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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 10:41
Album - Enfant-non-desire
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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 09:36

Precisamos sopa de vidro para tornar as louças de barro impermeáveis e resistentes.

Mas a estética une o útil e a beleza porque cozendo, o vidro torna-se brilhante. Esta cobertura pode levar cores alegres e vivas. Também, o tempo não muda as cores da louça de barro.

 

Ingredientes :

 

1 quilo de vidro (Você pode comprar o vidro numa empresa de louça de barro).

0,5 litros de água

 

Experimentar :

 

No principio, mistura-se 1 quilo de vidro com 0,4 litros de água. Para cinco quilos de vidro começam com 2 litros de água.

Então, junta-se o resto de água gradualmente à mistura. Se é preciso, junta-se mais água para fazer uma sopa muito líquida.

 

Mergulham-se as peças na sopa com o mesmo gesto da ninfa do mar Tetis. Ela mergulhou o seu filho Aquiles no Styx o fazer invulnerável. Vai ficar um pouco da terracota sem vidro como o calcanhar de Aquiles ficou vulnerável.

 

Deixe as peças tornados brancos secar durante dois dias e pintar as cores.

 

Antes de cozer, limpar e deixar sem sopa de vidro a parte que estará em contacto com o forno. A peça poderia aderir ao forno.

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 09:33

Eu vou florescer.

Eu vou me perfumar.

Eu vou imitar a abelha, a mosca pequena, a aranha.

Vamos ser a orquídia abelha, a oquídia mosca, a oquídia arenha.

 

As abelhas vão colher o meu pόlen e açúcar

As abelhas vão levar o meu pόlen para outras flores.

As moscas pequenas vão-se tornar enxame de flores.

Insetos vão fecundar flores.

 

E nós cresceremos novamente em um ano mais numeroso .

Nos prados de montanha, na borda da floresta,

Vão crescer orquídias que se parecem como animais.

Um mistério da natureza, onde a aranha, a mosca e a abelha participam em formas de flores.

A flor substantiva o animal, adoptando a suas formas em uma forma universal.

 

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Poésie
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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 17:28

A Claude en mémoire d’une rencontre amicale

 

Michel Gondry, en 1998, réalise Flat Zone[1], une œuvre publicitaire accessible sur Internet. Les personnages sont plats. Ils se déplacent dans l’espace comme des petits morceaux de papier. Cette caractéristique se retrouve en 2002 dans l’animation courte de François Lepeintre, Antoine Arditi, Audrey Delpuech, Le faux pli[2]. Les personnages animés sont sans consistance, plats comme le dioptre des écrans qui les supportent. Ils se déplacent pourtant dans un espace dessiné en perspective. Le double virtuel serait-il une dégradation ? Le concept de « réalité dégradée » peut-il constituer un lieu favorable à un retour à l’origine grâce au support numérique? Qui met en place la notion de « réalité dégradée » dans l’art ?

La « réalité dégradée » apparaît voilà plus de soixante-dix ans avec l’œuvre énigmatique de Bruno Schulz. On la redécouvre, en 2004, grâce à une exposition consacrée à cet artiste, au musée d’art et d’histoire du judaïsme, à Paris. On a parlé d’ironie pour les écrivains du centre de l’Europe précédant la seconde guerre mondiale. L’écrivain et artiste Bruno Schulz appartient-il à cette lignée ironique ? Mais est-on vraiment dans l’ironie quand on sait qu’en 1942, il meurt dans des conditions dramatiques ? Tadeusz Kantor dira de lui qu’il était le peintre de la « réalité dégradée »[3]. Il vit un temps qui précède un génocide. Ses écrits, ses descriptions, ses dessins, forment un témoignage. Des mythes se dessinent dans la réalité familiale. Il regarde ses frères juifs tiraillés entre modernité et tradition se disputer dans le jeu des apparences. Les juifs divisés et attirés par la modernité choisissent d’être agnostiques[4]. La médiocrité ambiante empêche toute relation sororale entre les pensées qui traversent la société. L’œuvre à l’huile, La Rencontre, soulève la question de la relation à l’intérieur des communautés et l’inconséquence de certaines attitudes. Cette analyse sera éclairée par les dessins[5] et les écrits de Bruno Schulz et de certains de ses contemporains comme Tadeusz Kantor, Thomas Mann ou encore ses disputes amicales avec Witold Gombrowicz. Il est fort probable de trouver dans l’érotisme de Bruno Schulz, l’influence de Sacher-Masoch, très célèbre à l’époque. Au sujet de  Léonard Frank, il écrit : « son examen au fond de l’univers du sexe ne dépasse pas l’horizon du boudoir »[6]. Sa critique de Léonard Frank suggère que l’érotisme de Bruno Schulz est « riche du tronc puissant de l’expérience intérieure »[7]. La fragilité dans la défaillance du père, l’amour maternel, les fiançailles, permet des jaillissements poétiques, mythiques et mystiques émergeant des désirs de la chair. Sa recherche se veut différente des lignes trop parfaites du Bauhaus ou des idoles idéales des statues politiques de l’art des états populaires, du constructivisme. Bruno Schulz se rattache à notre humanité et ses fragilités. La voie du sensible ayant déjà été empruntée par les fidèles d’amour du soufisme, certaines de leurs sagesses nous seront nécessaires pour éviter l’éloignement dans les eaux profondes de la sexualité. Comment éviter la question de l’image idolâtre devant les dessins de B. Schulz ? Bruno Schulz choisit le dessin, ou la description, en pleine Ukraine à forte majorité orthodoxe, pratiquant le culte de l’icône. La réflexion s’attarde  dans le thème de l’enfance que Bruno Schulz décrit à la première personne. Les archétypes de la psychologie issue de son expérience professionnelle émergent de sa propre enfance. La famille qu’il décrit se modélise en idoles.

L’œuvre de Bruno Schulz traite de deux thèmes récurrents : la mort du père et l’enfance. Le thème de la mort du père trouvera son illustration dramatique dans l’exécution de Bruno Schulz, tué d’une balle dans la tête par un soldat hitlérien. L’ensemble des œuvres à l’huile de Bruno Schulz a été détruit, à l’exception d’un tableau intitulé La Rencontre. Il montre l’opposition entre la modernité et la tradition au travers de deux paysages. A Drohobycz[8], dans la rue Des Crocodiles, du commerce et des plaisirs, deux jeunes femmes à la mode croisent un jeune juif en costume traditionnel dans un paysage biblique. Le jeune homme rencontre, sidéré, les élégantes. Il existe plusieurs dessins préparatoires au tableau dont certains font référence au regard pervers des hommes sur la femme. Ici, Bruno Schulz est le témoin de la séparation entre modernité et tradition. Il en sort une ironie, une amertume, une déception, prémonitoires des atrocités de la deuxième guerre mondiale. Son œuvre écrite, autant que peinte, est un « casse-tête » puzzle, miroir du milieu vicié, irrespirable, dans lequel évolue le professeur attentif à ceux qui l’entourent.

[...]
Si cet article vous intéresse, la suite est à lire dans la revue: Cahier de Poétique n°15, Université Paris 8.
A commander au Centre international Inter-universitaire de Création d'espaces poétiques (CICEP).

CICEP
2, rue de la liberté
93 526 cedex
Tél: 01 49 40 66 16
Tél/Fax: 01 43 31 58 67
Courriel: phtan@sfr.fr

[1] Michel Gondry, pub AMD Flatzone, Production : Partizan Midi Minuit.

 [2] 3D animation. Antoine Arditti, Audrey Delpuech, François-Xavier Lepeintre. Le Faux Pli, 2002.

[3] Tadeusz Kantor, Le Théâtre de la mort, Lausanne : L’Age d’Homme, 2004, pp. 234-236.

[4]Dans la nécessité de vivre au milieu des persécutions, et, en 1935, pour épouser Jozefina Szelinska, Bruno Schulz quitte la communauté juive (les mariages entre communautés n’étaient pas autorisés). Et il le fait savoir.

[5] Dans son enfance il a vécu une expérience mystique qui lui a valu de dessiner.

 [6] B. Schulz, Essais critiques, Œuvres complètes, Paris : Editions Denoël, 2004, p. 498.

 [7] B. Schulz, p. 498.

[8] Drohobycz (Bruno Schulz écrit le nom de sa ville en polonais) où a vécu Bruno Schulz est actuellement en Ukraine, mais elle fut sous domination de l’Empire austro-hongrois, polonaise ou russe suivant les aléas de l’histoire. L’histoire de Drohobycz est marquée par l’extermination de 15000 juifs durant la deuxième guerre mondiale.

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 19:52

Discriver uma pessoa

 

Ele nao tenha bigode.

Ele era baixo e bastante gordo.

Ele tenha cabelo curto e uma cara redonda. Os lábios e o nariz dele eram finos.

