle est connu dans Le livre des éléments d’Euclide comme un pont aux ânes pour relever des mesures :

Le Pont-aux-ânes

Sur le portrait de Fra Luca Pacioli[36]

Par Jacopo de Barbari, le moine lit

Le livre des éléments d’Euclide

Qui de l’enseignement se fait guide

Sur l’ardoise un triangle isocèle[37]

Le pont-aux-âne le secret qu’il recèle

N’a pas besoin d’explications

Mais de juste une description

La définition énonce une idée maligne

Le triangle qui a deux jambes égales

A donc un axe de symétrie autour de la ligne.

La bissectrice coupe la base en semblables.

Sans instrument de mesure,

Sans savoir lire les chiffres bien sûr,

Avec un compas à pointes en finesse,

Il est possible de reporter les distances

Et de déterminer les deux points,

Par lesquels faire passer avec soin,

La ligne perpendiculaire au segment

Le croisant en son milieu précisément.

L’énoncé d’Euclide montre ainsi,

Que sans savoir lire ou compter,

Pour trouver le milieu d’un segment,

Les ânes passent l’obstacle facilement.

Le pont aux ânes permet à la pensée,

Dans certaines exceptions,

Et situations de complexité, de se passer

De l’écriture, et de vivre d’intuition

Mais cette nourriture vite, ne suffit plus

Pour calculer et construire des temples,

Des langages, pour décrire l’objet élu

Pour le partage de ce que l’on contemple…

A dos d’âne, le possible

Rend les partages accessibles

Avec la reconnaissance

De toutes intelligences.

La philosophie permet ainsi d’entrer

Dans les pensées des peuples avec leurs bagages.

Et leurs motifs, sans connaître leurs langages

Sagesse et devenirs se trouvent éclairés

Les nombreux modèles ainsi découverts

Sont des outils pour ouvrir l’univers.

Ils servent les rencontres de hasard,

Évitent dragons, Léviathans bizarres.

Après cet aparté sur le pont aux ânes, revenons à la pensée orientale.

La pensée orientale fait de l’existence une phénoménologie de la divinité (la divinité de l’humanité). La divinité est le premier moteur mais le tout et les choses forment l’Être en général les sphères de la surexistence ou de l’ex-sistéré (se tenir debout). C’est-à-dire que Dieu se compare à une enveloppe. « Il n’est rien qui puisse provenir du réel, si n’existe à fortiori l’être plus éminent immédiatement supérieur »[38].

Le devenir s’inscrit à même la pensée de l’être dans la pensée orientale de Sohravardi. L’existentialisme oriental montre le dévoilement de l’Origine dans le sens de première Intelligence. La première Intelligence se répand dans les sphères sans discontinuité. Par le regard de l’homme, la contemplation, l’intelligence de l’homme participe de toutes les sphères du plérome archangélique jusqu’à la divinité dans ce qu’elle se fait appeler première. Le regard de l’homme permet un dévoilement.

Le devenir dans l’instant présent constitue alors la dynamique originelle de la présence de Dieu.

La relation passe par la Lettre. La Lettre, point remarquable de la relation, sème des graines en nous en un acte incitatif. La figure poétique va travailler et exister en nous. La notion d’existence (Al-Wojûd) va jusqu’à se faire présence (hodûr). L’acte d’être, l’acte d’exister, explique Henry Corbin, n’est pas substantif (ens), ni non plus la forme infinitive être (latin esse). L’acte d’être est à chercher dans la forme impérative « Soit » (esto en latin et non pas fiat). Pour Mollâ Sadrâ Shîrâzî, le « Verbe Esprit » éclot perpétuellement dans le phénomène du Livre saint révélé. Viennent alors la lettre comme apparence, la lettre énoncée et, le sens vrai spirituel. Le « Soit » jaillit dans la lecture de la Lettre. Cette problématique est celle du prophétisme dans la philosophie shî’ite.

Au cœur de la substance de l’organe, la volonté du « soit » donne existence et les efface tous deux (la substance et l’organe). La substance n’est pas détruite mais voilée, en retrait. Les fourmis se retirent devant le char de Salomon. « Que les fourmis qui sont les sens externes et les sens internes, se maintiennent fermement chacune à sa place ; elles demeureront saines et sauves sous l’assaut de l’armée de l’Amour et aucun désordre n’atteindra le cerveau. »[39]

L’Esprit domine la chair et la sensibilité, l’intelligence, l’imagination…

L’enjeu dévoile la présence de l’Être dans ses renaissances cycliques, ses « palingénésies[40] ».

Entre « Al-wojûd » l’essence et « mawjûd » l’action ou l’existence se trouve un rapport de dévoilement, une possibilité, qui n’est pas un retour, de reconnaitre la présence de l’Origine c.a.d. le premier Ciel pour reprendre le modèle Aristotélicien des ciels[41]. Il ne s’agit pas d’un retour mais de travailler à montrer la vérité, la lumière, la sagesse, la connaissance la présence du premier ciel…

Le retour à l’Origine agit comme entrée dans la Lumière. L’essence se trouve dans les limites de la grotte. Sur le mur de la grotte se découpent les signes qui annoncent les matières de la substance où repousser les limites de la connaissance.

Conclusion :

Les relations humaines se vivent en poète dans le respect et la liberté de l’humanité. La rhétorique relationnelle a pour prétention de ne négliger aucun pli de l’existence. L’œuvre de Sohravardi propose un existentialisme, l’existentialisme oriental. Ce n’est pas un épuisement gnostique mais, le souci de développer les relations humaines dans toutes leurs richesses et libertés.

Sohravardî reconnait les visions témoins de la présence de Dieu mais il démontre l’importance de reconnaitre Dieu en raison. Sohravardi, les connaissances de son époque viennent enrichir l’heuristique de ses discours. Il reconnait l’importance d’avoir une rhétorique inspirée du monde sensible et vivant. La métaphore scientifique, mythique, naturelle en sont les instruments … La connaissance de l’autre, la relation passent par la louange et la joie de vivre.

La lumière blanche en se mélangeant à la terre devient rouge. L’Orient se décompose en multiplicités, autant de liens entre le spirituel et le sensible reproduisant l’image de l’échelle de Jacob. La conscience entre spirituel et présences ne néglige aucune dimension de l’humanité. Le terme d’Orient désigne les anges, « la lumière archangélique[42] ». L’Orient comme Sagesse, Amour, Lumière entre dans l’humanité. L’Occident accueille en raison, intelligence, imagination…la sagesse. Cette épiphanie se réalise dans tous les plis e l’humanité. Dans ce cas, la logique, autant que l’intuition, l’imagination ou autres deviennent le lieu d’un ange. L’ange, au Moyen-âge a le sens de perfection, de vocation. Il indique le chemin où Dieu veut nous placer. Le respect de la lumière ou Xavarna de ceux qui nous entourent reconnait leur liberté et la présence de la divinité en eux.

La proximité de Dieu : « Le plus lointain de tous les lointains comme premier Être est celui aussi le plus proche en raison de sa Lumière omniprésente et d’une puissance infinie »[43]. La présence de Dieu dans le travail, les relations humaines, la rhétorique, l’heuristique… ne s’oppose pas à la simplicité de la présence de Dieu.

Les ciels multiples s’emboitent n’oubliant aucune partie de la création dans la sagesse. Mais, entre nos constructions intellectuelles, la sagesse de Dieu descend jusqu’au sol[44]. L’instruction et la connaissance, l’expérience douloureuse ne sont pas nécessaires. Les liaisons les plus longues sont les plus riches en énergie, comme dans la théorie des cordes, comme dans l’hermétisme. Dieu est présent à chacun au-delà de sa capacité existentielle même s’il est important de développer ses dons, de mettre de l’huile dans sa lampe. Imposer des souffrances à ses frères pour les faire grandir provoque la colère de Dieu : « Malheur à vous, docteurs de la loi parce que vous avez enlevé la clef de la connaissance ; vous n’êtes pas entrés vous-mêmes ; et vous avez empêché d’entrer ceux qui le voulaient. » Luc 11 52. La simplicité de l’Avesta de Zoroastre permet de retrouver cet esprit d’un Dieu pour tous.

Il existe deux relations dans le spirituel. La présence de la divinité dans l’amour et la contemplation des lumières de notre humanité à tourner vers l’origine pour en recevoir la sagesse et permettre son épiphanie.

[1] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 153.

[2] Zoroastre : prophète fondateur du zoroastrisme, né dans l’actuel Iran. La période de sa vie est inconnue. Il aurait existé au VI° ou VIIe siècle avant J.C. Mais, actuellement on estime ces dates entre le XIe et le XVe siècle !

[3] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 155-156.

[4] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 167.

[5] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 168.

[6] Platon, La République, Paris : Flammarion, 2002, VII, 526 d, 526 e, p. 377.

[7] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 232.

[8] Les dates sont en calendrier hégirien et en calendrier grégorien. Le calendrier hégirien des musulmans se fonde sur les douze mois lunaires. Il compte 354 ou 355 jours pour une année. L’année solaire, par comparaison, compte environ 11 jours de plus. Le calendrier grégorien se réfère à l’année solaire.

[9] Le monachisme n’existe pas en islam. Mais il existe des soufis qui font vœu de pauvreté et consacrent leur vie à la prière selon le principe du Coran : « Fais preuve de patience en [ restant ] avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir… » Coran sourate XVIII de la caverne, verset 28. Ceux qui consacrent leur vie à Dieu ont un rôle de soutien dans la prière pour l’humanité. Ils encouragent, par leur exemple, à la fidélité à la prière. Mais tous les musulmans qui méditent la sagesse du prophète n’ont pas à vivre comme des soufis. Une vie de privations ne convient pas aux familles, aux travailleurs, aux étudiants, aux princes et rois ou chefs d’état… L’œuvre de Sohravardi s’adresse aux soufis mais aussi aux princes, aux imâms, aux femmes, aux enfants, aux malades et dans le respect de la place et des engagements de chacun.

[10] Abdul Qasim Hasan Unsuri Balkhi entre le 10° et le 11° siècle (mort en 1039 environ) poète perse qui serait né à Balkh aujourd’hui en Afghanistan. Il vivait à la cours du sultan Mahmud Ghaznavi.

[11] H. Corbin. Shihaboddin Yahya Sohravardî œuvres philosophiques et Mystiques, Traduction Henry Corbin Tome I, Prolégomènes p. IV.

[12] Sihabodine Sohravardi, L’archange empourpré, p 202-203.

[13] H. Corbin pour traduire Sohravardî qui lui aussi dans L’archange empourpré décrit les « puissances archangéliques » avec deux ailes : une aile pourpre et une aile lumineuse.

[14] Gnostique : Mouvement spirituel qui va influencer le manichéisme, le mandéisme, la Kabbale et l’hermétisme. Au deuxième siècle après Jésus Christ, il connait son apogée. dans les Ennéades II 9, Plotin écrit que les gnostiques sont « ceux qui disent que le démiurge de ce monde est mauvais et que le Cosmos est mauvais ». Plotin s’oppose aux gnostiques. Mais il partage avec eux beaucoup de leurs conseptions.

[15] Dênkart : signifie « actes de Religion » recueil de texte du zoroastrisme du X° siècle. Constitué de neuf livres. Les deux premiers ont disparus et une partie du troisième. Ces livres sont religieux et nationalistes. L’espérance d’un retour à l’Ancien Iran y est traduite. On trouve également une légende de Zoroastre. Les dialogues de Zoroastre avec Ohrmuzd ; l’Amesha Spenta Bahman : la bonne pensée dans l’Avesta Vohu Manah ; Le Khwarrah, dans l’Avesta Kavahem khareno (gloire divine ou royale) ; Les miracles qui ont suivi la mort de Zoroastre… Ce texte est écrit au moment où l’islam est en plein essor. Il tente d’assurer la défense du mazdéisme classique d’Ormazd et Ahriman. Ces textes influenceront Avicenne et Sohravardi.

[16] Skand Gumânîk Vicâr (X° siècle) : traduction, la solution décisive des doutes. Grand traité de la dernière période du mazdéisme. L’auteur démontre la supériorité du mazdéisme sur les autres religions. Les chapitres 11 et 12 attaquent le Coran, les chapitres 13 et 14 critiquent le judaïsme ; le 15 attaque le christianisme ; le 16 la manichéisme.

[17] La symbolique du palmier apparait dans le Coran 50 ; 9-11 / Coran ; 19 16-26 à propos de la Vierge Marie …

[18] Jacques Verger, Les sciences arabes en Occident au Moyen-Âge in Dominique Barthélémy & Michel Sot, colloque : L’islam au carrefour des civilisations médiévales, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2012, p. 188.

[19] Sohravardi, L’Archange empourpré, p. 52.

[20] Sohravardî, L’Archange Empourpré, Le livre des temples de lumière, p. 52

[21] Péripatéticiens : philosophes qui s’appuient sur la théorie des espèces inspirée d’Aristote. Les espèces sont des mères qui permettent d’expliquer le monde. Dans le cas de Sohravardi les espèces sont des anges qui projettent leurs ombres sur la grotte de notre humanité et ses plis, ses habitudes mémoires des actes issus de nos pensées.

[22] Shihâboddine Yahyâ Sohravardî. L’archange empourpré, traduction d’Henry Corbin, Paris: Fayard, 1976, 549 p, p. 370.

[23] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 168.

[24] Aristote, Traité du ciel, II 12 et 13 ligne 15, Paris : Flammarion, 2004, p. 267 : « […] le milieu est ce qui est borné. Or l’enveloppant, c'est-à-dire la limite, est plus noble que ce qui est limité, car ce dernier est une matière, alors que l’autre est l’essence de la constitution ».

[25] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 150.

[26] Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Verdier, 1986, p. 123.

[27] Archontes : magistrats grecs qui dirigeaient la République. A prendre ici au sens des arcanes, des vertus qui soutiennent la liberté de la personne qu’elle soit morale ou physique.

[28] Nicolas de Cusa : influencé par la philosophie des sciences, Giordano Bruno et Descartes il a pour ami le Pape Pie II. Nicolas de Cues rompt avec le modèle aristotélicien de monde supra-lunaire et sub-lunaire. Le centre du monde est partout et la circonférence nulle part. Pour lui la huitième sphère n’est pas un maximum.

[29] Shihâboddine Yahyâ Sohravardî, L’archange empourpré, trad. Henry Corbin, Paris: Fayard, 1976, 549 p., p.368.

[30] Hermétisme : le dieu Hermès correspond au dieu Thot égyptien qui inventa l’écriture.

[31] A-J Festugière, Hermétisme et mystique païenne, p. 43.

[32] Sohravardî. Le récit de l’exil occidental, L’archange empourpré, Fayard, p. 279.

[33] Halladj, Le livre des Tawassines, Le Jardin du savoir, Editions du rocher, 1994, p. 95-97. Halladj reconnait l’importance des signes. Pourtant Halladj dit ne pas croire aux intermédiaires. Il existe plusieurs chemins vers la divinité. La relation à Dieu sans intermédiaire est la plus puissante mais Dieu veut que nous vivions dans notre ciel en respectant les hiérarchies célestes. Ce thème est celui de la chute d’Iblis l’ange qui n’a pas voulu s’incliner devant l’homme. Halladj préfère mourir que de contempler les créatures.

[34] « Théologie naturelle » : présentée dans le paragraphe A la sagesse orientale n° 3, ressusciter les sages de l’ancienne Perse.

[35] Ontique : désigne l’étant, l’acte d’exister. L’ontologie est la science de l’être.

[36] Jacopo de Barbari, Portrait de Fra Luca Pacioli, musée de Capodimonte, Naples.

[37] La définition du triangle isocèle appartient au premier livre des Éléments d’Euclide, définition numéro 25 : « Le triangle isocèle, celle qui a seulement deux cotés égaux. »

[38] Christian Jambet in henry Corbin traducteur de Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, Paris : verdier, 1986, préface, p. 41-42.

[39] Sohravardî, L’archange empourpré, Henry Corbin, Paris : Fayard, p. 313.

[40] Henry Corbin. Philosophie prophétique et métaphysique de l’être, Actes du XIIIème congrès de Genève, 1966. Palingénésie : chez les stoïciens, retour périodique éternel des mêmes événements ; en didactique, renaissance des sociétés conçue comme source d’évolution et de perfectionnement. Ces retours sont des résurrections.

[41] L’équivocité du mot être en français a provoqué un mélange entre l’existence et l’essence.

[42] H. Corbin pour traduire Sohravardî qui lui aussi dans L’archange empourpré décrit les « puissances archangéliques » avec deux ailes : une aile pourpre et une aile lumineuse.

[43] Sohravardi, L’Archange Empourpré, Le livre des temples de lumière, p. 52.

[44] Sohravardî, L’Archange Empourpré, Le livre des temples de lumière, p. 52.

SOHRAWWARDI La sagesse des étoilesSOHRAWWARDI La sagesse des étoiles
SOHRAWWARDI La sagesse des étoilesSOHRAWWARDI La sagesse des étoiles
SOHRAWWARDI La sagesse des étoilesSOHRAWWARDI La sagesse des étoiles
Repost 0
Published by Monique Oblin-Goalou
commenter cet article
13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 16:12

Depuis quelques années, les invertis occupent le devant de la scène. Force est de constater que leur présence s’affiche de plus en plus ouvertement. Il en résulte que la sexualité naturelle devient difficile. L’inversion touche beaucoup de personnes et sous des formes diverses, mais beaucoup choisissent de ne pas vivre leur sexualité. Ils transposent leur énergie, leur imagination, sur la dimension sociale de la relation, le travail… Les invertis sont rejetés et souffrent de cette discrimination. Mais il serait dangereux de les promouvoir ou de promouvoir leur comportement sexuel. L’inversion a une place comme maladie dans le système législatif qui constitue une normalisation éducative des relations humaines(1) . L’inversion a des causes et des manifestations multiples. Il existe une incompréhension entre la culture grecque et la culture hébraïque. Les religions du livre ont des origines dans la Bible. Voici quelques éléments de réflexion sur les relations avec les invertis.

1. Les lieux de spectacle comme Chez Michou, les films comme La cage aux folles font rire de nos fragilités. L’art permet la reconnaissance de nos fragilités. Cette démarche s’accompagne du respect des normes éducatives et légales, et d’une certaine discrétion. Le jeu, l’imitation, la répétition symbolique n’impliquent pas la pratique sexuelle s’ils ne sont pas exhibitionnistes. Être inverti est peut-être difficile mais n’exclut pas de la société, sauf si l’on pratique une sexualité inspirée par cette inversion.

