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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 19:03

Sahrazuri, le disciple de Sohrawardi, a recensé les écrits du Shaykh. La succession des écrits, tels que Sohrawardi les a écrits, montre l’évolution de sa pensée. La chronologie est-elle importante ? Louis Massignon a classé le K. al-Alwâh, al-Imadiyâ, le K. Hayâkil al-Nûr, les Rasâ’il dans les œuvres de jeunesse. La période péripatéticienne est représentée par les, Talwîhât, Lamahât, Muqâwamât, Mutârahât. La troisième période avicenno-platonicienne est celle de l’Hikmat al-Ishrâq… La question est de savoir si Le Shaykh a vraiment eu trois périodes distinctes, et notamment un temps où il fut défenseur des pensées péripatéticiennes ? Comme le dit Sohrawardi en parlant de lui même : « L’auteur de ces lignes a été jadis, lui aussi, un ardent défenseur de la doctrine des Péripatéticiens en ce qui concerne la négation de ces choses… »[1] Donc Sohrawardi dit avoir eu une période péripatéticienne. La tradition Ishrâqî partirait du péripatétisme pour l’agrandir aux dimensions de Platon, ou d’une interprétation de Platon en partie inspirée de Plotin. Sohrawardi laisse entendre que les Ishrâqîyûn voient plus de dix intelligences et hypostases angéliques. Leur espace n’est pas binaire, ni ternaire, il est à « n » dimensions. Les Ishrâqîyûn voient un nombre illimité d’hypostases angéliques et deux ordres, une hiérarchie d’Archanges suprêmes, et un Ordre des Seigneurs ou Anges gardiens des espèces. Cette conception d’Ange Seigneur des icônes se rapporte à l’influence de la cosmologie mazdéenne. La vision intérieure des pures lumières est la source de la réflexion de l’Ishrâq, un monde aux centres multiples. Mais voilà, Sohrawardi dit avoir eu une période péripatéticienne. Ses écrits pourtant relèvent tous d’une progression vers les pures lumières. Les Mutârahât, qui seraient des œuvres de jeunesses, ne témoignent-elles pas déjà, pour l’essentiel, de la philosophie Ishrâqî ? Dans les ouvrages de jeunesse, il est question de discuter et réformer dialectiquement les thèses des péripatéticiens. L’Hikmat al-Ishrâq a le privilège d’initier au secret de la vision des Lumières et de ce Monde, entre l’humain et le divin. Hikmat al-Ishrâq a été rédigé sur la demande de ses disciples à la fin de la vie du maître. Les romans symboliques, les traités dogmatiques expriment tous la nécessité de s’initier à la vision du Monde Lumineux. A propos de L’Hikmat al-Ishrâq, il est dit : « Ne la transmettez qu’à celui qui est capable de le comprendre, à celui qui, possédant parfaitement la doctrine des Péripatéticiens est en même temps un amant de la Lumière de Dieu.[1] » Philosophie et exercices spirituels doivent accompagner la lecture de ce livre. Les exercices spirituels correspondent à la pratique de la vie spirituelle, s’abstenir de viande, ne prendre qu’un minimum de nourriture. Pour Sohrawardi, le Talwîhât, et le Lamahât, sont des textes dans lesquels les thèses de péripatéticiens sont reprises. Mais il ne s’agit pas, dans ces textes, de soutenir les illustrations des dogmes des péripatéticiens. Un chapitre comme « Récit en rêve » ne peut être le vecteur des idées péripatéticiennes. Le schéma aristotélicien est utile pour exprimer, en termes spéculatifs, l’expérience gnostique. Il permet la vérification de la « connaissance ishrâqî ». Tous les ouvrages de Sohrawardi qui traitent de la dogmatique permettent la Katharsis de l’intellect. Mais cela demande, en plus des facultés à dialectiser, de se trouver dans un état de retraite spirituelle pour pouvoir se mettre sous la lumière d’autres sources. Il semble donc important de noter que « des ouvrages discutant ou empruntant la dialectique péripatéticienne, n’impliquent pas une adhésion au péripatétisme comme tel. »[2] Les Temples de la Lumière  reprend, du IVème au VIIème Temple[3], des doctrines qui sont celles de l’Hikmat al-Ishrâq.



[1] Sohravardî, Hikmat al-Isrâq, Cité dans Corbin, Shihaboddin… et Mystiques, Tome I, Prolégomènes p. X.



[1] Le livre de la sagesse orientale, Gallimard, 1986, p. 232.

[2] H. Corbin. Shihaboddin ….et Mystiques, Tome I, Prolégomènes p. XIII.

[3] Sohravardî. Le livre des temples, in L’archange empourpré, trad. Henry Corbin, p. 41 et suivantes.