O cabelo dele era castanho mas a sua pele branca.

Ele não era alto mas ele dominou o mundo chamando os homens e mulheres do povo.

Isto reorganizou as instituições européias parao povo e prepara a estrada da democracia assim.

Quem sou eu, um demônio ou um herói?

 

Responder : Napoleon.

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Textes pour enfants
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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 18:52

Qu’est-ce qui se cache derrière ce mot terrible, la procrastination ? J’ai découvert ce mot avec Linda Lê, écrivain prolixe qui fait référence à Fernando António Nogueira Pessoa à propos de sa tendance à la procrastination. « […] j’étais très douée pour la procrastination, j’aime beaucoup Pessoa »[1]. L’idée de procrastination a des origines dans la solitude, l’inaccessibilité des relations. Linda Lê associe la procrastination à la poésie, la fiction, le roman. Vivre dans les rêves des autres est une caractéristique et un danger des mondes numériques. Y a-t-il différentes façons de procrastiner ? La procrastination des écrivains, comme F. Pessoa, ou Linda Lê, fait que sans soutien, ils ont pris la responsabilité d’écrire en remettant au lendemain certaines nécessités.

Dans une première partie, je décris sommairement et sans valeur médicale la procrastination. Ensuite, j’aborde comment ce pli présent en chacun, intervient dans la démarche poétique.

Devant quel mur Fernando Pessoa était-il prisonnier ? Nous nous attarderons dans l’œuvre de Fernando Pessoa car on y trouve un éveil. Comme lui, Linda Lê attend devant les murs sans portes, les foyers de réfugiés.

De la procrastination au rêve[2]

On pourrait définir la procrastination comme relative à la psychologie. Cette pathologie montre que la personne prend des habitudes de retardataire. La procrastination est un terme relatif à la psychologie qui désigne la tendance pathologique à remettre systématiquement au lendemain quelques actions de la vie quotidienne ou autres. Cette définition est liée à l’étymologie du mot (remettre au lendemain).

La procrastination se traduit par un souci de perfection. Et le temps manque toujours pour la perfection alors le travail n’est pas fait. La procrastination porte généralement sur l’action la plus urgente. Elle se traduit par une incapacité à accomplir un acte important. Le retardataire peut se trouver hyperactif sur tous les autres domaines. Cette tendance étant liée à une angoisse, un manque de reconnaissance, des échecs répétitifs, la personne s’enfonce jusqu’à connaître des difficultés avec la police ou la justice.

La procrastination apparaît aussi dans le milieu professionnel avec la crainte d’un renvoi. Un souci de perfection peut bloquer le travail. Elle peut-être un appel à une reconnaissance autre que productive. Interviennent aussi la peur de la réussite, des responsabilités, l’exigence qui en découle, la jalousie, peur des parents et de l’ombre qu’ils pourraient faire.

Un souhait d’autonomie peut aussi arrêter un adolescent dont les parents ont des projets pour lui qui ne correspondent pas à ses ambitions. Beaucoup d’adolescents ne travaillent pas à l’école car les parents n’ont aucun projet pour eux ou plus rarement trop d’ambition. La peur du rejet et donc le refus de dévoilement sont cause de procrastination.

Les moyens pour lutter contre la procrastination permettent de mieux aborder le phénomène. La confiance en soi est un bon moyen de lutter contre la procrastination. Rita Emmett, Leonora M. Burka et Jeane Yuen proposent d’apprendre à réaliser et réussir de petites choses de plus en plus ambitieuses. Le besoin d’être évalué et rassuré peut être une cause de procrastination. Comme pour tout traitement d’un trouble psychologique, un soutien positif montre au retardataire qu’il peut-être apprécié pour lui et non pour ses seules performances. Les retardataires ont en effet tendance à se fixer sur l’objectif le plus lointain et impressionnant en oubliant des objectifs plus simples qui précèdent. Il leur est également difficile d'estimer le temps dont ils disposent réellement. Alors, ils se fixent des délais intenables et stressants.


Pour l’entourage, le retardataire est hermétique à chaque conseil. La difficulté est de ne pas rompre la relation. Entre les encouragements sans résultats et les réorientations proposées vainement, la déception que cela engendre, la relation se détruit. Celui qui procrastine se retrouve vite isolé. Il fuit physiquement ceux qui manifestent leur insatisfaction, ceux à qui il pourrait confier sa souffrance.

 

Une cause fréquente de cette tendance est la difficulté à prendre en compte différentes tâches quand l’une d’elle demande un grand investissement dans la durée. Le film Tanguy[3] décrit, dans une comédie, l’incompréhension de l’entourage et la fuite physique de celui qui n’est pas accepté pour lui-même et qui ne peut s’adapter aux conventions sociales. La procrastination est l’incapacité à accomplir ce que les autres attendent.

L’histoire terrible de Linda Lê montre qu’elle n’avait pas d’autres choix depuis les camps de réfugiés du Havre. Elle agissait avec le peu d’espace et de relations qui lui étaient attribués. La procrastination est l’action devant un mur. Et Linda-Lê, encore enfant, a écrit des milliers de pages devant les frontières de la France. Elle a construit des citadelles autour de son souhait de sortir du camp.

La procrastination nait d’une difficulté relationnelle. La difficulté de l’insertion sociale découle d’un manque de reconnaissance du visage adulte de l’adolescent. Ce dernier va alors choisir de se réfugier dans les mondes des jeux vidéo. Le goût du jeu peut réduire la personne (au sens de « persona »), sa liberté d’initiative, ses masques multiples correspondant à ses rôles multiples.

De la procrastination à la mise en œuvre, Linda Lê et F. Pessoa

Comment ne pas penser à Fernando Pessoa et aux personnages multiples qu’il s’est inventé. Alberto Caeiro est le berger pour qui seul compte le sensible, avec pour référence la nature, et pour qui la pensée est une maladie de la vue. Álvaro de Campos est le personnage qui traverse trois tendances : la décadence avec un souci excessif du « je », l’image, la foi et l’opium, le futurisme et l’enthousiasme pour la machine et le sensationnel, le nihiliste avec la dissolution du « je ». Ricardo Reis est l’épicurien dans les choses simples. Ce sont les principaux parmi quarante trois autres que l’on pourrait aussi citer ! F. Pessoa et Linda Lê sont-ils frappés de procrastination et enfermés dans leurs rêves ? Ecrire est une action. L’écriture implique un engagement, une conquête. L’œuvre fait reflet du monde. L’œuvre est un rêve dévoilé. Le rêve est une construction. Le rêve est une action, la première phase de la mise en œuvre. Et pourtant F. Pessoa écrit :

« Le monde est à qui naît pour le conquérir,

et non pour qui rêve, fût-ce à bon droit, qu'il peut le conquérir.

J'ai rêvé plus que jamais Napoléon ne rêva.

Sur mon sein hypothétique j'ai pressé plus d'humanité que le Christ,

j'ai fait en secret des philosophies que nul Kant n'a rédigées,

mais je suis, peut-être à perpétuité, l'individu de la mansarde,

sans pour autant y avoir mon domicile :

je serai toujours celui qui n'était pas né pour ça ;

je serai toujours, sans plus, celui qui avait des dons ;

je serai toujours celui qui attendait qu'on lui ouvrît la porte

auprès d'un mur sans porte »[4].

Fernando Pessoa est-il sans rôles, à perpétuité celui de la mansarde ? Cette attente est une existence dans l’instant, un prolongement de l’instant, une surexistence à l’instant. Sa poésie se constitue des statues du portail. Fernando Pessoa n’entre jamais dans le jardin derrière la porte. Il est l’ouvrier de la façade et grâce à sa porte imposante, nous entrons dans le jardin de l’initiation. Beaucoup sont venus de très loin, invités dans le jardin de la fraternité. Sa porte monumentale est un amer lointain pour tous ceux qui errent dans le désert. Sa porte est aussi imposante que celle des madrasas de Samarcande ou des portails de cathédrales. Mais personne n’a vu celui qui se cachait dans l’ombre de la porte monumentale, l’ouvrier Fernando. Tous l’ont méprisé, insulté. Ils ont voulu voir dans ses écrits un nationalisme pour ne pas entendre son message moral.

Alors, il s’est caché. Ses écrits sont restés dans une valise. Il est devenu un mendiant. L’entourage de F. Pessoa s’est arrêté à un visage, à une fenêtre ! Ils l’ont réduit avec mépris à un seul pli[5].