2. L’homosexualité fait peur. La relation charnelle amoureuse est-elle à encourager entre individus de même sexe ? Les dangers de tels gestes concernent les individus, mais aussi le groupe. Ceux qui les pratiquent donnent accès à la prolifération de virus dans leur espèce(2). L’inoculation et la prolifération des virus dans une espèce , lui ouvrent les possibilités de leur adaptation. La peur constitue donc une barrière de protection. Ce souci sanitaire concerne l’acte sexuel qui ne passe pas par les voies vaginales et l’excision.

3. La sexualité des invertis est faible car sans descendance, donc sans légitimité ; elle se lie à une identification à l’iconicité de la mère(3) , pour la femme comme pour l’homme.

4. L’autre sexe existe en chacun. Un pli caché non exprimé, la sexualité que la nature ne nous a pas donnée. Ce devenir présent permet d’assumer des rôles multiples, d’assurer liberté et espace de vie et de rencontre. Il serait grave de le mélanger avec les tendances inverties.

5. Dans l’identique en miroir se reflète l’amitié. Les invertis font de l’ombre à l’amitié si, en miroir, ils tombent dans la sexualité sans imagination avec leurs relations amicales.

6. Les dérives sexuelles obéissent à une loi d’amplification qui passe par l’exhibitionnisme. Certaines formes d’homosexualité sont vécues comme normales et se joignent à un désir d’être reconnu : « Les uns assument l’inversion comme quelque chose qui va de soi, à l’instar de l’individu normal pour l’orientation de sa libido, et défendent avec ardeur le droit pour l’inversion d’être mise sur le même plan que la sexualité normale »(4)

7. Les invertis se manifestent de façon plus ouverte dans les sociétés démoralisées par des crises, le chômage, les persécutions religieuses, raciales, culturelles liées aux nouvelles coexistences des relations contemporaines. Le principe d’une dérive sexuelle, comme d’un film pornographique, revient à s’imposer progressivement. Les barrières sociales de la morale qui permettent d’éviter les blessures psychologiques sont progressivement abaissées, une à une dans un engrenage sans limites et lent.

8. Or, nous avons des outils et des connaissances qui nous permettent de stopper les maladresses. Les études de Sigmund Freud existent pour éviter que les images mentales de la prostitution, des atteintes à la pudeur ne prennent le biais de la justice pour se diffuser. Elles permettent de ne pas transmettre les images mentales dans les accusations d’exhibitionnisme. En cela, le travail de Sigmund Freud(5) constitue un outil juridique. Les maladies sexuelles peuvent être transmissibles par la pensée. En général, une exacerbation de la sexualité bloque la créativité. Jacques Lacan explique le passage au stade du miroir où le désir de l’autre passe par les relations sociales. La prise de conscience du mur(6) transparent que nous partageons avec l’autre dans le langage et ses plaisirs peut passer par l’art courtois, mais aussi par le partage professionnel ou les loisirs, comme le prône Vermeer dans La leçon de piano.

9. Une généralisation de l’objet sexuel féminin joué par des hommes implique un rejet de la femme. Les rôles iconals de la femme ont donc été bafoués : l’enfance est laissée sans protection, les trisomiques, et les infirmes de maladies génétiques meurent par l’avortement. Toute personne qui tente de prendre la défense des trisomiques se trouve confrontée à l’homosexualité par souci des invertis d’être eux aussi mieux reconnus dans leur souffrance. Mais le silence des trisomiques vient du fait qu’ils ont déjà perdu car ils sont morts quand les invertis sont vivants pour s’exprimer. Il est triste d’étouffer la voix de ceux qui désirent prendre la défense des trisomiques dans l’éternel problème de nos sexualités imparfaites et des infidélités.

10. II existe des dangers de confondre humilité et masochisme, autorité et sadisme, de condamner ainsi l’existence sociale.

Sigmund Freud signale les invertis et il développe rapidement les différents types d’inversions(7) . Il prend l’exemple de la société grecque : « chez les Grecs, où les hommes les plus virils se rencontraient parmi les invertis, il est clair que ce qui enflammait l’amour de l’homme n’était pas le caractère viril du garçon, mais la ressemblance physique avec la femme… Dès que le garçon devenait un homme, il cessait d’être un objet sexuel… »(8) . Cette phrase montre que l’inversion a parfois des tendances pédophiles dans un milieu masculin. La dérive des milieux masculins n’est donc pas à prendre à la légère. Dans des situations où les femmes sont presque totalement absentes, cette forme d’inversion se rencontre. Comme partout, la société grecque comptait des invertis. Sigmund Freud pensait-il à Alexandre comme un inverti ? Peu de documents prouvent qu’il l’ait été : « Les sources qui nous parlent d’Alexandre, du point de vue érotique, sont contradictoires ; mais ce sont celles qui nous le présentent comme une nature plutôt froide qui doivent être dans le vrai. En tout cas, l’amour des femmes n’a pas joué un rôle important dans la vie d’Alexandre »(9) , contrairement à son père Philippe qui eut à en souffrir. Alexandre (356-323) a eu Aristote (384-322 av. J.C.) comme précepteur. Alexandre le Grand permit le renouveau du royaume de Macédoine. La République d’Athènes touche à sa fin. Socrate (470-399), Platon (428-348 av. J.C.) en étaient les garants. Ils dénonçaient la corruption(10) . Les critiques de la République par Socrate ne la remettent pas en cause mais luttent et dénoncent ses fragilités. À Aristote, il manquait la poésie et son pendant religieux, la prière, qui rendent vivante la réflexion autour de la loi, le miroir commun où s’ouvrent la forme fermée de la loi, le pacte fondamental, la liberté(11) . Mais il apporte une intéressante description des modèles politiques démocratiques et aristocratiques qui, à partir du XIII° siècle, auront une influence sur les institutions occidentales d’Europe. « La discussion se déplace de l’origine à la valeur intrinsèque des lois : un code donné par un Dieu doit être parfaitement bon »(12) . Aristote montre que les lois ne sont pas parfaites. Elles ont besoin d’évoluer et ne viennent pas des dieux mais des hommes(13) inspirés par les dieux. Platon, Socrate et Aristote ont eu des lecteurs plus ou moins honnêtes en fonction des situations politiques. Certains leur attribuent des affinités monarchistes pour pouvoir concilier la sagesse de la philosophie avec leur époque. « Les récupérations circonstanciées de la pensée aristotélicienne ont montré tous leurs dangers : Fénelon faisait du Stagirite un partisan de l’« État monarchique » alors que le citoyen Champagne, en l’an V, y voyait un notable centriste, partisan d’une république censitaire. « Mieux vaut se rendre à l’évidence du pénible destin de la philosophie politique d’Aristote : si elle n’a jamais été inconnue, elle a pourtant longtemps été méconnue, avant d’être, à partir du XIIe siècle, déformée en même temps qu’elle était reconnue. »»(14) .

Dans quel contexte Sigmund Freud fait-il référence à la Grèce, à propos des invertis? Avec la chute progressive de l’Empire Austro-Hongrois, plus précisément à la mort du prince héritier Rodolphe, le peuple juif perdait un protecteur(15) en la personne de l’empereur. Et l’on sait combien cela a eu des conséquences dramatiques pour le peuple juif(16) . Dans son amertume, Sigmund Freud associe la jeune démocratie(17) à un pouvoir faible. Comment reprocher à Sigmund Freud d’avoir détesté la constitution de Weimar (1919-1933) discréditée par des méthodes électorales peu scrupuleuses de Karl Lueger(18) ? Elle a manqué de vertu car elle n’a pas respecté les pactes fondamentaux de la Déclaration des Droits de L’Homme ou des Dix Commandements. Selon Platon, la République trouve ses forces dans la vertu(19) . Le citoyen ne renonce pas à sa vertu, il la défend dans l’épreuve. Je propose de considérer que la critique de la morale grecque par Sigmund Freud est un poncif lié au contexte historique du début du XX° siècle. La philosophie, qui est l’accès à la sagesse dans la recherche de la Vérité, a son origine en Dieu et dans les valeurs. Les valeurs de tyrannies(20) , de l’empire Romain ou celles des monarchies ne s’adaptent pas aux philosophies de Socrate et Aristote qui œuvrent pour une prise de conscience des citoyens. Le gouvernement constitutionnel ou la cité grecque ont besoin de citoyens conscients de leurs responsabilités. Cette conscience est possible par la phénoménologie philosophique de l’esprit. Les valeurs sont séculières. Les philosophies de Socrate et d’Aristote ont donc une modernité politique que n’a pas celle de Leibniz(21), par exemple, fataliste et royaliste. Astérios(22), amoureux d’Europe mystique, aura toujours raison devant Homère qui associe la mort aux enfers. Il aura un fils né de l’amour d’Europe pour Zeus, Minos(23). Les dieux ne font pas la guerre, seuls les hommes et les fourmis guerroient(24). Dans la sagesse, qui a pour origine Dieu, se trouve la paix des peuples. Mais cette origine n’appartient pas au début d’un temps. Ou bien ce serait mélanger les ordres. L’origine s’identifie au spirituel et accompagne le temporel pour tous en démocratie, la capacité d’accéder aux deux connaissances, les voix des hommes et celles de Dieu. L’origine se manifeste dans la présence de Dieu au milieu des hommes et des valeurs. La conscience spirituelle correspond à cette capacité à la voir et à exister dans ces devenirs. Il n’y a pas opposition dans une ironie mais oxymore que Jacques Lacan décrit avec précision à propos de l’œuvre de Xavier Bichat ou de Sigmund Freud pour ce qui est respectivement, la définition de la vie en biologie : « l’ensemble des forces qui résistent à la mort »(25), « l’instinct de mort » oxymore pour décrire l’équilibre d’un système.

 

Le fidèle d’amour de la pensée orientale vit la sagesse d’un amour sans idolâtrie. Sa démarche est décrite par Attar dans Le langage des oiseaux. L’idolâtrie conduit à la soumission au sensible. Dans le Coran inspiré par la Bible, l’idolâtrie est traitée dans la sourate sept(26) avec les désirs charnels entre hommes. Ne pas voir dans les formes la sagesse de Dieu, ses bienfaits conduit à des dérives. Les portes de la sagesse et de la disparition dans la lumière de Dieu passent aussi par la beauté ou par l’amour. La porte de la beauté conduit à la lumière : « Ô mon Dieu et mon roi ! Ton serviteur te sollicite ; il est amoureux et il consent à ce que tu le fasses périr dans la voie de l’amour. Je suis cordialement attaché à cette porte, je suis un véritable amant bien loin d’être infidèle »(27). La rencontre avec Dieu ne s’arrête pas à la porte ou ce serait une idolâtrie.

La Genèse(28) décrit la destruction de Sodome. Lot était un homme juste et plutôt que de laisser les anges être abusés par les sodomites, il propose ses filles ! L’amoralité était donc si grande dans Sodome que le déshonneur des femmes semblait une leçon et faire jugement ! Pourquoi, autrement, les sodomites lui diraient-ils : « En voilà un (Lot) qui est venu en étranger, et il fait le juge ! »(29). Ce refus, devant tant de concessions, provoque la colère de Dieu.

Ézéchiel dit que Sodome fut coupable d’« orgueil, voracité et insouciance tranquille, telles furent ses fautes et celles de ses filles ; elles n’ont pas secouru le pauvre et la malheureux, elles se sont enorgueillies et ont commis l’abomination devant moi… »(30). Cela veut dire que Sodome n’a pas su accueillir l’étranger. L’acte de dépouillement et de mise à nu marque la soumission(31), comme le fait Jonathan, le fils du roi Saül devant David. Tout dévoiler de la sagesse de Dieu est considéré dans la Bible comme une prostitution. L’humiliation ou la profanation demandée pour les anges envoyés de Dieu provoque Sa colère. Sodome disparaît mais sera rétablie quand elle aura changé son cœur, bien sûr, car le nouveau testament n’abolit pas l’ancien mais le renouvelle(32), au-delà de la Loi, dans la force de l’amour. Et Jérusalem aussi, même si elle fit autant de mal et bien qu’elle ait violé une alliance(33) sera rétablie, cela pour sa honte aux yeux du monde. L’idolâtrie se détruit dans la mort du Christ dépouillé de ses vêtements, crucifié et transpercé d’un coup de lance. La crucifixion de Jésus ne se médite pas avec le corps mais avec le vêtement de l’Esprit qui domine celui du corps. « Nous savons en effet que si cette tente – notre maison terrestre – vient à être détruite, nous avons un édifice qui est l’œuvre de Dieu, une maison éternelle qui n’est pas faite de main d’homme, dans les cieux. Aussi gémissons-nous dans cet état, ardemment désireux de revêtir par-dessus l’autre notre habitation céleste, si toutefois nous devons être trouvés vêtus et non pas nus. […] nous ne voudrions pas en effet nous dévêtir, mais nous revêtir par-dessus, afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie. Et Celui qui nous a fait pour cela même, c’est Dieu, qui nous a donné les arrhes de l’Esprit »(34).

Le vêtement spirituel se tisse en Dieu. Et Dieu seul pourvoit à le vêtir celui qui vient à lui. Ce vêtement a été tissé en substance dans l’Amour. Il transfigure la Loi : « vous avez revêtu le Christ : il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus »(35).

« Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination. […] Oui, quiconque commet l’une de ces abominations, quelle qu’elle soit, tous les êtres qui les commettent, ceux-là seront retranchés de leurs peuples »(36). La liste des prescriptions ne concerne pas seulement les religieux mais toute personne appartenant au monde séculier. Leur bannissement du milieu du peuple signifie qu’ils n’appartiennent plus à la vie de l’époque, du siècle. Pour ces actes, ils dépendent du pouvoir séculier(37), celui du peuple, puisque c’est du peuple qu’ils sont condamnés à être retranchés, dans le cas où les pouvoirs sont séparés.

« L’homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme : c’est une abomination qu’ils ont tous deux commises, ils devront mourir, leur sang retombera sur eux.»(38) Ce texte ne fait pas de différence entre le pouvoir séculier et le pouvoir religieux. Il ne s’adapte pas vraiment à nos connaissances contemporaines en science et en psychologie qui permettent de remédier à certaines fragilités, et imperfections de la nature. La Bible raconte l’histoire d’une pédagogie progressive pour son peuple. Le lévitique se situe au début de l’histoire des hébreux.

L’Eglise demande de se conformer à la Bible et de remettre certains actes au pouvoir séculier : « si quelqu’un a commis le crime abominable contre nature, pour lequel la colère divine vient sur les fils de la défiance, qu’il soit livré à la Cour séculière pour être puni et s’il était clerc, qu’il soit soumis à la même peine après avoir été dégradé de tous les ordres »(39).

En effet, quand il existe des juges, la Bible demande que ceux qui se comportent mal soient remis au pouvoir de ces juges : « Tu établiras des juges et des scribes en chacune des villes que Yahvé ton Dieu te donne… »(40)

« Mais en quelque ville que vous entriez, si l’on ne vous accueille pas, […] Je vous dis que pour Sodome, en ce jour là, il y aura moins de rigueur que pour cette ville là »(41). Selon ce texte, Dieu connait nos fragilités et pardonne à ceux qui l’aiment et désirent changer. Il est fait usage du pronom personnel « Elle » pour désigner la cité qui accepte ou refuse la présence des apôtres et des saints. « Elle » se fait alors conscience collective.

La conscience collective, en se soumettant aux images, en portant son adoration sur les représentations, se corrompt. Saint Paul écrit des païens : « dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous et ils ont changé la gloire de Dieu incorruptible contre une représentation, simple image d’homme corruptibles, d’oiseaux, de quadrupèdes, de reptiles. […] Aussi Dieu les a-t-il livrés selon les convoitises de leur cœur à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps ; […] car leurs femmes ont changé les rapports naturels pour des rapports contre nature… »(42). Les idoles sont condamnées par la Bible comme le mensonge et elles conduisent l’homme et la femme à la dépravation. « Pourquoi m’ont-ils irrité par leurs idoles, par ces vanités venues de l’étranger ? »(43) La vérité seule plaît à Dieu : « Dieu de vérité, tu détestes les servants de vaines idoles »(44). Les avilissements et impuretés sont le signe des tyrans menteurs qui abusent les peuples.

 

En conclusion :

Pour tous, une retenue sexuelle permet de trouver d’autres chemins pour canaliser l’énergie et demande de travailler ses images mentales, de veiller à les orienter. Il est donc important de poser la question des origines qui déterminent les orientations de la pensée. Ces origines sont comme les graines d’un jardin. Ces virtualités sont choisies pour être les germes de plantes qui fleurissent avec de belles couleurs et des parfums odorants. La sexualité peut devenir une plante invasive chez l’individu ou dans la société. Ce malheur est aussi vieux que l’expression populaire de « couillon ». À l’adolescence l’énergie quitte le pli sexuel pour entrer dans le miroir des relations sociales, même s’il comporte des déceptions. Dépasser la sexualité, tout en la gardant à sa place. La sexualité ne peut guider les décisions médicales, sociales, internationales, de recherches et politiques, encore moins de religion.

Dans le respect de la personne et de la discrétion, dans le souci de ses ressources, il importe de reconnaître le célibat. Chacun choisit librement de garder pour lui ou pas les raisons de son célibat. Mais en matière d’homosexualité l’exhibitionnisme ne peut être admis.

L’acte sexuel que l’on dit sodomite, pour lequel la Bible utilise le verbe « coucher » dans le Lévitique, relève du pouvoir séculier et non du pouvoir religieux. Il met en danger la population entre hommes, comme entre homme et femme. Il favorise les maladies transmissibles et les désordres sexuels, mais également psychologiques.

Le souci de vérité de la Grèce antique se heurte à la nudité vue comme marque de soumission dans le monde sémite.

Il existe une grande différence entre l’esthétique grecque qui fait de la nudité un souci de la Vérité et l’esthétique sémite du voilé, de la séparation et de la crainte où la nudité s’associe à l’esclavage et à la soumission, et cela aussi en esprit. Dévoiler ses affinités avec Dieu, les anges venus à Sodome pour voir Lot, comporte le risque de dévoyer la pensée sainte, de la mettre à égalité avec des faux dieux.