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Published by Monique Oblin-Goalou - dans Sohrawardi
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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 08:54

Sohrawardi est né à Sohraward, en 549/1155[1], et il meurt à Alep, en 587/1191. Son nom est Sihab al-Din abul’-futuh Yahya B. Habas b. Amirak al-Suhrawardi. Il est parfois nommé al-Maqtul, en mémoire de sa mort violente et pour dire en même temps qu’il n’est pas un témoin de la foi. Mais il est considéré rapidement comme un martyr. Certains se diront ses disciples et l’appelleront martyr. Ses commentateurs, comme Molla Sadra, le nommeront « sayx al-Israq », « Sahib al-Israq ». Il ne semble pas important de retenir l’épithète désobligeant d’al-Maqtul accolé parfois à son nom.

 

Sohrawardi est célèbre pour ses discours en similitudes. Ses romans d’initiation permettent dévoilement, accès à la connaissance, par des insinuations subtiles. Dans les Talwihat, l’allégorèse ne peut pas être systématique. L’interprétation est toujours à reprendre. L’intervention des motifs de l’épopée iranienne permet au « roman d’initiation » sohrawardien de se rattacher à une tradition littéraire. La mystique présente un autre motif qui sort de l’histoire et de la tradition. Il est celui du poème d’Unsuri (né en 441/1049). Ce motif est celui d’un « Archange couleur pourpre[2] » que l’on retrouve dans un récit de Sohrawardi. Unsuri met deux couleurs, blanches et ténébreuses, aux deux ailes de Gabriel, rappelant le roman épopée d’amour mystique où la couleur rouge de l’Amant se joint à la couleur blanche de l’Aimé. L’Amant est l’Occident, ce qui nous rattache à la terre et au rouge (le sang de l’amant). Et la Lumière d’Orient est le blanc. Quand elle entre dans la terre, elle devient rouge. Le soleil se lève et le soleil se couche sur la terre, la fécondant chaque jour. De même, les archanges montent et descendent du ciel, sans fin. Ils sont la lumière qui nourrit la terre de nos âmes. Les anges conduisent nos âmes, sans fin, de l’Orient à l’Occident. Le terme d’Orient désigne les anges, « la lumière archangélique[3] ». Il y a donc souvent un sens large qui désigne autant le cheminement vers le spirituel que le cheminement logique de la raison. L’Occident ne prend pas ici le sens de la raison, mais celui d’incarnation. Dans ce cas, la logique, autant que l’intuition, devient un ange. Or, au Moyen Âge, en Occident autant qu’en Orient, l’ange est le chemin qui nous sépare encore de la perfection. L’ange est la muse qui accompagne le poète.



[1] Les dates sont en calendrier hégirien et en calendrier grégorien.

[2] H. Corbin. Shihaboddin Yahya Sohravardî œuvres philosophiques et Mystiques, Traduction Henry Corbin Tome I, Prolégomènes p. IV.

[3] H. Corbin pour traduire Sohravardî qui lui aussi dans L’archange empourpré décrit les « puissances archangéliques » avec deux ailes : une aile pourpre et une aile lumineuse.

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 08:51

L’œuvre fondamentale de Sohrawardi est le Kitab hikmat al ishrâq. Elle propose deux thèses qui permettent de mieux comprendre l’ensemble de son œuvre, une critique d’Aristote, de sa physique céleste et une présentation de la Lumière, de ses hiérarchies. La critique d’Aristote montre que les composantes de l’âme et la finalité de la vie ne sont pas la production, comme garantie d’éternité. L’intellect pratique, en relation avec le monde qui nous entoure, n’est pas le garant de l’éternité de l’âme. L’éternité, chez les péripatéticiens de Perse, Sohrawardi et Avicenne en particulier, est garantie par la progression de l’intellect patient de l’âme vers son unité, miroir de Dieu. Ces prémisses montrent que le nombre des intelligences n’est pas limité. L’espace a de multiples dimensions. Dans les présentations de la Lumière et des hiérarchies apparaît la notion de barzakh, à laquelle il est possible d’associer l’idée de virtuel.

 

Il existe trois sciences qui, dans l’œuvre de Sohrawardi, impliquent un ordre pédagogique : la logique, la physique, et la métaphysique. La métaphysique domine les trois sciences. La métaphysique est la science de l’exister. La métaphysique permet de connaître l’étant. Elle est existence.

 

Les trois sciences sont issues des lumières de l’exister. « En attendant aucun de ceux [livres] que nous pouvons lire actuellement n’offre la position d’un péripatétisme limité à une investigation purement théorique, « incapable de se mettre réellement en route » (suluk), ou bien soutenant un schéma du monde incompatible avec cette résolution. Tous s’avèrent postérieurs à l’évènement spirituel qui arracha l’auteur dans sa jeunesse à l’inclination pour une doctrine où se consumait vainement son ardeur dialectique, lorsqu’il eu la « vision de la preuve » vision mentale des pures lumières. »[1]



[1] Shihaboddin Yahya Sohravardî, Œuvres philosophiques et mystiques, A. Maisonneuve, 1976, Tome I, p. XIV. La vision est une référence au sensible. La mystique relève du sensible, suggérant l’unité et la présence du spirituel au monde. Dans la même expérience, le renoncement à certaines formes de perceptions permet d’accéder à d’autres tout aussi sensibles. Les connaissance, quelles qu’elles soient chez Sohrawardi, ne sont jamais séparées d’une spiritualité.

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