« Vivre une vie cultivée et sans passion, au souffle capricieux des idées, en lisant, en rêvant, en songeant à écrire, une vie suffisamment lente pour être toujours au bord de l'ennui, suffisamment réfléchie pour n'y tomber jamais. Vivre cette vie loin des émotions et des pensées, avec seulement l'idée des émotions, et l'émotion des idées. Stagner au soleil, en se teignant d'or, comme un lac obscur bordé de fleurs. Avoir dans l'ombre, cette noblesse de l'individualisme qui consiste à ne rien réclamer, jamais, de la vie. Etre, dans le tournoiement des mondes, comme une poussière de fleurs, qu'un vent inconnu soulève dans le jour finissant, et que la torpeur du crépuscule laisse retomber au hasard, indispensable au milieu de formes plus vastes. Etre cela de connaissance sûre, sans gaieté ni tristesse, mais reconnaissant au soleil de son éclat, et aux étoiles de leur éloignement. En dehors de cela, ne rien être, ne rien avoir, ne rien vouloir... Musique de mendiant affamé, chanson d'aveugle, objet laissé par un voyageur inconnu, traces dans le désert de quelque chameau avançant, sans charge et sans but ... »[6]

Le mendiant est un personnage de Pessoa. Vit-il dans ses rêves pour ne pas vivre ? Il vit dans des personnages. Il ne peut en ôter le masque car ces personnages sont lui-même. Lui-même est le théâtre dans lequel vivre. Il prend conscience de ses imagos multiples ; il les travaille pour les offrir. Il est le miroir (espelhou) de ceux qui l’entourent et le rejettent. Et finalement, Fernando Pessoa aura vécu plus que tous. Sa vie se prolongera pour toujours dans les esprits de ceux qui le suivent, dans la simplicité du respect des rôles multiples de chacun, garant d’une action dans l’intelligence.

Horizonte « Ó mar anterior à nόs, teus medos

Tinham coral e praias e arvoredos.

Desvendadas a noite e a cerração,

As tormentas passadas e o mistério,

Abria em flor o Longe, e o Sul sidério

Splendida sobre as naus da iniciação » [7].

 

« O mer intérieure de nos peurs

Contient du corail et des plages et des bosquets.

Chassant la nuit et l’obscur,

Les tourmentes passées et le mystère,

Ouvre en fleurs au Loin, et au Sud sidéral

Splendide au dessus du vaisseau de l’initiation. »[8]

L’initiation est-elle un voyage en soi ? Linda Lê écrit : « Elle s'appelait Klara W. Dans son agenda, elle avait noté ce bref dialogue extrait d'un film : « Ne vous en faites pas, je m'en vais. - Où ? - En moi-même. » »[9]

Et justement, ce n’est pas en lui même que Fernando Pessoa s’attarde. Dans Horizonte, comme pour D. Sebastião, l’éveil est le sujet du poème. Les mots de Pessoa se perdent dans l’obscur de la tristesse de l’auteur pour renaître de cette terre de l’âme perdue dans la lumière des paysages du Portugal. Les paysages du Portugal réfléchissent l’âme des Portugais. Et l’âme des Portugais est l’œuvre de Fernando Pessoa.

De la même façon Bruno Schulz écrit :

« Ce qui m’unit à ce poète[10] n’est pas seulement le même pays natal, la même contrée terrestre. S’il existe une géographie spirituelle, si dans le monde intérieur nous occupons tel cercle, telle sphère, nos confins avoisinent, nos univers sont plongés dans le même climat, l’aura des mêmes contrées nous entourent d’un même souffle. C’est dans cette proximité que je puise le droit de prendre la parole à son (Juliusz Wit) sujet »[11].

Les mots qui décrivent le pays natal servent pour décrire le climat d’une géographie mentale.

Et encore, Linda-Lê compare la pensée à une patrie d’élection: “Aussi divers que soient ces auteurs, ils forment ma patrie d’élection. C’est une géographie mentale qui me définit. J’espère toujours que les lecteurs reconnaitront aussi des frères en littérature en eux ”[12].

"Ó mar salgado, quanto do teu sal

São lágrimas de Portugal!

Por te cruzarmos, quantas mães choraram,

Quantos filhos em vão rezaram!

Quantas noivas ficaram por casar

Para que fosses nosso, ó mar!

Valeu a pena? Tudo vale a pena

Se a alma não é pequena.

Quem quer passar além do Bojador

Tem que passar além da dor.

Deus ao mar o perigo e o abismo deu,

Mas nele é que espelhou o céu"[13]

 

“O mer salée, combien de ton sel

Sont des larmes du Portugal!

Pour toi nous voyagions, tant de mères ont pleuré,

Tant de fils ont prié en vain!

Combien restèrent fiancées pour se marier

Avec nous, ô mer!

Cela valait-il la peine? Oui, cela compte

Si l’âme n’est pas petite.

Qui veut passer au-delà du Bojador

Doit passer au-delà de la douleur.

Dieu de la mer donne le péril et l’abîme

Mais il est celui qui prodigue le ciel.”

Nationalisme ou géographie spirituelle en cette période aux esprits troublés? La beauté du Portugal sert “la barque de l’initiation” et non les intêrets mesquins des nations. Avec Sohrawardi, mais bien avant lui déjà, la chair de l’esprit devait servir l’âme.

Martin Heidegger écrit:

“L’âge atomique, entendu comme époque planétaire de l’humanité, est caractérisé par ce fait que la puissance du très puissant principium reddendoe rationis se déploie, d’une façon troublante et dépaysante, pour ne pas dire qu’elle se déchaîne dans le domaine déterminant de l’existence humaine.”[14]

“[...] les mots “troublante et dépaysante” qui sont employés ici, ne sont pas pris dans un sens sentimental. Ils doivent être entendus à la lettre, en ce que le déchaînement, unique en son genre, de l’appel à fournir raison menace tout ce qui pour l’homme constitue “son pays natal” et qu’il lui enlève tout sol et tout terrain permettant un enracinement, c’est à dire cet attachement au terroir dont jusqu’à présent sont sortis toutes grandes époques de l’humanité, tout esprit découvreur d’horizons, tout style donné aux formes humaines.”[15]

Les mots sont démodés, ce qui montre la limite des mots. Mais soyez assurés que les mots auxquels vous vous accrochez seront un jour détestés. Donc, dépassons avec simplicité les mots de Martin Heidegger pour rejeter le sentimentalisme lié à l’idée de pays natal ou terroir. Avec Bruno Schulz, redisons que la terre de l’imaginal, l’entente de l’homme avec l’être, n’est pas un territoir mesurable matématiquement mais un lieu d’enracinement, une géographie spirituelle où vivre en poète au milieu du monde sensible. Le pli poétique de l’être ne s’oppose pas à la raison. Je ne partage pas avec M. Heidegger la crise de la raison. Les sciences de la description, les probabilité, la physique de Schrödinger permettent de rationaliser l’observation. Elles ont permis l’usage des langages binaires dévoilant les richesses d’une observation plus fine, et plus accessible à tous. Le débat ne se joue pas au sujet de la raison mais au sujet du choix du langage comme dévoilement. La raison peut parfaitement reconnaitre l’importance de la poésie et de la rhétorique. Le philosophe ne meurt pas pour le poète. Et Linda-Lê le confirme : “C’est seulement quand la raison a pris le dessus que j’ai pu écrire de nouveau”[16].

Heureusement M. Heidegger écrit aussi: “La technique déploie son être dans la région où le dévoilement a lieu”[17]. J’irai plus loin en disant que la métaphysique et l’intelligence déploient leur être là où le dévoilement a lieu. Elles sont le comment de l’ontique. La technique est un moyen dans l’ontique.

“Cet étant n’est pas ce qui préoccupe il se tient dans le souci mutuel”[18]; “Dans la clairière de l’être, le dasein se découvre, et fait l’expérience du souci mutuel comme expression du souci véritable.”[19]

 « D. Sebastião,

 Sperai ! Caí no areal e na hora adverse

Que Deus concede aos seus

Para o intervalo em que esteja a alma imersa

Em sonhos que são Deus.

Que importa o areal e a morte e a desventura

Se com Deus me guardei ?

É O que eu me sonhei que eterno dura,

É Esse que regressarei. »[20]

« Don Sebastião,

Attendez ! Il tombe dans la dune de sable et à l’heure difficile

Que Dieu accorde aux siens

Par l’intervalle dans lequel l’âme est submergée

Dans des rêves qui sont Dieu.

Peu importe le sable et la mort et la mésaventure

Si je me suis gardé avec Dieu ?

En lui je rêvais que l’éternité persiste

Et je suis retourné en Lui. »

La tristesse de Fernando Pessoa se cache en Dieu. Elle y puise une lumière, celle de la mer et des plages blanches de sable. Dans les paysages du Portugal, il voit l’âme de son peuple, il voit Dieu, comme Don Sebastião, symbole du Portugal libre. F. Pessoa tombe. Peu importe ses aventures et ses chutes, il attend l’heure de Dieu. Le sébastianisme s’élève contre l’inquisition et renaît dans les crises, comme l’invasion du Portugal par Napoléon.