Dans la Grèce antique, la direction de la cité demande d’être honnête, probe, d’être méritant et non pas tyrannique : « […] le juge devra, lui aussi, avoir été mis à nu et être un mort, qui, avec sa seule âme, est spectateur d’une âme pareillement seule, celle de chacun, à l’instant où il vient de mourir : un mort qui est isolé de toute sa parenté et qui a laissé sur la terre tout ce dont il se parait ; condition indispensable à la justice de sa décision »(45). Le pli du juge dans l’humanité correspond à la nudité. Cette définition de la conscience, mot qui n’existe encore pas au temps de Platon, montre l’importance d’avoir une conscience qui ne soit pas soumise aux influences d’intérêts sous-lunaires, de la caverne.

Ces deux usages de la symbolique de la nudité n’ont pas le même objet. L’un relève de la relation à Dieu, l’autre de la gestion de la cité et du discernement. Mais un point commun touche à ces deux plis des relations humaines. Dans l’histoire de Lot, comment préserver les justes qui sont les anges, portes de la présence de Dieu ?

La personne de Jésus permet de sortir de cette opposition. Le peuple de Dieu commence par se préserver et construire une histoire des justes, de ceux qui ont fait ce qui plaît à Dieu et qui constituent l’arbre de Jessé(46) d’où sortira Jésus. Le souci des rapports de domination par la force n’existe plus, au profit de la conscience. Pilate s’inquiète de crucifier un homme juste(47). Jésus est exclu de la communauté juive par sa mort(48) et les apôtres parlent en langues à tous les hommes de la terre. Les rapports de force s’effacent pour le souci de la justice. Les secrets de Dieu sont dévoilés. Le fils prodigue est accueilli dans la maison du père. L’évangile annonce la vérité à tous au risque d’être profané. Les prophètes de l’amour ne montrent pas une faiblesse, mais le souci de préserver les justes, en conscience, dans le souci de l’humanité et de sa divinité. Le juste ayant été pendu, l’homme devant Dieu dépasse la Loi. De là, naît une justice qui dépasse la loi dans le respect du spirituel lié à la foi. Les instituions dépendent de la loi et des pactes fondamentaux liés aux religions et au respect de l’humanité et de la Vérité.

------------------

1. Jean-Charles Jobart, La notion de Constitution chez Aristote, in Revue française de droit constitutionnel, 2006/1 (n°65), PUF. Internet : cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE. « […] des politeiai idéales se sont multipliées chez les théoriciens grecs : les modérés ou conservateurs, tel Platon ont pour but de diminuer la licence populaire ; d’autres au contraire, tel Démosthène, veulent lutter contre la tyrannie et l’autorité personnelle. Mais au-delà de cette dimension politique et polémique, Aristote fait de la Constitution plus qu’un enjeu : un véritable concept. » ; « Le Stagirite (Aristote) affirme la Constitution « comme norme »et en déduit une hiérarchie des règles juridiques dans la continuité de la pensée grecque : les lois doivent obéir à la Constitution quant à leur édiction et leur contenu » permettant ainsi de préserver l’ordre dans la cité.

2. Edward Hooper, un correspondant de la BBC, avance une théorie des origines des virus HIV et AIDS : « The contamineted polio vaccine ». Dans son livre de recherche, The river, E. Hooper avance que le virus HIV1 résulte d’une mutation du virus SIV (Simian Immunideficiency Virus). Le docteur Hilary Koprowski travaillait pour le Philadelphia’s Wistar Research Institut. Entre 1957 et 1959, au laboratoire de recherche de Stanleyville, il utilisait des cultures de reins, de sang de chimpanzé comme médiums pour ses vaccins contre la polio. Ce vaccin administré à des millions d’habitants du Congo Belge était contaminé par le SIV. Si les études d’Edward Hooper sont justes, les prélèvements sur animaux ne peuvent servir à faire des vaccins. L’acte sexuel se pratique par voie vaginale. Il est dangereux pour toutes les autres muqueuses ou si la femme a été excisée.

3. Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle, Gallimard, 1987, p. 50 note.

4. S. Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle, Paris : Gallimard, 1987, p. 40.

5. S. Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle, Paris : Gallimard, 1987.

6. Jacques Lacan, Ecrits I, Éditions de Seuil, 1999, p. 314.

7. Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie de la sexualité, Paris : Éditions Gallimard, 1987, pp. 39-54.

8. Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie de la sexualité, Paris : Éditions Gallimard, 1987, p. 50.

9. Ulrich Wilcken, Alexandre Le Grand, trad. Robert Bouvier, 1933, Paris : Payot, p. 62.

10. Monique Oblin-Goalou, L’aurige ou la sagesse de l’accident, § Le message du Gorgias, moniqueoblingoalou.over-blog.com.

11. La description de l’esclavage par Aristote plonge au cœur même de son époque où la force dominait tout en possédant déjà les idées encore virtuelles de juste. À propos de l’esclavage, il exprime un fatalisme : les hommes sont naturellement aptes à commander ou à servir (Aristote, Les politiques, chapitres 2 à 7). Il ne prend pas en compte le souci d’acquérir un esprit indépendant pour l’esclave.

12. Jean-Charles Jobart, article : La notion de constitution chez Aristote, La Constitution comme œuvre humaine, I La désacralisation du droit, Internet : http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=RFDC_065_0097; Revue française de droit constitutionnel, 2006/1 n° 65.

13. Aristote décrit le rôle de chacun dans la cité les défauts et les avantages des différentes constitutions crétoises, spartiates, carthaginoises Les politiques, II, 9 et 11, Pierre Pellegrin, Paris, Flammarion, pp. 179-197.

14. Jean-Charles Jobart, La notion de Constitution chez Aristote, in Revue française de droit constitutionnel, 2006/1 (n°65), PUF. Internet : cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE, introduction.

15. En Autriche, de 1860 à 1897, les juifs bénéficient d’une totale égalité avec les autres confessions. Le nationaliste Karl Lueger lutte à Vienne pour un antisémitisme intransigeant. Mais le gouvernement de François Joseph protège encore pour quelques années l’intelligentsia juive. Les juifs assimilés ont perdu leur religion pour la plupart et ont des difficultés relationnelles avec les juifs non assimilés. Ils ne se soutiennent pas mutuellement. Ce phénomène se retrouve dans toutes les communautés du Livre. Les pratiquants méprisent, avec force jalousie, ceux qui sont dans le monde voulant les juger comme étant du monde, Sigmund Freud, Zweig, Mahler (baptisé à 27 ans), Schönberg (converti au protestantisme), Théodore Herzl, Nathan Birnbaum, Arthur Schnitzler (Jacques Le Rider, Les juifs viennois à la Belle Époque, Albin Michel, 2013). « Comme tu m’as envoyé dans le monde je les ai aussi envoyés dans le monde » Jean 17-18. Les croyants fidèles à la Bible relèvent d’une pensée sémite qui associe nudité et esclavage, domination.

16. En s’identifiant ironiquement à Rodolphe, prince héritier d’Autriche, et à son lâche suicide, Bruno Schulz raconte toutes les démissions envers son peuple d’Isabelle d’Espagne, de Rodolphe prince héritier d’Autriche, des tsars, des états policiers russes ou allemands. Au XIX° siècle, la maison d’Autriche protégeait les juifs de 1865 à 1880 comme le roi Assuérus par l’intercession de la reine Esther (Esther, 8 : 12-17).

17. Le mot démocratie dans son sens moderne représente le pouvoir du peuple qui n’est pas dissociable du souci du bien commun. Chaque citoyen étant égal devant la loi, le souci du bien commun...

18. Karl Lueger : le parti chrétien social remporte les élections municipales à Vienne en 1895. L’empereur François-Joseph s’oppose trois fois à cette élection et finit par céder. Lueger devient maire de Vienne en 1897. Il est réélu en 1903 et en 1909. Il administrait si bien la ville qu’il réussit à éradiquer l’insalubrité et augmenter l’espérance de vie des plus pauvres. Il n’était pas anti judaïque mais son approche populiste et démagogue des élections l’incite à faire des discours violemment antisémites. Ces méthodes inspireront A. Hitler qui le citera dans Mein Kampf, chapitre : je deviens antisémite.

19. Ce thème de la vertu et de la sagesse est développé dans L’Aurige in moniqueoblingoalou.over-blog.com.

20. Aristote et Alexandre ne s’entendront pas politiquement dans la mesure où Aristote était pour un régime despotique en ce qui concerne les barbares que la Grèce avait soumis : « Alexandre […] ne suivit pas Aristote qui était pour un régime despotique. Sur ce point, nous le voyons se conformer […] à Isocrate son Philippe : il faudrait affranchir les Barbares du régime despotique qui leur est propre et les faire bénéficier de la tutelle hellénique » Ulrich Wilcken, Alexandre Le Grand, 1933, Paris : Payot, p. 65. Cela peut expliquer la précision avec laquelle Aristote décrit le pouvoir tyrannique.

21. Leibniz : philosophe contemporain des baroques dont les inspirations scientifiques éclairent la pensée actuelle de l’intelligence et de l’intelligence artificielle, du multiple…

22. Astérios : mythologie grecque, roi de Crète et époux d’Europe.

23. Minos : mythologie grecque, fils de Zeus et d’Europe. Il règne sur la Crète après Astérios. Minos contrôlera et protègera le commerce en méditerranée.

24. Bernard Werber, Les fourmis, Albin Michel, 1991.

25. Jacques Lacan, à propos de la poétique, Écrits I, Éditions du Seuil, 199, pp. 315-320. L’utilisation de deux termes de sens opposés n’est pas une ironie, comme le dit Jacques Lacan, mais une figure de style qui a un nom, l’oxymore. Merci à Jacques Lacan de nous « rappeler l’a, b, c, méconnu de la structure du langage, et vous faire épeler à nouveau le b-a, ba, oublié, de la parole » Écrits I, p. 320. Cette réponse aux critiques de l’œuvre de S. Freud montre la médiocrité de nos formations rhétoriques.

26. Sourate 7 : 80-81.

27. Attar, Le langage des oiseaux, Albin Michel, 1996, p. 285.

28. Genèse, 19.

29. Genèse, 19 : 9.

30. Ézéchiel, 16 : 49-53.

31. « Jonathan conclut un pacte avec David, car il l’aimait comme lui-même : Jonathan se dépouilla du manteau qu’il avait sur lui et le donna à David, ainsi que sa tenue, jusqu’à son épée, son arc et son ceinturon. » I Samuel, 18 : 1-4.Le roi Jonathan par cet acte fait soumission à David.

32. Matthieu, 5 : 17-20 : « N’allez point croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir mais accomplir ».

33. Ézéchiel, 16 : 53-55 ; 16 : 59.

34. Deuxième épître aux Corinthiens, 5 : 1-5.

35. Galates, 3 : 27-28.

36. Lévitique, 18 : 22 et 29.

37. Séculier étymologie : mot qui dérive de « saeculum », en latin siècle.

38. Lévitique, Fautes contre la famille, 20 : 13.

39. Laertio Cherubini, André Chevallier, Magnum bullarium romanum, Luxembourg, Henri-Albert Gosse, 1744, p. 180. Constitution complète en ligne, PDF, page 3 (http://www.documentacatholicaomnia.eu/01p/1566-1572,_SS_Pius_Bullarium_(Cherubini_vol_2_ff_176-361),_LT.pdf).

40. Deutéronome, les juges, 16 : 18.

41. Luc, 10 : 10-13.

42. Romains, 1 : 22-29.

43. Jérémie, 8 : 19 ;

44. Psaumes, 31 : 6-7.

45. Platon, Œuvres complètes, Gallimard, 1950, tome I, 523d, p. 484.

46. Jessé : père du roi David, I Samuel, 20 : 27.

47. Matthieu, 27 :19 « Or, tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle point de l’affaire de ce juste ; car aujourd’hui j’ai été très affectée dans un songe à cause de lui. »

48. Les chefs des prêtres ont condamné Jésus à mourir en croix ce qui l’exclut de par la Loi, le rend impur. « Si un homme, coupable d’un crime capital, a été mis à mort et que tu l’aies pendu à un arbre, son cadavre ne pourra être laissé la nuit sur l’arbre ; […] car un pendu est une malédiction de Dieu, et tu ne rendras pas impur le sol que Yahvé ton Dieu te donne en héritage. » Deutéronome, 21 :22-23.
 

Repost 0
Published by Monique Oblin-Goalou
commenter cet article
1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 15:33

Monique Oblin-Goalou a dédicacé son livre intitulé "Résonances" lors du Marché des poètes Place Saint Sulpice à Paris le 13 juin 2014 (Editions L'Harmattan).

Séance de dédicaces du livre Résonances de Monique Oblin-Goalou - Marché des poètes Place saint Sulpice à Paris

Séance de dédicaces du livre Résonances de Monique Oblin-Goalou - Marché des poètes Place saint Sulpice à Paris

Repost 0
Published by Monique Oblin-Goalou - dans Annonce
commenter cet article
30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 09:55
Alice au village pain d’épice

Cette histoire est inspirée de Lewis Carroll, Les aventures d’Alice au pays des merveilles .

Décors : dessins en format 50 par 65 cm avec des arcs en ciel. Maisons en papier dessinées et découpées.

Accessoires : Marionnettes en papier de tortues, chiens, maisons, chat… marionnette en papier d’Alice au bout d’une tige de bambou. Masques de papillons, d’oiseaux, de cochon, d’ours, fantôme…

Alice s’est endormie. Dans son rêve, Alice se promenait dans le jardin. Elle y rencontre trois tortues. (Placer le décor de Jardin et les maisons. Suggestion : Les maisons en papier ont une face dessinée et une face couverte de bonbons.)

Alice : Bonjour mesdames les tortues.

Les tortues : Bonjour Alice. Veux-tu venir avec nous ? Nous allons nous promener sur la terre.

Alice : Comment vous appelez-vous ?

Les tortues : Glaisine, Pierrine et Terrine

Alice : Bonjour. Quels drôles de noms !

_____________

Terrine : Je vis dans la terre. Là est l’origine de mon nom. Nous rampons sur la terre sous notre lourde carapace.

Alice : Les dessins de votre carapace me font rêver. Leurs formes géométriques suggèrent la raison et la sagesse.

Pierrine : La terre recèle des merveilles. La terre n’est pas seulement noire. On y trouve des diamants et de l’or, de l’argent et des métaux précieux. Viens avec nous. La terre est le lieu de la raison.

Alice : Mais, Pierrine, comment puis-je entrer dans vos terriers ? je suis bien trop grande ! Glaisine, la tortue: laisse rêver tes mains, Alice, et creuse avec nous. Mais n’entre pas dans la terre. (Placer un décor de terre et d’objets modelés)

Alice : Comme c’est amusant. La terre est molle. Je peux modeler un chat, et cette poupée appelons-la Rosa, et là deux chiens ? Ce chat ne pourrait-il pas nous accompagner ?

Apparaissent Rosa, le chat, les chiens petits et gros qui ont été modelés par Alice.

Rosa : Bonjour, qui êtes-vous ?

Le chat : Je suis le chat qui sourit.

Le petit chien : Wouf, Je creuserai pour que nous puissions voyager dans la terre.

Les chauves-souris : Non, venez avec nous dans les souterrains.

Le fantôme : Hou, hou !

Le gros chien : Wouf, voyons c’est inutile. Restons à la surface avec les oiseaux, les papillons, les ours, le nounours, le renard et les loups, les tigres, le cochon.

Alice : Oui c’est vrai qu’y-a-t-il entre la terre et l’air ? Qu’y a-t-il entre la terre et l’eau. Qu’y a-t-il entre l’eau et l’air ? Qu’y a-t-il entre l’air et le feu ? Allons voir.

Le loup : je viens avec vous. Allons au fond de la forêt.

Les tigres : Viens avec nous Alice et n’écoute pas ce loup menteur. Ne connais-tu pas l’histoire du petit chaperon rouge ?

Alice : comment puis-je avoir confiance en vous les tigres plus que dans les loups? Que m’apprendrez-vous du monde qui nous entoure ? Vos dents m’inquiètent beaucoup.

Les loups: tu as raison. Ne te fie pas aux belles rayures noires et dorées.

Les oiseaux : Alice, viens avec nous dans le ciel. Là, les tigres et les loups n’ont aucun pouvoir. Envole-toi avec nous.

Alice : quelle merveille, je vole ! La maison est toute petite comme des jouets, comme nos modelages en terres cuites ! Un fantôme. Au secours…

Le fantôme : Hou, hou !

Les oiseaux : Ne crie pas. Tu pourrais te réveiller. A cette altitude tu tomberais.

Poupée Rosa : ta robe est de la couleur de l’arc en ciel. Accroche-toi aux couleurs.

Alice : Ah ! ouf ! me voilà en sécurité sur l’arc en ciel. Ma robe a été mouillée par la pluie. J’aperçois Terrine, Glaisine et Pierrine. Elles sont si petites. Allons les rejoindre. Le grand air m’a donné faim. Je voudrais que les petites maisons là-bas soient en pain d’épice et en bonbons et non pas en terre ou en papier.

Les ours : Viens nous rejoindre au village en pain d’épices. Nous nous régalons. Regarde tous ces bonbons.

Les oiseaux déposent Alice sur le sol à côté des ours et des maisons.

Le nounours bleu : Attention, ne vous rendez pas malades. Vous n’aurez plus faim pour ce soir.

Les Ours : Ton avis ne nous intéresse pas car tu ne manges pas. Tu es en peluche et en capok. Le nounours bleu : Merci de me dire que je ne suis qu’un jouet. Mais est-ce que vous aussi vous n’êtes pas seulement du papier comme moi et que vous n’êtes vivant que pour l’imaginaire d’Alice ?

Le Renard : Mais si nous existons. Moi, le renard, je suis la ruse d’Alice et vous, les ours, vous êtes sa gourmandise ; nounours bleu est son ami ; le tigre et les loups ses peurs… Nous sommes des parties de la pensée d’Alice, de son imagination.

Alice : Allons nous enfin manger des gâteaux ?

Le cochon : Je t’accompagne. Allons manger des bonbons.

Alice se réveille.

Alice : Quel drôle de rêve !

Repost 0
Published by Monique Oblin-Goalou - dans Textes pour enfants
commenter cet article
30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 09:37
Le dragon prisonnier

Cette histoire a été inventée, par le groupe modelage peinture découpage, à partir des différentes réalisations des enfants durant l’année 2013-2014. Les réalisations et les compétences en théâtre des enfants ont permis une mise en scène vivante du texte.

Le dragon prisonnier

L’expression « prêcher le faux » utilise deux mots de sens apparemment opposés. Prêcher : prononcer un sermon. Le sermon est un discours du prêtre dit durant l’office religieux. Il a généralement un sens moral. La morale concerne les règles sociales qui établissent les relations humaines dans la Vérité.