A propos de Saint Antoine qui parlait aux poissons car les hommes ne voulaient pas l’écouter, Padré Antonio Vieira écrit « Aos homem deu Deus uso de razão, e não aos peixes ; mas neste caso os homens tinham a razão sem o uso, e os peixes o uso sem a razão. »[21] « Aux hommes, Dieu donna l’usage de la raison, mais pas aux poissons, Dans ce cas (celui de Saint Antoine) les hommes avaient la raison mais sans son usage, et les poissons en avaient l’usage sans la raison. » Padre Vieira fait dire à Saint Antoine s’adressant aux poissons« Vindo pois, irmãos, as vossas virtudes, que são as que sό podem dar o verdadeiro louvor, … »[22]. « Venons en maintenant, frères, à vos vertus qui sont celles que seulement peuvent donner la louange de la vérité, […] ».

Le messianisme de F. Pessoa, dans les années Trente, va rejoindre celui du Père Antόnio Vieira pour rêver d’un cinquième empire, celui de « la république des rêves »[23]. Face à l’inquisition et aux difficultés économiques, le père Antόnio Vieira rêve d’un Portugal libéré du joug Espagnol. Dans ses sermons, il travaille la terre de l’imaginal pour redonner de l’humanité à une période pleine de peurs, pour réconcilier l’homme avec la nature. L’inquisition et les persécutions sur les juifs refont naître le messianisme. Les crypto-juifs, marranes, sont les initiateurs du messianisme. Ce courant littéraire, autour du roi désiré Don Sebastião, l’endormi, traverse l’histoire comme les légendes du Roi Arthur ou celles de Barberousse. Ces mythes sont l’expression poétique de l’attente de jours meilleurs, avec les rois voilés, cachés, qui reviennent pour établir un royaume, une forme de messianisme-millénariste. L’imaginal est une géographie de l’esprit pour s’émerveiller de la nature, du passé, des sciences, de notre humanité née de l’amour de Dieu pour sa créature, une géographie spirituelle où s’initier au souci de l’autre.

Attendre ?

Le Portugal a connu les grandes découvertes et la richesse. Mais le monde est si grand pour ce petit pays qui perd son roi Sébastien I°. Le Portugal traverse alors une crise économique avec le reste de l’Europe. Les Anglais et la Hollande commencent à le dépasser. L’Espagne va bientôt envahir le pays. L’attente, l’espérance sont un seul mot en portugais. L’endormi du Portugal dont on attend le retour rappelle La pièce En attendant Godot[24] écrite en 1948 par Samuel Beckett. Cette ironie sur le messianisme pose la difficile question de la vertu d’espérance (qui se dit aussi attente en portugais) que l’on utilise comme arme d’exclusion des croyants, comme mur. Il est certain que l’espérance, vue comme attente, reporte à plus tard les responsabilités. Elle est alors paresse. Imposer aux autres de vivre dans la vertu d’espérance, en leur refusant d’exercer la vertu de charité les fait vivre dans le romantisme, ces châteaux inutiles que l’on construit toujours plus gros. Ils perdent alors la foi, leur âme primitive, la foi en l’homme. Le mauvais usage de l’espérance fait dire à Geneviève Clancy : « La patience : ce cadavre avancé de l’espoir »[25]. « Crime contre la pensée que d’admettre la normalité de la misère sous prétexte de sa pérennité. Crime contre la pensée que d’associer dénuement et conscience lumineuse. On glose sur la fragilité des miséreux qui les ouvrirait à l’essentiel »[26]. L’attente ne peut être synonyme de dénuement économique, relationnel, professionnel et social, ou d’exclusion.

Réfléchissons alors sur l’attente dans son sens initiatique du Ion de Platon. Toute la difficulté du Ion de Platon réside dans la conclusion. Il est difficile de ne pas confondre misère et abandon. La pierre devient lait après que le désir ait été transpercé par la colère. Le glaive alors est suspendu. L’abandon, l’acceptation du démembrement précèdent la résurrection. La multiplicité des arts semble démembrer Ion qui, comme rhapsode, ne semble être le connaisseur de rien. Quand Ion a reconnu son impuissance alors Platon lui donne le choix de passer « pour un homme injuste ou pour un homme de Dieu »[27]. La deuxième solution le met dans la joie. Si Dieu est la relation d’amour, le texte de Platon s’éclaire. Sans amour, sans l’Un, l’absurde seul persiste, l’injuste, l’épuisé. Sans amour seule persiste la misère des villes mal gérées.

Le château est une construction pour vivre et se défendre. Le rêve est une construction née du désir de dormir. L’initiation est une construction pour préparer sa maison à rencontrer l’autre, comme la femme de Putiphare l’a fait pour Joseph. Toutes ces démarches sont inutiles si elles ne savent pas voir la présence, s’adapter à la présence, observer que l’autre est déjà là et de quoi il a besoin, respecter la charité, respecter les jardins de son âme et ses partages avec Dieu, s’y contempler pour prendre conscience de son propre jardin. Toutes les constructions sont inutiles si elles visent à voler l’âme de Joseph, le dominer, mépriser la part de Dieu, sa conscience.

Conclusion

La procrastination est une forme augmentée de l’attente, une façon d’éviter l’attente ou d’exister et d’agir dans l’attente.

La procrastination à petite dose permet de grandes choses, trouver la force de faire miroir à notre entourage, comme F. Pessoa, d’exister plus largement. Le souci de l’autre et de soi existe dans l’œuvre de F. Pessoa. Cette tendance, et de revenir aux relations sociales, aux nécessités de la vie. Chez Fernando Pessoa, la procrastination se nourrit du messianisme-millénariste et de la souffrance appelée « saudade ».

Les vertus théologales ne peuvent vivre séparément.

La procrastination est une souffrance. Enfermer les personnes dans une souffrance, s’opposer toujours à leur offrir une place, une relation dans le groupe, est considéré comme un moyen de les faire grandir. Cette procrastination artificielle rejoint la question du coup d’épée. Le coup d’épée permet de dépasser son cœur, de renoncer à soi-même pour des objectifs plus grands. Mais pour continuer la métaphore, il n’est besoin d’aucune connaissance en médecine pour savoir que le coup d’épée peut tuer et plusieurs coups d’épée ne laissent aucune chance de survie. L’accident devient un meurtre. Que diras-tu devant Dieu, toi qui remue sans cesse la terre de l’âme quand Il te demandera des comptes sur la mort d’Abel le mystique, celui qui élevait ses moutons dans la douceur des pâturages de l’âme où Dieu dialoguait dans la paix et la simplicité de la brise du soir? Celui qui construit les rêves et celui qui rencontre Dieu habitent le cœur de chacun. En chacun se trouve un constructeur et un gardien de l’Être.



[1] Linda Lê in Jean Baptiste Harang, « pour écrire il faut se monter le bourrichon », Le Monde des livres, 19 janvier 2010, p. 8.

[2] http://anaboulix.over-blog.com/categorie-908271.html

[3] Etienne Chatilier, Tanguy, 2001.

[4] Fernando Pessoa in http://poems.lesdoigtsbleus.free.fr/id248.htm

[5] Le mal est de réduire l’autre à un seul pli. Le mal est une pensée de mort, de refuser l’existence aux autres. G. Deleuze, C.D. cours à l’université 1986-87 Leibniz : âme et damnation, Gallimard, 2003. Monique Oblin-Goalou, Le rhizome sous l’arbre, le virtuel au-delà des images lumineuses, Lilles : ANRT 2008, p. 430.

[6]Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquillité.

[7] Fernando Pessoa, Horizonte, Mensagem, Lisboa : Assírio & Alvim, 2010, p. 50.

[8] Traduction.

[9] Linda Lê, Les Evangiles du crime, Christian Bourgois, 4° de couverture.

[10] Julius Wit (1901-1942), poète lié à l’avant-garde cracovienne et à la gauche sociale. D’origine juive, il fut assassiné par les hitlériens.

[11] Bruno Schulz, Œuvres, Paris : Editions Denoël, 2004, p.407.

[12] Linda-Lê interview de Marine Landrot : J’aime que les livres soient des brasiers, site de Télérama, Linda lê j’aime que les livres soient des brasiers, 2011.

[13] Fernando Pessoa, Mensagem, Mar Português, Lisboa : Assírio & Alvim, 2010, p. 60.

[14] Martin heidegger, Le principe de la raison, p. 95.

[15] Martin Heidegger, Le principe de la raison, p. 95-96.

[16] Linda-Lê interview de Marine Landrot : J’aime que les livres soient des brasiers, in site de Télérama, Linda lê j’aime que les livres soient des brasiers, 2011

[17] Martin Heidegger, Essais et Conférences, trad. A Préau, Paris, Gallimard, 1958, p. 19.

[18] Martin Heidegger, Etre et temps, Paris, Gallimard, 1986, p.163, cité par Jean Gobert Tanoh in Une pensée de l’altérité chez Martin Heidegger   Revue de philosophie et de sciences humaines, site : le portique.revues.

[19] Jean Gobert Tanoh, Une pensée de l’altérité chez Martin Heidegger, site le portique revues.

[20] Fernando Pessoa, D. SEBASTIÃO, Mensagem, Assírio & Alvim, 2010, p. 71.

[21] Padre Antόnio Vieira, Sermões, Portugal : Leya, SA, 2008, p. 98.

[22] Padre Antόnio Vieira, Sermões, p. 98.

[23] Expression de Bruno Schulz, œuvre complète, Ed. Denoël, 2004, p. 343.

[24] Samuel Beckett, En attendant Godot, Paris : Editions de Minuit, 1952.

 [25] Ibid. p.66.

[26] G. Clancy, Les cahiers de la nuit, p.18.

[27] Platon. Ion, Paris : La pléiade, Gallimard, 1950, tome I, p. 72.

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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 16:54
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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 19:06

Ciels de l'agneauPeut-on vivre sans engagements politiques et religieux ? Une personne peut-elle vivre et agir en revendiquant de ne pas faire de politique ? Peut-on nier la dimension politique de la religion dans la mesure où les politiciens ont un pouvoir législatif ? Quels liens entre la religion, la morale et le pouvoir législatif ? La religion doit-elle reconnaître les différentes tendances politiques ou condamner certaines formes politiques ? La religion doit-elle reconnaître une liberté politique pour ses membres engagés ou imposer un parti ?

Peut-on respecter l’autre, exercer une profession en ayant des engagements politiques ?

La laïcité, doit-elle imposer un engagement politique unique, une religion unique, ou liés à la fonction ?

Quels liens entre l’image et le pouvoir ? Doit-on condamner l’image qui impose ses concepts, ses formes, sans passer par la raison, mais par les émotions, l’image mentale, les associations d’idées, la fantaisie, le divertissement?

Ces questions ont un point commun le pouvoir.

Sans vouloir trouver de solutions, il peut-être intéressant de réfléchir au cas limite de certains artistes, écrivains, intellectuels soumis à la pression politique, religieuse de leur entourage soucieux des possibilités qu’ils se sont données dans le groupe social. L’objet n’est pas ici « l’intellectuel », mais d’observer le pouvoir dans les relations humaines et les réactions qu’il suscite ?

La peur du pouvoir, la peur de l’image, Camille et Paul Claudel en sont les archétypes. Paul Claudel ne voit-il pas le génie de Camille ? Le pouvoir de l’image, la puissance de l’image gênent-ils  Paul Claudel ? La puissance des œuvres de Camille, La tête d’enfant La petite châtelaine, le groupe suppliant de l’âge mûr, les causeuses, la valse, et d’autres encore constituent une concurrence qui  aurait pu facilement se dominer. Il n’y aura pas de collaboration entre ces deux grands esprits. Cet échec rend la lecture de l’œuvre de Paul Claudel extrêmement douloureuse. Les relations entre les frères Van Gogh ont permis des merveilles, mêmes si elles restent orageuses. Que dire des frères Goncourt et des sœurs Brontë, le couple Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir ?

Ces exemples montrent que les relations sororales et fraternelles sont à encourager et travailler. Elles existent aussi dans les couples. La nécessité de surmonter ses angoisses, de revenir sur un premier geste ou une première pensée maladroits s’acquière dans la prise de conscience d’une tendance à écarter l’autre. La différence, la puissance de l’autre sont des espaces à apprivoiser. « Prendre l’individuation et la réalisation de son Soi pour de l’égoïsme est un malentendu tout à fait commun ; car les esprits font en général trop peu de différence entre l’individualisme et l’individuation. L’individualisme accentue à dessein et met en relief la prétendue particularité de l’individu, en opposition aux égards et aux devoirs en faveur de la collectivité. L’individuation, au contraire, est synonyme d’un accomplissement meilleur et plus complet des taches collectives d’un être, une prise en considération suffisante de ses particularités permettant d’attendre de lui qu’il soit dans l’édifice social une pierre mieux appropriée et mieux insérée que si ces mêmes particularités demeuraient négligées ou opprimées »[1]. Entre l’individualisme et l’individuation, il existe une dimension d’initiation qui n’existe pas dans le premier terme. « La pensée d’un « chosisme psychique » n’a rien d’une découverte nouvelle ; c’est même une des conquêtes les plus précoces et les plus répandues de l’humanité : on crut à un monde d’esprits existant réellement (« Magique » n’est à ce niveau qu’un autre terme pour exprimer la dimension du psychisme) »[2]. C. G. Jung distingue, chez l’homme, l’imago des parents et celle de la femme qui détrône celle des parents. « […] la femme avec sa psychologie si différente de celle de l’homme, est pour lui une source d’informations sur des chapitres à propos desquels l’homme n’a ni regard ni discernement »[3]. Cette citation est réductrice de l’œuvre de Carl Gustav Jung car elle n’est pas encore assez claire sur l’indépendance de certains plis de l’âme par rapport à la sexualité. Mais, Elle montre que l’imago a un grand pouvoir dans la conception de Jung. L’influence du frère ou  d’un ami du même âge, avec les mêmes préoccupations permet de dépasser aussi « les imagines des parents »[4]. L’idéal n’est pas de prendre les reflets de l’autre mais, dans l’autre, de saisir la richesse de nos capacités mentales ainsi que les lumières du partage. Le partage n’est pas un renoncement à soi. Il n’est pas de retirer à l’un pour donner à l’autre. Comme la lumière, le bonheur, la sagesse, la connaissance augmentent s’ils sont diffusés. Cette question est un des objets du début du Parménide.

« Le propre de chaque visage humain est de se composer d’un nez, deux yeux etc., mais ces facteurs universels sont variables, et dans cette diversité réside ce qui détermine les particularités individuelles… accomplira simplement sa nature d’être ».[5] Allons plus loin : la connaissance de soi passe non seulement par la connaissance des variables, mais aussi par l’observation des objets universels des choses du psychisme.

Reprenons une des plus belles sources de la psychanalyse, Avicenne. Ibn Sinha et les sages soufis atteignent une connaissance de l’esprit humain au travers du souci de l’herméneutique des textes. Les soufis écrivent pour favoriser l’initiation de l’âme aux lumières de la sagesse. Par une grande connaissance de l’intellect, ils donnent aux autres l’indépendance spirituelle. Celle-ci  s’acquière progressivement.

« Le symbole n’est pas un signe artificiellement construit ; il éclot spontanément dans l’âme pour énoncer quelque chose qui ne peut pas être exprimé autrement ; il est l’unique expression du symbolisé comme d’une réalité qui devient ainsi transparente à l’âme, mais qui en elle-même transcende toute expression. »[6]

« La réduction du même au même est l’œuvre poursuivie en général par les commentaires très rationnels de ces Récits, mais elle est inattentive à la transmutation dont la conséquence est qu’au lieu de chercher un secret dans ou sous le texte, il faut considérer ce texte lui-même comme le secret »[7].

La véritable fraternité s’inscrit dans le respect de la féminité et de la paternité, la capacité à l’action et à la contemplation, ou la réflexion de chacun. L’âme pensante, gnostique autant que pratique de chacun apparaît dans le récit d’Hayy Ibn Yaqzân, Absâl et Salâmân[8]. Les couples merveilleux sont l’image de la concordance et du respect des multiplicités de l’âme. Ils ont en eux la conscience de l’unité de l’autre et la délicatesse de respecter la simplicité de leurs multiplicités.

Paul Claudel oppose les mots : « Le vide en tout être, c’est le chemin mystique, c’est le tao, c’est l’âme, c’est la tendance, c’est l’aspiration mesurée, à quoi le vase donne sa forme la plus parfaite, réalisant la thèse d’Aristote que l’âme est la forme du corps »[9]. Ce vase là est plein des couleurs criardes de l’affaire commerciale. « Il ya le bleu du ciel, il y a le rose qui est l’aurore, il y a le rouge qui est le sang, il y a le vert qui est le printemps ». Le style de Paul Claudel est celui des platitudes de salon, et des commentaires rapides et mesquins. Son style se voile dans la fumée légère du brûle parfum pour décrire les paysages de Li kung ling et mourir sur la musicalité de leurs harmonies. « …ainsi par exemple ces garnitures, dites des cinq pièces, là-bas, qui sont celles des autels familiaux. L’attitude puissante et ramassée du brûle-parfum qui semble se cramponner à la terre pour mieux en offrir au ciel la combustion dans les nuages d’une fumée essentielle est faite pour contraster avec le pur élan de cette paire qui de chaque côté du brasier rivalise de silence et de son, et que j’appelle les préposés à l’Ode, les acolytes du sacrifice, les musiciens qui flanquent l’holocauste, ces deux bouches en même temps ouvertes et impuissantes à se fermer »[10].