Décors : un écran de papier calque, une lampe éclaire du papier découpé qui fait de l’ombre sur le calque. En papier découpé non peint : un château, des nuages, un petit dragon au bout d’un pinceau, un arbre, des enfants en farandole, des enfants pour s’assoir dans les nuages, un petit tigre.

Accessoires : Marionnettes : des tiges de bambou où accrocher en papier peint et découpé un gros dragon, des enfants de la taille d’une main adulte. Masques en papier : tigre, salade, masque africain, renard (fennec), paysage. 5 personnages masqués, 2 lecteurs (le dragon, les enfants) cachés derrière l’écran.

Sur l’écran le dragon est dans le château avec le tigre. Le dragon crache des nuages. Des enfants sont dans les nuages, d’autres en farandole au sol… Dans un pays lointain, le temps était toujours mauvais. Le propriétaire d’un château cultivait des salades. Pour elles, il fallait beaucoup d’eau. Le fennec venait manger les escargots qui mangeaient les salades. Dans ce château vivait un dragon prisonnier du tigre. Ce dragon crachait des nuages. Et sur ces nuages, les enfants voyageaient. Le masque utilisait les nuages et leurs formes pour exprimer ses pensées. Le paysage changeait d’humeur en fonction du temps. L’eau leur permettait d’avancer mais également le feu du ciel, les éclairs et le tonnerre que nous appelons maintenant électricité. Le dragon avait le pouvoir de changer la couleur du paysage. Quand il crachait beaucoup de nuages la campagne devenait grise mais, les salades poussaient.

Le paysage : Je désire redevenir joyeux. Rien de tel qu’un bon paysage ensoleillé pour être de bonne humeur. J’aimerai que le soleil brille à nouveau.

Le tigre : Je te le demande, moi le tigre, pourquoi te plaindre ? Regarde toutes ces salades. Elles attirent les gazelles et les bœufs. Ces animaux sont prometteurs de bons repas bien gras et dodus. Je suis le gardien du dragon, je continuerai à semer la terreur dans l’imaginaire, mes dents à faire saigner le dragon, pour qu’il reste dans un des cachots du château et que personne ne le voit. Dracula est une de mes canines, l’ogre mangeur d’enfant est l’autre.

Le Fennec : Quand la pluie tombe les escargots sortent et se promènent sur les salades. Les fennecs apprécient ces petites bêtes croustillantes. J’en ai l’eau à la bouche !

La salade : Cessez de dire des salades ! Cela me fait peur ! Mes feuilles sont pleines de trous ! Un peu de soleil me permettrait de monter.

Le masque : Monter où ? Où veux-tu aller ?

La salade : Ne sais-tu pas que quand il fait beau, dans la salade une tige pousse, donne des fleurs puis des graines. On dit que je monte mais, mes feuilles sont moins tendres.

Le paysage : Il n’y a pas que les nuages qui obscurcissent le paysage. Qu’elles sont ces ombres qui apparaissent de temps en temps sur l’écran ?

Le Tigre: Mes rayures noires et blanches disent que je produis autant d’ombres que de lumières. Je tue, je fais peur, j’aime la violence pourtant je suis un des plus beaux animaux de la création.

Le masque : Nous les masques, nous essayons d’agiter le dragon, les enfants et le château. Nous faisons de l’ombre.

Le dragon : Moi le dragon, je suis l’imaginaire des masques qui m’agitent. Il ne tient qu’à vous de me faire sortir du château.

Le Paysage : Pour moi le paysage, si le tigre et le fennec ne s’y opposaient pas, tu serais déjà libre toi le dragon.

La salade : Les salades ne demandent qu’une chose que tu sois libre afin que nous puissions recevoir autant de pluie que de soleil. Nous désirons pousser librement là où tomberons nos graines.

Le tigre : pour les tigres, le gibier doit être tendre et gras. Il faut de la pluie !

Le Fennec : Il y aura moins d’escargots pour les fennecs s’il pleut moins.

La salade : Je te promets que tous les jours tu en auras à la rosée le matin.

Le masque : Pourquoi ne pas laisser libre le dragon ? Il crachera ses nuages au hasard de son humeur, de sa vie.

Les enfants : Pourquoi les enfants auraient-ils besoin de prisons pour rêver ? Les dragons cracheront des nuages en forme d’images mentales, de dessins et de musiques naturellement et le paysage sera moins triste. Hors des prisons, nos rêves seront proches de la nature. Et les animaux, les arbres, les fleurs parleront librement à notre place. Nos pensées inventeront des histoires pour dire, leurs joies et leurs tristesses et il ne poussera pas que de la salade qui prêche le faux dans nos jardins.

La salade : Nous les salades, on nous traite de menteuses !

Le masque : Le problème ne vient pas des salades mais du manque de diversité. Les limasses et les vaches ne suffisent pas. Il faudrait des chardons pour attirer les ânes et les mules, de l’herbe pour les chats, les lapins et les chevaux, des fleurs pour attirer les abeilles et les enfants…

Le fennec : Les mules, tu n’y songes pas ! Ces animaux têtus et primitifs n’ont rien à faire dans nos jardins !

Le masque : quelle intolérance ! Vous n’acceptez pas le pli têtu de votre âme ? Il a pourtant un rôle important dans votre personnalité. Il permet d’échapper à la cruauté de la curiosité, aux imprudences de l’insouciance. Il aide la répétition. Mais surtout, il garde la mémoire de la sagesse de nos pères.

Les enfants : Chassons le tigre et libérons le dragon pour qu’il souffle librement ses nuages.

La salade, le paysage, le dragon, le masque chassent le tigre. Le fennec tente de retenir le tigre. Le Dragon sort de l’écran (En s’éloignant de l’écran son ombre grossit. Le remplacer ,alors, par la marionnette qui apparaît en couleurs hors de l’écran). Puis les enfants sortent et apparaissent en couleurs (sortir les marionnettes des enfants au dessus de l’écran). Alors la marionnette du dragon se transforme en baguette magique qui touche le tigre. L’acteur du tigre enlève son masque. Le visage de l’enfant appara^tt.

Repost 0
Published by Monique Oblin-Goalou - dans Textes pour enfants
commenter cet article
28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 19:56
Lors de l'exposition Simonne Roumeur - Monique Oblin-Goalou accueille des groupes scolaires

Lors de l'exposition Simonne Roumeur - Monique Oblin-Goalou accueille des groupes scolaires

Présentation de l’exposition : Des secrets et des rêves

Le Relecq-Kerhuon du 12 au 18 mai 2014

Présentations : Nous nous retrouvons aujourd’hui autour de cette exposition pour découvrir le travail de Simonne Roumeur. Simonne Roumeur a peint 537 tableaux et écrit plus de poésies encore ! Les poésies et les images de Simonne Roumeur vous sembleront peut-être familières. Si elles vous semblent étranges, je vais vous donner quelques clés pour mieux les aborder.

Simonne Roumeur vivait au Relecq Kerhuon. Elle s’occupait de ses enfants et avait des engagements à la mairie. Suite à une maladie, elle se met à peindre et composer des poèmes. Les activités à la mairie, le service social ne sont plus possibles.

Durant cette conférence, je vais vous parler du Docteur qui suivait Simonne Roumeur. (Je n'ai pas gardé le nom du Docteur. Je fais cela à sa demande car il ne désire pas trop se mettre en avant. Mes conférences l'intéressent mais je me tourne vers la démarche artistique de Simonne qui cherchait à vivre au milieu des autres. Le domaine médical qui entourait Simonne Roumeur est important. Je l'aborde comme des clés de réflexion. Mais je ne connais pas la démarche exacte du médecin. Simonne avait de gros problèmes de santé et le Docteur l’a aidée à réorganiser sa vie. Il lui a conseillé des lectures pour lui permettre de trouver naturel de s’exprimer. Par cette démarche de connaissance que fera Simonne Roumeur, nous rencontrons avec elle des auteurs célèbres. Je vous parlerai plus particulièrement de Lao-Tseu qui est un sage de Chine, de Carlos Castaneda qui s’intéresse au pouvoir des rêves et à l’importance de l’homme dans la nature, Hélène Cixous un écrivain qui s’intéressait au rêve pour se souvenir de son père décédé[1] quand elle était enfant. Elle décrit les hyperrêves qui l’inspirent pour ses romans. Nous verrons que les rêves cherchent à dévoiler des secrets que nous tenons cachés au fond de nous car nous ne pouvons pas les partager. Marcel Pagnol dans Le temps de secrets et Le temps des amours[2] reprend ce thème de la difficile découverte des relations aux autres et de l’importance de la discrétion. Mais il existe des moyens de partager les sentiments sans les dire ouvertement. Où les secrets et les rêves se rencontrent-ils pour pouvoir partager avec les autres sans trop en dire ? (Les secrets son appelés inconscient. Ils sont secrets pour les autres et secrets aussi à notre conscience. L’inconscient est ce qui échappe à la raison selon Descartes. Pour Leibniz, il se constitue de toutes les fonctions sensibles et vitales qui animent notre corps sans que nous en ayons conscience. L’inconscient est actuellement l’objet de la psychanalyse. Pour les artistes contemporains, l’inconscient est la grotte, source des rêves). (la conscience relève de la raison et de notre responsabilité, de nos engagements).

1 Le thème du rêve (Simonne Roumeur s’est inspirée des motifs du rêve présents dans l’œuvre initiatique de Carlos Castaneda : les animaux, l’aigle, les oiseaux… Glossaire n°185 et n° 107 Au jardin d’enfant.

L’inconscient, cette partie mystérieuse de nous-mêmes apparaît dans les rêves au travers d’images énigmatiques. Il arrive de rêver de loups, d’araignées… que l’on vole comme un oiseau…etc.

Simonne Roumeur a utilisé ses nuits pleines de rêves. La Bretagne est un pays de mer, de voyages, de contes et une terre d’imaginaire. Les pierres, dolmens et menhirs se dressent vers le ciel mystérieusement et font rêver entre le bleu de la mer et les hivers favorables à la rêverie. Les mythes et légendes de Bretagne témoignent de l’importance du rêve. Les rêves servent à protéger notre sommeil. Ils permettent de faire durer le sommeil même si nous sommes entourés de bruits, de lumières ou de sensations qui incitent à l’éveil. Mais les rêves expriment aussi nos angoisses. Les rêves sont mystérieux. Ils sont difficiles à interpréter. La conscience cache le message du rêve derrière des images énigmatiques du rêve et parfois effrayantes dans le cas des cauchemars.

Simonne Roumeur m’a parlé d’Hélène Cixous et des Hyper rêves. Un « hyperrêve »[3], pour reprendre, avec Simonne Roumeur, une expression de l’écrivain Hélène Cixous, se différencie du rêve que l’on oublie, par la puissance des détails qui restent gravés dans la mémoire au réveil. Le journal de Simonne Roumeur[4] montre des rêves et des « hyperrêves ». Ils sont issus des rêves lucides qui apparaissent entre l’éveil et le sommeil. Le mot hyperrêve est utilisé dans la littérature par Hélène Cixous mais ce n’est pas un mot scientifique.

Carlos Castaneda est un auteur américain inspiré par les philosophies indiennes d’Amérique et la nature. Il observe les existences qui l’entourent, les animaux, les plantes, le vent... Il cherche l’Esprit et le contrôle de soi. Il s’intéresse au rêve pour le rendre clair et utile à la vie, pour se connaître. « Mais qui sait ? Nous sommes tout aussi mystérieux et effrayant que cet incommensurable monde, donc qui pourrait savoir de quoi tu es capable ? »[5]. La connaissance et l’observation permet de réaliser ses désirs dans le respect de notre entourage et de nous même. « L’astuce pour apprendre à élaborer le rêve n’est pas, c’est évident, de simplement regarder les choses, mais de retenir leur vision. Rêver est réel quand on réussit à tout amener à devenir clair et net. Alors il n’y a plus de différence entre ce que tu fais quand tu dors et ce que tu fais quand tu ne dors pas, […] »[6] le travail de l’abeille, le serpent, l’âne leurs modes d’existence constituent le rêve. Ils sont des devenirs présents en nous.

Comme Simonne Roumeur se retrouve fragilisée par la maladie, elle réorganise sa vie, chez elle, autour de la poésie et de la peinture. Elle réinvente un monde imaginaire pour décrire les pensées et ses rêves qui accompagnent sa maladie. Elle cherche ce qu’il y a de commun d’universel entre sa pensée et les pensées humaines cela afin qu’elle et ses jeunes enfants n’aient plus peur de leurs rêves et pensées, et sachent ainsi les dominer. Cet objectif maternel est en réalité universel. Et nous sommes tous les enfants de Simonne Roumeur quand nous regardons ses œuvres. Elles ouvrent les portes de l’inconscient ce que nous n’osons pas dire et même nous dire à nous même. Ces portes s’ouvrent non pas pour tout dire mais pour prendre conscience de nos inquiétudes et les dépasser.

Dans les tableaux, des rébus montrent la nécessité de prendre son temps pour entrer dans le secret du rêve rappelant aussi que le rêve associe des sonorités pour former des mots cachés que la conscience refuse. Le spectateur a une démarche active devant chaque tableau.

2 La maladie N°491 Sein-Tabernacle : L’an s’achève, l’an commence. Le vivre fût désir bondé d’espérance. Ce cadeau hors pair Estompe bien des misères. La violence des sentiments S’effiloche au fil du temps. Bousculée par la tempérance Elle cède place à la constance / De la Vie. D’auguste dimension Elle donne libre cours aux émotions. Il en faut des réserves, Une moisson de sève, / A l’Esprit au diapason De notre guérison. Rabibochés, au fond de mon Eglise Il m’offre ses bons offices. / Et du plus reculé des Temps L’Ancêtre spirituel Investi les flancs De mon Edifice intemporel. / La Pensée vide, L’énergie intrépide Messire singe, sans tralala, Harnaché en prélat / S’attache à réhabiliter Mon sein par le mal scalpé. Entièrement relouqué, Ventru de spiritualité / L’atout de ma féminité, Nourriture d’Humanité Est réceptacle Divin. Sein-Tabernacle.

A Pourquoi utiliser les mots tabernacle, Eglise, spiritualité ? Le corps est quelque chose de sacré. Le corps est le temple de notre esprit. Il est important de le respecter et le soigner. Sans son corps rien n’est possible. Les plis spirituels de la prière, le chant, le geste de s’assembler, la bougie qui concentre l’attention viennent renforcer le propos sous jacent au mot tabernacle.

B Dans l’ensemble de l’œuvre de Simonne, je vais m’arrêter sur deux maladies. La première semble être une intoxication à un produit chimique qui se traduit par de la fatigue liée à un mauvais sommeil, un manque d’énergie, de l’immunodéficience c.à.d. moins de défenses dans le corps. Le corps ne se protège plus des maladies et cela va jusqu’à menacer la vie de Simonne Roumeur. Simonne Roumeur va lutter contre cette mauvaise résistance grâce à l’étude de ses rêves. Elle préfère agir ainsi que de prendre des médicaments contre le stress. Avec l’aide du docteur, elle va apprendre à rêver. Elle utilisera pour cela la sagesse de C. Castanéda qui contrôlait ses rêves, les dirigeait, et la démarche d’Hélène Cixous qui faisait revivre dans son esprit ceux qu’elle aimait.

Le travail artistique et poétique de Simonne Roumeur provient de ses rêves et du travail pour surmonter les rêves. Le matin Simonne Roumeur note sur un brouillon tous les détails de ses rêves. Ensuite elle peint et écrit des poésies à partir des images des « hyperrêves » et à partir des mots dont elle se souvient. Ses poésies font entre 30 et 150 strophes. Ensuite, André et Simonne Roumeur choisissent quelques strophes à imprimer sous les tableaux.

Une deuxième maladie apparait au bout de quelques années, le cancer. Simonne va avoir un cancer du sein. La peinture va lui permettre de vivre avec sa douleur, de partager cette douleur avec son médecin pour se soigner. La poésie sein tabernacle expose la vertu des femmes pour l’allaitement, qui spirituellement correspond au désir de l’âme de transmettre la sagesse, de donner. Toutes les âmes homme et femme ont ce pli féminin, cette vertu de transmettre. (Dans le monde de l’âme, il n’y a pas d’hommes et de femmes ni d’enfant mais « des états du moi » selon l’expression d’Eric Berne[7] qui a inventé l’analyse transactionnelle). Les seins nourriciers sont une image archétype[8]. Le tabernacle permet d’entrer dans l’iconal, il donne à l’icône du sein l’importance du pli de la richesse féminine.

Simonne Roumeur s’exprime au travers de sa maladie dans son poème pour dire son bonheur d’écrire des poésies et de peindre, de partager la richesse de ses pensées et études. Mais elle utilise aussi la difficulté de ses relations comme le bourdonnement des réunions communales pour dire sa féminité et les difficultés qu’elle a rencontré dans sa vie et ses projets. Elle utilise aussi ses relations pour faire des portraits comme Voilier[9] ou Singes primates dire son inquiétude de mère comme Mon coq (n° 14) où l’on voit ses enfants dans son cou.

3 Le bourrier et le superflu (Projection de Tas de Bourrier n° 301) (ou n° 288 Basilic)

Le Basilic est un meuble héraldique (serpent roi). Il apparait mi dragon, mi serpent. Il tue avec ses yeux et le miroir peut le tuer par réflexion selon Aristote[10]. Dans l’antiquité, ce serpent imaginaire possède un venin mortel avec pour seul antidote les larmes du phénix. L’étymologie du mot basilique dérive d’un mot grec « basiliskon » qui signifie roi. Le basilic, le roi des serpents, vient du sang tombé de la tête de la gorgone Méduse celle qui fige dans la peur ceux qui la regardent. Le meurtre du dragon est un emblème de la Chimie au Moyen-âge. La mort du dragon permet de vivre. Les plantes vont pousser sur les restes du Dragon.

« Porté par l’audace, mon regard, Du bleu du ciel perce le noir Et débusque dans un déclic Un monstre basilic. » in Basilic.