La lecture de L’annonce faite à Marie de Paul Claudel est un récit d’initiation. Mais, Paul Claudel en avait-il conscience ? Savait-il qu’il parlait de son âme dans les personnages de Mara et Violaine ? Pourquoi rejette-t-il son âme sur sa sœur Camille dont il déteste le suppliant de L’âge mûr ? Il ne pouvait supporter en image sa féminité qu’il confondait avec sa sœur. La pauvreté de sa sœur, il la détestait comme il détestait en lui-même la fragilité. Il retrouvait en elle son pli féminin, fragile, humble, rêveur devant la mise en œuvre. Cette sœur délaissée, abandonnée ressemble à Violaine. Violaine est aussi mystérieuse que Job. Elle réalise l’alchimie du mystère de la pauvreté, du rêve avant de se confronter à la réalité. Cette œuvre trop romantique n’a pas su vivre l’initiation de l’âme, la prise de conscience du mendiant présent en chacun. Paul Claudel ne voulait voir en sa sœur que l’initiatrice, la séminante, celle qui l’instruisait. A aucun moment, il ne renonce à cette muse, cette imago puissante, qui lui insufflait la vie et qu’inconsciemment il superposait à sa sœur, à la vierge, et peut-être la Vierge. Il oublie cette sœur devenue mendiante.

Cette erreur romantique se dépasse dans la conscience que l’initiation de l’âme passe par la connaissance des autres. Ce mouvement revient à soi pour ensuite se retourner encore vers les autres, leur tendre les bras pour les sortir de la grotte.

Paul Claudel parle des personnages de l’âme sans se soucier de la sienne et de celle de sa sœur. Il n’accepte pas la beauté de l’animus et de l’anima de Camille. Et pourtant, c’est dans la fragilité de Camille que Dieu se dévoile. Dans le visage soucieux de l’enfance tendue vers l’âge adulte, dans la valse ou le bonheur de la tendresse de l’ordre cosmique de la nature, dans le suppliant adulte qui cherche à dépasser l’ordre de la grotte étoilée, autant d’instants de la vie, autant de plis se rejouent en chacun. Dans le mur qui submerge Les causeuses, le dépassement du cosmos naturel ne semble pouvoir se faire. Et les trois personnages insouciants de l’esprit de Camille sombrent dans La vague. La femme est méprisée dans son animus, exclue pour différence, reléguée dans un coin à ses causeries mesquines. "Ma sœur Camille, Implorante, humiliée à genoux, cette superbe, cette orgueilleuse, et savez-vous ce qui s'arrache à elle, en ce moment même, sous vos yeux, c'est son âme"[11].

Les étoiles, leurs mouvements harmonieux incitent à la prière ou, à l’inverse, sont l’expression de l’Anti-divin et dispensent alors une terreur panique.

« Au lieu d’apparaître comme suprême expression de la divinité, la régularité du cosmos, c’est-à-dire l’inéluctable nécessité dominée par le cours des planètes, deviendra une expression de l’Anti-divin. Au lieu que les planètes concentrent vers elles l’élan de la piété, elles dispenseront une terreur panique. […] La catastrophe peut-être perçue comme plus ou moins radicale, selon que l’on passe du mythe mazdéen au mythe de la Gnose valentinienne ou manichéenne, pour aboutir, par exemple, au « drame dans le Ciel » de la Gnose ismaélienne »[12]. L’être est plus que la nécessité naturelle, le rôle social, l’organe du corps. Il est un ordre autre. Il ne s’agit pas de refuser les règles collectives[13] au contraire il s’agit de les accomplir dans un cosmos plus large, avec de nouvelles  possibilités.

« Le drame dans le ciel » se retrouve en psychologie. Il est décrit ici par Henry Corbin comme dépassement des connaissances et règles du groupe. Les structures du groupe tremblent quand l’âme et la conscience s’éveillent au monde. Alors commence la démarche difficile de donner. Les conventions se refermeront sur Camille mendiante de la reconnaissance du puissant animus féminin.

« Il y a synchronisme entre l’éveil de l’âme à soi-même et la visualisation de son Guide. Celui-ci est la figure-archétype de nos Récits visionnaires ou Récits d’initiation »[14]. Le guide permet le Retour de l’âme « gnostique » éveillée, dans la grotte étoilée pour y chercher ceux qui s’y tiennent enchaînés. Ce Retour est le récit d’initiation. Le guide est dans le docétisme, l’homme parfait, le double dans lequel l’âme s’incarne. Il est un pli de l’âme, un objet psychique que l’on associe dans les récits à la jeune fille, la vierge, à l’ange. La prise de conscience et l’acceptation de  la part spirituelle présente en l’âme implique une nécessité morale.

Le don est l’effacement devant l’autre. La connaissance ou gnose est la connaissance de l’autre qui permet d’accéder à la connaissance de soi. Le récit d’initiation intervient comme retour à soi-même depuis le regard amoureux sur l’autre, la découverte de soi, de son guide. Ce mouvement de l’âme est individuel mais il instruit l’âme collective.

Cette présence dépasse Hallâj qui devient plus grand que les architectures des hommes et des villes. « Puis il se mit à grossir au point qu’il obstruait la rue, puis à rapetisser, au point d’être comme un enfant petit. »[15] Sa crainte et son espérance sont l’ombre et la lumière des pulsations du cœur amoureux de Dieu pour sa créature. Hallâj montre son humanité, le pli de l’enfant petit quand Dieu l’a quitté. Dans le pli de l’enfance, de l’innocence, Dieu peut se faire présent. Quand Dieu quitte Hallaj, il reste la fragilité de l’enfance et de l’innocence.

Est-ce que la richesse de Paul Claudel le rend aveugle aux multiplicités de l’âme de sa sœur ?

N’est-on pas ici devant l’énigme du jeune homme riche ? Essayons de commenter l’évangile de Saint Matthieu (19, 24). « Quoi pourtant de plus lumineux que la parole de l’évangile ? Il saute aux yeux des plus myopes que  » faire passer un chameau par le trou d’une aiguille » est l’équivalent oriental de « prendre la lune avec ses dents », ou de quelque image analogue dont l’énorme absurdité tend à exagérer l’impossible »[16]. Cette citation est tirée du Journal d’André Gide. André Gide y voit une situation impossible, absurde. Cette image, à mon sens, n’est pas absurde. Elle serait relativiste de l’usage de moyens différents suivant l’ordre dans lequel on opère, les dents, le chameau sans rapport avec la lune ou le chas d’une aiguille. Faire passer un chameau par le chas d'une aiguille est l’expression qui qualifiait le jeune homme riche. La finesse de cette image mentale est judicieusement rapprochée du monde cosmique par André Gide. Le jeune homme riche est aussi Juda Iscariote.  Juda était le plus instruit de tous les apôtres. Il entretenait des relations avec les institutions. Il était riche de ses liens avec le corps social de l’état juif souffrant de l’occupation. Il n’a pas laissé son chameau, utile en campagne, à l’entrée[17] de la Jérusalem céleste pour aller s’enrichir encore en vendant ses biens acquis dans d’autres contrées. C’est-a-dire que Juda n’est pas entré à pied dans la ville sainte. Il n’a pas utilisé les bons moyens, les bonnes mesures, pour entrer dans le temple de Dieu.

« Gaspard, Melchior et le troisième offrent les présents qu’ils ont apportés.
Et nous, regardons avec eux Jésus-Christ, en ce jour, qui nous est triplement manifesté. […] Au moyen de mille voitures et de deux cent quatre-vingts chameaux à la file,
qui sans aucune exception ont passé par le trou d’une aiguille !
 »[18]

Les rois mages étaient savants initiés. Ils savaient lire dans les étoiles, dans l’ordre cosmique des âmes les signes de la présence spirituelle au monde. Ils connaissaient l’alchimie, la psychologie de l’âme, réservée à l’éducation des princes pour le respect de leurs sujets et la grandeur spirituelle de leur royaume. Ils savaient composer des prières et se tenir humblement devant Dieu. Ils ont vu l’étoile dont il sortirait un ciel. Soucieux du nouvel ordre cosmique, ils sont venus s’incliner devant l’Enfant. Le cosmos physique des étoiles, des sciences mathématiques, a rejoint les ordres psychologiques-alchimiques et spirituels dans un signe merveilleux. Les ordres multiples de la connaissance se sont réunis en un seul signe. Alors les rois sont venus s’incliner devant l’enfant Dieu qui faisait de l’homme le temple de Dieu.

Les rites d’initiation d’Afrique[19] ou d’Amérique[20], le masque, les danses dans les cérémonies d’initiation où les différents plis de l’âme peuvent exprimer la pluralité des imagos. Les masques, les personnes multiples jouées dans les danses des rites d’initiation, sont la prise de conscience des plis de l’âme. La ressemblance du masque avec le visage est le reflet d’une unité intérieure, la conscience. L’exposition Persona[21], du musée de Tervuren près de Bruxelles, était centrée sur le thème de l’identité : un masque peut cacher ou révéler des «identités ». Dans le cas du masque traditionnel, le porteur se transforme en une autre personne, en divinité, en esprit, parfois même en animal. Cette exposition avait pour objet l’identité, le respect de soi et l’image de l’Autre.

Revenons encore à Paul Claudel :

« Ces traits, il les découvre dans un portrait de famille : image du père ou de la mère, de l’adulte tout-puissant, tendre ou terrible, bienfaisant ou punisseur, image du frère enfant rival , reflet de soi ou compagnon. »[22]

On ne peut pas reprocher à Paul Claudel son manque d’analyse psychologique de sa sœur, mais il a confondu une de ses « imagos » personnelles avec elle. Il a exercé sa puissance sur sa sœur. Paul Claudel et ses contemporains rejettent l’animus féminin. Mais plus grave encore, ils projettent leur anima sur la femme, la réduisant à la rêverie et se réservant le « prosaïsme de la vie »[23]. Paul Claudel vivait les imagos de son anima et de son animus, la poétique de la rêverie et le prosaïsme de la vie. Il méprisait l’anima et le projetait sur la femme. Gustave Flaubert décrit dans Salammbô une sensualité orientale qui torture l’imago masculine autant que Paul Claudel torture Violaine, son imago féminine. Après son procès au sujet de Madame Bovary, Gustave Flaubert, dans Salammbô, devient mendiant de la reconnaissance de sa puissante anima masculine.

Confondre son imago avec une personne de son entourage réduit l’identité de cette personne à être une composante de la personnalité d’une autre. La jeune fille réduite à l’imago de l’âme, la projection des âmes sur les jeunes filles sont un viol.

Cette violence, cette souffrance de l’âme, Gilles Deleuze les            a décrites[24]. Mais l’âme réflexive en sort indemne. L’accident, la violence, la méchanceté ne l’emportent pas sur un désir réflexif. Le stoïcisme de G. Deleuze, dans le premier chapitre de Logique du sens, montre que l’emprisonnement, les menaces, l’exil, la manipulation n’ont pas découragé les plus grandes âmes réflexives.

Le stoïcisme de G. Deleuze a cet avantage de tenir compte de l’enthousiasme, l’étonnement et l’amour, la pureté, la naïveté.

« Le visage intensif est comme l’image, en lui des séries peuvent converger »[25]. Le visage intensif est puissance et s’impose. Le visage réflexif est comme l’icône. Il est toujours identique et proche du schème. Les enluminures orientales ont des visages composés de quelques traits simples à peine suggestifs. « Le visage réflexif est toujours identique quand la pensée qui l’accompagne est éternelle »[26].

La pureté, la naïveté, l’enthousiasme posent la question du plaisir.

« Le cas se produit sans cesse où, soit à partir de ces pulsions, soit dans le moi lui-même, le principe de plaisir déborde irrésistiblement le principe de réalité au détriment de l’ensemble de l’organisme. »[27]

« Nous savons en effet que le principe de plaisir convient à un mode de travail primaire de l’appareil psychique et qu’en ce qui concerne l’auto-affirmation de l’organisme soumis aux difficultés du monde extérieur, il est d’emblée inutilisable et même extrêmement dangereux. »[28]

Au-delà de cette perversion dans la difficulté de s’affirmer[29], essayons de retrouver la naïveté. La beauté du monde, la beauté de l’âme qui brille dans les autres, ne donne-t-elle pas le désir du ciel ? L’âme se laisse progressivement illuminer par la lumière, un peu comme la Lune qui, au cours du mois, s’éclaire de plus en plus pour finalement s’orienter totalement vers le soleil et éclairer la nuit de la terre.

Le plaisir dans la naïveté n’est pas à rejeter. L’amour courtois est aussi la découverte de l’amour pour en chercher de plus grandes. Les fiançailles sont la rencontre de l’autre pour le plaisir sensible et simple d’être avec sa jeune compagne. Ce plaisir est ensuite intellectuel, puis spirituel. La beauté attire et c’est Dieu, dans l’âme de l’autre, que l’on trouve. La beauté et la pureté de la jeune fille attirent et indiquent les directions du progrès de l’âme. Ne suscitent-elles pas, dans la littérature courtoise, les batailles symboliques et inutiles de l’âme pour tenter d’atteindre la perfection. La beauté, présente en la femme, a donné une faim de l’âme à Perceval[30]. Dans l’Autre, il a trouvé son âme. Perceval ne s’arrête pas à la jeune fille qui a déployé les plis spirituels de son âme. Il continue seul, libre vers Dieu.

De là vient l’importance du symbolisme comme témoin entre deux ciels. Dans le domaine de la psychologie, Jacques Lacan travaille à partir de l’image et donne au principe de réalité un rôle pivot dans l’expression humaine. Il confirme l’intuition freudienne et l’affirme dans l’importance de la constellation sociale de l’enfance et de l’image. « Nous manifestons du même coup l’usage génial qu’il a su faire de la notion de l’image. Que si, sous le nom d’imago, il ne l’a pas pleinement dégagée de l’état confus de l’intuition commune, c’est pour user magistralement de sa pensée concrète, concevant tout de sa fonction informatrice dans l’intuition, dans la mémoire et dans le développement. Cette fonction, il l’a démontrée en découvrant dans l’expérience le procès de l’identification : bien différent de celui de l’imitation que distingue sa forme d’approximation partielle et tâtonnante, l’identification s’y oppose non seulement comme l’assimilation globale d’une structure, mais comme l’assimilation virtuelle du développement qu’implique cette structure à l’état encore indifférencié »[31].

Ces quelques lignes veulent montrer que le pouvoir ne peut s’exercer sans le souci du respect de l’autre, des plis multiples de son âme. A quand cette prise de conscience des richesses à apprivoiser dans nos relations ?

La présence est enrichissante. Elle n’est pas favorable à l’imitation,  mais identification selon Freud et Lacan. Ce jeu de mot veut montrer l’importance de la formation d’une imago différente des constellations sociales de l’enfance dans la répétition. Des images à l’imago, l’unité de la personne se réalise.

La formation de l’imago passe par des stades éventuels de jalousie. Un mauvais passage du stade du miroir peut conduire à des régressions jalouses tout au long de la vie. La formation de l’imago de la personne permet de dépasser le principe de réalités sexuelle et familiale, d’entrer dans une réalité sociale.

En cette veille de l’épiphanie qui marque le début de l’année 2011, je me suis permis de vendre mes richesses à d’autres ciels pour que, dans l’amour, aucun pli de l’humanité ne soit négligé.

 

 



[1] C.G. Jung, Dialectique du moi et de l’inconscient, Paris : Gallimard, folio essai, p. 116.

[2] Ibid, p. 137.

[3] Ibid, p. 144.

[4] Ibid, p. 143.

[5] Ibid, p. 117.

[6]Henry Corbin, Avicenne et le récit visionnaire, Verdier, 1999, pp. 43-44.

[7] Henry Corbin, Avicenne et le récit visionnaire, Verdier, 1999, p. 47.

[8] Henry Corbin, Avicenne et le récit visionnaire, Verdier, 1999, p. 253 et suivantes. Le récit du docteur qui honorait toutes les causes est parvenu jusqu’à maintenant par des copistes qui en ont transmis des résumés. L’original ayant disparu du temps d’Avicenne dans le sac d’Ispahan (importante ville d’Iran, ancienne capitale).

[9] Paul Claudel, L’œil écoute, Paris : Gallimard, 1946, p. 106.

[10] Paul Claudel, L’œil écoute, Paris : Gallimard, 1946, p. 108.

[11] Paul Claudel cité in http://www.musee-orsay.fr

[12] Henry Corbin, Avicenne et le récit visionnaire, Paris : Verdier 1999, p. 29.

[13] Il me semble que la vérité est tronquée quand Henry Corbin écrit : « L’élément prométhéen obéit à l’âme individuelle, jamais ne s’incline devant une règle collective ». Avicenne et le récit visionnaire, Paris : Verdier 1999, p. 31.

[14] Henry Corbin, Avicenne et le récit visionnaire, Paris : Verdier 1999, p. 31.

[15] Louis Massignon, La Guerre Sainte suprême de l’islam arabe, Fata Morgana, 1998, p.30.

[17] Une des interprétations de cette image mentale est que le chas de l’aiguille serait une porte de Jérusalem où les commerçants laissaient leurs chameaux avant d’entrer dans la cité pour vendre leurs denrées.

[18] Paul Claudel, En ce petit matin de l’an tout neuf, cité in : http://gabriellaroma.unblog.frtag/avis/.