Simonne Roumeur a peint un gros lézard vert et du basilic. On retrouve ici le jeu de mot avec le mot basilic qui rappelle la basilique l’Eglise. Dans le monde romain la basilique est un lieu de rencontre, un lieu profane le lieu du discours politique et religieux. La mort du dragon est l’image de la reconstruction d’un lieu de rencontre à reconstruire selon sa personnalité pour oser s’exprimer. S’exprimer permet aussi de construire un lieu où rencontrer les autres. Un lieu qui ne soit pas en négation avec soi-même mais au contraire le personne accueillante est le lieu de la relation. Dans Opéra n° 289, on trouve le mot basilique comme un aboutissement :

« De mon enfant-roi Et en mon âme se déploie Pour une chevauchée fantastique Au cœur de ma basilique. »

Le rêve a réuni des sonorités et le monstre basilic fuit pour laisser la place à la basilique au roi. La basilique Romaine est le portique du roi « basileios ». La basilique désigne les portiques qui bordaient l’agora. La basilique était le lieu où siégeait l’archonte-roi qui exerçait un rôle politico-religieux dans la cité. Avant la chrétienté la basilique a un rôle profane et sacré. Dans l’Église, la basilique est un lieu où les chrétiens viennent nombreux en pèlerinage pour vénérer Jésus, la Vierge ou encore un saint. La basilique est un lieu d’accueil. Ainsi à Quimper, la cathédral a aussi un rôle de basilique. Elle accueille ceux qui viennent déposer du pain dans la corbeille de saint Du (santic Du en breton).

L’œuvre tas de bourrier décrit l’importante étape d’oser s’exprimer. Pour être libre d’écrire, il est important de se débarrasser des peurs de l’entourage familial, amical religieux ou professionnel. Le Docteur qui accompagne Simonne Roumeur va lui conseiller amicalement des lectures qui vont l’aider à surmonter ces oppositions plus ou moins avouées, tacites ou, imaginaires. Il va lui conseiller des recherches généalogiques pour tenter de retrouver les secrets de famille[11], dépasser le non-dit. Ce sont autant d’occasions de faire revivre le passé rural de la famille et les souvenirs d’enfance, « nettoyer son dedans » comme le dit Simonne dans Atelier – chapelle n°413, s’imposer pour pouvoir réunir dans la bâtisse achevée. Avoir pris conscience des difficultés de notre famille permet de prendre conscience des difficultés de la vie. Le dragon est la peur des ragots qui bloque notre audace et le courage de s’exprimer. Ces difficultés sont celles de l’humanité. On les découvre dans la famille mais ce sont celles de tout le monde.

L’art a été le moyen pour chacun d’exprimer sa révolte, de dénoncer les malheurs et les injustices. Cette démarche est aussi celle de la musique populaire comme le Fado au Portugal le jazz américain et ses complaintes issues des work songs et comme le Hip Hop[12]. Le slam[13] permet aussi au monde des silencieux de sortir de l’isolement et de l’oubli. La démarche du slam, et celle de Simonne Roumeur, se rejoignent autour de poésies car une soirée slam permet la déclamation poétique, la poésie sonore.

4 La poésie entre le dit et le non-dit

A Roi de la nature n°427, de l’Esprit, des esprits de la nature, du contrôle de soi et des rêves

A Roi de la nature

Poursuivre le quotidien à loisir Est mon profond désir. Consciente du risque qui rode en moi, Suivant la vague de mes émois, / Je m’en vais dire mon souci Au créateur de ma Vie. Le spécialiste en aspiration Des désordres internes de la maison, / Affable et sans artifice, M’introduit dans la matrice Visionner l’étendue infinie De régénération, par l’énergie, / De l’humain en péril de naufrage Sur la longue voie des sages. « Sèche les larmes de tes yeux L’eau infectée se purifie par le feu. » / Mon Enfant arrête le cycle dévastateur Programmé dans l’ordinateur. Sur la route du combattant D’instinct je suis mon inconscient. / Mon esprit vidé de peurs viscérales J’ai tickets-bonus pour ma Vie Délivrés par le roi de la Nature Pour que, vivante, ma création perdure. / Mésange bleue, porte le message Au grand Sage : Mon immense merci Pour le cadeau fait à ma Vie. / Belle, belle du présent Voguons, sereines et joyeusement Sur la route des troubadours Dispensateurs d’Amour.

B Manège Fête n° 61. Le singe, la mouche, la coccinelle, l’escargot, les moutons… L’humour et la simplicité permettent de transmettre une sagesse. Pour lutter contre l’inquiétude qui submergeait ses rêves nocturnes, Simonne a peint et écrit des poésies où se cachent les pensées qui accompagnent ses relations avec ceux qui l’entouraient. Un peu comme des contes, des fables, il en sort une multitude d’images poétiques, mentales et d’images peintes. Elles décrivent la chair de la pensée de nos relations au travers de métaphores d’animaux, comme l’abeille, les plantes[14], arbres et fleurs.

Choisir des petits animaux familiers comme personnages de contes nous fait entrer la sagesse dans la simplicité du quotidien. Les petits animaux ont des vertus comme dans les contes de La fontaine. La sagesse du serpent est de savoir utiliser son venin. La sagesse de l’oiseau est de savoir voler et cela inspire l’homme qui aime s’échapper par l’esprit dans le rêve, l’intelligence ou le spirituel… L’âne représente l’ignorance et l’humilité d’apprendre, l’aigle vole très haut et a une vue perçante etc. Ces vertus sont le virtuel de notre vie, ces vertus vont avoir des significations différentes pour chacun. (donner un exemple, comme le venin pour le serpent qui peut être vu comme sachant se faire craindre, faire peur aux autres, ou comme symbole de la médecine qui sait soigner à partir de substances dangereuses). En nous ces vertus existent et nous en prenons conscience de manière amusante en les découvrant chez les animaux. Le manège porte tous ces masques qui sont comme des personnages qui vivent en nous. Ils vont constituer les plis de notre esprit et ils reviennent comme des icônes dans l’œuvre de Simonne Roumeur qui en répertorie quelques uns dans Glossaires. Ils ne ressemblent pas toujours au rêve. Simonne les simplifie par rapport à la complexité des images des ses rêves qu’elle disait vivre en trois dimensions avec une puissance de détails inquiétante.

Le docteur avait suggéré à Simonne Roumeur de lire les sagesses taoïstes, le Tao-tö king dit que « Le dao jaillit comme une source unique […] demeure silencieux et vide. Il n’agit pas sur les êtres, mais laisse les êtres agir par eux-mêmes »[15]. Le dao (la sagesse et l’indicible) n’est pas séparable du shi (les contraintes de l’humanité). Il n’est pas bon que les rêves restent seulement des rêves. Il est nécessaire qu’ils entrent dans l’acte, la vie. Couper dans le rêve, en matérialise une partie. Le rêve ne peut pas entrer totalement dans la vie. Il est nécessaire de renoncer à une partie du rêve pour le faire exister.

Ses rêves lui sont étrangers et Simonne Roumeur les apprivoise en cherchant des ressemblances avec la pensée des autres, la pensée universelle. Elle découvre qu’elle n’est pas seule à associer ses pensées aux vertus des objets, des pierres précieuses ou dures comme les perles accrochent la lumière, des animaux insectes ou lapin, à des fleurs comme les orchidées, à des personnages. Elle lit Carlos Castaneda qui lui aussi se sert de la nature pour se dominer et se connaître :

« C’est une révolution. Considérer le lion, les rats d’eau et nos semblables comme égaux, voilà l’acte magnifique du guerrier. Pour en arriver là il faut du pouvoir. »[16] « Quant à l’observation du vent, ce devint une entreprise mystérieuse au point que mon corps tout entier semblait sentir les changements de direction avant qu’ils se produisent vraiment. J’avais l’impression de pouvoir détecter les vagues de vent par une sorte de pression sur le haut de ma cage thoracique, dans mes bronches. »[17].

5 Le secret Balançoire n°27 à propos de la disparition d’un enfant dans la famille

Le secret est un thème de l’œuvre de Marcel Pagnol Le temps des secrets, le temps des amours. Les enfants partagent la découverte de nouveaux sentiments, comme l’amour et la tristesse de la grand-mère de Marcel Pagnol qui apprend que son mari a aimé une autre femme. La solidarité et la discrétion entre générations, on ne dénonce pas forcément ses camarades par exemple. La maladie aussi demande de la discrétion.

Comment donc allier discrétion et écoute de soi et des autres ? L’œuvre de Simonne Roumeur est une image de l’alliance entre l’écoute de soi, l’écoute des autres et l’art et la poésie qui permettent de dire sans tout dire. La peinture de Simonne lui permet de prendre conscience de son cancer. Cette prise de conscience lui permettra de soigner son cancer. Elle ne voulait pas se plaindre. Simonne Roumeur ne voulait pas donner l’image de quelqu’un de malade. Elle se transforme en artiste pour dire sa révolte de façon allusive. L’apparition de la symbolique des seins dans ses peintures montre que la sensibilité de son corps a changée ce qui va alerter son médecin.

La poésie et l’image permettent d’éviter dans l’action de perdre du temps à tout expliquer. Les œuvres de Simonne Roumeur sont des expériences qui gardent leurs secrets. Elles assurent une sagesse intuitive de la vie. Et ceux qui sont concernés peuvent librement y trouver les éléments nécessaires à leur conscience.

« « Un chasseur de pouvoir observe tout, continua-t-il. Et chaque chose lui révèle un secret.

-Mais comment peut-on être certain que les choses disent des secrets ? » Je pensais qu’il aurait pu connaître une formule spécifique par laquelle on pouvait faire des interprétations « correctes ». »[18]

Le secret n’a pas d’explication. Tout expliquer est une perte de temps mais surtout cela peut gêner et devenir une indiscrétion. Simonne reprend les vertus des animaux, pour exprimer les vertus nécessaires à la révolution qui permet de trouver le courage de se soigner, de surmonter ses inquiétudes et de vivre pour les autres. Les images des rêves de Simonne Roumeur sont les mêmes que les nôtres. Mais ces images ne disent pas la même chose à chacun, à chacun ses secrets heureux ou malheureux. Les secrets se ressemblent car nous avons tous les mêmes malheurs maladies, perte d’un être cher, mauvaises relations avec un ami ou un professeur, mais chaque histoire est différente. La clé de la poésie ouvre l’âme et les pensées se transforment en insectes puis en personnages, en pierre transparente et dure comme l’obsidienne[19] et enfin en enfant dans l’unité retrouvée de la conscience de la souffrance qu’elle soit physique ou morale. L’esprit grandit dans la prise de conscience et la parole ou le dessin apparaissent ce qui permet à Simonne Roumeur d’offrir aux autres ses richesses imaginaires dans l’amour. Cela permet un partage respectueux où chacun ne se sent pas dépouillé ou blessé.

« Et tant a germé le blé Que la moisson est arrivée. Traversé par le grand mystère Transcende notre imaginaire. Dans sa cour la Dame Apporte la nourriture des âmes. Gonflée par le levain La montagne de pain Offre à ma petite ragaillardie Son entrée dans la Vie. De la foison d’herbes Nait le verbe. »[20] L’œuvre de Simonne agit en réconciliation, une alliance avec le monde au travers des résonances, le bleu de la mer, l’âne attentif avec ses grandes oreilles, l’abeille, l’arbre. Elle dénonce la souffrance des secrets de famille sans les dire, par des allusions. La balançoire (27) vide rappelle ainsi le drame de la mort d’un enfant dans la famille de Simonne.

Dans le film Carnaval de Marcel Pagnol, tout est dévoilé. Le mari trompé affiche son infortune avec une banderole écrite. Ensuite, sous le masque de la fête, les décors et déguisements, le fautif est démasqué. L’art, la fête, les masques sont entre le dit et le non-dit des occasions de dire l’indicible, une façon de dévoiler ce que la pudeur retient. Ce thème est aussi celui du tableau Mascarade de Félix Nussbaum de 1939[21]. A l’occasion de la fête de la reine Ester les juifs de 1939 expriment leurs angoisses dans des masques grotesques. La métaphore artistique dévoile le dramatique de notre humanité. De même l’humour noir permet de dire les angoisses.

Félix Nussbaum, Masquerade 1939, Felix-Nussbaum-House, Osnabrück

6 La femme : La femme n° 137.

Pour ton jour de fête Femme dresse la tête ! J’entre dans la ronde Des femmes du monde. / Partout au labeur, Beaucoup secouées de pleurs. Il y a pour moi énigme En plein cœur de cet hymne. Si je me souviens, Il n’y a pas si loin Où l’homme décrétait la femme Sans âme. / N’y aurait-il quelque part Un reste de croyance d’ignare ? Je vais immédiatement Prendre renseignement. / « Allô ! les cieux ? Dieu ?... » « Peux-tu m’expliquer Ce qu’il en est ? » / Tout au fond Je vois le paon : « Toi qui est femme, imagine ainsi ton âme ».

Les femmes ont quelque chose à apporter à la vie sociale et Simonne Roumeur le rappelle. En Bretagne, il existe des femmes célèbres comme Suzanne Besson artiste du matérialisme magique des années 70 et qui habitait le Relecq Kerhuon.

Simonne Roumeur ne connaissait pas Geneviève Asse. Geneviève Asse est née en 1923. Elle partage avec Simonne Roumeur son origine bretonne. Le bleu inspire Geneviève Asse. Ses tableaux sont bleus et expriment l’espace dans les formes géométriques.

Geneviève Asse, sa peinture cache un secret, collégiale Notre Dame de Lamballe.

Frida Kahlo (1907) est une artiste mexicaine qui suite à un accident de tram est restée immobilisée longtemps. Elle apprend à dessiner seule sur son lit. Comme Simonne, elle s’intéresse à la souffrance. Comme Simonne l’immobilité lui laisse du temps pour peindre et composer des poésies. Ses engagements, politiques, spirituels, et amicaux apparaissent dans ses portraits et autoportraits. Les vertus de son âme prennent aussi la forme d’animaux, où des symboles culturels de ses origines métissées européennes et sud américaines.

Frida Kahlo, L’étreinte amoureuse, 1949, Musée d’art moderne de San Francisco

Louise Bourgeois s’intéresse à la sexualité féminine, à la psychologie. Elle utilise ses émotions pour les traduire dans des œuvres d’art qui témoignent du point de vue de la femme sur le monde. Elle développe aussi des images qui correspondent aux angoisses et aux plaisirs de la femme. L’araignée, la cage, les linges[22], le petit enfant dans des linges, la maison, l’insouciance des vacances sont des images mentales qui correspondent à la sensibilité féminine de l’âme.

Conclusion

Edward Munch (1863-1943) a perdu de nombreux parents et relations pendant son enfance. Il faisait revivre sa famille dans des rêves. Il est, comme Simonne, un artiste du rêve. Son célèbre tableau le cri témoigne de sa révolte. Arthur Janov psychiatre a un jour entendu le cri d’un de ses patients (cri primal). Ce cri venait de tous les plis de l’humanité de son patient.

Adolescents : L’art comme le cri met en jeu l’ensemble de notre intelligence. La raison, les souvenirs et émotions, l’expérience et les premières expériences émotives de l’enfance. Les animaux parlent à notre enfance, nos instincts de préservation. En cela le cri ressemble à l’art engagé. Le thème du cri nécessiterait plus de développements entre appel de détresse, avertissement… L’art agit dans la prise de conscience et il permet de sortir de la solitude du cri. Le rêve reprend l’intelligence animale. Parfois, il lui donne un aspect terrifiant en reprenant ses vertus vénéneuses et tactiques des bêtes connues du cerveau reptilien. La puissance imaginale du rêve (imagination active) prend alors toute sa force pour exprimer les angoisses refoulées. L’intelligence est sollicitée dans sa totalité pour surmonter les barrières de l’inconscient. La mise en œuvre de l’iconal, de la simplification des détails par « l’imagination active »[23], permet un partage et une dédramatisation du rêve. Dans l’héraldique la simplification des meubles de l’image, des vertus, sert des objectifs de domination politique, de réunir des personnes morales. Dans l’œuvre de Simonne l’aigle exprime le désir de dominer son esprit dans l’existence, se connaitre et reconnaitre l’autre dans la charité.

La violence des hyperrêves ressemble à une révolte ou à un cri pour le cauchemar. L’hyperrêve s’accompagne parfois d’un cri. Dans l’œuvre Femme n°137 inspirée par la journée de la femme la lecture des brouillons de madame Roumeur montre des rêves de situation de vie où le mouvement des évènements décrit une réunion communale houleuse. Dans l’emportement des disputes les arguments envers les femmes n’étaient pas toujours loyaux. Un autre rêve montrerai un accrochage entre véhicules qui suggère peut-être des échanges violents. Ensuite apparait un hyperrêve[24] où l’âme féminine se dévoile dans la métaphore d’un pan dont les plumes sont déployées. Ici, la révolte se traduit dans un rêve agréable que Simonne Roumeur fait durer pour en retenir l’aspect esthétique nécessaire à l’expression plastique. Dans ce rêve la violence esthétique de la précision des détails est agréable.

(Adultes : Le cri est un archétype de l’entrée dans la vie. Le bébé en naissant crie pour pouvoir respirer et gonfler ses poumons. La théorie de la thérapie primale est de revivre une expérience de l’enfance comme le cri primal. L’art de Simonne Roumeur est un cri une révolte. Pour réaliser une expérience primale[25], il est nécessaire d’atteindre les trois niveaux de l’intelligence. La thérapie primale ne se fait plus mais la méthode de l’enfant intérieur continue à rayonner.

Le cri existe aussi juste avant de mourir ou dans le vertige de tomber. Le cri suscite l’effroi. Celui qui crie crée un repli où il se cachera. Le cri est une porte vers la disparition, la rupture d’un lien. Ce thème est figuré dans le film 38 témoins[26] de Lucas Belvaux. Le thème du cri rejoint le thème de la méduse, de l’effroi.

Comment sortir de la solitude du cri ? Comment oser s’exprimer ? L’art apprend à dire, écrire, montrer avec élégance ou violence respect d’autrui ou pas. L’art est-il un cri ou pour finir l’antithèse du cri un moyen de sortir de la solitude du cri ? ).

Simonne Roumeur utilise ses connaissances des vertus des animaux, de la nature, des pierres. Elle s’adresse à notre intelligence reptilienne de l’enfance, un peu comme dans le livre de la jungle où la famille de Mowgli se compose d’animaux.