[19] Angola figures du pouvoir, Musée Dapper, Paris, 10 11 2010 au 10 07 2011.

[20] Claude Lévi-Strauss, La voie des masques, Paris : Plon 1979.

[21] Exposition Persona, Musée Royal de l’Afrique Centrale de Tervuren, 24 avril 2009 au 3 janvier 2010.

[22] Jacques Lacan, Ecrits I, Paris : Seuil, 1966, p. 84.

[23] Gaston Bachelard, La poétique d la rêverie, PUF, 1960, 49.

[24] Gilles Deleuze, Cinéma I, L’image mouvement, Les éditions de minuit, 1983, p. 128.

[25] Monique Oblin-Goalou, Le rhizome sous l’arbre, Lilles : ANRT, p. 588.

[26] Ibid.

[27] S. Freud. Essais de psychanalyse, Editions Payot, 1981, p. 46.

[28] Ibid, p. 46.

[29] Je désire, par ces lignes, faire une critique de la Présentation de Sacher Masoch par Gilles Deleuze, Paris : Ed. de Minuit, 1967. Gilles Deleuze voit l’inspiration à la création dans le plaisir retardé, l’attente, la suspension, la beauté inaccessible. En cela, il rejoint Baudelaire pour qui la beauté est un rêve de pierre. Je ne conteste pas cela. Mais il est une autre voie que l’on ne peut oublier, celle de l’attirance de la beauté et du plaisir qu’elle procure. Le respect de l’autre ouvre les voies à des terres plus spirituelles. Les corps invisibles de l’intelligence et du spirituel se dévoilent dans certains renoncements, retournements.  « Puisque vous n’avez pas un regard assez pur pour voir ma beauté sans intermédiaires et sans accompagnement, je vous la montre au moyen de formes et de voiles. Car votre perception de ce qui ne peut être qualifié passe par la forme ; vous ne pouvez voir ce qui est sans alliage. Donc ma beauté est alliée à la forme, afin d’être à la mesure de votre capacité de vision. » Sultân Valad fils du célèbre Rûmî cité in François Cheng, Cinq méditations sur la beauté, Albin Michel, 2006, p. 110-111.

[30] Chrétien de Troyes. Le conte du Graal, Paris : Les éditions Champion, 1983. Le message de l’amour courtois et de la progression spirituelle nous intéresse. (L’appel à la guerre de ce texte ne nous concerne pas ici. Il est certainement un rajout ultérieur au travail de l’auteur.)

[31] Jacques Lacan, Ecrits I, Paris : Editions du Seuil, 1966, p. 87-88.

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 19:18

Os Azulejos

 

 

Apocalypse

 

 

·        Nόs morámos em Portugal.

·        Azulejos é uma especialidade de Portugal.

·        Os azulejos são feitos com a técnica da faiança lustrada.

·        A faiença lustrada o a louça de barro é uma forma de cerâmica coberto com esmalte.

 

·        Para fazer azulejos, nόs precisamos de terracota, de esmalte, e de cozer duas vezes a altas temperaturas, aproximadamente 900 graus.

 

·        A primeira vez, cozemos o barro. A segunda vez, cozemos o esmalte.

 

·        SécXVII, A faiança : As telhas, os chãos de pedra são em esmalte com όxido de estanho branco. Ele absorve as cores sem misturas.

 

·        O maiόlica é a faiança. Os oleiros vão tirar proveito do esmalte branco da faiança para pintar tabuas durante a renascença italina.

 

·        As cores do esmalte s o obtidas com algum cobalto para o azul, com algum cobre de ferro para o verde, com algum chumbo para o amarelo, com o zinco para o branco, com o manganês para o preto.

 

·        Um pouca de histόria : os azulejos viriam da palavra árabe « al-zulaich » (pedra brelhante pequena).No século de XII, os artesãos chineses chegaram à Pérsia pela rota da seda. Eles ensinaram aos árabes, a técnica do lustrado cerâmico. No princípio, os alicatados são monocromáticos. Eles estão cortados em formas geométricas, são compostos para formar um motivo. No século de XVII, aparecem os azulejos com όxido de estanho branco.

 

Ciels de l'agneauLune de Cigoli

 

 

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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 19:03

Sahrazuri, le disciple de Sohrawardi, a recensé les écrits du Shaykh. La succession des écrits, tels que Sohrawardi les a écrits, montre l’évolution de sa pensée. La chronologie est-elle importante ? Louis Massignon a classé le K. al-Alwâh, al-Imadiyâ, le K. Hayâkil al-Nûr, les Rasâ’il dans les œuvres de jeunesse. La période péripatéticienne est représentée par les, Talwîhât, Lamahât, Muqâwamât, Mutârahât. La troisième période avicenno-platonicienne est celle de l’Hikmat al-Ishrâq… La question est de savoir si Le Shaykh a vraiment eu trois périodes distinctes, et notamment un temps où il fut défenseur des pensées péripatéticiennes ? Comme le dit Sohrawardi en parlant de lui même : « L’auteur de ces lignes a été jadis, lui aussi, un ardent défenseur de la doctrine des Péripatéticiens en ce qui concerne la négation de ces choses… »[1] Donc Sohrawardi dit avoir eu une période péripatéticienne. La tradition Ishrâqî partirait du péripatétisme pour l’agrandir aux dimensions de Platon, ou d’une interprétation de Platon en partie inspirée de Plotin. Sohrawardi laisse entendre que les Ishrâqîyûn voient plus de dix intelligences et hypostases angéliques. Leur espace n’est pas binaire, ni ternaire, il est à « n » dimensions. Les Ishrâqîyûn voient un nombre illimité d’hypostases angéliques et deux ordres, une hiérarchie d’Archanges suprêmes, et un Ordre des Seigneurs ou Anges gardiens des espèces. Cette conception d’Ange Seigneur des icônes se rapporte à l’influence de la cosmologie mazdéenne. La vision intérieure des pures lumières est la source de la réflexion de l’Ishrâq, un monde aux centres multiples. Mais voilà, Sohrawardi dit avoir eu une période péripatéticienne. Ses écrits pourtant relèvent tous d’une progression vers les pures lumières. Les Mutârahât, qui seraient des œuvres de jeunesses, ne témoignent-elles pas déjà, pour l’essentiel, de la philosophie Ishrâqî ? Dans les ouvrages de jeunesse, il est question de discuter et réformer dialectiquement les thèses des péripatéticiens. L’Hikmat al-Ishrâq a le privilège d’initier au secret de la vision des Lumières et de ce Monde, entre l’humain et le divin. Hikmat al-Ishrâq a été rédigé sur la demande de ses disciples à la fin de la vie du maître. Les romans symboliques, les traités dogmatiques expriment tous la nécessité de s’initier à la vision du Monde Lumineux. A propos de L’Hikmat al-Ishrâq, il est dit : « Ne la transmettez qu’à celui qui est capable de le comprendre, à celui qui, possédant parfaitement la doctrine des Péripatéticiens est en même temps un amant de la Lumière de Dieu.[1] » Philosophie et exercices spirituels doivent accompagner la lecture de ce livre. Les exercices spirituels correspondent à la pratique de la vie spirituelle, s’abstenir de viande, ne prendre qu’un minimum de nourriture. Pour Sohrawardi, le Talwîhât, et le Lamahât, sont des textes dans lesquels les thèses de péripatéticiens sont reprises. Mais il ne s’agit pas, dans ces textes, de soutenir les illustrations des dogmes des péripatéticiens. Un chapitre comme « Récit en rêve » ne peut être le vecteur des idées péripatéticiennes. Le schéma aristotélicien est utile pour exprimer, en termes spéculatifs, l’expérience gnostique. Il permet la vérification de la « connaissance ishrâqî ». Tous les ouvrages de Sohrawardi qui traitent de la dogmatique permettent la Katharsis de l’intellect. Mais cela demande, en plus des facultés à dialectiser, de se trouver dans un état de retraite spirituelle pour pouvoir se mettre sous la lumière d’autres sources. Il semble donc important de noter que « des ouvrages discutant ou empruntant la dialectique péripatéticienne, n’impliquent pas une adhésion au péripatétisme comme tel. »[2] Les Temples de la Lumière  reprend, du IVème au VIIème Temple[3], des doctrines qui sont celles de l’Hikmat al-Ishrâq.



[1] Sohravardî, Hikmat al-Isrâq, Cité dans Corbin, Shihaboddin… et Mystiques, Tome I, Prolégomènes p. X.



[1] Le livre de la sagesse orientale, Gallimard, 1986, p. 232.

[2] H. Corbin. Shihaboddin ….et Mystiques, Tome I, Prolégomènes p. XIII.

[3] Sohravardî. Le livre des temples, in L’archange empourpré, trad. Henry Corbin, p. 41 et suivantes.

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