(Adultes : Les artistes de l’art brut sont des marginaux extérieurs à la sphère culturelle. Des artistes se réuniront sous cette appellation pour s’opposer à l’art institutionnel, pour plus de liberté. Simonne Roumeur n’avait pas de formation artistique préalable. Elle peint d’abord pour se soigner et surmonter ses rêves. Avec le temps, elle met en œuvre des qualités artistiques et poétiques qui dépassent la dimension médicale.) Elle développe des capacités liées à ses lectures, à ses rencontres, à sa connaissance d’elle-même. Artiste de l’art brut pour être libre oui. Mais, cela me gêne de réduire cette artiste à l’art brut car elle lisait beaucoup faisait des recherches sur les mots et images présents dans ses rêves. Elle a été en dialogue amical pendant plusieurs années avec le docteur. Tout ce rapport à la connaissance la sépare de l’art brut). Elle porte en elle un fort engagement sur l’âme, l’Esprit, la relation entre la terre immense de l’esprit et son rayonnement sur le sensible dans l’art. Simonne est une artiste de l’âme pour reprendre les vers de sa poésie la femme.

Le rêve sert à prendre conscience des difficultés que nous avons voulu nous cacher à nous même pendant la journée, mésententes… Quand nous avons peur, quand nous sommes tristes, nous cachons ces sentiments et, ils apparaissent dans les rêves. Ces sentiments font parfois honte comme les désirs de la rencontre avec d’autres ou de l’amitié ou d’un bien matériel… qui se traduisent alors dans le rêve. Il est heureux que le désir apparaisse dans le rêve car, la prise de conscience permet de contrôler le sentiment et de l’utiliser pour se motiver dans le travail ou dans la recherche de ses relations aux autres. Quand la conscience connait le désir qui nous habite, alors il est possible d’éviter la jalousie qui est une dérive dangereuse du désir. Et si le travail est impuissant, la sublimation du rêve peut permettre de créer des mythes et légendes où rêver et faire rêver notre entourage en espérant ainsi progresser ensemble. Blanche Neige, Peau d’Âne n°62, cendrillon, la princesse et le crapaud, le chat botté, le petit poucet… sont autant de contes qui aident les adolescents face à la découverte de la difficulté des relations, face aux secrets douloureux de nos souffrances cachées. Les œuvres de Simonne Roumeur reprennent les contes qui disent ce que nous n’osons pas nous dire. Mais quand nous avons compris que ces difficultés sont celles de tous les humains, il est plus facile d’accepter nos fragilités, d’aider et de parler avec les autres sans les blesser. Le chien noir[27] des rêves symbole de misère mange tous nos soucis dans un renversement. La prise de conscience de l’universalité de ses rêves peut rassurer l’adolescent inquiété par l’étrange violence de certains cauchemars.

Les œuvres de Simonne sont des métaphores dans le sens de Jean Bruller dans Le Silence de la mer[28]. Il publie ce livre sous le nom de Vercors en 1941 aux Éditions de Minuit qu’il venait de fonder. Les sentiments se cachent dans l’œuvre de Simonne Roumeur pour pouvoir continuer à vivre. Ils se cachent comme des ombres sur les parois de la grotte où sont retenus les prisonniers qui rêvent d’un monde libre. Dans chaque poème Simonne sort de l’ombre de la maladie et libère sa sensibilité pour retrouver la joie de vivre. Cette phénoménologie rappelle celle de Vercors résistant qui prit la métaphore poétique comme abri dans l’atmosphère de l’occupation. La phrase est citée à la fin du film Le silence de la mer de Pierre Boutron tourné pour la RTBF en 2004. Elle pourrait s’appliquer au travail de Simonne Roumeur : « Certes, sous les silences d’antan, - comme sous la calme surface des eaux, la mêlée des bêtes dans la mer, - je sentais bien grouiller la vie sous-marine des sentiments cachés et des pensées qui se nient et qui luttent ». L’œuvre de Simonne Roumeur démontre que le rêve est une composante de la prise de conscience des difficultés de nos relations. Il est nécessaire à la vie et à l’engagement dans l’existence. Les difficultés de sommeil de Madame Roumeur ont permis un important travail sur le rêve. Les éléments qui composent la rêverie, les archétypes et images mentales sont identifiables et se combinent pour former la symbolique du rêve. La combinatoire du rêve permet d’accéder à un langage universel dans lequel chacun peut vivre librement. Le symbole de la couleur, de l’image mentale d’oiseau ou autre s’adapte à chaque rêve pour être l’outil d’un message toujours différent suivant le contexte. Ainsi le jaune du sein de Ma prière n° 494 fait référence à la maladie. Le jaune, du personnage du roi-soleil symbole du père[29], suggère l’analogie avec le feu, le dynamisme et l’esprit lumineux.

Plan : Présentations, 1 Le thème du rêve, 2 La maladie, 3 Le bourrier et le superflu, 4 La poésie entre le dit et le non-dit, 5 Le secret, 6 La femme, Conclusion

Ce travail a pu trouver un aboutissement dans la mesure où j’ai pu exposer et partager avec la famille et les amis de Simonne Roumeur. Ces rencontres ont permis de corriger des erreurs et de compléter mon travail suite aux échanges et remarques des enfants et des adultes qui sont venus visiter l’exposition à l’Astrolabe au Releck-Kerhuon du mardi 13 au dimanche 18 mai 2014.

[1] « C’est un état de méditation active, d’invocation, d’appel. Cela n’a rien à voir avec une pratique magique… Le rêve ne connaît pas la contradiction. Il me dit : « Oui, ton père est mort mais il est vivant aussi puisque tu le vois. Il est vivant tout le temps de cette vie accordée. » J’éprouve une joie folle, mélangée à un intense chagrin. » « En général, on oppose tristesse ou joie, mémoire ou oubli, vie ou mort. Alors que la plus forte de nos expériences psychiques, le rêve, se passe là où les contraires se mélangent. » Hélène Cixous in Télérama 10 janvier 2007.

[2] Production : Jacques Nahum, Réalisation : Thierry Chabert, Le temps des secrets, Le temps des amours, téléfilms tirés des romans éponymes de Marcel Pagnol, tournés en 2006.

[3] Hyperrêve : les images mentales d’Hélène Cixous, ses descriptions montrent certains détails avec force. La peau malade de sa mère dans L’Amour du loup et autres remords que la narratrice masse au bord du dégout. La sensibilité exacerbée cache un fil rouge de la pensée, une violence. La sensibilité surmontée s’ouvre à une symbolique qui pourtant ne se dévoile pas mais reste virtuelle. Dans l’œuvre d’Hélène Cixous, l’hyperrêve décrit le deuil non pas pour oublier mais pour revivre la sensation douloureuse de l’absence ou le drame de la présence ténue d’un père tuberculeux. Dans cette sensibilité, la mémoire se fait plus poignante et plus forte, dans une surexistence. (Internet : le Deuil et la « permission » d’écrire dans les fictions d’Hélène Cixous, Martine Motard-Noar, McDaniel College, Été 2011).

[4] Pour garder le souvenir de ses rêves, Simonne les notait tous les matins dans un journal. Les rêves du 9 mars 1997 semblent liés par le thème de la femme et sont nés d’une angoisse pour l’un de ses enfants. Le n°4, et dernier rapporté, est un rêve lucide car Simonne décide de retourner sur l’image. Elle voit, avec force détails vivants, un oiseau image universelle de son âme angoissée par le souci des ses enfants. Le tableau 137 lie l’âme de la femme, le pli féminin, au souci de l’enfant. La beauté de l’image mentale, de l’oiseau, n’ont d’égale que la beauté des sentiments maternels. Simonne se rassure dans l’universalité de ses sentiments.

[5] Carlos Castaneda, Le voyage à Ixtlan, Éditions Gallimard, 1974, p. 141.

[6] Carlos Castaneda, Le voyage à Ixtlan, Éditions Gallimard, 1974, p. 140.

[7] Eric Berne : médecin psychiatre américain 1950-1970. Il invente l’analyse transactionnelle pour décrire les relations en entreprise. Trois types apparaissent adulte enfant, père enfant, mère enfant. En réalité les relations humaines en compte autant que de plis de la pensée.

[8] Archétype : en psychologie analytique, Carl Gustav Jung désigne par ce terme les images mentales et formes de représentations correspondant à un thème universel structure de la psyché ou pli de la psyché commun à l’humanité. Ces plis de toutes les cultures s’exprimeront au travers d’un langage symbolique variable.

[9] Simonne Roumeur, Voilier, Singes primates, n° 87, n° 88. Simonne a fait également des portraits de ses enfants.

[10] Jacques Albin, Simon Collin de Plancy, Dictionnaire Infernal, ou bibliothèque universelle, sur les êtres…, Librairie universelle de Pierre p. 328.

[11] Ce concept a été développé par Serge Tisseron in Secrets de famille mode d’emploi, Éditions Ramsay, Paris, 1996.

[12] Le hip-hop est un mouvement culturel et musical apparu dans le Sud Bronx à New-York dans les années 1970. Le hip-hop reprend les complaintes du Jazz. Musique sans instruments, les jeunes défavorisés inventent une musique accessible à tous. Cette démarche est en rupture avec le jazz inventé à partir du savoir faire de grands musiciens du negro spirituels et des work songs. Le hip-hop est issu des Block Party. Fêtes de quartier où l’on danse. Pour les danseurs les DJ (disc jockey) les ont inventé des morceaux assez longs pour que la danse puisse s’exprimer largement. Clive Campbell surnommé Kool Herc est le premier a avoir eu l’idée de brancher deux tourne-disque pour le même morceau afin de modifier le rythme…

[13] Slam a été mis en place en 1986 par un américain Marc Smith dans le but de rendre la déclamations de poèmes moins élitistes et moins ennuyeuses. La récitation est rythmée et accompagnée de mouvements du corps.

[14] S. Roumeur, Au royaume des fougères, n° 322, 23 08 2001.

[15][15] HUAINAN ZI, Du commencement du réel, Philosophes taoïstes, Gallimard, 2003, tome II, p. 64.

[16] Carlos castaneda, Le voyage à Ixtlan, Gallimard, 1974, p. 165.

[17] Carlos castaneda, Le voyage à Ixtlan, Gallimard, 1974, p. 168.

[18] Carlos castaneda, Le voyage à Ixtlan, Gallimard, 1974, p. 179.

[19] Simonne Roumeur, Obsidienne, n° 355, 29 07 2002. L’obsidienne est une pierre brillante et sombre. Elle est à forte connotation symbolique sa vertu de dureté suscite les images mentales, miroir chez les aztèques, taillée en couteau pour ouvrir le corps des morts chez le Egyptiens…

[20] Simonne Roumeur, …Nait le Verbe, n° 462, 09 05 2005.

[21] Félix Nussbaum, Masquerade 1939, Felix-Nussbaum-House, Osnabrück.

[22] L’enfant disparait dans les linges, le matriarcat et la « gynocratie », image mentale de Bruno Schulz dans La nuit de juillet in Schulz, Éditions Denoël, 2004, pp. 218-225.

[23] « je veux dire d’une part, l’état où l’âme, par suite de quelque infirmité des organes vitaux, est sollicité de venir en aide à la nature, et d’autre part l’état où elle reste en repos – dans ces deux cas, l’Imagination active domine les sens et elle projette librement images et empreintes variées dans le sensorium. » Sohravardî, le livre des rayons de lumière, L’Archange empourpré, trad. Henry Corbin, Fayard, 1976, p. 145. Cité et expliqué in Monique Oblin-Goalou, Résonances, Prologue, Paris : L’Harmattan, 2013, pp. 11-27.

[24] Hélène Cixous, Hyperrêve, Galilée, 2006, nb. Pages : 232.

[25] Arthur Janov découvre le cri primal et invente la thérapie primale. Arthur Janov distingue trois espaces dans le cerveau : le cortex cérébral en rapport au présent ; Le système lymbique : souvenir émotions ; le cerveau reptilien : enfance, naissance, rapport aux animaux, préservation de l’espèce, reflexes de survie…

[26] Lucas Belvaux, 38 témoins, cinéart, Belgique/France, 2011.

[27] Dans les contes des Monts d’Arrée le chien noir fait peur car il représente la misère. Simonne le retourne pour une prise de conscience de nos peurs. Le chien noir mange alors la misère.

[28] Pierre Boutron, Le silence de la mer, RTBF, 2004, inspiré par Vercors, Le silence de la mer et Ce jour là deux romans de Jean Bruller dont le pseudonyme est Jean Vercors.

[29] Dans Glossaire (185), Madame Roumeur réunit les éléments qui composent la symbolique des plis de sa pensée. Ces éléments ce répètent dans l’ensemble de son œuvre. Ils ont une dimension d’archétype.

Frida Kahlo, L’étreinte amoureuse, 1949, Musée d’art moderne de San Francisco

Frida Kahlo, L’étreinte amoureuse, 1949, Musée d’art moderne de San Francisco

Félix Nussbaum, Masquerade 1939, Felix-Nussbaum-House, Osnabrück

Félix Nussbaum, Masquerade 1939, Felix-Nussbaum-House, Osnabrück

Geneviève Asse, collégiale Notre Dame de Lamballe.

Geneviève Asse, collégiale Notre Dame de Lamballe.

A Roi de la nature n°427, de l’Esprit, des esprits de la nature, du contrôle de soi et des rêves

A Roi de la nature n°427, de l’Esprit, des esprits de la nature, du contrôle de soi et des rêves

Repost 0
Published by Monique Oblin-Goalou - dans Simonne Roumeur
commenter cet article
30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 20:13

Projets

·         je désire lancer l’association : Liberté de rêve et liberté de raison, vivre en poète. Les connaissances de l’imaginal, de l’iconal, et l’importance de la rhétorique dans la transmission des savoir permettent d’éviter l’impasse d’un monde binaire.

  • faire reconnaître par la communauté scientifique le stade pompier en psychologie afin de lutter contre les messianismes criminels. J’aimerais pouvoir faire des conférences sur ce sujet. Le stade pompier se rapporte aux plaisirs de la relation à l’autre, le plaisir de donner, de rendre service, de partager un travail, une amitié, un moment de convivialité…

Association, des relations et des institutions : Ce projet d’association a pour fin de protéger les institutions en période de crise. Si l’on prend le sens  du droit romain du mot, institution a la même origine que les Institutes[1]. Un principe et donc une institution sont appelés à évoluer. L’institution considérée comme norme ou pratique est reconnue par la société légalement. Mais l’institution est aussi l’organisme. Dans ce cas, l’institution est  la personne morale destinée à maintenir les normes ou les pratiques. L’institution permet de défendre les droits des personnes qui en sont membres. Dans la relation sociale l’institution a un rôle fédérateur en étant le garant des relations sociales et de leur ordre en faisant respecter le Droit. Les relations entre les parents et les enfants, entre les enfants, entre les parents, sont sous la protection des institutions. Les liens entre les institutions permettent d’améliorer la place de chacun dans le tissu social.  Les institutions comme la famille protègent des liens naturels. Les liens entre le travail, l’enseignement, la famille, les soins médicaux, la justice… permettent d’éviter les  concurrences et existent par des liens interinstitutionnels. Or, les lois sociales montrent qu’il y a peu de souci de préserver ces relations entre les organismes sociaux. Le seul souci est l’intérêt individuel parfois contre ceux des autres et ceux des institutions.

Association du droit de vivre en poète avec la liberté de raison et de rêve. La raison et le rêve[2] sont-ils dissociés ? Les mondes de l’imaginaire : jeux vidéo, films, romans montrent l’importance de la crédibilité. Ils s’appuient donc sur la raison pour obtenir de la crédibilité auprès des auditoires, des spectateurs.  Ils peuvent constituer une source de sagesse ou d’accès à la connaissance par la raison et leur lien à la réalité de la vie. La dimension heuristique de l’art n’est pas sans conséquence sur le pacte fondamental qui régit nos sociétés. Les rêves nocturnes, pour durer, trompent les pensées en jouant aussi sur la crédibilité et la raison, les sonorités des mots, et les analogies... L’imaginaire et les images mentales des rêves servent à la prise de conscience des archétypes qui sont présents dans nos pensées et que nous partageons tous. Les mauvaises relations entre les enfants et les parents ou un isolement scolaire de l’enfant peuvent faire naître des images sadomasochistes, un intérêt pour le spiritisme, un désir de se tourner vers les morts... Le repli de la personne sans rôle, sans paternité et son isolement peuvent engendrer une dérive et une détérioration des images mentales parfois relayées par la littérature ou le cinéma d’horreur ou pornographique[3]. L’inaccessibilité du plaisir de la relation aux autres implique une recherche de plaisir sans l’autre dans une démarche de soi à soi. Pour lutter contre ce repliement de la pensée, cette association propose un travail sur l’image mentale afin que la personne puisse retrouver sa dignité dans la relation aux autres[4]. Soit dans une démarche de créativité personnelle tournée vers les autres, soit dans une démarche de partage des plaisirs, l’art, la littérature, la poésie… permettent de prendre conscience des soucis du monde et de la société mais aussi des difficultés de notre entourage proche ou lointain. Une relation peut renaître avec les autres. La liberté de pensée est liée à une maitrise des pensées, un travail sur soi, à un souci de la vérité et de l’amour[5]. La pratique du modelage favorable à la rêverie[6]est un exemple de travail entre la rêverie et la mise en œuvre. J’ai découvert ces nécessités en faisant des écoutes téléphoniques de personnes en difficultés dans le cadre de l’association chrétien à l’écoute[7] Bruxelles de 2008 à 2010.

 

Le stade pompier : A la fin du stade du miroir, l’esprit s’ouvre à la connaissance de l’autre et accepte le discernement de la différence. La compréhension de soi va au-delà de la prise de conscience de soi dans l’acceptation de l’autre. Dans la première démarche de se reconnaître comme différent existe une période de rejet de l’autre, d’intolérance. L’enfant s’identifie d’abord à ses parents puis à son entourage. La crise de l’adolescence est la difficulté de découvrir que les devenirs ne sont pas les mêmes que ceux des parents. En cherchant sa place, l’adolescent désire être reconnu en se rendant utile aux autres. Cet esprit pompier existe en chacun. Et il permet au jeune de se choisir une profession. Le désir de protéger son groupe d’appartenance, les souffrances des peuples au cours de l’histoire, les secrets de familles, peuvent transformer le stade pompier en intolérance. Les personnes morales, les groupes d’individus fédérés par un engagement commun peuvent entrer en opposition si l’esprit partisan est trop fort. Le droit d’association est une liberté qui relève du droit de chacun dans le respect des plis de l’humanité.


Résumés des publications significatives

Monique Oblin-Goalou,  Le Rhizome sous l’arbre le Virtuel au-delà des Images Lumineuses, Atelier national de reproduction des thèses, 2008 :

Comment penser la fécondité des images lumineuses des écrans numériques dites virtuelles ? Gilles Deleuze considère la notion philosophique de virtuel comme lieu de la conscience individuelle et collective de la personne.

Cette recherche est tournée vers la poésie et l’icône, instruments du dévoilement des virtualités de l’âme. Au moyen-âge, Avicenne[1] et Sohrawardi[2] découvrent les vertus de la lumière de l’intellect pour la sagesse. Ils sont à l’origine de la tradition des poètes de l’amour comme Attâr, Rûzbehân, Ibn’Arabî, ou encore Nezâmi …

Monique Oblin-Goalou interroge la réalité fragile d’œuvres comme celles de Benjamin Fry, de Graham Harwood, de Keith Cottingham, de Martin Wattenberg, de Peter Cho… L’alchimie amoureuse du calcul et de la sensibilité, la symbolique lumineuse du rayonnement, les sagesses de certaines animations interactives, les rhizomes des relations via Internet sont autant de concepts qui ouvrent et nourrissent les formes rigides des arborescences binaires.

 

Monique Oblin-Goalou, Résonances, L’Harmattan, 2013 :

Recueil de poésies sur le virtuel, l’amour, la machine, la conscience…

Préface de Monsieur Philippe Tancelin[3]

Le prologue reprend la recherche sur l’imaginal et l’iconal. Ces notions ont été mises en place par Henry Corbin[4]  et Geneviève Clancy pour l’iconal. Elles sont reprises dans le recueil de poésies pour leur donner une maturité plus forte et des devenirs dans nos relations actuelles.

 

Monique Oblin-Goalou, L’iconal dans l’œuvre de Geneviève Clancy, in L’ouvrage collectif sous la direction de monsieur Philippe Tancelin : À la rencontre de Geneviève Clancy, poète-philosophe, L’Harmattan, 2013, pp. 65-82.

Article publié pour célébrer  l’œuvre de Geneviève Clancy(1937-2005) : Docteur en philosophie, Poète et écrivain français, professeur d’université à Paris 1. Son travail poétique consiste à faire de la consubstantialité de la personne et du corps le moyen iconal de son engagement. Les atteintes physiques à la charité envers la personne sont le symbole de la persécution spirituelle. Les images mentales de l’enfant mort, de la pauvreté, de la faim symbolisent avec les persécutions spirituelles et la lutte menée contre la liberté d’expression et de conscience.

 

Monique Oblin-Goalou, L’ironie de Bruno Schulz, Cahier de poétique n°15, Paris 8, Philippe Tancelin CICEP, février 2010 :

Cet article compile les connaissances du milieu dans lequel vivait Bruno Schulz[5]. Il décrit la réalité dégradée[6] imposée au peuple juif par l’Allemagne Nazie qui rêve pour elle de réalité augmentée dans une esthétique Apollinienne.  Même si dans les persécutions la réalité dégradée est plus proche de la vie que la réalité augmentée des Nazis, l’histoire récente montre l’abomination d’enfermer un peuple, une famille, un individu dans l’échec.  Il est tout aussi grave pour un peuple de rester dans l’illusion de la réalité augmentée. L’esthétique de ces deux notions importantes est possible dans le déploiement de l’espace à n plus une dimensions de la vie  et ses multitudes entre l’appolinien et le dyonisiaque.  Entre les mondes virtuels idéalisés des écrans où le don de la vie est seulement un moyen de prolonger le jeu, et  la fragilité de la vraie vie, tout un monde de combinaisons possibles existe dans l’usage du numérique. Le rêve du jeu ou des simulateurs ne s’oppose pas à la vie. Il a des intérêts comme l’amélioration du geste, divertissement, partage de moments de convivialité, transmission de sagesses et de connaissances…

 

Monique Oblin-Goalou, Virtuel et nouvelles technologies, Cahier de poétique n°10, octobre 2004, pp. 183-185. Poésie concrète, art numérique les formes rigides du monde binaire semblent incompatibles avec les mouvements de l’âme. Comment penser les limites de l’image mouvement du numérique, Les automates[7] de Bernard Caillaud, dans la sphère fermée des possibles et l’image mentale ?

 

Monique Oblin-Goalou, Imaginal et arts numériques, Cahier de poétique n°14, novembre 2009, pp. 119-124, version éditée et version originale blog.

A partir de l’œuvre dansée Contraindre[8], cet article apporte une réflexion sur la réalité augmentée. Le geste, les battements du cœur de la danseuse entrent en résonances avec la programmation numérique. Il en découle une réflexion sur le geste, la confrontation entre les ordres de la création et de la relation, l’influence du décor.

 

 

Monique Oblin-Goalou, Le néoplatonisme au travers des lumières de Sohrawardi, Cahier de poétique n° 14, novembre 2009, pp. 81-85, en version éditée et en version originale blog.

Cet article décrit l’emboîtement des Intelligences entre l’homme et la divinité dans la vision néoplatonicienne du Shaykh al-Ishrâq Sohrawardi.  Il démontre l’importance pour toutes les Intelligences de n’omettre aucun ciel de la vie quand l’homme se tourne vers la divinité. Le risque serait de tomber dans l’idolâtrie métaphysique du monothéisme. « Cette multiplication théophanique préserve le monothéisme de tout aspect monolithique, sans lequel, comme les Ismaéliens l’ont très bien vu, le monothéisme dégénère en idolâtrie métaphysique. »[9]

 

Monique Oblin-Goalou, Pourquoi ne pas faire tomber les étoiles dans la terre ?, Cahier de poétique n° 11, décembre 2005, pp. 47-49. A partir des œuvres[10] de Martin Wattenberg qui travaille le lien entre les vibrations de la musique et l’écriture runique, la visualisation de la musique. L’article propose une réflexion sur la forme à partir de l’œuvre de Platon puis de celle de Gilles Deleuze. Les idées de Platon sont les formes de la matière de l’âme. Il est possible de les expérimenter et de les travailler dans le théâtre, la musique et l’art… pour connaître et travailler les vertus et les forces de notre pensée. « C’est seulement quand la matière est suffisamment déterritorialisée qu’elle surgit elle-même comme moléculaire, et fait surgir de pures forces qui ne peuvent plus être attribuées qu’au cosmos. Le constituant du composé sort de ces agencements pour en trouver d’autres et faire surgir de nouvelles terres toujours à décomposer. »[11] La réflexion pose également la question de la forme ouverte et de la forme fermée ou striée[12]. La première se décrit comme faisant lien avec les vertus ou forces de l’âme. Le symbole, comme alchimie rêveuse, fait lien entre les images mouvement issues des fonctions mathématiques à plusieurs variables et les rythmes de nos âmes.

 

J’ai pour projet de publier l’article Monique Oblin-Goalou, Le prisme, une esthétique des couleurs, à paraître dans le prochain Cahier de Poétique du CICEP.

Cet article propose une réflexion sur la couleur à partir de l’idée de prisme. Le prisme déploie les couleurs. Et de là, il apparaît que les logiques binaires et multiples ne s’opposent pas. La substance issue de l’observation et de la prise de conscience prend une nouvelle apparence avec la pensée moderne de Gaston Bachelard[13]. Mais déjà son observation et l’importance qu’il donne à la combinatoire se délitent face au souci contemporain du renouvellement des substances et de la prise de conscience des limites des ressources. L’observation retrouve, dans ce nouveau contexte, son importance. Sans éteindre l’importance des outils modernes, d’anciens outils comme le vitalisme se justifient à nouveau. Il se dégage une esthétique post-moderne et relativiste de la substance, de la matière et des relations. « un artiste ne peut pas se contenter d’une vie épuisée, ni d’une vie personnelle. On n’écrit pas avec son moi, sa mémoire et ses maladies. Dans l’acte d’écrire, il y a la tentative de faire de la vie quelque chose de plus que personnel, de libérer la vie de ce qui l’emprisonne. (…) Il y a un lien profond entre les signes, l’événement, la vie, le vitalisme. C’est la puissance de la vie non organique, celle qu’il peut y avoir dans une ligne de dessin, d’écriture ou de musique. Ce sont les organismes qui meurent, pas la vie. Il n’y a pas d’œuvre qui n’indique une issue à la vie, qui ne trace un chemin entre les pavés. Tout ce que j’ai écrit était vitaliste, du moins je l’espère… »[14]

 

 

Un article est paru sur le blog moniqueoblingoalou.over-blog.com. Monique Oblin-Goalou, Le stade Tintin ou pompier.

La conscience de l’autre et le respect des libertés passe par la prise de conscience dans le stade du miroir[15] du souci de ne pas s’isoler en hordes. La horde porte avec elle l’image de la violence. A partir des écrits de Sigmund Freud sur l’homme aux loups[16] apparaît une description du rejet social et du rejet de l’autre et de l’importance de ne pas s’isoler ou isoler quelqu’un des réseaux sociaux. Le plaisir du partage et de la découverte des différents codes dans l’étude des textes, des langues ou la découverte expérimentale de l’art est un des rôles de l’éducation intellectuelle. Par ces études et expériences sociales l’adulte peut ensuite s’exprimer et exister librement dans le respect de l’identité des autres.



[1] Avicenne (980-1037), médecin et philosophe, scientifique persan, le représentant de l’âge d’or oriental.Il est connu pour ses récits. Voir Henry Corbin, Avicenne et le récit visionnaire, Verdier, 1999.

[2] Shihâboddin Yahyâ Sohrawardi est né à Sohraward en 549/1155 (Calendrier hégirien et grégorien, il décapité à Alep en 587/1191. Molla Sadra le nommera « Shaykh al-Ishrâq » Ishrâq est le nom de la lumière de sagesse. Il rédige des discours en similitudes de ses traités et récits L’Archange empourpré, trad. Henry Corbin, Fayard, 1976 ; une sagesse Le livre de la sagesse orientale, trad. Henry Corbin, Verdier, 1986.

[3] Philippe Tancelin : Auteur : Poète-philosophe, Professeur à l’Université Paris VIII, auteur avec Geneviève Clancy d’ouvrages poétiques : La question aux pieds nus, En passant par Jénine, L’Harmattan, 2007… Directeur du CICEP/Centre international de création d'espaces poétiques, blog CICEP: cicep.canalblog.com, Tél: 0630671510, Adresse poétique : tancelin01@gmail.com

[4] Henry Corbin : Traducteur de l’œuvre de Sohrawardi, professeur d’université, islamologue qui défend la thèse de l’imam caché.

[5] Bruno Schulz : Professeur peintre et écrivain Ukrainien,

[6] Tadeusz Kantor dira de lui qu’il était le peintre de la « réalité dégradée ». Tadeusz Kantor, Le théâtre de la mort, Lausanne : L’Âge d’Homme, 2004, pp. 234-236.

[7] Bernard Caillaud, La création numérique visuelle, Paris, Europia, 2001, p. 63 ...

[8] Myriam Gourfink chorégraphie, et Kasper T. Toeplitz (musique) a été recréée au Hublot à Nancy, le 20 mars 2007, par : Myriam Gourfink et Cindy van Acker (danse), Laurent Dailleau (thérémin), Kasper T. Toeplitz (live electrnics et spatialisation), Zak Cammoun (vidéo, son, lumière). Les capteurs ont été mis au point par Thierry Coduys (La Kitchen). Les costumes et accessoires, par KOVA.

[9] Shihaboddin Yahyâ Sohravardî Shaykh al-Ishrâq, L’archange empourpré, Le bruissement des ailes de Gabriel, commentaires d’Henry Corbin, Fayard, 1976, p. 254.

[10] Martin Wattenberg, motifs numériques, in: John Maeda, Code de création, 2004,

Thames & Hudson, p. 78.

[11] G. Deleuze, Félix Guattari, Mille Plateaux, 1980, p. 428.

[12] G. Deleuze, Félix Guattari, Mille Plateaux, Les éditions de minuit, p. 622.

[13] Gaston Bachelard, Le matérialisme rationnel, PUF, 1953.

[14] G. Deleuze, Pourparler, Editions de minuit, Paris, 2003, p. 196.

[15] Jacques Lacan, Ecrits I, Le stade du miroir comme formateur de la fonction du je, Éditions du Seuil, 1966, p. 92-92.

[16] Sigmund Freud, L’homme au Loup, 1990, PUF.


[1] Les Institutes sont des ouvrages élémentaires destinés aux étudiants qui renferment les principes du droit romain. Ils évoluent au cours de l’histoire de l’Empire Romain. Ainsi les institutes de Justinien s’inspirent des institutes de Gaïus.

[2] « Ne sommes nous pas tous des rêveurs, des bâtisseurs, frères du signe de la truelle […] ? » Bruno Schulz, Œuvres complètes, Paris : Ed. Denoël, 2004, p.349.

[3] « Les récriminations féminines », « l’omnipotence féminine » ( B. Schulz, Août, pp. 25-26. ) pèsent et réduisent les rêves et les projets au ridicule, poussant l’enfant hors de la famille. Dans la trop grande lumière de la cuisine, les oncles, père et cousins fuient dans des consolations, à l’ombre d’autres dominations ( La bourrasque, Ibid, pp. 101-107. ). Françoise Dolto conseille à l’adulte de se désintéresser de l’autoérotisme de l’enfant et de l’encourager à des activités utiles et ludiques, ouvertes sur le groupe social, la culture et, le sport.

[4] Lacan, Le stade du miroir.

[5] Gilles Deleuze, Félix Guattari :« […] des disjonctions inclusives, des conjonctions nomades : partout une trans-sexualité microscopique, qui fait que la femme contient autant d’hommes que l’homme, et l’homme de femmes, capables d’entrer les uns avec les autres, les unes avec les autres, dans des rapports de production de désir qui bouleversent l’ordre statistique des sexes. Faire l’amour n’est pas ne faire qu’un, ni même deux, mais faire cent mille. » in L’Anti-Œdipe, Les Éditions de Minuit, 1972, p. 352. Le deux ouvre sur le multiple dans le plan unique de la vie.

[6] G. Bachelard : « les métiers qui taillent, qui coupent, ne donnent pas sur la matière une instruction assez intime. La projection y reste externe, géométrique. La matière ne peut même pas y jouer le rôle de support des actes. Elle n’est que le résidu des actes, ce que la taille n’a pas retranché. Le sculpteur devant son bloc de marbre est un servant scrupuleux de la cause formelle. Il trouve la forme par élimination de l’informe. Le modeleur devant son bloc d’argile trouve la forme par la déformation, par une végétation rêveuse de l’amorphe. C’est le modeleur qui est le plus près du rêve intime, du rêve végétant. […] ce diptyque très simplifié ne doit pas faire croire que nous séparions effectivement les leçons de la forme et les leçons de la matière ? Le véritable génie les réunit. » in : Gaston Bachelard, L’eau et les rêves, Librairie José Corti, 1942, p. 126.

[7] Association Chrétiens à l’écoute a maintenant son siège à Saint Gilles en Belgique, 22 rue de Lausanne 1060 Belgique.

Repost 0
Published by Monique Oblin-Goalou - dans Annonce
commenter cet article
30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 19:47

·         Axe de la recherche

   Ma démarche actuelle :

1) Le virtuel : ma thèse a une forte dimension philosophique sur le virtuel. Le virtuel est plus que de l’idéalement préexistant, comme le dit Henri Bergson[1]. Le virtuel est la porte des possibles. Ma thèse compte quelques pages (pp. 293-344) sur le virtuel dans l’œuvre d’Yves Bonnefoy. Cette démarche initiale m’a été utile pour penser les ciels multiples des néoplatoniciens et suggérer leur influence mal reconnue sur la pensée actuelle. La pensée de l’Ishrâq et le soufisme sont rarement cités par les penseurs. Leur actualité entre en résonance avec l’œuvre d’Yves Bonnefoy et par lui rejoint l’étrangeté des surréalistes[2], l’étrangeté des formes perdues entre les ciels. Dans le devenir, le virtuel s’associe au possible. « Le virtuel se situe dans la tension entre l’ombre universelle du mannequin, du gabarit, et le désir des ouvrières »[3]. Le virtuel se trouve dans l’ombre du comment de l’existence et des possibles qu’il implique…

2) L’imaginal et le virtuel : en esthétique, Geneviève Clancy était intéressée par l’imaginal et savait que la définition de l’imaginal était liée au virtuel. L’imaginal est un concept esthétique mis en place par Henry Corbin à propos de la poésie. G. Clancy m’a donc encouragée, à partir du doctorat, à travailler l’œuvre de Sohravardi[4]dont le traducteur est Henry Corbin. Voici un extrait de la préface de mon recueil de poésies Résonances qui traite de l’imaginal[5] :

 « L’imaginal est un objet nécessaire à la réflexion, l’heuristique, un moyen d’accéder aux connaissances de soi et des autres. Cette forme de la rhétorique permet de vivre le monde en poète et en artiste. En favorisant l’image mentale, l’imaginal ouvre les portes aux multitudes de l’image. La relation rend alors possible l’unité dans le respect de chacun. Dans les différents plis qui participent de notre humanité, dans les relations que la sagesse permet, l’iconal et l’imaginal sont des moyens de rencontres des présences. L’imaginal, comme acte de symbolisation des plis de l’humanité dans la pensée et le logos, est virtuel dans les possibles des ciels qu’il a ouvert dans l’intelligence. L’icône et l’image mentale sont réelles, comme supports de l’acte imaginal. A chaque ciel, la symbolisation imaginale consiste en acte de l’intelligence du cœur sur la grotte imaginaire pour sortir de l’ombre dans la libre conscience et le discernement. Les machines, les outils technologiques, comme les pigments colorés, la finesse des encres ou les images lumineuses des écrans, les images mouvement du cinéma ou des jeux vidéo, sont les supports pleins d’imagination de nos rêveries et épopées mythiques, intellectuelles, morales et religieuses. »[6]

Sohravardi reprend l’origine religieuse du Verbe[7] pour montrer l’importance de la poésie, du verbe comme liés à la dimension sacrée de l’homme. La sagesse passe par le monde sensible de la poésie. Cette sagesse se partage dans des devenirs et non pas dans une espérance d’un monde autre. Les devenirs permettent la mise en œuvre du virtuel qui s’associe aux possibles pour exister dans l’actuel.

3) La conscience collective et le virtuel : un des thèmes de mon travail de doctorat est le support virtuel de la conscience et de la conscience collective. Le livre I de la thèse s’intéresse à la pensée orientale et l’ontologie, l’importance des multitudes et de vivre dans tous les ciels de l’humanité. Il en ressort une prise de conscience d’un « existentialisme » qui reconnaît le pli de l’intelligence, du spirituel, du sensible, de l’imagination… Chaque pli des multiplicités de l’humanité augmente la réalité. Et la sagesse est de savoir les réunir dans une existence contemplative et active. Dans la pensée orientale, le mot intelligence recouvre la conscience au travers de l’image mentale de l’oiseau[8]. Les réalités augmentées, dégradées[9]… dépendent du respect que l’on porte aux plis de l’humanité. En deuxième partie, je me suis intéressée aux outils qui devaient me permettre de suivre la pensée d’Henry Corbin, les concepts de Martin Heidegger et au néoplatonisme, Platon principalement et Aristote, les ciels multiples. La troisième partie concerne le virtuel dans les sciences et pour finir Gilles Deleuze, dans son œuvre Le Pli[10], utilise le virtuel et conceptualise à partir de la pensée de Leibniz. Les études de Deleuze m’ont permis de poser les jalons d’une approche du groupe et du corps social. Le corps[11], dans la société chez G. Deleuze, se pense avec l’idée de « vinculum »[12]et de virtuel. Le thème du devenir de Gilles Deleuze se pense comme action commune du possible et du virtuel.

4) Le support virtuel de la connaissance de l’autre a impliqué pour moi la mise en place du stade pompier. Après le stade du miroir de Jacques Lacan[13]apparaît le stade pompier[14]. Mal contrôlé, il peut provoquer le ralentissement des processus de connaissance de l’autre et bloquer les échanges possibles entre les communautés sociales, intellectuelles ou autres. Les dérives graves conduisent à la peur, et aux peurs collectives. Un article, Le stade Tintin ou pompier devrait paraître prochainement. Il est en pièce jointe.

5) Les archétypes de la pensée accessibles à tous : sur mon blog et dans ma thèse sont présentés quelques aspects de l’œuvre poétique et peinte de Simonne Roumeur[15]. Elle décrit de façon claire les angoisses et les joies de la libido. Dans ses images, chacun peut découvrir les symboles de la psychologie. Simonne Roumeur sort la psychologie d’une science d’initiés. L’art y joue un rôle moral protecteur de l’inconscient devant la maladie. En pièce jointe est fournie la présentation de l’œuvre de Simonne Roumeur destinée à l’exposition qui lui est consacrée au printemps prochain au Relecq-Kerhuon, dans le Finistère.

6) La critique du romantisme : l’article à paraître (Le prisme une esthétique des couleurs) critique « l’avenir » des romantiques pour montrer la joie et la liberté de vivre avec nos affinités électives, les images mentales de nos rêves et nos devenirs. Les devenirs, comme part de notre conscience, permettent de réaliser nos responsabilités sociales. Je reprends Gilles Deleuze qui écrit dans Qu’est-ce que la philosophie : « Ce qui fait la sensation, c’est le devenir animal, végétal, etc. » [16]. La richesse des images mentales a un intérêt esthétique en poésie et en art. Les rôles de nos théâtres, les déguisements, marionnettes, masques sont les devenirs de nos imaginaires qui nous réunissent et motivent. Ils sont les portes du virtuel qui donne à l’existence une amplitude riche en devenirs et ouverte sur les possibles.



[1] H. Bergson, Le possible et le réel in La pensée et le mouvant, P.U.F., 1999, pp. 99-116, p. 112.

[2] Thèse, § 4.7.6. Virtuel et poésie.

[3] Monique Oblin-Goalou, L’ironie de Bruno Schulz, Cahier de poétique n° 15, 2010, p. 41.

[4] Shihâboddine Yahyâ Sohravardi est né à Sohraward, en 549/1155 (calendrier hégirien/grégorien), et il meurt à Alep, en 587/1191. Ses commentateurs, comme Molla Sadra, le nommeront « Shaykh al-Ishrâq » (Ishrâq : lumière sagesse). Sohravardi est célèbre pour ses discours en similitudes dans les Traités et récits mystiques, son livre de la sagesse orientale. Ses récits d’initiation permettent le dévoilement de la sagesse par des insinuations subtiles. Sohravardi reconnaît l’importance de la sagesse des anciens. Son œuvre s’inspire d’Aristote et Platon, Zoroastre, Mani, Ibn Sina, les poètes comme Unsuri Balkhi, la tradition littéraire.

[5] Monique Oblin-Goalou, Le Rihzome sous l’arbre le virtuel au-delà des images lumineuses, pp. 551, 600, 629, 632.  L’imaginal : métaphore imagée d’animaux, rôles ou personnages mythiques dont les actes constituent des devenirs où s’incarner avec humour le temps d’un accomplissement, le temps de réaliser un rêve, le temps d’exister et d’agir intensément, le temps de prendre conscience de nos responsabilités… L’imaginal est une sagesse. Cette forme rhétorique se retrouve donc dans les fables, la poésie, et tous les chemins de la conscience.

[6] Monique Oblin-Goalou, Résonances, à paraître chez l’Harmattan.

[7] Sourate Marie, 19 v.17. Sohravardî, Archange empourpré, trad. H. Corbin, Fayard, 1976, p. 234 : « Et au sujet de Myriam il est dit « Nous avons envoyé vers elle notre Esprit 19/17» or cet Esprit ce Verbe c’est Gabriel ».

[8] L’oiseau et l’Intellect Agent dans l’existence orientale : Thèse, pp 73-79.

[9] Monique Goalou, L’ironie de Bruno Schulz, Cahier de poétique n° 15 (voir document joint).

[10] Gilles Deleuze, Le Pli, Éditions de Minuit, 1988.

[11] L’idée de corps, Corps spirituel, corps des assemblées se retrouve pp 111, 535, 238 (mystique et corps).

[12] Mot de Gilles Deleuze : Vinculum : Thèse, pp.578 et suivantes.

[13] L’imago, les images qui fédèrent, est inspiré de Jacques Lacan (psychiatre) : Thèse, pp. 403-407.

[14] L’idée du stade pompier : in Monique Oblin-Goalou, L’ironie de Bruno Schulz, in Cahier de poétique n°15. Sujet : La lutte pour la reconnaissance des différents plis de la personnalité (Cf. pièce jointe). L’article Le stade pompier se trouve sur mon blog. Il s’inspire des pensées de Bruno Schulz, peintre et écrivain au début du XXème siècle qui décrit les angoisses des peuples avant la guerre.

[15] Simonne Roumeur (peintre et poète du Relecq Kerhuon près de Brest) : Thèse, pp. 254 et suivantes, 635-636.

[16] Gilles Deleuze, Qu’est-ce que la philosophie, Les éditons de minuit, 1991, p. 169.

Repost 0
Published by Monique Oblin-Goalou - dans Annonce
commenter cet article
17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 15:27

La critique de Lévinas

L’universalité de la pensée magique

 

413, Atelier chapelle, 11 01 2004

La chapelle est le lieu de rencontre dans l’amour. Dieu est amour pour Simonne et religion veut alors dire relation dans l’amour. Elle construit une chapelle où partager. Les pierres sont les archétypes de la pensée. En donnant à son corps la forme d’une chapelle avec un clocher, un large portail, une girouette et une cloche la question est posée : quelle relation existe-t-il entre les institutions et la personne individuelle son engagement, sa substance ? La substance au sens des actes qui constituent sa personne morale. L’individu ne peut vivre en idéaliste solitaire. « Accompagnent mon chemin  A sa mission de demain.  Au siège du centre social,  Réunis en assemblée spéciale  […] L’estampe religieuse  Qui en l’inconscient sommeil.  Au présent ma vie s’éveille.. De l’avoir longuement œuvré,  Ma bâtisse est achevée.  Mon atelier-chapelle  Prend corps au réel »[1].

 

Simonne Roumeur est claire et directe « l’estampe religieuse » est l’image mentale de la relation sociale. La question est posée de la relation entre l’individu et l’institution et de l’importance d’un respect mutuel.

 

Dans le Glossaire (n°185) sont présentés ce que l’artiste appelle ses « symboles individuels et universels ». On trouve entre autre l’abeille qu’elle nomme « être de feu » et qui symbolise le rapport entre le collectif et l’individuel. L’abeille est présente dans beaucoup de ses œuvres. Le monde des symboles est celui de l’imaginal un monde intermédiaire des images mentales issu de l’imagination et de la rationalisation dans la démarche de prise de conscience des relations avec les autres ou avec l’Autre. La relation alchimique se réalise au travers de l’oiseau, l’abeille, l’arbre, le soleil…

L’œuvre de Simonne Roumeur doit pouvoir démontrer l’universalité du concept d’imaginal. Le matérialisme magique serait une forme de l’imaginal. L’imaginal est le moyen heuristique de la transmission des connaissances psychologiques et les rend accessibles et utiles à tous. Se connaître soi-même et connaître l’autre est une richesse qui n’est pas réservée mais ouvre sur les possibles de la liberté. Le travail de Simonne Roumeur porte sur ses relations aux autres. C’est pourquoi ses brouillons que l’on pourrait qualifier de journal de ses rêves, comportent des pages intéressantes mais leur origine dans les joies et les difficultés des liens relationnels ne permet pas leur publication. L’auteur y fait référence à des personnes précises en donnant leur nom. L’imaginal est le moyen pour Simonne Roumeur d’objectiver ses rêves. Les archétypes auxquels elle a recours permettent à la pensée de chacun de vivre librement dans les images mentales de ses rêves. Le thème de l’universalité apparait dans Le temps et l’autre d’Emmanuel Levinas : « Le solipsisme[2]n’est ni une aberration, ni un sophisme : c’est la structure même de la raison. Non point en raison du caractère subjectif des sensations qu’elle combine, mais en raison de l’universalité de la connaissance, c’est-à-dire de l’illimité de la lumière et de l’impossibilité pour aucune chose d’être en dehors. »[3]

La connaissance et la sagesse, l’amour sont comme la lumière, ils se partagent sans s’amoindrir. Mais la raison, instrument de la prise de conscience, est subjective. La subjectivité dépend de la personne. Elle est liée à la substance, hypostase lumineuse chez E. Levinas, de la personne. Mais ce serait une erreur de tomber dans un subjectivisme idéaliste. « Le retournement possible de l’objectivité en subjectivité est le thème même de l’idéalisme qui est une philosophie de la raison. L’objectivité de la lumière, c’est la subjectivité elle-même. Tout objet peut-être dit en termes de conscience, c'est-à-dire mis en lumière. »[4]Emmanuel Levinas après avoir si clairement repoussé la subjectivité dans l’idéalisme offre une réflexion autour de la mort. La mort en effet est une constante universelle. Nous vivons tous avec la mort force centripète qui assure les jaillissements de la vie. Emmanuel Levinas passe très près d’une intuition sur l’universel qui à mon sens aurait été plus courageuse. Son pessimisme sur l’homme lui fait dire : « Ne peut-on pas résoudre ainsi une contradiction dont toute la philosophie contemporaine constitue le jeu ? L’espoir d’une société meilleure et le désespoir de la solitude, fondés tous les deux sur des expériences qui se prétendent évidentes, apparaissent dans un antagonisme insurmontable. Entre l’expérience de la solitude et l’expérience sociale il n’y a pas seulement opposition, mais antinomie. »[5]

 

Justement la solution est de refuser le pessimisme et le fatalisme qui opposent conscience collective et conscience morale avec les consciences individuelles. Ce pessimisme est issu des exemples et d’expériences qui montrent le manque d’amour et le mépris de l’autre dans les comportements humains. Le mot conscience est à prendre au sens de substance ou hypostase pour reprendre un mot d’Emmanuel Levinas et lutter contre sa philosophie de la solitude. Car la personne ne se réduit pas à l’individu ni à la personne morale, ni à la personne physique. La relation est ce qui constitue la personne morale donc en aucune façon la personne morale ne s’oppose à l’individu. Si S. Freud avait pu vivre son identité juive librement, il aurait pu plus facilement imposer la part universelle de la psychologie et la psychanalyse sans pour autant nier sa personne morale individuelle et celle de la synagogue. Il y est revenu, dans la phase ultime des persécutions, car la nécessité était trop grande face à son souci professionnel. La personne morale collective de Sigmund Freud est une part de l’individu S. Freud. La notion de père dans la pensée juive, par exemple, est très présente dans la psychanalyse. L’erreur d’opposer individu et personne morale collective est extrêmement grave car elle remet en cause le fonctionnement des institutions. S’il n’y a pas un dialogue équilibré entre la personne morale collective, l’individu, sa personne physique et sa personne morale, l’institution n’existe pas. En psychologie, pour préserver la personne morale individuelle, l’inconscient constitue une barrière que les médecins nomment barrière critique ou censure de l’inconscient[6]. L’inconscient va emmagasiner des informations, des images, des odeurs qui ne passeront pas dans le subconscient et dans le conscient. Ces mécanismes existent depuis longtemps dans la société et les personnes morales de la société, les entreprises, les institutions comme les églises. Même si la censure qu’exercent les personnes morales collectives ne sont pas réellement comparables avec celles de l’individu, il existe de analogies. La dimension symbolique de l’art permet à la société de dépasser certains blocages. L’Art est analogiquement le préconscient de la personne morale collective.

Henry Corbin[7]a pris la peine d’inventer le mot imaginal pour orienter les textes et l’interprétation des textes, l’herméneutique, les différents angles de lecture d’un texte et la sagesse qui peut s’en dégager. Pour mettre en place ce concept, Henry Corbin s’est inspiré de la démarche poétique et de l’enseignement de Sohravardi. Le discours amoureux, comme le chant des oiseaux, ouvrent les portes d’un ciel, celui de l’aimé comme le fiancé ou celui de la prière tourné vers l’Amour. Prendre le temps de regarder les images mentales d’un texte et de vivre dans le lieu qu’elles offrent constitue un acte de partage des idées, un moyen de rencontre, de relation dans le respect des silences, ombres des multiplicités de chacun.

 

L’imaginal est un objet nécessaire à la réflexion, une heuristique, un moyen d’accéder à la sagesse. Les formes de la rhétorique qu’il prend métaphores, paraboles, symboles, allégories permettent à chacun de vivre dans ses plis d’artiste et de poète. La langue arabe n’a pas d’usage du verbe être pour décrire l’existence. Les choses sont considérées dans leur devenir. Cette langue se prête donc à la saisie du vivant par les images mentales.

Les poètes du Proche-Orient ont inspirés ceux du monde entier. Ils n’apportent pas seulement l’inspiration, ils dévoilent par la perfection de leur art les caractéristiques de la poésie. L’imaginal est un de ces savoirs faire du poète quel que soit son origine. L’imaginal a une dimension universelle qui a permis sa conceptualisation grâce aux grands maîtres de l’art poétique qui ont existés en Orient.

La poésie de Simonne Roumeur utilise l’imaginal pour décrire la prise de conscience de certaines angoisses psychiques. Donc apparaissent dans l’œuvre de Simonne Roumeur une description des archétypes de la psychologie, la reconnaissance d’un visage psychique qui lui est propre mais qui révèle les plis universels de l’humanité ; une heuristique poétique que je rapprocherais de l’imaginal. Mais l’imaginal de Simonne Roumeur est tinté du « matérialisme magique » de Suzanne Besson une artiste surréaliste habitant au Relecq-Kerhuon dans les années 70. Le matérialisme magique est la révolution permanente de l‘imaginaire, la praxis cosmique des combinatoires au cœur de la matière, sources qui offrent l’espérance d’un progrès et d’un devenir dans une créativité à même la matière. Simonne Roumeur se contente de préserver la fragilité de sa vie aux travers des maladies l’intoxication et ensuite le cancer. Mais elle partage avec le matérialisme magique la volonté de transfiguration du monde. La révolte et l’enthousiasme passent par l’émotion contre le sordide de la réalité. Le retournement qu’elle crée va de l’angoisse à la joie. La démarche de Simonne Roumeur s’inscrit dans un contexte contemporain qui n’est plus celui d’une adhésion totale au pouvoir de la science et de la technique. La démarche de Simonne Roumeur est celle du souci de la préservation de sa vie.

Les œuvres peintes de Simonne Roumeur permettent la connaissance des angoisses et des joies qui font la vie. L’inquiétude, la nécessité de s’imposer dans le milieu familiale et social, les étapes de l’adolescence, l’audace de s’exprimer en société, d’écrire, de peindre, de dévoiler le pli artistique, l’effort pour l’indépendance, la lutte contre la maladie, le drame d’être une femme, les joies d’être une mère, le plaisir de la danse, en cela chacun peut se reconnaitre et découvrir que ces questions sont normales et se présentent pour tous dans les étapes de la vie. Les chemins de Simonne Roumeur sont communs à chacun. La reconnaissance de la dimension archétypale de nos angoisses aide à la prise de conscience de nos émotions et permet de les dominer afin d’éviter les approches fatalistes de la commune tendance naturelle ou des pulsions. L’œuvre de Simonne Roumeur est un bon outil.

Une fois reconnue la dimension universelle de la connaissance à laquelle l’heuristique imaginale de Simonne Roumeur nous permet d’accéder, la question des antécédent familiaux se pose moins lourdement. L’hérédité n’est pas l’origine de toutes nos inquiétudes, de toutes nos fragilités, mais cette origine est liée à notre humanité. Ce que la psychologie décrit ce n’est pas les défauts de notre famille mais les fragilités de notre humanité. Simonne Roumeur montre dans Atelier chapelle et dans l’ensemble de son travail que volonté, liberté et fraternité sont un bon contrepoids au mythe de l’homme parfait.



[1]S. Loaec Roumeur, Atelier chapelle, 413, 11 01 2004.

[2]Le solipsisme : un idéalisme qui considère le sujet pensant dans une seule réalité. La subjectivité y est considérée dans une existence unique vers une réalité unique. La connaissance est universelle mais la pensée rationnelle subjective qui éclaire le réel en réalité dans la prise de conscience laisse la personne seule dans l’isolement de sa rationalisation, la solitude.

[3]Emmanuel Lévinas, Le temps et l’autre, Paris : P.U.F., p. 48.

[4]Emmanuel Lévinas, Le temps et l’autre, Paris : P.U.F., p. 48.

[5]Emmanuel Lévinas, Le temps et l’autre, Paris : P.U.F., p. 40.

[6]Internet : Conscient, inconscient, préconscient, subconscient – formation pour Infirmier de Secteur Psychiatrique – Cours et schémas présentés par D. Giffard.

[7]Henry Corbin est le traducteur de Sohravardi.

Repost 0
Published by Monique Oblin-Goalou - dans Simonne Loaëc Roumeur
commenter cet article